Vingt mille lieues sous les mers

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Vingt mille lieues sous les mers
Image illustrative de l'article Vingt mille lieues sous les mers
Page de garde de la première édition Hetzel.

Auteur Jules Verne
Genre Roman d'aventures
Roman d'anticipation
Pays d'origine France
Éditeur Pierre-Jules Hetzel
Date de parution 1869-1870
Dessinateur Alphonse de Neuville et Édouard Riou
Nombre de pages 353
Série Voyages extraordinaires
Chronologie
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Vingt mille lieues sous les mers est un roman d'aventures de Jules Verne, paru en 1869-1870.

Cette œuvre a fait l'objet de nombreuses adaptations au cinéma, à la télévision ainsi qu'en bande dessinée.

Résumé[modifier | modifier le code]

1866. L'apparition d'une bête monstrueuse aux quatre coins des mers défraie la chronique. L'animal rapide, fusiforme et phosphorescent est responsable de plusieurs naufrages, brisant le bois des navires avec une force colossale. De retour d'une expédition dans le Nebraska, Pierre Aronnax, professeur suppléant au Muséum d'histoire naturelle de Paris, émet l'hypothèse d'un Narval géant.

Les compagnies d'assurances maritimes demandent à ce que le monstre soit éliminé sous la menace de devoir augmenter leurs taxes. Une grande chasse est alors organisée à bord de l’Abraham-Lincoln, fleuron de la Marine américaine, sous le commandement du capitaine Farragus. Aronnax reçoit une lettre du Secrétaire de la Marine lui demandant de rejoindre l’expédition pour représenter la France. Le scientifique embarque avec son fidèle domestique flamand, Conseil. A bord, ils font la connaissance de Ned Land, harponneur originaire de Québec. Après des mois de navigation, la confrontation avec le monstre a enfin lieu, et l’Abraham-Lincoln est endommagé. À l'issue d'un choc entre le monstre et la frégate, Aronnax, Conseil et Ned sont projetés par dessus bord. Ils échouent finalement sur le dos du monstre, qui n'est autre qu'une machine sous-marine en tôle armée. Les naufragés sont faits prisonniers et se retrouvent à bord du mystérieux appareil. Ils font alors connaissance du capitaine Nemo, qui refuse à leur rendre la liberté.

« Vous êtes venus surprendre un secret que nul homme au monde ne doit pénétrer, le secret de toute mon existence ! Et vous croyez que je vais vous renvoyer sur cette terre qui ne doit plus me connaître ! Jamais ! En vous retenant, ce n’est pas vous que je garde, c’est moi-même ![1] »

Alors que Ned et Conseil ne cherchent qu'à s'évader, Aronnax éprouve une certaine curiosité pour Nemo, cet homme qui a fui le monde de la surface et la société. Le capitaine consent à révéler au savant les secrets des mers. Il lui fait découvrir le fonctionnement de son sous-marin, le Nautilus, et décide d’entreprendre un tour du monde des profondeurs. Nos héros découvrent des trésors engloutis comme l'Atlantide et des épaves d'anciens navire, s'aventurent sur les îles du Pacifique et la banquise du Pôle Sud, chassent dans les forêts sous-marines et combattent des Calmars géants. Aronnax finit par découvrir que Nemo utilise le Nautilus comme une machine de guerre, un instrument de vengeance contre les navires appartenant à une « nation maudite » à laquelle il voue une terrible haine.

« Je suis le droit, je suis la justice ! me dit-il. Je suis l’opprimé, et voilà l’oppresseur ! C’est par lui que tout ce que j’ai aimé, chéri, vénéré, patrie, femme, enfants, mon père, ma mère, j’ai vu tout périr ! Tout ce que je hais est là ![2] »

Aronnax, Ned et Conseil parviennent à s’échapper. Ils s’embarquent à bord d'une chaloupe et accosteront sur une des îles Lofoten. Ils ne sauront jamais ce qu’est devenu le Nautilus, englouti dans un Maelstrom...

