Les Aventures du capitaine Hatteras

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Les Aventures du capitaine Hatteras
Image illustrative de l'article Les Aventures du capitaine Hatteras
Couverture originale

Auteur Jules Verne
Genre Roman d'aventures
Pays d'origine France
Éditeur Pierre-Jules Hetzel
Collection Les Voyages extraordinaires
Date de parution 1866
Dessinateur Édouard Riou
Chronologie
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Les Aventures du capitaine Hatteras est un roman de Jules Verne, paru en 1866.

Historique[modifier | modifier le code]

Le roman paraît en feuilleton dès le premier numéro du Magasin d'Éducation et de Récréation en deux parties : Les Anglais au Pôle Nord est publié du 20 mars 1864 au 20 février 1865 ; Le Désert de glace, du 5 mars au 5 décembre 1865. La grande édition in 8° est mise en vente à partir du , sous le titre Voyages et aventures du Capitaine Hatteras[1]. Les 150 vignettes qui illustrent le volume sont dues à Édouard Riou.

Différentes versions[modifier | modifier le code]

En 1855, Jules Verne publie une nouvelle intitulée Un hivernage dans les glaces dans le Musée des familles. Elle comporte certains éléments qui figureront plus tard dans le roman. Une première version de Voyages et aventures du capitaine Hatteras paraît en 1864 sous forme de deux romans séparés Les Anglais au pôle Nord et Le Désert de glace. Jules Verne remanie ensuite le récit ; les illustrations de Riou sont rajoutés et le roman est réédité en décembre 1866. La version définitive paraît sous forme de feuilleton dans le bi-mensuel Le Magasin d’Éducation et de Récréation à partir de mars 1864, dans le premier numéro de ce magazine.

Résumé[modifier | modifier le code]

Les Anglais au Pôle Nord[modifier | modifier le code]

À Liverpool, un brick le Forward (en français : En avant) attire la curiosité de tous : il est visiblement conçu pour les mers polaires, mais de nombreux détails dans sa construction intriguent. De plus, les marins sont très bien payés, mais ils ignorent la destination du bateau ; le bateau emmène une énorme quantité de poudre, mais peu d'armes. Le capitaine est absent et inconnu, le second en titre, Shandon joue le rôle de capitaine. Il y a un chien qui est déjà présent sur le bateau et qui attire la curiosité de l'équipage.

Le médecin Clawbonny arrive sur le bateau (chapitre III), mais il n'en sait pas plus que tous les autres. Il a été contacté par lettre uniquement. Cela ne l'inquiète pas, car il est avide d'expériences nouvelles.

Une première lettre apportée par le chien indique la première étape du bateau (chapitre IV). Le bateau part (chapitre V). Ensuite, le docteur Clawbonny décrit les précédentes explorations des régions polaires de 970 à 1845. Le bateau passe par la côte est du Groenland (chapitre VII). L'équipage récrimine : il n'est pas possible de boire de l'alcool, de plus, le chien paraît bien étrange (chapitre VIII).

Une lettre apparaît mystérieusement, provenant du capitaine inconnu (chapitre IX), elle indique l'étape suivante ; le bateau fait escale à Upernivik (orthographié Uppernawik dans le livre de Jules Verne), « établissement le plus septentrional que possède le Danemark sur ces côtes » chez les Eskimaux. Des membres de l'équipage tentent de noyer le chien ; par suite d'une illusion d'optique liée à la réfraction, il réapparaît sous la forme temporaire d'un géant, provoquant l'effroi de l'équipage (chapitre X).

Un iceberg menace le navire, le vrai capitaine apparaît enfin et sauve le navire d'un danger immédiat. Il s'appelle Hatteras et son but est d'atteindre le pôle Nord géographique, pour la gloire de l'Angleterre (chapitre XII) ; on apprend aussi le nom du chien : Duk. Un iceberg bloque le passage ; on charge un canon avec une triple dose de poudre, mais sans boulet ; le boum sonique provoque la destruction de l'iceberg.

