Les Cinq Cents Millions de la Bégum

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Les Cinq Cents Millions de la Bégum
Image illustrative de l'article Les Cinq Cents Millions de la Bégum
Stahlstadt, la Cité de l'acier

Auteur Jules Verne
Genre Roman d'anticipation, roman d'espionnage, utopie
Pays d'origine France
Éditeur Pierre-Jules Hetzel
Date de parution 1879
Dessinateur Léon Benet dit Benett
Série Voyages extraordinaires
Chronologie
Précédent Un capitaine de quinze ans Les Tribulations d'un Chinois en Chine Suivant

Les Cinq Cents Millions de la Bégum est un roman d'anticipation et d'espionnage de Jules Verne, paru en 1879.

Historique[modifier | modifier le code]

Écrit à partir d'un manuscrit de Paschal Grousset intitulé L'Héritage de Langevol[1], le roman paraît d'abord en feuilleton dans le « Magasin d'éducation et de récréation » en 1879, avant d'être repris en volume chez Hetzel, éditeur attitré de Verne.

Intrigue[modifier | modifier le code]

Un Français, le docteur François Sarrasin, et un Allemand, le professeur Schultze sont tous deux héritiers d'une fortune de 500 millions de francs d'une richissime Bégum. Avec sa part, Sarrasin construit en Amérique une ville idéale, basée sur les plus récentes techniques d'urbanisme et d'hygiène (techniques strictes aux allures utopiques) : France-Ville. Schultze, lui, choisit de construire Stahlstadt — la cité de l'acier, une gigantesque usine à canon.

Marcel, le courageux fiancé de la fille de Sarrasin, part espionner la ville en tant que simple ouvrier mais ses talents le feront gravir l'échelle sociale de la ville, jusqu'à devenir le confident de Schultze, qui lui expliquera son projet de détruire Franceville avec son gigantesque canon.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le roman commence dans la chambre d'hôtel de Brighton du docteur. Son fils, Octave, est un étudiant moyen de l'École centrale. Il s'est lié d'amitié à Marcel Bruckmann, qui est un étudiant brillant et qui sert de mentor pour Octave. En apprenant la nouvelle de l'héritage, Octave est rempli de joie, alors que Marcel est plus réservé sur cette nouvelle.

Pendant ce temps, le docteur Sarrasin, toujours à Brighton, décide d'utiliser l'argent pour la construction d'une cité modèle basée sur les principes scientifiques, Franceville. La nouvelle de cet héritage se répand dans l'Europe et jusqu'au professeur Schultze, professeur allemand antifrançais, qui prétend lui aussi à l'héritage. En se rendant en Angleterre, un accord est trouvé : l'héritage est divisé entre les deux hommes.

Cinq ans plus tard, Johann Schwartz (qui est en fait Marcel Bruckmann) se fait engager comme ouvrier à Stahlstadt, la cité de l'acier et cité personnelle du professeur Schultze. Stahlstadt est une immense cité dédiée à la construction de canons. Johann espionne le professeur afin de s'assurer que celui-ci n'a pas de mauvaises intentions contre France-Ville.

Par son travail appliqué, Marcel réussi à devenir le collègue de travail et confident du professeur allemand. Celui-ci lui dévoile alors son projet : il veut détruire France-Ville grâce à un nouveau canon tirant un énorme obus. Malheureusement, Marcel est condamné à mort par le professeur pour avoir eu connaissance de son macabre projet.

Marcel s'échappe alors de Stahlstadt et part prévenir Franceville du plan machiavélique du professeur Schultze.

Quelques jours plus tard, la Bourse de San Francisco annonce que Stahlstadt ne paie plus ses créanciers faute d'argent. De plus, le professeur est annoncé disparu. Marcel, accompagné d'Octave, se rend à Stahlstadt pour essayer de comprendre ce qu'il est advenu du professeur. Ils découvrent ce dernier mort par un de ses engins de destruction.

Marcel propose alors de reprendre Stahlstadt et d'en faire un centre de production pour les industries utiles, dirigé par Marcel.

Marcel épouse finalement la fille du docteur et devient ainsi un membre à part entière de la famille.