L’œuvre[modifier | modifier le code]

Genèse et conception[modifier | modifier le code]

La gestation de Vingt mille lieues sous les mers fut une des plus longues de l'histoire des Voyages extraordinaires. L'idée de ce roman date de l'été 1865. Jules Verne le conçut à la suite d'une suggestion épistolaire de George Sand, amie d'Hetzel, qui avait fort apprécié Cinq semaines en ballon et Voyage au centre de la Terre. La lettre de la romancière, par laquelle elle pressait l'imagination de l'écrivain, est restée à la postérité par les soins de Jules Verne lui-même qui, fier d'avoir intéressé un auteur qu'il estimait fort, l'a communiquée, en 1897, à Adolphe Brisson venu l'entretenir à Amiens. Voici le paragraphe inspirateur : « Je vous remercie, Monsieur, de vos aimables mots mis en deux saisissants ouvrages qui ont réussi à me distraire d'une bien profonde douleur et à m'en faire supporter l'inquiétude. Je n'ai qu'un chagrin en ce qui les concerne, c'est de les avoir finis et de n'en avoir pas encore une douzaine à lire. J'espère que vous nous conduirez bientôt dans les profondeurs de la mer et que vous ferez voyager vos personnages dans ces appareils de plongeurs que votre science et votre imagination peuvent se permettre de perfectionner[3] ».

Jules Verne pense d'abord intituler le roman Le Voyage sous les eaux. La première allusion au roman date d'août 1866, alors que Verne termine le troisième tome des Enfants du capitaine Grant.

« Je prépare aussi notre Voyage sous les eaux, et mon frère et moi, nous arrangeons toute la mécanique nécessaire à l'expédition. Je pense que nous emploierons l'électricité, mais ce n'est pas encore décidé tout à fait »

— Lettre à Pierre-Jules Hetzel du 10 août 1866[4].

Mais un fait inattendu va venir dérégler cette mécanique : en août 1866, Théophile-Sébastien Lavallée meurt, alors qu'il venait de commencer une Géographie illustrée de la France et de ses colonies, qu'Hetzel lui avait demandée. Il n'en avait écrit que la préface. L'éditeur, un peu désemparé, se rabat sur Verne et lui suggère de s'atteler à cette tâche. Le mot n'est pas trop fort, car l'écrivain, dans ses lettres à Hetzel de l'époque, signera souvent « votre bête de somme ». Tout en finissant le troisième tome de Grant, il s'attaque à ce pensum fastidieux, moyennant une bonne rémunération.

« Je travaille comme un forçat, imagine-toi, mon cher père, que je fais un dictionnaire ! oui, un dictionnaire sérieux !! C'est une géographie de la France illustrée. Un département par livraison de 10 centimes. Une affaire, en un mot. C'est Théophile Lavallée qui avait commencé l'ouvrage. Il avait fait l'introduction. Mais il est mourant, et j'ai accepté de continuer l'affaire qui ne sera signée que de moi, sauf ladite introduction. »

— Lettre à Pierre Verne du 29 janvier 1866.

Jules Verne termine la Géographie dans les premiers mois de l'année 1868. Mais, dès 1867, il écrit à Hetzel :

« Je travaille ferme, mais, comme vous le dites, mon cher Hetzel, il faudra bien, après 15 mois d'abstinence que mon cerveau éclate ; ce sera tant mieux pour le Voyage sous les eaux ; il y aura pléthore, et je me promets de m'en donner à cœur joie. Mais, pour être franc, je regrette mon polonais ; je m'étais habitué à lui, nous étions bons amis, et d'ailleurs, c'était plus net, plus franc. »

— Lettre à Pierre-Jules Hetzel du 29 juillet 1867.

Preuve que Verne avait déjà discuté avec son éditeur de la nationalité du capitaine Nemo, et que ce dernier, pour des raisons commerciales, ne voulait pas de ce « polonais ».

Cependant, Verne reste enthousiaste au sujet de son roman.

