Sinop (ville)

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Sinop
Image illustrative de l'article Sinop (ville)
Administration
Pays Drapeau de la Turquie Turquie
Région Région de la mer Noire
Province Sinop
District Sinop
Maire
Mandat
Zeki Yılmazer, AKP
2004
Préfet Zeki Şanal
Indicatif téléphonique international +(90)
Plaque minéralogique 57
Démographie
Population 47 000 hab.
Géographie
Coordonnées 42° 02′ 00″ N 35° 09′ 00″ E / 42.033333, 35.1542° 02′ 00″ Nord 35° 09′ 00″ Est / 42.033333, 35.15  
Altitude 0 m
Localisation
Districts de la province de Sinop
Districts de la province de Sinop

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Sinop

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Sinop
Liens
Site de la mairie http://www.sinop.bel.tr
Site de la province http://www.sinop.gov.tr
Sources
« Index Mundi/Turquie »
Medresse de Pervâne (mosquée Alâiye, XIIIe siècle), aquarelle de Jules Laurens réalisée vers 1846 lors de l'expédition Hommaire de Hell.

Sinop (anciennement Sinope, en grec ancien Σινώπη) est une ville de Turquie, préfecture de la province de Sinop, située au bord de la mer Noire. On peut trouver dans quelques endroits de la ville des ruines du château de Sinop. La ville possède la prison la plus ancienne de Turquie, qui date de l'Empire ottoman.


Géographie[modifier | modifier le code]

La situation exceptionnelle de Sinop tient au fait qu'elle se situait à mi-chemin du Bosphore et de la Colchide, et en face de la Crimée. La côte est pourvue de récifs abrupts, et côté terre, des remparts assuraient sa protection. La rade du port se situait à l'est, sur une presqu'île, Boz Tepe, longue de 5 km. La ville comportait une agora, des péristyles et un gymnase.

Les sols environnants, particulièrement fertiles, ainsi que des pâturages, fournissaient une subsistance à la population, et lui permettaient d'exporter des vins, huiles, fruits secs et bois de construction. Une activité importante de pêche au thon était également pratiquée, ainsi que le rapporte le géographe Strabon : « Sinope exportait surtout des sortes de petits thons, les pélamydes, qui naissent dans les marais de la Méotide[1] et, quand ils ont acquis un peu de force, se précipitent en bancs vers le détroit et suivent la côte asiatique jusqu’à Trapézonte et Pharnacia. Quand ils atteignent Sinope, ils sont à point pour être pêchés et salés »[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Histoire antique[modifier | modifier le code]

Dans l'Antiquité, elle était considérée comme une des plus importantes villes de la région de la mer Noire. La cité fut fondée par des colons de Milet[3] aux environs de -630 ; son port se nommait Hercamène. Elle fut longtemps indépendante et fonda elle-même ses propres colonies, dont peut-être Trapézonte. Son autonomie fut préservée malgré les invasions perses du VIe siècle av. J.-C. et celles d'Alexandre le Grand.

C'est finalement le royaume du Pont qui l'annexa en -183 et en fit sa capitale. Le roi du Pont Mithridate VI du Pont, qui y naquit en -132, mena une politique expansionniste en Mer Noire qui apporta rayonnement et prospérité à la cité. En -70, lors de la Troisième guerre de Mithridate, la ville fut prise par les Romains de Lucullus mais conserva un statut privilégié.

Histoire médiévale et contemporaine[modifier | modifier le code]

Dans l’Antiquité tardive, Sinope est une ville maritime majeure de l’Empire romain sur le Pont, occupant l’isthme d’une péninsule du thème des Arméniaques, sur la côte sud de la mer Noire. Port anatolien le plus proche de la Crimée, Sinope en est la porte d’entrée, ainsi que celle des autres comptoirs marchands de la mer Noire en Scythie mineure, aux bouches de l’Istros et en Scythie majeure. La ville doit sa prospérité non à ses productions ou à ses exportations (huile d’olive, bois de construction navale, miel, poisson salé, terre de Sinope), mais à sa fonction d’entrepôt général de la mer Noire. L’évêché, dont le saint patron est le premier évêque, Phocas, est un siège suffragant d’Amasée. Les liens avec Cherson et Tomis se retrouvent également dans le domaine ecclésiastique à partir de la légende de saint André. Une inscription, remployée dans le rempart, indique aussi la présence d’un meizotéros de l’évêque de Cherson à Sinope, à savoir un administrateur des propriétés ecclésiastiques dépendant de ce siège dans la région. C’est depuis ce port qu’en 580, Tibère II envoie une expédition en Scythie, l’actuelle Ukraine.

