Lazes

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Lazes

alt=Description de l'image Lazs in 1900s.jpg.
Populations significatives par région
Population totale 500 000 à 1 500 000[1],[2],[3],[4]
Autres
Régions d’origine

Drapeau de la Géorgie Géorgie

Langues

Laze

Religions

Sunnisme
Christianisme orthodoxe

Ethnies liées

Zanes
mingréliens

Les Lazes ou Tchanes (en géorgien : ლაზები ou ჭანები "lazebi" ou "tchanebi"; en turc Lazlar ou Çanlar) sont un peuple caucasien, parlant le laze et de confession musulmane et chrétienne, qui vit majoritairement dans le nord-est de la Turquie et dans l'ouest de la Géorgie; une communauté laze chrétienne est également présente en Grèce. Leur culture, leur langue, leur musique et leur gastronomie les différencient nettement des autres peuples d'Anatolie et du Caucase. Malgré leurs différences culturelles avec le reste du peuple turc, les Lazes sont bien intégrés dans ce pays. Les lazes sont un peuple ethnique géorgien (Kartvélien).

Géographie[modifier | modifier le code]

Les Lazes formaient autrefois un peuple avec une langue unique sur un territoire montagneux allant de Batoumi (Géorgie) à Trabzon (Turquie), zone parfois appelée Lazistan. En outre, il existe des minorités lazes dans la province voisine d'Erzurum et dans les villes d'Ankara, Istanbul et Izmir.

La zone d'implantation des Lazes est le sud-ouest de la Géorgie et surtout le nord est de la Turquie.

  • province d'Artvin :
    • district de Arhavi (las.: Ark'abi),
    • district de Borcka (las.: Borçxa),
    • district de Hopa (las.: Xopa),
  • province de Rize :
    • district d'Ardesen (las.: Art'ašeni),
    • district de Çamlıhemşin (lire .: Vijadibi),
    • district de Findikli (las.: Vic'e / Vitze),
    • district de Pazar (las.: Atina)
  • autres districts : Çamlıhemşin (Vijadibi) et Borcka,
  • Géorgie :

L'étroite bande côtière sur la mer Noire au nord des monts Pontiques monte rapidement jusqu'à la hauteur de 3 932 m au Dağı Kaçkar. Le paysage très original a de nombreux glaciers, lacs, forêts et sources chaudes. Le climat dans les zones subtropicales à feuillage persistant est doux et se caractérise par de fortes précipitations et une forte humidité.

Les rivières sont des ruisseaux de montagne invariablement courts, puisque la crête de la chaîne côtière est à de 20 km de la mer. La côte est riche en thé, tabac, maïs, et fruits divers : noisettes, raisin, cerises, poires, pommes et kiwis (d'introduction récente).

La population totale d'origine laze serait de 400 à 500 000, dans la zone. S'y ajouteraient 50 000 hors de la zone, dont 5 000 en Europe, principalement en Allemagne. La langue laze continue à être utilisée, mais son statut est fragile.

La langue laze est répertoriée dans le groupe méridional des langues caucasiennes avec les langues géorgienne, mingrélienne, svane. Plusieurs dialectes lazes ont été étudiés par Georges Dumézil. Les Lazes sont aujourd'hui majoritairement musulmans malgré un passé préchrétien et chrétien.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Lazes ont leurs racines dans l'ancienne Colchide, celle de Jason et des Argonautes. Leur histoire remonte au moins au VIe siècle av. J.-C., lorsque le premier état à l'ouest du Sud-Caucase est le royaume de Colchide, qui couvrait l'actuel ouest de la Géorgie, et les actuelles provinces turques de Trabzon et Rize.

Le Royaume de Colchide devient vite, comme les pays voisins, une arène de conflits entre les grandes puissances locales (empire Perse, royaume du Pont, empire romain, Arménie…). La conséquence des campagnes romaines des généraux Pompée et Lucullus est que le Royaume du Pont est annexé par les Romains, y compris la Colchide, réorganisée par les Romains en province de Lazicum, dirigée par des légats romains.

Durant la période byzantine, le mot Colchi cède la place à l'expression Laz. La période romaine-byzantine est marquée par l'hellénisation des populations côtières en termes de langue, d'économie et de culture. Par exemple, depuis le début du IIIe siècle, l'Académie philosophique gréco-latine de Phasis, aujourd'hui Poti, est connue dans tout l'Empire romain. Les populations de l'intérieur montagneux, en revanche, gardent leur langue laze.

Au début du IIIe siècle, le Lazicum romain reçoit un certain degré d'autonomie, qui à la fin du siècle aboutit à une pleine indépendance, avec la formation d'un nouveau Royaume de Lazique, couvrant les régions actuelles de Mingrélie, Adjarie, Guria et Abkhazie, outre de petites principautés comme celles des Zanes, Svanes, Apsyles et Sanygues.

Au milieu du IVe siècle, la Lazique adopte le christianisme comme religion officielle. Cet événement a été précédé par l'arrivée de l'apôtre Simon le Cananéen, ou Kananaios en grec, qui prêche partout en langue laze, et meurt à Suaniri (Lazique occidentale). La première conversion importante au christianisme serait due à Tzath, roi des Lazes, en Colchide, en 520.