« Je travaille avec rage. Il m'est venu une bonne idée qui naît bien du sujet. Il faut que cet inconnu n'ait plus aucun rapport avec l'humanité dont il s'est séparé. Il n'est plus sur terre, il se passe de la terre. La mer lui suffit, mais il faut que la mer lui fournisse tout, vêtement et nourriture. Jamais il ne met le pied sur un continent. Les continents et les îles viendraient à disparaître sous un nouveau déluge, qu'il vivrait tout comme, et je vous prie de croire que son arche sera un peu mieux installée que celle de Noé. Je crois que cette situation “absolue” donnera beaucoup de relief à l'ouvrage. Ah ! mon cher Hetzel, si je ratais ce livre-là, je ne m'en consolerais pas. Je n'ai jamais eu un plus beau sujet entre les mains. »

— Lettre à Pierre-Jules Hetzel du 28 mars 1868.


Rédigée en sa villa « La Solitude » dans la commune du Crotoy, l'œuvre ne trouve son titre définitif qu'en ce printemps de l'année 1868 ; Verne avait hésité auparavant entre Voyage sous les eaux, Vingt mille lieues sous les eaux, Vingt-cinq mille lieues sous les océans, Mille lieues sous les océans… avant d'opter pour Vingt mille lieues sous les mers (le mot lieue désigne ici la lieue métrique, égale à quatre kilomètres ; le titre indique ainsi la longueur totale du voyage et non la profondeur[5], soit quatre-vingt mille kilomètres[6]).

Cependant, la tension monte entre l'écrivain et l'éditeur. Ce dernier suggère à Verne de rallonger son roman et de prévoir une troisième partie où il pourrait développer d'autres scènes, par exemple « Ned Land fuyant tout seul un jour – abordant un rocher, une île déserte, puis repêché, repris à demi-mort, pardonné[7] » ou alors « sauver des petits Chinois ravis par des pirates chinois. Ils ne sont pas dangereux – ils sont drôles, on les fait rapatrier par le canot, ils n'y ont vu que du feu. Nemo ne peut pas s'en inquiéter. On pourrait en garder un à bord. Personne ne le comprend, il ne comprend personne, il égayerait le Nautilus. Mais ceci c'est affaire à vous[8]. ». Hetzel propose même à Verne de faire de Nemo un anti-esclavagiste qui poursuit les négriers. L'écrivain ne voit en son héros que l'« Homme des eaux », farouche et solitaire. Agacé par toutes les tentatives de l'éditeur, il répond :

« Vous m'avez dit : l'abolition de l'esclavage est le plus grand fait économique de notre temps. D'accord, mais je crois qu'il n'a rien à voir ici. L'incident de John Brown me plaisait par sa forme concise, mais, à mes yeux, il amoindrit le capitaine. Il faut conserver le vague et sur sa nationalité, et sur sa personne, et sur les causes qui l'ont jeté dans cette étrange existence. De plus, l'incident d'un Alabama, ou d'un faux Alabama, est inacceptable et inexplicable. Si Nemo voulait se venger des esclavagistes, il n'avait qu'à servir dans l'armée de Grant, et tout était dit. […] Pour le capitaine Nemo, c'est autre chose… Vous comprenez bien que si c'était un bonhomme à refaire, – ce dont je suis parfaitement incapable, car depuis deux ans que je vis avec lui, je ne saurais le voir autrement, – ce n'était pas un jour qu'il fallait rester à Paris, mais un mois, – ce qui m'était impossible. »

— Lettre à Pierre-Jules Hetzel du 17 mai 1869.

Il est toutefois une suggestion de l'éditeur à laquelle Jules Verne se rallia sans difficulté : ce fut, pour les illustrations, de prêter à Nemo les traits du colonel Charras, un ancien ami politique de l'éditeur, compagnon de combat et d'exil, mort quelques années auparavant, en 1865, sans avoir remis le pied sur le sol français depuis les proscriptions de 1852[9].