Liste des personnages[modifier | modifier le code]

Personnages principaux
  • Docteur François Sarrasin, connu sous le titre de baronnet Bryah Jowahir Mothooranath
  • Professeur Schultze
  • Marcel Bruckmann, connu sous le pseudonyme de Johann Schwartz
  • Octave Sarrasin, le fils du docteur Sarrasin.
Autres personnages
  • Arminius
  • M. Bauer
  • Mme Bauer
  • Carl Bauer
  • Mr. Billows
  • Professeur Binôme
  • Blair-Athol
  • Blunderbuss
  • Docteur Cicogna
  • Francine
  • Lord Glandover
  • Bégum Gokool de Ragginahra
  • Mr. Green
  • Colonel Hendon
  • Bénédict Langévol
  • Jean-Jacques Langévol
  • Julie Langévol
  • M. Lentz
  • Aristide Leroux
  • Docteur Ovidius
  • Mme Sarrasin
  • Isidore Sarrasin
  • Jean Sarrasin
  • Jeanne Sarrasin
  • Ingénieur Maulesmülhe
  • Martin Schultze
  • Thérèse Schultze, née Thérèse Langévol
  • Seligmann
  • Mr. Sharp
  • Sigimer
  • Sohne
  • Docteur Stevenson
  • Stilbing
  • Professeur Turnbull

Les deux villes[modifier | modifier le code]

Stahlstadt[modifier | modifier le code]

Stahlstadt, littéralement la ville de l'acier en allemand, est la ville construite par le professeur Schultze avec l'héritage de la bégum.

Le lecteur découvre la ville par le biais de Johann Schwartz, alias Marcel Bruckmann, qui enquête sur Stahlstadt. Marcel se fait passer pour un ouvrier suisse cherchant du travail. La cité est construite entre des montagnes où le minerai de fer est abondant.

La ville est une immense usine de canons, canons dont la fabrication est tenue secrète. La ville est protégée et fortifiée et pour y accéder, il faut une autorisation.

France-Ville[modifier | modifier le code]

France-Ville apparaît dans le roman comme une cité idéale basée sur les règles de l'hygiène, chères au docteur Sarrasin. La cité est établie aux États-Unis sur les bords du Pacifique.

La description de France-Ville est principalement faite dans le chapitre 10 par la restitution d'un article d'une revue allemande, l'Unsere Centurie. Bien qu'étant une revue dévouée à la cause du professeur Schultze, l'article est néanmoins élogieux pour France-Ville. De cette manière, l'auteur montre que la ville imaginée par le docteur français est au-dessus des nationalismes et qu'elle s'impose comme une « cité modèle » pour tout le monde.

Le choix de l'emplacement ne s'est pas fait par hasard, mais suivant des considérations scientifiques, de manière à assurer un cadre de vie idéal : proximité de l'océan, présence d'une rivière et des montagnes qui arrêtent les vents.

La cité fut entièrement conçue avant sa construction, à la manière d'une ville nouvelle : le plan de la ville et les matériaux de construction des bâtiments sont planifiés. Le tracé des rues se fait à angles droits et à intervalles réguliers. La construction de la ville est régie par dix règles que les architectes sont tenus de respecter.

Le roman est écrit en 1880, mais il propose des idées novatrices pour l'époque, et dont certaines sont d'actualité.

L'hygiène conditionne la vie dans la cité. Les briques utilisées sont aérées de manière à laisser passer l'air. La chambre à coucher, la pièce où l'on passe le plus de temps, doit être correctement meublée : « elle ne doit servir qu’au sommeil ». Les enfants sont éduqués pour rester toujours propres : « ils [les enfants] considèrent une tache sur leurs simples habits comme un déshonneur véritable ». Un réseau d'égouts est mis en place, la nourriture est surveillée pour ne pas vendre de nourriture avariée. Les tapis et les papiers peints sont proscrits des maisons (règle 8) car ils sont d'après l'auteur des « nids à miasmes ». Toutes ces mesures sanitaires font de France-Ville, la cité du plus faible taux de mortalité et les hôpitaux ne sont pas en grand nombre dans la ville.

Toutes ses considérations pour l'hygiène peuvent paraître excessives, mais les découvertes de Louis Pasteur sur les microbes sont contemporaines à l'écriture du roman.

L'environnement est respecté et la nature a une place importante dans la cité. Ainsi la hauteur des maisons ne peut dépasser deux étages pour ne pas accaparer l'air et la lumière (règle 2). Les maisons sont espacées entre elles et elles possèdent chacune un jardin particulier (règle 1). De même des arbres sont plantés de part et d'autre des rues et chaque carrefour a un jardin public. La règle 10 est même une véritable règle écologique avant l'heure : les fumées sont « dépouillées des particules de carbone qu'elles emportent »; les dangers de l'effet de serre ne sont même pas encore connus à cette époque.

Concernant la vie civique, n'importe qui peut vivre à France-Ville à condition d'être « apte à exercer une profession utile ou libérale, dans l’industrie, les sciences ou les arts, de s’engager à observer les lois de la ville. Les existences oisives n’y seraient pas tolérées ». Les industries et les commerces sont aussi libres. Dans les chapitres suivants, la vie politique de la cité est affaire de tous les habitants de la cité qui se réunissent lors de conseils pour débattre (dans un calme total) des décisions à prendre pour la cité.

France-Ville est une utopie, un modèle de ville idéale pour Jules Verne . Un certain nombre d'idées sont même d'actualité : comme la protection de l'environnement, l'importance de la santé (faire du sport, manger sainement).

