Géorgien

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne la langue géorgienne. Pour le peuple géorgien, voir Géorgiens.
Géorgien
ქართული
Parlée en Géorgie
Nombre de locuteurs 4 237 710 (1993)[1]
Typologie SVO + SOV + OSV
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Drapeau de la Géorgie Géorgie
Codes de langue
ISO 639-1 ka
ISO 639-2 geo, kat
ISO 639-3 kat
IETF ka
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)
  • ყველა ადამიანი იბადება თავისუფალი და თანასწორი თავისი ღირსებითა და უფლებებით. მათ მინიჭებული აქვთ გონება და სინდისი და ერთმანეთის მიმართ უნდა იქცეოდნენ ძმობის სულისკვეთებით.
  • Translittération : Qvela adamiani ibadeba tʻavisupʻali da tʻanascori tavisi ġirsebitʻa da uplebebitʻ. Matʻ miničebuli akʻvtʻ goneba da sindisi da ertʻmanetʻis mimartʻ unda ikʻcʻeodnen żmobis suliskvetʻebitʻ.

Le géorgien (ქართული ენა, kartuli ena) est la langue officielle de la République de Géorgie, un pays dans le centre du Caucase.

Le géorgien est la langue maternelle d’environ 3,9 millions d’individus dans la Géorgie elle-même (soit 83 % de la population du pays), et celle d’environ 500 000 Géorgiens à l’étranger (particulièrement en Turquie, en Iran, en Russie, aux États-Unis et en Europe). Le géorgien est également la langue littéraire de tous les groupes ethniques habitant sur le sol géorgien, spécialement pour ceux qui parlent une autre langue du Caucase central (langues kartvéliennes), tels que le svane, le mingrélien et le laze. Les Juifs de Géorgie parlent quant à eux un autre dialecte, nommée le kivrouli, dialecte parfois considéré comme une langue juive distincte. Le Kivrouli est parlé par 85 000 personnes en tout, dont 20 000 Géorgiens et 60 000 Israéliens.

Classification[modifier | modifier le code]

Situation linguistique du Caucase, pour les langues kartvéliennes.

Le géorgien fait partie des langues kartvéliennes, une famille qui comprend également le svane et le mingrélien (parlés dans le nord-ouest de la Géorgie) et le laze (langue parlée sur la côte orientale de la Mer Noire, particulièrement de Trabzon à la frontière géorgienne).

Certains chercheurs émettent l'hypothèse que la structure grammaticale du géorgien ressemblerait à celle du sumérien, et que les deux langues seraient apparentées[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

La langue géorgienne appartient au groupe kartvélien, faisant partie de la famille des langues caucasiennes. De cette famille, le géorgien est la seule langue qui a un alphabet ancien et une vieille tradition littéraire. Les plus anciens textes connus rédigés en géorgien datent de la seconde moitié du IVe siècle. Selon les chroniques grecques, le géorgien était parlé en Colchide et dans l’Ibérie caucasienne dans les temps anciens.

L’ancienne littérature géorgienne est une importante partie du christianisme orthodoxe. La plus ancienne période littéraire géorgienne (Ve au VIIIe siècle) est très riche en hymnographie et dans les travaux hagiographiques. Les chroniques historiques de la Géorgie ont également leur importance dans l’étude de l’histoire et des cultures caucasiennes, aussi bien du nord que du sud. Elles sont aussi importantes pour l’étude de régions voisines, comme le Proche-Orient. En raison de sa position stratégique entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, la Géorgie devint un des centres de la traduction durant le Moyen Âge. Ces traductions étaient alors effectuées aussi bien dans le pays (comme aux académies de Pharissi[3], de Gélati[4] et d’Iqalto[5]) que dans les monastères géorgiens situés à l’étranger, dont ceux situés en Syrie, sur le mont Sinaï en Égypte, ou bien Olympie et Athos en Grèce, et d’autres en Europe de l’Est. Les travaux littéraires traduits en géorgien ajoutèrent plusieurs importantes informations aux études des histoires et des cultures des pays du Proche-Orient, car ils aidaient à reconstituer certains écrits originaux perdus en grec, syriaque, persan et arabe.