Le roman est tout d'abord diffusé en feuilleton dans le Magasin d'éducation et de récréation du 20 mars 1869 au 20 juin 1870[10]. Le premier tome paraît en octobre 1869, le second tome en juin 1870. En raison de la guerre franco-prussienne et des événements de la Commune qui s'en suivirent, la grande édition illustrée n'est publiée que le 16 novembre 1871[11].

Les personnages[modifier | modifier le code]

Pierre Aronnax

Professeur-suppléant au Muséum d'histoire naturelle de Paris, c'est le narrateur du roman. Quadragénaire, spécialiste de minéralogie, de botanique et de zoologie, il pose sur les choses un regard à la fois averti et curieux qui explique les nombreuses digressions scientifiques du roman. Auteur d'un ouvrage à succès, Les Mystères des grands fonds sous-marins, il aura l'occasion, avec Conseil, de faire étalage de ses connaissances en ichtyologie. Il a pratiqué la médecine avant son entrée au Muséum.

Conseil

Domestique d'Aronnax, âgé de trente ans, décrit par son maître comme « un brave Flamand [...] un être flegmatique par nature, régulier par principe, zélé par habitude, s'étonnant peu des surprises de la vie, très adroit de ses mains, apte à tout service, et, en dépit de son nom, ne donnant jamais de conseils ». À force de côtoyer les savants du muséum, Conseil est devenu un spécialiste de la classification des espèces selon la classification linnéene, même s'il est incapable de les reconnaître de visu. Jules Verne lui a donné le nom de l'ingénieur Jacques-François Conseil, inventeur d'un bateau semi-submersible, dont il avait fait la connaissance dans les années 1860[12].

Ned Land

Canadien francophone, ce géant colérique, harponneur à bord de l’Abraham Lincoln de la marine américaine, chasseur de baleines émérite est aussi un grand conteur (le narrateur le qualifie d'« Homère canadien »). Il s'attache à Pierre Aronnax avec lequel il peut parler français et apporte des compétences pratiques qui complètent les connaissances théoriques du savant. Son nom, Land, en anglais « terre », est ironique pour un marin. Il cherche constamment à s'évader du Nautilus et apprécie peu la vie ou la nourriture aquatique qu'on y sert.

Le capitaine Nemo
Article détaillé : Capitaine Nemo.

Son nom signifie en latin « personne » au sens négatif, allusion à Ulysse et Polyphème dans l’Odyssée. Ce personnage savant, sombre et secret, dit avoir renoncé à la société des hommes, et coupé tout lien avec la terre. Il contribue pour beaucoup aux exposés scientifiques qui émaillent la narration. On le voit aider les insurgés crétois contre l'Empire ottoman en 1866-1867 en leur livrant les trésors engloutis qu'il retrouve. Il montre également une haine implacable pour les navires d'un certain pays, qu'il ne précisera jamais à ses passagers (le bateau entrevu ne porte qu'une flamme et pas de pavillon reconnaissable). Jules Verne voulait en faire un Polonais dont la famille aurait été victime de l'oppression russe, mais son éditeur s'y opposa.

Personnages secondaires
  • le capitaine Anderson
  • le commandant Farragut
  • le second du capitaine Nemo

L'équipage du Nautilus reste dans l'ombre, si bien que seul le second du capitaine apparaît de temps en temps, ce qui ajoute d'autant plus de mystère à l'énigmatique vaisseau.

Thèmes abordés dans le roman[modifier | modifier le code]

Roman initiatique, où les héros pénètrent au cœur de l'inconnu (le fond des océans), Vingt mille lieues sous les mers témoigne une fois de plus de l'imagination de son auteur. Si Jules Verne s'appuie sur les connaissances scientifiques de son époque pour décrire le milieu marin, il fait également œuvre d'anticipation en imaginant la possibilité de descendre à des profondeurs encore inexplorées à cette date. De même, le Nautilus passe sous le canal de Suez avant sa percée officielle, et sous l'Antarctique, avant d'aborder le continent du pôle Sud.

