Réfugié écologique

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Les réfugiés climatiques ou écologiques ou écoréfugiés sont une catégorie de réfugiés environnementaux[1].
Ce sont des personnes ou groupes qui sont obligées de se déplacer - de façon temporaire ou permanente - à cause de la dégradation de leur environnement local ou biogéographique qui ne leur permet plus de vivre normalement en sécurité et subvenir à leurs besoins primaires. Ce sont souvent des agriculteurs, mais aussi parfois des chasseurs-cueilleurs, des pêcheurs ou des éleveurs[2].

Les causes[modifier | modifier le code]

Les causes principales et "classiques" de leurs déplacements sont la désertification, la déforestation, la salinisation, l'érosion ou divers problèmes de toxicité du sol, de l'air ou de l'eau. Des causes plus récentes et qui selon le GIEC devraient s'aggraver sont les conséquences directes et indirectes des modifications climatiques, avec en particulier une montée de l'océan attendue pour les décennies et siècles à venir (Sur les 21 villes qui, en 2015, compteront plus de 10 millions d'habitants, 16 sont littorales[3]). S'ajoutent l'avancée de déserts, l'assèchement de lacs ou même de mers intérieurs (ex : Mer d'Aral).

Terminologies[modifier | modifier le code]

Ce sont les photographes et journalistes du Collectif ARGOS, basé à Paris, qui avaient commencé leurs investigations sur ce sujet en 2002, qui semblent avoir diffusé l'expression « réfugiés climatiques », ou qui l'auraient utilisé en France pour la première fois.
Mais El Hinnawi pour l'ONU avait dès 1985 utilisé[4] l'expression « réfugié environnemental (Environmental Refugees) » en 1985 à propos des populations déplacées suite aux sécheresses subsahariennes et aux dégradations de leurs territoires. Certains auteurs comme Norman Myers, dès les années 1990 parlent d'exode environnemental, à propos des conséquences du changement climatique[5]

Éléments de définition[modifier | modifier le code]

L'Organisation internationale des migrations retient la définition suivante[6] : « On appelle migrants environnementaux les personnes ou groupes de personnes qui, essentiellement pour des raisons liées à un changement environnemental soudain ou progressif influant négativement sur leur vie ou leurs conditions de vie, sont contraintes de quitter leur foyer ou le quittent de leur propre initiative, temporairement ou définitivement, et qui, de ce fait, se déplacent à l’intérieur de leur pays ou en sortent. »

Selon l'ONU, 20 millions de personnes ont déjà du se déplacer ou être déplacées pour des raisons environnementales (érosion et salinisation des terres arables, pollution des nappes phréatiques, etc.).

État des lieux et éléments statistiques[modifier | modifier le code]

Selon un rapport[7] de prospective produit par l'organisation humanitaire britannique Christian Aid, il y aurait déjà 163 millions de personnes ayant du quitter leur foyer suite aux conflits, catastrophes naturelles et grands projets de développement (mines, barrages, périurbanisation, cultures d'agrocarburants, etc.). Et, de 2000 à 2050, ce sont au moins un milliard de personnes qui devraient migrer de par le monde, dont plus de la moitié pour s'adapter au réchauffement climatique ou en fuir certaines conséquences. 645 millions migreraient pour des raisons énergétiques, 50 millions à cause de conflits et atteintes aux droits de l’Homme (pouvant être exacerbés par la déforestation, le manque d'eau et la perte continue de terres arables). 250 millions de personnes migreraient à cause de phénomènes directement induits par le dérèglement climatique (inondations, sécheresses, pénuries d'eau et d'aliments, maladies émergentes...).

Les Nations unies (ONU) évaluent[8] à 50 millions le nombre d’habitants qui pourraient être contraints de quitter leur lieu de vie en raison des conséquences du changement climatique (avancée du désert de Gobi en Chine, qui s'agrandit de 10 000 km2 par an), inondations au Bangladesh[8] et dans le delta du Nil[8], submersion d’archipels comme les îles Tuvalu[8] où 11 600 personnes sont menacées par l'élévation du niveau de la mer, ou encore des populations inuit et amérindiennes d'Alaska (213 communautés menacées par le recul des glaces et par le recul du trait de côte induit par la fonte du pergélisol et par la montée chaque année croissante du plus haut niveau des marées[8]). L'érosion ou la désertification des sols menace les marges de l'Europe, dont la Turquie concernée par 160 000 km2 de sols cultivables dégradés par l'érosion et le manque d'eau[8]. En Égypte ce sont environ 50 % des terres arables irriguées qui sont déjà touchées par la salinisation[8].
Estimé à 25 millions de personnes début 2008 par Janos Bogardi[9], rien que pour les réfugiés climatiques sans statuts, chiffre repris par la députée européenne et Présidente de la Sous-commission des droits de l'Homme du Parlement européen, Hélène Flautre[10], le nombre d'écoréfugiés est en augmentation constante[8]. D’ici à la fin du siècle, le nombre des réfugiés climatiques pourrait être porté à 150 millions. L'anglais Norman Myers estime que le nombre de réfugiés climatiques pourrait atteindre 200 millions à l'horizon 2050[réf. nécessaire]. Toutefois un chiffre précis sera longtemps sujet à caution dans la mesure où le lien entre dégradation environnementale et décision de migrer reste difficile à établir[11].