Certains travaux orientaux furent ainsi introduits en Europe grâce aux traductions géorgiennes. Par exemple, le géorgien Visramiani (XIIe siècle) est la traduction de l’indien Ramayana, tandis que la Sagesse de Balahvar (XIe siècle) est la version chrétienne de l’histoire de Bouddha.

Après l'arrivée du christianisme en Géorgie (en 337), les pensées religieuses et théologiques se développèrent dans un nouveau niveau. Plusieurs de ces pensées sont considérées comme des grandes œuvres de la civilisation orthodoxe. En plus de ces travaux, on peut trouver ceux du fameux philosophe géorgien Pierre l’Ibère, datant du Ve siècle. Aujourd’hui, la Géorgie est considérée comme le berceau de la Renaissance orientale (du IXe au XIIe siècle). Le poème philosophique et allégorique de Chota Roustaveli, Le Chevalier à la peau de panthère est la plus grande œuvre littéraire de cette période.

Chota Roustaveli, un des plus grands écrivains du Moyen Âge.

La langue géorgienne est caractérisée par plusieurs emprunts à plusieurs autres langues, avec lesquelles elle entra en contact au cours de l’histoire. En raison de ce fait, la langue est aujourd’hui très riche en vocabulaire, aussi bien qu’en dialectes. Toutefois, la structure grammaticale ne reflète pas ces emprunts et ne ressemble à aucune autre langue du monde. Seules trois langues non écrites du groupe des langues kartvéliennes sont quelque peu semblables au géorgien. Toutefois, le géorgien parlé aujourd’hui par la population de la Géorgie ne date que du XIXe siècle, lorsqu’elle reçut ses dernières modifications dans le vocabulaire, s’inspirant ainsi de mots russes ou persans afin de s’enrichir linguistiquement. Mais la Géorgie avait perdu son indépendance depuis 1801 et en 1921, la République socialiste soviétique de Géorgie fut créée. Joseph Staline, chef de l’URSS et lui-même né en Géorgie, avait autorisé les pays caucasiens à garder leur identité nationale, mais, après sa mort, la politique de déstalinisation de Nikita Khrouchtchev entraîna l’entrée de la Géorgie dans une longue période de russification qui atteignit son apogée en 1978 lorsque le président du Soviet suprême de la RSS de Géorgie Edouard Chevardnadze décida de changer l’article 75 de la Constitution géorgienne (concernant le statut officiel du géorgien), afin d’adopter le russe comme langue officielle. Cela provoqua une révolte des Géorgiens qui atteignit son point culminant le 14 avril ; à la suite de cette révolte, de nombreux Géorgiens furent assignés à domicile à Moscou. Toutefois, le gouvernement soviétique dut alors s’avouer vaincu et Chevardnadze ne changea jamais la langue officielle de la Géorgie. Aujourd’hui, le 14 avril est le Jour de la langue nationale.

Littérature[modifier | modifier le code]

L’œuvre la plus ancienne de la littérature géorgienne qui subsiste encore aujourd’hui est le Martyre de la sainte reine Chouchanik (rédigé entre 474 et 484), et des centaines de palimpsestes datant des Xe, XIe et XIIe siècles indiquent qu’à cette époque, les évangiles, les épîtres de saint Paul et les Psaumes avaient déjà été traduits. Il subsiste également plusieurs traductions de la Bible dans sa totalité, qui datent des VIIIe et IXe siècles.

Le roi Artchil Ier d’Iméréthie fut également un célèbre poète de son siècle.

La littérature géorgienne connut son âge d’or sous le règne de la reine Tamar de Géorgie (11841212) durant lequel la Géorgie atteignit également son apogée dans les domaines politique et culturel. L’œuvre la plus célèbre issue de cette époque reste Le Chevalier à la peau de panthère, du poète Chota Roustaveli, qui vécut à la fin du XIIe siècle et est toujours considéré comme le poète épique national de la Géorgie. À cette période, les récits et les mythes persans commencèrent à exercer une influence littéraire prépondérante : c’est dans les écrits du poète royal Théimouraz de Kakhétie, qui seront condamnés par l’un de ses successeurs, et du poète royal Artchil de Karthlie, que cette influence fut la plus marquante. Elle resta forte jusqu’à la montée du nationalisme géorgien, qui naquit au XVIIIe siècle.