Jules Verne fournit au fil des pages quelques descriptifs précis dans les domaines de l'océanographie, la biologie marine et l'ichtyologie. La vision des océans vidés de leurs poissons et de leurs mammifères et « encombrés de méduses » est devenue une réalité du début du XXIe siècle.

« L'embranchement des zoophytes offrait de très curieux spécimens de ses deux groupes des polypes et des échinodermes. Dans le premier groupe, des tubipores, des gorgones disposées en éventail, des éponges douces de Syrie, des isis des Moluques, des pennatules, une virgulaire admirable des mers de Norvège, des ombellulaires variées, des alcyonnaires, toute une série de ces madrépores que mon maître Milne-Edwards a si sagacement classés en sections[13], et parmi lesquels je remarquai d'adorables flabellines, des oculines de l'île Bourbon, le “char de Neptune” des Antilles, de superbes variétés de coraux, enfin toutes les espèces de ces curieux polypiers dont l'assemblage forme des îles entières qui deviendront un jour des continents. »

— Vingt mille lieues sous les mers, première partie, chapitre 11

Le roman est également prétexte à anticiper à partir de la technologie de l'époque en décrivant un sous-marin infiniment plus performant que les modèles qui existaient lorsque Jules Verne écrit son roman. Ainsi nommé en hommage au Nautilus, mis au point en 1797 par l'ingénieur américain Robert Fulton, il marche à l'électricité, qu'il produit en utilisant les ressources minérales que le milieu marin offre généreusement au capitaine Nemo. Dans la réalité, il faudra attendre trente ans après la parution du roman pour voir apparaître le Narval, premier sous-marin opérationnel qui utilise une propulsion mixte, machine à vapeur et électricité. Le premier sous-marin nucléaire est nommé USS Nautilus (SSN-571) et est inauguré en 1954.

Concernant la plongée sous-marine, le scaphandre autonome et la chasse sous-marine : Jules Verne cite notamment les noms de Benoît Rouquayrol, Auguste Denayrouze, Heinrich Daniel Ruhmkorff, Cowper Phipps Coles (qu'il nomme Philippe Coles). L'imprécision orthographique rend parfois la tâche des historiens difficile, ainsi ce « chimiste autrichien Leniebroek » que les spécialistes et amateurs chercheront à identifier.

Parmi les autres thèmes développés par l'auteur on peut citer[réf. nécessaire] :

  • l’éloge de la technologie et de la « fée Électricité » (en opposition à la vapeur) qui permet d’actionner les machineries du Nautilus  ;
  • l’isolement dans les profondeurs des océans d’un homme mis au ban de la société pour des raisons obscures et qui veut cacher des secrets (d’où le nom de « Nemo ») ;
  • le désir de liberté (qu’éprouve ardemment le personnage de Ned Land) ;
  • le désir de conquête (qu’éprouve le capitaine Nemo lorsqu’il déploie son drapeau en débarquant au pôle Sud) ;
  • le désir de destruction pour des raisons idéologiques et que Verne condamne.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Monsieur le professeur, répliqua vivement le commandant, je ne suis pas ce que vous appelez un homme civilisé ! J'ai rompu avec la société tout entière pour des raisons que moi seul j'ai le droit d'apprécier. Je n'obéis donc point à ses règles, et je vous engage à ne jamais les invoquer devant moi[14] ! »
  • « La mer est le vaste réservoir de la nature. C'est par la mer que le globe a pour ainsi dire commencé, et qui sait s'il ne finira pas par elle ! Là est la suprême tranquillité. La mer n'appartient pas aux despotes. À sa surface, ils peuvent encore exercer des droits iniques, s'y battre, s'y dévorer, y transporter toutes les horreurs terrestres. Mais à trente pieds au-dessous de son niveau, leur pouvoir cesse, leur influence s'éteint, leur puissance disparaît ! Ah ! monsieur, vivez, vivez au sein des mers! Là seulement est l'indépendance ! Là je ne connais pas de maîtres ! Là je suis libre[14] ! »
  • « Et ces musiciens ? dis-je
    — Ces musiciens, me répondit le capitaine Nemo, ce sont des contemporains d'Orphée, car les différences chronologiques s'effacent dans la mémoire des morts, – et je suis mort, monsieur le professeur, aussi bien mort que ceux de vos amis qui reposent à six pieds sous terre[15] ! »
  • « Ainsi, suivant mes prévisions, cet homme est mort dans la nuit ?
    — Oui, monsieur Aronnax, répondit le capitaine Nemo.
    — Et il repose maintenant près de ses compagnons, dans ce cimetière de corail ?
    — Oui, oubliés de tous, mais non de nous ! Nous creusons la tombe, et les polypes se chargent d'y sceller nos morts pour l'éternité !
    Et cachant d'un geste brusque son visage dans ses mains crispées, le capitaine essaya vainement de comprimer un sanglot. Puis il ajouta :
    — C'est là notre paisible cimetière, à quelques centaines de pieds au-dessous de la surface des flots !
    — Vos morts y dorment, du moins, tranquilles, capitaine, hors de l'atteinte des requins !
    — Oui, monsieur, répondit gravement le capitaine Nemo, des requins et des hommes[16] ! »
  • « Ah! Tu sais qui je suis, navire d’une nation maudite ! s’écria-t-il de sa voix puissante. Moi, je n’ai pas eu besoin de tes couleurs pour te reconnaître ! Regarde! Je vais te montrer les miennes ! » Et le capitaine Nemo déploya à l’avant de la plate-forme un pavillon noir, semblable à celui qu’il avait déjà planté au pôle Sud.