L'expédition atteint le pôle Nord magnétique, mais ce n'est intéressant que pour le médecin Clawbonny : « comme vous le voyez, il n'y a pas la moindre montagne capable d'attirer les vaisseaux, de leur arracher leur fer, ancre par ancre, et vos souliers eux-mêmes sont aussi libres qu'en tout autre point du globe » (chapitre XVI). Alors que l'équipage chasse une baleine, celle-ci est écrasée entre 2 icebergs. Ceci illustre l'extrême danger permanent. (chapitre XIX). L'expédition dépasse le cap Dundas (actuelle Base aérienne de Thulé)) et atteint le point où elle pensait trouver des réserves de combustibles, mais les eskimaux ont pillé ces réserves. Le maître d'équipage Johnson relate la mort du lieutenant Bellot dans une expédition précédente, c'était un officier très estimé par ses hommes, mort courageusement dans un accident en faisant son devoir.

Le brick Forward est soulevé par les glaces et dérive avec elles (chapitre XXIII). Trompé par une illusion d'optique, le médecin tue un renard alors qu'il croyait tirer sur un ours. Le renard s'avère porter un collier datant d'une précédente expédition datant de 1848, 12 ans auparavant (chapitre XXV). Le chapitre suivant (XXVI) décrit les conditions de vie dans le bateau immobilisé et l'apparition du scorbut. Comme il n'y a plus de combustible, l'équipage veut commencer à démanteler le bateau pour en brûler des morceaux. C'est un coup terrible pour le capitaine Hatteras qui doit laisser faire. Le navire continue à dériver, vers le Nord (chapitre XXVII).

Le capitaine Hatteras part en traîneau à chiens pour une expédition de 250 milles afin d'atteindre un gisement de charbon ; ses compagnons sont le médecin Clawbonny et 2 hommes d'équipage, Bell et Simpson, et le chien Duk (chapitre XXVIII). Après bien des péripéties, un problème plus grave se produit : Simpson est gravement malade, puis il meurt en maudissant le capitaine Hatteras (chapitre XXXI). En voulant l'enterrer, les 3 survivants découvrent qu'il y a des hommes sous leur pied qui viennent d'être ensevelis vivants ; l'un d'eux est encore vivant. Il s'agissait d'une expédition américaine. Ils reviennent au brick Forward, sans le charbon espéré ; de plus, en arrivant, ils découvrent que l'équipage s'est mutiné, a mis le feu au navire et est reparti vers le Sud. Il ne reste plus que le fidèle maître d'équipage Johnson.

Le Désert de glace[modifier | modifier le code]

Les Anglais et le rescapé, l'Américain Altamont passent l'hiver dans une maison spacieuse qu'ils ont construite eux-mêmes en glace. Les Anglais se doutent dès le début que le capitaine Altamont dirigeait une expédition américaine vers le pôle Nord. C'est source de nombreuses disputes entre lui et le capitaine Hatteras.

Leur maison de glace est assiégée par des ours ; ils en réchappent.

Le printemps arrive et l'expédition vers le pôle Nord continue. Lors d'une chasse aux bœufs musqués, le capitaine Altamont sauve la vie du capitaine Hatteras, bien qu'il soit son rival ; celui-ci lui en est reconnaissant.

L'expédition arrive à une mer libre de glace, ils réussissent à fabriquer une barque, échappent à un tourbillon et arrivent sur l'île où se trouve le pôle Nord. Celui-ci se trouve dans le cratère d'un volcan ; le capitaine Hatteras ose y aller, il survit mais devient fou. Le voyage de retour est décrit rapidement par Jules Verne.

À la fin du roman, Hatteras est toujours fou, soigné par le médecin Clawbonny. Le chien Duk lui est toujours entièrement dévoué ; jusqu'à la dernière phrase du livre, le capitaine Hatteras est obsédé par le pôle Nord. En effet même à l'hôpital où il est interné, il effectue tous les jours la même promenade, du sud vers le Nord

Réalité historique[modifier | modifier le code]

Théorie de la mer polaire libre de glace[modifier | modifier le code]

Ce roman est en partie basé sur l'hypothèse d'une mer polaire libre de glace. Historiquement, le géographe August Peterman fut le principal tenant de cette théorie, elle influença certaines expéditions de 1853 à 1876. L'écrivain J.-M.-G. Le Clézio indique que la route qu'a suivi le capitaine Hatteras est la même que celle suivie par Markemson (interview de 2003 dans un numéro Hors-Série du mensuel Géo).

En fait, le pôle Nord ne fut atteint qu'en 1926 par Roald Amundsen et Umberto Nobile. Au chapitre XXIV de la deuxième partie, Jules Verne reconnaît indirectement que le pôle Nord n'est pas près d'être atteint : il reconnaît qu'il est probable que le centre de l'Afrique et celui de l'Australie seront atteints avant le pôle Nord.