Les écrivains marquants de ce dit siècle du patriotisme furent le roi Vakhtang VI de Karthli, son fils Vakhoucht Bagration et le moine catholique Saba Soulkhan Orbéliani, auteur d’un recueil de contes moraux et d’un dictionnaire géorgien, ainsi que de poèmes et d’un journal narrant ses grands voyages en Europe de l’Ouest. Les poètes David Gouramichvili et Bessarion Gabachvili sont aussi de grands auteurs de l’époque.

Le XIXe siècle fut marqué par la forte influence de l’Europe de l’Ouest. Parmi les poètes de cette époque, Alexandre Tchavtchavadzé et Grigol Orbéliani figurent en bonne place. Leur art est resté célèbre pour ses thèmes patriotiques et son éloge exagéré du vin et des femmes. Quant à Nicolas Baratachvili, il fut fortement influencé par cette Europe de l’Ouest qui lui fit rédiger des poèmes lyriques de style byronien. À la fin du XIXe siècle, l’homme de lettres géorgien le plus influent était le patriote Ilia Tchavtchavadzé, qui sera assassiné par des militants socialistes puis vénéré comme saint de l’Église orthodoxe géorgienne.

De 1921 à 1991, la Géorgie fut rattachée à l’Union soviétique et, même si la plupart des œuvres littéraires continuèrent à être écrites en géorgien, elles relevaient de la tradition culturelle de l’Union des républiques socialistes soviétiques et, de ce fait, étaient souvent propagandistes et moralistes. Aujourd’hui, l’art de l’écriture géorgienne est quelque peu délaissé par les grands du pays, mais on peut toutefois encore entendre parler de fameux auteurs, tels qu'Aka Mortchiladzé ou Irina Assatiani.

Emprunts aux langues étrangères[modifier | modifier le code]

Comme indiqué plus haut, le géorgien est une langue au vocabulaire très riche. Une grande partie en fut directement emprunté à des langues étrangères, voisines ou non. On retrouve des similitudes entre le vocabulaire fondamental de la langue géorgienne et certaines langues indo-européennes anciennes dans les domaines de l’élevage, de l’agriculture, des parties du corps humain et des chiffres. Les emprunts aux langues iraniennes, anciennes (Scythes, Alains, Ossètes, Parthes), moyennes et nouvelles sont patents, en particulier dans les prénoms. La langue grecque a enrichi la langue géorgienne dans le domaine de la terminologie religieuse. Les emprunts à l'araméen (langue officielle de l’ancienne Ibérie), l'hébreu (ზეთი, zet'i pour huile), l'assyro-babylonien (თარგმანი, t'argmani pour interprète), le syriaque (კუპრი, koupri pour goudron), l'arabe (დავა, dava pour discussion), l'azéri (თოხლი, t'okhli pour agneau) et l'arménien sont complètement assimilés. Plus récemment, aux XIXe et XXe siècles, les langues russe et anglaise ont apporté leurs lots de mots nouveaux et parfois de « doublons ».

Grammaire[modifier | modifier le code]

Déclinaisons[modifier | modifier le code]

La grammaire du géorgien comporte de nombreuses difficultés. Le système de déclinaison compte sept cas.

Dialectes[modifier | modifier le code]

Pour le moment, pas moins de dix-huit dialectes géorgiens peuvent être identifiés. Ces dialectes sont eux-mêmes classifiables en deux groupes majeurs : occidental et oriental. Le géorgien classique est largement fondé sur les dialectes karthliens du groupe oriental (ou central). Aujourd’hui, le géorgien classique a énormément influencé, particulièrement via le système d’éducation et par la presse, tous ses dialectes, exceptés ceux parlés en dehors de la Géorgie. En dépit de variations régionales considérables, certains aspects des dialectes géorgiens tels que la phonologie, la morphologie, la syntaxe et le vocabulaire se ressemblent. Les trois autres langues kartvéliennes (le mingrélien, le laze et le svane) sont sœurs du géorgien, mais ne se ressemblent pas mutuellement.