Néanmoins, la description de cette ville idéale n'échappe pas aux critiques : l'obsession pour la propreté de la cité pourrait conduire à de graves dérives : que deviennent les malades incurables dans une cité qui refuse les microbes et dont le but est de les exterminer ? Il y a un fort risque d'eugénisme de la société. De même, seuls les citoyens pouvant travailler sont acceptés : que deviennent les handicapés dans cette cité ? Il est clair que certains principes fondateurs de cette cité ne peuvent être appliqués de manière stricte sans risquer des dérives idéologiques qui ont pu apparaître au XXe siècle. L'auteur ne semble pas être conscient de ces risques.[réf. nécessaire]

On repérera aussi des traits racistes coutumiers à cette époque, qui seraient insupportables aujourd'hui : comment on éloignera les coolies chinois qui construiront la ville idéale réservée aux blancs (chap. X), puis « les gros nez… », « … l’éternelle aspiration des races jaune ou noire vers la couleur des faces pâles (chap. XI). ».

Comparaison des deux cités[modifier | modifier le code]

Les deux villes ne sont évidemment pas les mêmes.

Tout d'abord Stahlstadt est une ville-usine, tandis que France-Ville est une véritable ville. La construction de la cité de l'Acier s'est faite naturellement dans un lieu où le minerai est présent, alors que France-Ville est construite de manière à avoir le meilleur cadre de vie.

L'architecture des deux villes est totalement différente : Stahlstadt est ronde, construite autour de la tour du Taureau et autour des usines. France-Ville est construite de manière raisonnée autour des habitations et des maisons de ces habitants. Les rues y sont perpendiculaires et régulières.

La philosophie des villes est à l'opposé dans chacune des deux villes : à Stahlstadt les ouvriers forgent des canons qui sont des symboles de mort. Les ouvriers meurent dans les mines afin d'extraire le fer : le mari et le fils de Mme Bauer. France-Ville a des préceptes pour garder ses citoyens le plus longtemps en vie avec un mode de vie hygiénique.

D'un point de vue civique, France-Ville n'est pas rattachée à son fondateur (France-Ville est créée par un comité), l'ensemble des citoyens participent à la vie politique de la ville. À l'opposé de Stahlstadt qui est fondée uniquement par le professeur allemand. D'ailleurs lorsque celui-ci meurt, la ville meurt aussi avec lui. France-Ville n'est pas aussi dépendante de son créateur.

Thèmes abordés[modifier | modifier le code]

Ce roman est l'un des plus réussis de l'auteur, tant par le rythme de l'action et les multiples rebondissements, que par la richesse des descriptions. Parmi les thèmes qui peuvent être développés autour de cette œuvre :

  • le monde des mines de charbon, qui rappelle un autre roman centré sur ce thème : Les Indes noires ;
  • deux visions de l'urbanisme utopique se matérialisant par deux représentations de l'avenir en une forme spécifique d'habitat de masse : les théories hygiénistes du Dr Sarrasin face au positivisme scientiste du Dr Schultze ;
  • le nationalisme des protagonistes (qui s'explique par le contexte, cf. ci-après)
  • la formation technique, soit par le système français des grandes écoles (esquissé dans les premiers chapitres), soit par la formation professionnelle en usine telle qu'elle se pratique à Stahlstadt. On retrouve d'ailleurs ce thème de la formation technique, et de sa valeur intrinsèque dans la formation morale de l'individu, dans un autre roman de Jules Verne, L'Étoile du sud.
  • il y a aussi comme une prémonition de la seconde guerre mondiale, car Herr Schultze est un Hitler anticipé. Selon lui la race germanique est supérieure à toutes les autres races et France-Ville, construite par un Français inconscient, doit être détruite.

Liste des chapitres[modifier | modifier le code]

  1. Où Mr. Sharp fait son entrée
  2. Deux copains
  3. Un fait divers
  4. Part à deux
  5. La Cité de l'acier
  6. Le Puits Albrecht
  7. Le bloc central
  8. La caverne du dragon
  9. PPC
  10. Un article de l’Unsere Centurie, revue allemande
  11. Un dîner chez le docteur Sarrasin
  12. Le Conseil
  13. Marcel Bruckmann au professeur Schultze, Stahlstadt
  14. Branle-bas de combat
  15. La Bourse de San Francisco
  16. Deux français contre une ville
  17. Explications à coups de fusil
  18. L'Amande du noyau
  19. Une affaire de famille
  20. Conclusion

Contexte[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Revue Jules Verne 2, L'argent, 1996 ; Revue Jules Verne 7, Jules Verne et la cité, 1999.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simone Vierne, L'authenticité de quelques œuvres de Jules Verne, in Annales de Bretagne et du pays nantais, LXXIII, n°3, sept. 1966, pp. 445-458

Article connexe[modifier | modifier le code]


Liens externes[modifier | modifier le code]