Groenland, « Terre verte » au Xe siècle[modifier | modifier le code]

Jules Verne indique que suivant les chroniqueurs islandais, il y avait 200 villages florissants aux environs du Xe siècle au Groenland (green land, pays vert) (chapitre VII de la première partie). À l'époque actuelle, cette théorie est toujours d'actualité : les scientifiques pensent qu'il y a eu un réchauffement temporaire du Groenland qui a permis à des villages de se développer.

Personnages[modifier | modifier le code]

Le chien Duk, le dog-captain[modifier | modifier le code]

Le chien Duk est le personnage le plus original de ce roman ; il est beaucoup plus présent que le capitaine Hatteras. D'innombrables anecdotes originales sur ce chien illustrent ce roman. Plusieurs des vignettes de Riou le concernent : l'une d'elle en particulier au chapitre VIII représente une vision onirique où le chien tient la barre du navire. C'est le médecin Clawbonny qui se montre le plus affectueux avec lui, mais il est avant tout totalement fidèle au capitaine Hatteras, et seulement ensuite au groupe.

Les autres chiens dans les livres de Jules Verne ne jouent qu'un rôle mineur : Top dans L'Île mystérieuse et Zol dans Les Naufragés du « Jonathan ».

Le médecin Clawbonny[modifier | modifier le code]

Le médecin Clawbonny, nom emprunté au récit de James Fenimore Cooper à bord et à Terre[2], présente des traits communs avec de nombreux autres personnages de Jules Verne : c'est un savant distrait, mais d'une culture encyclopédique. Il est la source de nombreuses anecdotes amusantes : « La classe des animaux articulés, ordre des diptères, famille des culicides, division des nématocères, fut représentée par un simple moustique, un seul, dont le docteur eut la joie de s'emparer après avoir subi ses morsures. » (chapitre XX de la première partie).

On retrouve les différents traits de caractères du médecin Clawbonny à de multiples exemplaires dans l'œuvre de Jules Verne, par exemple, dans le naturaliste Aronnax de Vingt mille lieues sous les mers ou le géographe Paganel de Les Enfants du capitaine Grant. Un de ces traits est plus rare chez Jules Verne : il essaie d'éviter les disputes entre l'anglais Hatteras et l'américain Altamont, il tente de détourner la conversation lorsqu'un sujet trop brûlant est abordé.

L'Anglais John Hatteras[modifier | modifier le code]

Personnage éponyme du roman, il est pourtant souvent relégué au second plan. Doté d'une volonté de fer, il est anglais et fier de l'être. Jules Verne le présente au chapitre XII de la première partie : « Si je n'étais anglais (…), je voudrais être anglais » (chapitre XII). « Un caractère à ne jamais reculer, et prêt à jouer la vie des autres avec autant de conviction que la sienne ». Il a la même devise que l'amiral Nelson « L'Angleterre attend que chacun fasse son devoir », England expects every man to do his duty. Le but du capitaine Hatteras est que la première expédition à atteindre le pôle Nord soit indiscutablement anglaise. C'est la cause de nombreuses disputes avec l'américain Altamont, un membre de l'expédition dans la deuxième partie du roman.

Malgré son caractère intransigeant, le capitaine Hatteras peut ressentir des sentiments humains :

  • Il n'est pas imperturbable devant la souffrance humaine.
  • Dans la version finale du livre, lorsque l'américain Altamont, son rival, lui sauve la vie, il éprouve une reconnaissance sincère.

Dans le manuscrit initial, Verne faisait mourir Hatteras en atteignant le pôle Nord, mais, influencé peut-être par Hetzel, il choisit une autre fin : Hatteras atteint le pôle Nord, mais devient fou. Même dans sa folie, jusqu'à la dernière phrase du livre, le capitaine Hatteras est obsédé par le pôle Nord.

L'Américain Altamont, rival du capitaine Hatteras[modifier | modifier le code]

Il dirigeait une expédition américaine. Il est le seul survivant de cette expédition. Enfoui sous la neige, il a été sauvé de justesse par le médecin Clawbonny et ses compagnons à la fin de la première partie Les Anglais au Pôle Nord. C'est l'un des personnages principaux de la deuxième partie Le désert de glace : il est un membre de l'expédition, le capitaine Hatteras le ressent comme un rival car il est américain. Au début, le capitaine Altamont cache le fait qu'il était membre d'une expédition américaine vers le pôle Nord. Les disputes de Hatteras avec Altamont sont parfois puériles : si l'expédition utilise les débris d'un bateau américain pour atteindre le pôle Nord, Hatteras redoute que l'expédition soit considérée comme américaine.