Vers un statut et une reconnaissance juridiques[modifier | modifier le code]

À ce jour, il n'existe pas de statut défini juridiquement pour les réfugiés écologiques dans le droit international (qui date de 1951 pour ce qui concerne les droits et statuts des réfugiés). Pourtant cette nouvelle catégorie de réfugiés impose des défis nouveaux[12], et interpelle le droit public local et international[13], notamment dans la perspective d'une augmentation rapide probable de leur nombre[14],[15].
Il a fallu attendre les années 1990 pour que la dégradation environnementale et climatique soit clairement associée à des problèmes de migration forcée (avec par exemple l'exode vers le Ghana des éleveurs Peuls du Mali et du Burkina Faso en 1983-84[16], la fuite des agriculteurs mozambicain en 1992-93 vers la Zambie, et celle des Soninké de la région de Kayes au Mali[16]. L'extension du désert vers la mer a également poussé des mauritaniens à se réfugier au Sénégal[17]


L'ONU appelle néanmoins à la reconnaissance d’un statut juridique pour les réfugiés environnementaux, sur le même mode que les réfugiés politiques[18].
Un tel statut pourrait également inclure les réfugiés de catastrophes naturelles autres que climatiques, comme les victimes de séismes ou de cyclones.

Partant du constat de fréquentes violations du droit des hommes et des populations autochtones associées au changement climatique, et craignant une augmentation rapide du nombre des réfugiés écologiques, un programme intitulé " Climate justice " est né, porté par des associations de juristes et 70 ONG (dont les Amis de la Terre, Greenpeace, le WWF...). Il a pour objet de contribuer à la mise en place de nouvelles règles et statuts pour une justice climatique.
Une Fondation (LISER) a été créée en 2002 pour aider les réfugiés environnementaux à être juridiquement mieux reconnus et entendus.

En Belgique, en 2006, Philippe Mahoux a proposé au Sénat une Proposition de résolution visant à la reconnaissance dans les conventions internationales du statut de réfugié environnemental[19]

Montée des eaux et réfugiés dans le monde[modifier | modifier le code]

L'atoll de Funafuti à Tuvalu

Il n'existe pas de statistiques très précises sur ce phénomène. C'est un des sujets de travail du réseau scientifique TERRA (Travaux, Études, Recherches sur les Réfugiés et l'Asile) créé sur le thème des réfugiés et demandeurs d'asile. Selon une étude de l'OCDE, les 10 villes les plus économiquement menacées par la montée des eaux sont aux Pays-Bas (Rotterdam), aux États-Unis et au Japon.

Océanie[modifier | modifier le code]

Les habitants de l'atoll de Carteret sont considérés comme les premiers écoréfugiés officiels, qui ont été obligés de migrer à cause de la montée du niveau de la mer attribuée au réchauffement climatique : dix familles ont été prises en charge par le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée à partir de 2005. Depuis 2001, les habitants des Tuvalu tentent de négocier avec le gouvernement néo-zélandais leur accueil. Il faut néanmoins nuancer cet affolement en rappelant qu'un marégraphe est installé aux Tuvalu depuis bientôt 30 ans, et qu'il n'a enregistré aucune élévation du niveau moyen de la mer[20],[21]. Cependant une entreprise japonaise de conditionnement d'ananas a sérieusement entamé les réserves d'eau douce de l'île et provoqué une infiltration d'eau de mer salée[22].

Le président des Kiribati, Anote Tong, a pris la parole, lors de divers sommets internationaux, pour expliquer à la communauté internationale les effets du changement climatique sur son pays, et pour solliciter l'aide des pays riches[23]. L'ONU est pour les Kiribati un forum privilégié en ce domaine. Le 2 octobre 2007, la délégation I-Kiribati affirme devant l'Assemblée Générale des Nations unies :

« Notre survie en tant que nation et en tant que peuple, avec une culture et un mode de vie qui nous sont propres, est gravement menacée par le réchauffement climatique et la montée du niveau de la mer. »[24].