Au début du Moyen Âge (VIe siècle), le royaume de Lazique, dans cette région de la mer Noire sur l'actuelle frontière turco-géorgienne, joue un rôle non négligeable de tampon ou de rempart dans les conflits entre l'Empire romain d'Orient (byzantin), désormais de religion chrétienne, et la Perse sassanide. Le roi perse Chosroês Anoushirvan (531-579) envahit la Lazique en 541, emportant Pétra. Le Royaume de Lazique survit cependant encore plus de 250 ans, jusqu'en 562, lorsqu'il est absorbé par l'Empire byzantin. La ré-incorporation du Lazique, avec le royaume d'Abkhazie, dans l'Empire byzantin, est suivie par 150 années de stabilité relative, qui cesse en début du VIIe siècle, quand les Arabes apparaissent dans la zone comme une nouvelle puissance régionale.

Au VIIIe siècle, la Lazique, ou Egrisi, se sépare du regroupement régional, qui va parvenir à la puissance dirigeante en Géorgie. Au Xe siècle, les Lazes intègrent le royaume de Géorgie.

La chute de Trébizonde en 1461, huit ans après la chute de Constantinople, devant "l'Empire des moutons blancs" dirigé par le sultan ottoman Mehmed Uzun II HasanDer, met les Lazes sous domination turque. Vers la fin du XVe siècle, les Lazes abandonnent progressivement la foi orthodoxe géorgienne, pour passer à l'islam, comme d'autres peuples chrétiens de la région, en partie pour ne plus avoir à payer de haraç, l'impôt sur les non-musulmans.

Sous l'Empire ottoman, existe, dans la province de Trabzon, un Sandjak du Lazistan, avec pour capitale Rize.

À l'issue de la guerre russo-ottomane de 1878, au traité de San Stefano, le 3 mars 1878, l'Empire ottoman doit céder à l'Empire russe le district de Kars, et un échange de population entre chrétiens et musulmans a lieu : les premiers partent vers l'Empire russe, les seconds vers l'Empire ottoman. Dans ce cadre, des Lazes musulmans ont été chassés de leurs terroirs caucasiens vers les provinces turques plus à l'ouest, autour d'Akçakoca, Bartin, Düzce, Karamursel, Kocaeli, Sakarya, Yalova, Zonguldak… tandis que des Lazes chrétiens de la province de Trébizonde partirent s'installer en Géorgie russe (les derniers restés sur place sont partis en Grèce en 1923, en même temps que les Pontiques, en application du traité de Lausanne).

En 1920, le traité de paix de Sèvres, qui liquide l'héritage ottoman, accorde le contrôle de l'est du Lazistan à la Géorgie. Mais cette partie du traité n'est pas appliquée par les Turcs, sous la direction de Mustafa Kemal Atatürk, et la révision par le Traité de Lausanne se fait en faveur de la république de Turquie, nouvellement formée. En 1921, un accord russo-turc rend le district de Kars à la Turquie, pour la remercier d'avoir aidé l'Armée rouge à annexer la Géorgie. Seul Batoumi reste russe.

Au début de l'ère stalinienne, les Lazes vivant sous domination soviétique ont, en Union soviétique, une autonomie culturelle laze. Mais pendant la Seconde Guerre mondiale, ils sont déportés, comme suspects de collaboration avec l'Allemagne nazie, au Goulag, où des milliers périssent.

Depuis l'effondrement de l'Union soviétique, les Lazes chrétiens (mais aussi des musulmans, autour de Batoumi, en Adjarie) vivent principalement en République de Géorgie, les autres en Turquie. De nos jours, la langue laze est en train de disparaitre sous sa forme écrite, et le peuple laze est scindé en deux par la frontière entre la Géorgie et la Turquie.

Personnalités lazes[modifier | modifier le code]

  • Birol Topaloğlu[5],[6], chanteur et joueur de kemençe tente de sauver la culture de son peuple de l'oubli par la musique et la tradition orale : « Les Turcs ont du mal à admettre que nous avons vécu sur cette terre de toute éternité. Ils sont convaincus que nous avons suivi le même parcours qu'eux, depuis l'Asie centrale. Pourtant, nos cousins ne sont pas des Ouzbeks ou Turkmènes, ce sont les Megrels et les Svans de Géorgie. »
  • Le musicien Kâzım Koyuncu était l'un des chanteurs politiques en Turquie. Il a chanté pour le peuple laze et a énormément contribué à la promotion de sa culture.
  • Ali Şükrü - homme politique turc (ottoman)
  • Besim Tibuk - homme politique turc, fondateur du Parti Libéral Démocrate
  • Sedat Peker - criminel
  • Sopho Chalwaschi - chanteuse géorgienne
  • Tolga Zengin - gardien de but turc
  • Fuat Saka - chanteur turc, guitariste, chansonnier, né en 1952 à Trabzon

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Contes lazes (Institut d'Ethnologie, vol. 27) Contes et légendes des Oubykhs (Institut d'Ethnologie, vol. 60) par Georges Dumézil.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]