Le manuscrit[modifier | modifier le code]

Le manuscrit a d'abord été la propriété de la famille Roland Bonaparte qui le céda à la Bibliothèque de la Société de géographie. En 2010, le manuscrit a été vendu à l’État, grâce au fonds du patrimoine. Il est dorénavant conservé en pleine propriété par le département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France[17]. Après numérisation, le manuscrit a été mis en ligne en mars 2014 sur le site Gallica : Vingt mille lieues sous les mers (Première partie) et Vingt mille lieues sous les mers (Deuxième partie).

Adaptations[modifier | modifier le code]

Le roman a donné lieu à plusieurs adaptations, parmi lesquelles :

Cinéma / Télévision[modifier | modifier le code]

Le capitaine Nemo fait également son apparition dans :

Disques[modifier | modifier le code]

En 1955, un disque inspiré du roman de Jules Verne et du film de Richard Fleisher dans lequel Jean Gabin interprète le capitaine Nemo sort en France dans la collection Le Petit Ménestrel (ALB.11). En 1997, le groupe de rap français IAM en sample quelques phrases pour introduire le titre L'Empire du Côté Obscur, issu de l'album L'École du micro d'argent.

Bandes dessinées[modifier | modifier le code]

Dessins animés[modifier | modifier le code]

Attractions[modifier | modifier le code]

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

  • 2002 : Le Secret du Nautilus, jeu d'aventure développé par T-Bot et édité par Cryo Interactive. Il raconte l'histoire d'un scientifique au XXIe siècle redécouvrant le sous-marin abandonné. Il sera amené à l'explorer en détail, découvrir ses secrets (notamment grâce au journal holographique de Nemo), et devra échapper à l'intelligence artificielle de l'engin particulièrement hostile.