« Nous avons déjà, peut-être, atteint le point de non-retour », affirme Tong en juin 2008, craignant de voir les Kiribati cesser tout simplement d'exister[25]. Il ajoute : « Se préparer pour le jour où notre pays n'existera plus est très douloureux, mais je pense que c'est ce que nous devons faire. »[26]

Asie[modifier | modifier le code]

En 2005, la moitié de l'île de Bhola, au Bangladesh, a été engloutie par les eaux, catastrophe à la suite de laquelle 500 000 personnes se sont retrouvées sans-abris. Les habitants de Bhola ont été décrits comme faisant partie des premiers réfugiés climatiques dans le monde[27]. En 2007, un scientifique bangladais affirmait: « Nous voyons déjà des centaines de milliers de réfugiés climatiques qui viennent s’installer dans des bidonvilles à Dhaka. »[27] Encore une fois il faut nuancer, et même contrer ces déclarations en rappelant que le Bangladesh augmente sa superficie d'environ 20 km2 chaque année[28],[29]

Europe[modifier | modifier le code]

Particulièrement concernés par la montée des océans depuis leur extension territoriale en polders protégés par des digues, les Néerlandais ont investi dans un important programme de confortement des mesures de lutte contre le risque d'invasion marin et d'inondation venant de la terre, risque dont la gravité et l'occurrence pourrait augmenter suite au dérèglement climatique.
Récemment des technologies permettant de rendre flottantes des maisons, garages, etc. ont été mises en œuvre aux Pays-Bas. Les architectes, dont Koen Olthuis (qui pense qu'on peut aussi faire des villes flottantes[30] espaces verts et des éléments d'agriculture capables de flotter ou suivre le niveau de l'eau[31]), testent différents principes dont les deux opposés sont la « maison-bateau autonome » (nécessitant en fait encore une source d'appoint[32].), équipée de panneaux solaires, d'une petite éolienne et d'un système intégré de recyclage des eaux usées (environ 250 000 € pour une petite maison de base en 2010[32].), l'autre étant une sorte de « maison amphibie » posée sur le sol mais capable de s'élever en cas d'inondation, tout en restant connectée aux réseaux (gaz, électricité, fibre optique) par des câbles ou tuyaux souples[32]. Plus de 300 maisons flottantes standardisées à cavité en béton servant à la fois de base et de flotteur, ont été produites par une seule entreprise (ABC) en cinq ans ; construites en usines, elles sont acheminées par les canaux à l'emplacement souhaité. Elles peuvent ensuite facilement être déplacées. Un projet d'îlot flottant d'appartements de 60 x 140 m2 dit « la Citadelle[33]» est porté par Waterstudio[32],[34]. Une des difficultés est l'étanchéité et l'isolation thermique de ces maisons, pour l'instant est difficilement réalisable avec les écomatériaux très prisés des néerlandais. Dubaï a produit un projet de tour flottante tournant lentement sur elle-même[35]. Dans les pays chauds, la mer et l'évaporation peuvent être utilisées pour la climatisation du bâtiment (un projet de mosquée flottante intègre ce principe).

Avancée des déserts[modifier | modifier le code]

C'est surtout le Sahara qui est connu pour s'étendre, en repoussant notamment des éleveurs peuls du Mali et du Burkina Faso vers le Ghana[16]. Le phénomène s'est répété dans les années suivantes, avec notamment en 1992-93 des agriculteurs mozambicains fuient vers la Zambie, et des Soninkés de la région de Kayes au Mali[16].

Recul des forêts tropicales[modifier | modifier le code]