Shandon, le second du bateau, devenu un traître[modifier | modifier le code]

Ce personnage n'est présent qu'au début de la première partie Les Anglais au pôle Nord. Il est d'abord le capitaine du navire, puis Hatteras devient capitaine et il n'est plus que second. Il prend cela très mal ; Hatteras est bien conscient qu'il s'est mis à dos son second. Lorsque les conditions de vie deviennent trop dures et que le capitaine Hatteras est parti en expédition durant plusieurs jours, il se mutine avec la plus grande partie de l'équipage et tente avec eux le retour. À la fin du livre, il s'avère que lui et ses compagnons ont subi une juste punition : affamés, ils ont eu recours à l'anthropophagie, mais ils sont tous morts. Le thème de l'anthropophagie est fréquent chez Jules Verne.

Curiosités scientifiques[modifier | modifier le code]

La lèpre et le régime alimentaire

Une phrase assez curieuse de Jules Verne est sans doute représentative[réf. nécessaire] de l'opinion de certains des contemporains de Jules Verne sur la lèpre (chapitre X) : « comme chez tous les peuples ichtyophages, la lèpre les rongeait en partie, mais ils ne s'en portaient pas plus mal pour cela ».

Les records de température supportables par l'homme

Dans un passage du livre (chapitre IX de la deuxième partie), Jules Verne relate une série de records de température élevée supportée par l'homme. Ce passage est peu crédible pour un lecteur moderne, mais reste frappant :

« Des filles de service au four banal de la ville de La Rochefoucauld, en France, pouvaient rester dix minutes dans ce four, pendant que la température s'y trouvait à trois cent degrés (+132° degré Celsius), c'est-à-dire supérieure de quatre-vingt-neuf degrés à l'eau bouillante, et tandis qu'autour d'elles des pommes et de la viande grillaient parfaitement. – Quelles filles! ». La citation précédente est suivie par le même type de record, établi cette fois-ci par un anglais, à la grande déception d'Altamont.

Le dernier exemple concerne les records établis pour l'eau bouillante : « Le duc de Raguse et le docteur Jung, un Français et un Autrichien virent un Turc se plonger dans un bain qui marquait 170°(+78° Celsius).(…) Il fallait que ce Turc fût un homme peu ordinaire pour supporter une chaleur pareille! ».

Thèmes abordés dans le roman[modifier | modifier le code]

  • L’exploration de terres inconnues et la conquête du Pôle Nord (l’unique obsession du capitaine Hatteras, ce qui causera sa folie)
  • La folie, thème vernien récurrent justement, qu'on retrouve à travers toute son œuvre et encore trente ans plus tard dans Face au drapeau
  • Étude ethnographique des peuples hyperboréens (les Eskimaux)
  • La dure survie dans un environnement extrême (lutte contre le froid, la neige [le snow-blindness] et les ours polaires)

Liste des personnages[modifier | modifier le code]

  • Altamont
  • Bell
  • Lieutenant Bellot
  • Bolton
  • Brunton
  • Captain Dog
  • Docteur Clawbonny
  • Clifton
  • Maître Cornhill
  • Duk
  • Foker
  • Garry
  • Grinnel
  • Gripper
  • Capitaine John Hatteras, connu sous le pseudonyme de K. Z.
  • Johnson
  • Docteur Kane
  • Pen
  • Plower
  • Richard Shandon
  • Simpson
  • Strong
  • James Wall
  • Waren
  • Wolsten

Citations[modifier | modifier le code]

« Le Français disait devant lui avec ce qu'il supposait être de la politesse, et même de l'amabilité: «Si je n'étais Français, je voudrais être Anglais». «Si je n'étais Anglais, moi, répondit Hatteras, je voudrais être Anglais.» »[3]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Piero Gondolo della Riva. Bibliographie analytique de toutes les œuvres de Jules Verne. Tome I. Pages 10-12. Paris. 1977.
  2. d'après Alexandre Tarrieu. Les 1000 yeux de Tarrieu. Revue Jules Verne 29. Jules Verne au Canada. Pages 107. 2009.
  3. Première partie. Chapitre XII

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]