Plus tard, Sinope, ville fortifiée, appartient au thème des Arméniaques à la révolte duquel elle participe en 793, ce qui vaut à son évêque Grégoire d’être exécuté.

En 834, la ville est investie par le chef kurde Nasır surnommé Théophobos (craignant Dieu) qui se fait proclamer basileus par une troupe de mercenaires « perses ». Il s’allie rapidement avec l'empereur Théophile et finit par se réfugier à Constantinople en 838. Les Arabes assiègent la cité en 858, bien qu’elle soit en dehors de leur rayon d’action habituel. La ville tombe entre les mains des musulmans en 1081, lorsque l’émir turc Karatekin y établit un petit État seldjoukide, et s’empare de l’important trésor impérial qui s’y trouvait. Mais il est trahi par ses propres officiers et la ville est rendue au général grec Constantin Dalassène pour le compte de l’empereur Alexis Ier Comnène. Elle retrouve une certaine prospérité et constitue en 1180-1182 une des principales forteresses du futur empereur Andronic Ier Comnène.

En 1204/1205, elle passe sous le contrôle de l’Empire de Trébizonde d’Alexis et David Comnène. En 1214, elle est prise cette fois par les Turcs du sultanat de Roum. En 1458 elle passe aux mains du sultan ottoman Mehmed II. Petit à petit, pour échapper au « haraç » (double-capitation) et à la « pédomazoma » (enlèvement des garçons pour le corps des janissaires) les habitants chrétiens adoptent l’islam et la langue turque, de sorte qu’en 1923 (expulsion des chrétiens selon le traité de Lausanne) les non-musulmans ne représentaient pas plus de 15 % de la population.

La ville, à l’origine une colonie de Milet, conserve jusqu’à l'époque moderne une organisation héritée du plan hippodamien classique, dont la grille s’étend sur l’essentiel du col de l’isthme avec un module de base estimé à 100 × 60 m. La période romaine voit peut-être un déplacement du centre politique vers l’est, mais à l’époque byzantine, la citadelle de l’acropole, située à l’extrémité ouest, redevient le centre de la vie urbaine. La ville possède deux ports, respectivement sur la côte nord et sud de l’isthme, le second étant le plus important, et une enceinte dont les différentes phases de construction et de restauration s’échelonnent entre l’époque hellénistique et l’époque ottomane. Des tours en forme de V sur la courtine nord de l’acropole indiquent peut-être une réfection romaine tardive, mais la principale reconstruction des fortifications, attestée par une inscription de la citadelle, date de 1215 et de la prise de contrôle de la ville par les Seldjoukides.

Durant la guerre de Crimée, la flotte turque est détruite par l'escadre russe dans le port de Sinop, le 30 novembre 1853.

Au XIXe siècle, le port est la seconde escale des paquebots reliant Constantinople à Trébizonde.

L'origine du sinople[modifier | modifier le code]

Le nom de la ville est à l'origine du sinople (vert) héraldique, avec un passage mal expliqué du rouge (couleur de sa terre) au vert. La terre de couleur ocre appelée miltos était extraite dans l'arrière-pays. Ce vermillon servait principalement dans les chantiers navals.

Personnalités nées à Sinop[modifier | modifier le code]

Voir la catégorie : Naissance à Sinop.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. aujourd’hui la mer d'Azov
  2. Modèle:StraGéo VII, 6, 2
  3. Anabase de Xénophon (Livre VI, ch. I, 15)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) A. Bryer et D. Winfield, The Byzantine monuments and topography of the Pontos, 69-91.

Liens externes[modifier | modifier le code]