Illustrations[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. Astier, « Le Nautilus a-t-il eu un précurseur ? », Bulletin de la Société Jules Verne n°2 (ancienne série), 1936, p. 76–80.
  • Charles Dollfus, « L'origine du Nautilus », Bulletin de la Société Jules Verne n°7 (ancienne série), 1937, p. 79–85.
  • Raymond Thines, « Nemo », Bulletin de la Société Jules Verne n°7 (ancienne série), 1937, p. 6–104.
  • Robert Taussat, « Qui servit de modèle au Capitaine Nemo? », Bulletin de la Société Jules Verne n°14, 1970, p. 113-115.
  • Daniel Compère, « Conseil », Bulletin de la Société Jules Verne n°19, 1971, p. 67–68.
  • Pierre Terrasse, « George Sand et Vingt mille lieues sous les mers », Bulletin de la Société Jules Verne n°22, 1972, p. 143-147.
  • Charles-Noël Martin, « George Sand et le Nautilus », Bulletin de la Société Jules Verne nos 26/27, 1973, p. 36–45.
  • Alain Buisine, « Un cas limite de la description : l'énumération. L'exemple de Vingt mille lieues sous les mers » dans Philippe Bonnefis, La Description, Lille, Université III et Presses Universitaires, 1974, p. 81–102.
  • Pierre Terrasse, « La dédicace de Vingt mille lieues sous les mers », Bulletin de la Société Jules Verne nos 35/36, 1975, p. 55–56.
  • Marcel Destombes, « Le manuscrit de Vingt mille lieues sous les mers de la Société de Géographie de Paris », Bulletin de la Société Jules Verne nos 35/36. 1975 p. 59–70.
  • Michel Mercier, « Les dessous de la mer : De Victor Hugo à Jules Verne », Revue des Lettres modernes, série Jules Verne n°2 : « L'écriture vernienne », Paris, Minard, 1978, p. 57–68.
  • Guy Riegert, « Le Nautilus à Santorin », Bulletin de la Société Jules Verne n°68, 1983, p. 138-144.
  • Makis Trikoukis, « Le Capitaine Nemo et la Commune de Paris », Bulletin de la Société Jules Verne n°77, 1986, p. 5–12.
  • Christian Chelebourg, préface de Vingt mille lieues sous les mers, Livre de Poche-Hachette, 1990, p. III-XXVIII.
  • Christian Chelebourg, « Vingt mille lieues sur canapé », Bulletin de la Société Jules Verne n°98, 1991, p. 35–47.
  • Olivier Dumas, « La loi du Nautilus », Bulletin de la Société Jules Verne n°98, 1991, p. 48.
  • Olivier Dumas, « Les variantes de Vingt mille lieues sous les mers », Bulletin de la Société Jules Verne n°105, 1993, p. 34–35.
  • Michel Kotlarek, « Massé sauvé des eaux », JV n°32, Amiens, 1994, p. 2–3.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Chapitre X.
  2. Chapitre XXI.
  3. Lettre du 25 juillet 1865. La date est donnée par le spécialiste de George Sand, Georges Lubin.
  4. Correspondance, tome 1, p. 41.
  5. Deuxième partie - Chapitre 7
  6. Philippe Valetoux, Jules Verne, en mer et contre tous, Magellan & Co, 2005, p.71
  7. Singulièrement, Richard Fleisher, dans son adaptation du roman à l'écran en 1954, reprend cette idée d'Hetzel.
  8. Lettre de Pierre-Jules Hetzel à Jules Verne du 25 avril 1869.
  9. Consulter les préfaces de Christian Chelebourg en Livre de poche et de Simone Vierne chez Garnier-Flammarion.
  10. Cette édition comporte une présentation « Aux lecteurs du Magasin d'éducation et de récréation », signée Jules Verne, qui ne sera jamais reprise dans les volumes cartonnés.
  11. Piero Gondolo della Riva, Bibliographie analytique de toutes les œuvres de Jules Verne, tome 1, Société Jules-Verne, Paris, 1977.
  12. Daniel Compère, « Jules Verne, un chercheur méthodique »
  13. Jean-Baptiste de Lamarck, Henri Milne Edwards, Gérard Paul Deshayes, Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, tome 2, Baillière, Paris, 1836.
  14. a et b Première partie - Chapitre 10
  15. Première partie - Chapitre 11
  16. Première partie - Chapitre 24
  17. Notice du catalogue général de la BNF.
  18. Histoires de tournages : Nemo de Christophe Gans sur devildead.com.
  19. Nemo de Christophe Gans sur mobilismobile.free.fr.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]