Phanariotes

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Phanariotes en Valachie, 1789.

Les Phanariotes sont les membres des riches familles vivant dans le quartier du Phanar à Constantinople et exerçant des fonctions importantes dans l'administration ottomane aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Le Phanar ou Fanar (Φανάρι en grec, Fener en turc) est un quartier d'Istanbul, précédemment Constantinople. Son nom vient du mot grec « Fanari », signifiant le phare, en référence au bâtiment qui avait été construit là durant la période byzantine.

Après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453, le quartier du Fanar devint le quartier des chrétiens qui restèrent dans la ville. Le Patriarcat orthodoxe s'y installa aussi. Parfois, donc, le mot Fanar était utilisé pour désigner le Patriarcat.

On dénombre une cinquantaine de famille phanariotes, pour la plupart d’origine grecque. Certains Phanariotes descendaient des familles impériales byzantines, de Constantinople ou de Trébizonde, d'autres étaient originaires des îles de l'Égée, d’Épire, parfois d’origine albanaise comme les Ghica, roumaine comme les Racoviță, aroumaine comme les Callimaki, voire italo-levantine comme les Rosetti. En voici une liste (le signe † indique que le nom s'est éteint) :

Argyropoulos - Aristarchi † - Balassaki †- Callimachi - Canano † - Cantacuzène - Caradja - Caratheodori - Caryophyle † - Catargi(u) - Chrisoscoleo - Dimaki - Evpraghioti † - Gheraki de Céphalonie - Ghica - Guliano-Paléologue[1] - Hangerli - Hrisoverghi - Iancoleo (della Rocca) † - Kavadas de Scio - Lambrino - Lapithi de Crète - Lascaris - Mamona - Manos - Mavrocordato - Mavrodi - Mavroyeni † - Morona † - Mourousi - Negri † - Palada de Crète - Plagino † - Ralli de Byzance - Rizo-Neroulo † - Rizo-Rangavi - Racoviță - Rallet - Ramadan † - Romalo - Rosetti - Scanavi - Schina - Souldjaroglou † - Soutzo - Tzouki † - Văcărescu - Vatatzès † - Veliki - Ventura - Vlahuță - Vlasto de Crète - Vogoridi † - Ypsilanti - Zerra.

Polyglottes, les Phanariotes furent de 1661 à 1821 Grands Dragomans ou interprètes en chef, ce qui leur permit de diriger, avec le reis effendi la politique étrangère de l'Empire ottoman. Le mot « dragoman » est d'ailleurs à l'origine du mot français truchement qui désigne un intermédiaire, ce qu'est l'interprète.

Cette fonction leur permit aussi de diriger les îles de l'Égée avec le Capitan Pacha et d'obtenir les trônes d'Hospodar des principautés roumaines de Valachie et de Moldavie. Certains des Hospodars ou Voïvodes des Principautés roumaines furent humanistes, créèrent des écoles, des hôpitaux, des routes, ou abolirent le servage (Constantin Mavrocordato). Dans l'Empire ottoman, ils s'étaient également très fortement engagés dans le développement de l'éducation et de la culture grecque. Mais la corruption et les intrigues dont d'autres Phanariotes se rendirent coupables aussi bien à Constantinople qu'en Roumanie finirent par leur donner mauvaise réputation : trop d'entre eux s'étaient étroitement intégrés au système clientéliste ottoman[2].

L’historiographie nationale roumaine considère traditionnellement que les règnes des Princes Phanariotes débutent en 1711 en Moldavie et en 1716 en Valachie. Ces dates marquent un changement politique : de 1711 et 1716, respectivement, jusqu'en 1821, les voïvodes ou hospodars ne furent plus élus par la noblesse roumaine, mais directement nommés par le Sultan ottoman, et choisis parmi les Phanariotes. Avant ces dates, toutefois, des princes hellénophones régnèrent déjà, tels les Ghica d’origine albanaise et ou les Cantacuzènes.

L'insurrection grecque de 1821 mit un terme à leur crédit, et la plupart s'exilèrent en Roumanie, Russie, Grèce et France, tels les princes Mourousi[3] devenus russes, mais aussi une branche des Cantacuzènes et quelques autres.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. "Au début du XVIIe siècle, le savant allemand Martin Crusius rencontrait des Paléologue au Phanar et les qualifia d'authentiques. Ils portaient ce nom accolé à celui de Guliano, qui paraît avoir été leur véritable nom de famille, et au surnom de muselim, qui était la désignation d'une magistrature turque. Apparentés à plusieurs des grandes maisons phanariotes, leurs descendants finirent par s'établir en Valachie à la fin du XVIIIe siècle, sans qu'ils y fut question de prétentions impériales de la part de ces Paléologue devenus boyards valaques. À la fin du XIXe siècle, ces Paléologue roumains ne subsistaient plus que par une branche bâtarde, laquelle - sans doute pour réparer la tache de sa naissance illégitime - fit imprimer à Constantinople un arbre généalogique lui attribuant une origine byzantine dont personne n'avait entendu parler auparavant. Ce curieux document est préservé dans ce qui reste des papiers d'Eugène Rizo Rangabé à l'Académie d'Athènes, et mérite d'être cité, car celui en qui s'éteignit cette famille gréco-roumaine ne fut autre que Maurice Paléologue (1859-1944), ambassadeur de France, l'un des grands artisans de l'alliance franco-russe. Ce diplomate fit d'ailleurs insérer dans la Grande Encyclopédie du XIXe siècle une notice le concernant, et ou il se donne comme un rejeton de Byzance. Rien n'est moins sûr par conséquent que la légitimité des prétentions impériales des Paléologues vivant sous la domination turque immédiatement après la chute de Constantinople. Depuis, imposteurs, aventuriers de haut vol ou charlatans de bas étage ont abondamment fait usage du nom et du blason de la dernière maison impériale de Byzance. Leurs divertissantes aventures n'ont pas de place ici. Il suffit de rappeler que les derniers descendants authentiques de cette famille s'éteignirent en la personne des marquis de Montferrat, possessionnés en Italie du Nord". Mihail Dimitri Sturdza, Grandes familles de Grèce, d'Albanie et de Constantinople, Dictionnaire historique et généalogique, Paris, chez l'auteur, 1983, p. 374-375.
  2. Neagu Djuvara: les pays roumains entre l'occident et l'Orient, PUF, Paris, ISBN 978-2716902694
  3. http://ghika.net/Familles/Mourousi/Mourousi.pdf généalogie d'Yves Mourousi

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Phanariotes » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)
  • Jean-Michel Cantacuzène, Mille ans dans les Balkans, Éditions Christian, Paris, 1992. (ISBN 2-86496-054-0)
  • Joëlle Dalegre Grecs et Ottomans 1453-1923. De la chute de Constantinople à la fin de l’Empire Ottoman L’Harmattan Paris (2002) (ISBN 2747521621)
  • Mihail Dimitri Sturdza, Dictionnaire historique et généalogique des grandes familles de Grèce, d'Albanie et de Constantinople, M.-D. Sturdza, Paris, chez l'auteur, 1983 (ASIN B0000EA1ET)