En zone tropicale le rapide recul des forêts induit par la déforestation et localement par des incendies de forêt (naturels ou allumés par l'homme avant qu'il en ait perdu la maîtrise), est une source supplémentaire de réfugiés parmi les populations autochtones, dont une partie sont déjà issues de groupes qui s'y étaient réfugié (descendant d'anciens esclaves par exemple en Amérique du Sud).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. SUHRKE Astri, VISENTIN Annamaria (1991) The Environmental Refugee : A New Approach, Ecodecision, Montréal, n° 2, September 1991 : 73-74
  2. Boutrais Jean (1999) Les éleveurs, une catégorie oubliée de migrants forcés, in Véronique Lassailly-Jacob, Jean-Yves Marchal et André Quesnel Éds, Déplacés et réfugiés ; La mobilité sous contrainte, Paris, IRD, collection Colloques et Séminaires, pp. 161-192
  3. Bientôt, des millions de réfugiés chassés par l'océan, Journal Le Monde 2005/12/17
  4. EL-HINNAWI Essam (1985) Environmental Refugees, Nairobi, UNEP, 41p.
  5. MYERS Norman, KENT J. (1995) Environmental Exodus. An Emergent Crisis in the Global Arena, Climate Institute, Washington D.C., 214 p.
  6. Aide-mémoire de l’OIM - Migrations, changements climatiques et environnement, 2009
  7. Rapport de Christian Aid (en), intitulé Marée humaine : la véritable crise migratoire, relayé par des communiqués de l'agence Reuters et un article du Nouvel Observateur.
  8. a, b, c, d, e, f, g et h Rapport de l'Institut pour la sécurité environnementale et humaine (ISEH, Université des Nations Unies, Bonn), 11 octobre 2005
  9. Janos Bogardi est Directeur de l'Institut pour l'environnement et la sécurité humaine de l'université des Nations unies (ISEH), Bonn, Allemagne. Il est coauteur de l'étude déjà citée de l'ISEH
  10. Site de la députée européenne Hélène Flautre
  11. Article du journal Le Monde, 14 octobre 2008
  12. Cournil Christel Les réfugiés écologiques : quelle(s) protection(s), quel(s) statut(s) ? Revue du Droit Public 2006, n°4 : 1035-1066. [1]
  13. Christel Cournil, « les réfugiés écologiques, quelle(s) protection(s), quel(s) statut(s) ? », Revue du droit public, n°4, 2006.
  14. Christel COURNIL et Pierre MAZZEGA « Réflexions prospectives sur une protection juridique des réfugiés écologiques », Revue européenne des migrations internationales, (23), n°1, 2007, p.7-34
  15. - Christel COURNIL, Pierre. MAZZEGA, « Catastrophes écologiques et flux migratoires : Comment protéger les réfugiés écologiques ? », Revue européenne de droit de l’environnement, n°4, décembre 2006, p.417-427
  16. a, b, c et d Patrick GONIN et Véronique LASSAILLY-JACOB (2002) « Les réfugiés de l’environnement », Revue Européenne des Migrations Internationales (REMI), Volume 18, Numéro 2, p. 139-160 (Résumé)
  17. Marion FRESIA, Les Mauritaniens réfugiés au Sénégal. Une anthropologie critique de l’asile et de l’aide humanitaire [Texte intégral], Paru dans Revue européenne des migrations internationales, vol. 25 - n°2, 2009
  18. TERMINSKI Bogumil (2011),Towards Recognition and Protection of Forced Environmental Migrants in the Public International Law: Refugee or IDPs Umbrella, PSO Summit Proceedings, Washington DC, 2011
  19. Proposition de résolution visant à la reconnaissance dans les conventions internationales du statut de réfugié environnemental (Déposée par M. Philippe Mahoux) 3 février 2006 (Document législatif n° 3-1556/1)
  20. (en) Tuvalu Stung : les enregistrements du marégraphe depuis 30 ans
  21. (en) Global Warming not sinking Tuvalu
  22. (en) Salt water encroaching on Tuvalu
  23. (en) « Pacific leaders demand urgent action to stop sea levels from rising », Radio New Zealand International, 4 décembre 2007
  24. (en) Natanaera Kirata, discours devant l'Assemblée Générale des Nations unies, 2 octobre 2007
  25. (en) "Leader of disappearing island nation says climate change an issue of survival, not economics", International Herald Tribune, 5 juin 2008
  26. (en) "Kiribati leader warns the world that it may already be too late"
  27. a et b (en) "In Flood-Prone Bangladesh, a Future That Floats", Emily Wax, Washington Post, 27 septembre 2007
  28. (en) Le Bagladesh gagne du terrain
  29. Le Bangladesh gagne en surface au lieu d’en perdre
  30. Article relatif à une architecture adaptable au dérèglement climatique, Landscape architecture china, n°3, 2010
  31. Interview de l'architecte néerlandais Koen Olthuis par Sanlih TV de Taiwan
  32. a, b, c et d Aux Pays Bas, les maisons flottantes se développent Sandrine Dumont, Rotterdam, Novéthic
  33. Projet Citadelle, Waterstudio
  34. Site de Waterstudio
  35. Floating-future, TOPOS, 2010, N°1,

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]