Quelques variations de base des dialectes géorgiens concernent :

  • la présence du y (en géorgien : ჲ) et du w (ჳ) avant certaines voyelles
  • la présence des sons q (ჴ) et q' (ყ) ou t (თ) et t' (ტ)
  • une distinction entre les voyelles longues et brèves
  • la présence de certains sons inexistants dans le géorgien classique
  • l’usage du n (ნ) au pluriel
  • la mise au pluriel des adjectifs
  • des formes de verbes non classiques
  • des archaïsmes et des emprunts aux langues voisines

Classification[modifier | modifier le code]

Les dialectes géorgiens sont classifiés selon leur répartition géographique. À part les groupes occidentaux et orientaux, certains linguistes y ajoutent une autre catégorie, celle des dialectes du sud. Ainsi, on peut même compter six catégories de dialectes : les dialectes de l’Est, de l’Ouest, du Nord-Est, du Sud-Ouest, du Centre, du Nord-Ouest et les autres.

Dialectes du nord[modifier | modifier le code]

Ces dialectes sont parlés par les habitants des montagnes caucasiennes du nord de la Géorgie :

  • le mokhevouri (მოხევური), parlé dans le Khevi
  • le mtioulour-goudamaqrouli (მთიულურ-გუდამაყრული), parlé en Mtiouléti et en Goudouamarqari
  • le khevsouri (ხევსურული), parlé en Khevsouréti
  • le pchavouri (ფშავური), parlé dans le Pchavi
  • le touchouri (თუშური), parlé dans le Touchétie

Dialectes de l'est[modifier | modifier le code]

Deux de ces dialectes, l’Inguiloouri et le Pereïdnouli, sont parlés en dehors de la Géorgie, le premier par les Géorgiens d’Azerbaïdjan et le second par les descendants des Géorgiens déportés en Iran au XVIIe siècle.

  • le kakhouri (კახური), parlé en Kakhétie
  • l’inguiloouri (ინგილოური), parlé en Saïnguilo, Azerbaïdjan
  • le pereïdnouli (ფერეიდნული), parlé à Fereydoun Chahr, Iran
  • le tianetouri (თიანეთური), parlé en Tianeti

Dialectes du centre de la Géorgie[modifier | modifier le code]

Les dialectes centraux, parfois considérés comme faisant partie des dialectes orientaux, sont parlés dans le centre et le Sud de la Géorgie, et forment les bases du géorgien classique.

  • le karthlouri (ქართლური), parlé en Karthlie
  • le djavakhouri (ჯავახური), parlé en Djavakhétie
  • le meskhouri (მესხური), parlé en Meskhétie

Dialectes du sud-ouest[modifier | modifier le code]

  • le gourouli (გურული), parlé en Gourie
  • l’adjarouli (აჭარული), parlé en Adjarie
  • l’imerkhevouli (იმერხევული), parlé à Imerkhevi, Turquie
  • le laze (ლაზური), parlé au bord de la mer Noir en Géorgie et dans l'actuelle Turquie.

Dialectes du nord-ouest[modifier | modifier le code]

  • l’imérouli (იმერული), parlé en Iméréthie
  • le letchkhoumouri (ლეჩხუმური), parlé en Letchkhoumi
  • le radjouli (რაჭული), parlé en Radja
  • le mingrèle (მეგრული), parlé en Mingrélie
  • le svane (სვანური), parlé en Svanétie

Autres dialectes[modifier | modifier le code]

  • L’ancien kizlyar-mozdoke était un dialecte parlé par les Géorgiens habitant les régions de Kizlyar et de Mozdok, dans le Nord du Caucase. Ces Géorgiens s’y étaient établis au XVIIIe siècle après avoir fui la menace ottomane au sud-ouest.
  • Le judéo-géorgien (en), ou kivrouli, ou grouzinic, est parlé par les Juifs de Géorgie et par les Géorgiens habitant Israël. En raison de ses grandes différences avec le géorgien de base, certains linguistes le considèrent comme une autre langue.

Alphabet[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Alphabet géorgien.

Le géorgien s’écrit selon un alphabet dit mxedruli qui a remplacé l’asomtavruli, probablement inventé par Pharnabaze Ier, le premier roi du pays. L’alphabet actuel comporte 33 lettres : 28 consonnes et voyelles. Il est unicaméral, c’est-à-dire ne distingue pas de majuscules et minuscules.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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