Paul Paray
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Paul Paray est un chef d'orchestre et compositeur français, né le 24 mai 1886 au Tréport (Seine-Maritime) et mort le 10 octobre 1979 à Monte-Carlo, peu après un concert avec son ami Yehudi Menuhin.
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[modifier] Biographie
Son père Auguste Paray, sculpteur sur ivoire, qui remplit aussi les fonctions de maître de chapelle au Tréport, lui apprend les premiers rudiments de la musique et l’inscrit à la Maîtrise Saint-Evode de la cathédrale de Rouen. Il y fait d’excellentes études, sous la direction du chanoine Bourdon et de l'organiste Jules Haëlling. Outre le chant, il pratique le piano, l'orgue, le violoncelle... et les timbales. A quatorze ans, il joue de mémoire toute l'oeuvre pour orgue de Jean-Sébastien Bach, et compose un Magnificat pour les jours de fête. A quinze ans, il interprète les symphonies de Widor et de Vierne, et déchiffre à vue les partitions de Franck, Bruckner et Reger. Bientôt sollicité pour accompagner au piano des artistes lyriques de passage à Rouen, Paul Paray semble destiné à une carrière d'organiste, ou de pianiste-compositeur. Mais Henri Dallier (1849-1934), professeur d’harmonie au Conservatoire de Paris et organiste de La Madeleine, en vacances au Tréport, remarque les dons du jeune homme et insiste pour que sa famille le lui confie. Il entre au conservatoire dans la classe de Xavier Leroux, et suivra les cours de Georges Caussade, Charles Lenepveu, puis de Paul Vidal.
[modifier] Le compositeur
Cette période parisienne est propice à diverses compositions : la Pastorale de Noël, une Sérénade et une Sonate pour violon et piano (1908), une audacieuse Fantaisie pour piano et orchestre (1909), une Humoresque pour violon et piano (1910) et plusieurs mélodies dans l'esprit de Berlioz et Fauré. Pour gagner quelques sous et "tâter du métier", Paul Paray est violoncelliste au Théâtre Sarah Bernhardt, puis succède à Maurice Yvain, son condisciple, au cabaret "Les Quat'Z'Arts", en tant que pianiste accompagnateur (1909-1910). Il mettra en musique de nombreux couplets pour les chansonniers, dont certains publiés sous le pseudonyme Paul Apria...
Un second Prix de Rome en 1910, puis le premier en 1911 avec la cantate Yanitza, et il part pour l’Académie de France à Rome (Villa Médicis) où son ami Claude Delvincourt le rejoint deux ans plus tard, ainsi que Lili Boulanger. Il y compose un poème symphonique, Adonis troublé, un Nocturne pour violon et piano, de nombreuses pièces pour piano seul, complète le cycle des mélodies commencé dès 1902, et travaille longuement au grand oratorio "Jeanne d'Arc" qu'il fera exécuter à Rouen, en ouverture des fêtes commémoratives de mai 1913, puis à Rome en avril 1914.
Quand la Première Guerre mondiale éclate, il rejoint le IIIe Corps à Charleroi. Il est fait prisonnier par les Allemands et passe quatre années d'une pénible captivité à Darmstadt. Privé d'instruments de musique, c'est mentalement qu'il compose les oeuvres qu'il jettera plus tard sur le papier, à son retour en France : la suite pour piano "D'une âme..." (conçue en 1914-1915) et son Quatuor à cordes (publié en 1919), qu'il transformera plus tard en Symphonie d'archets. L’Opéra de Paris crée en 1922 son ballet Artémis troublée, adaptation chorégraphique de son Adonis troublé, la suite symphonique composée durant son séjour à Rome. Sa Fantaisie en ut dièse mineur pour piano et orchestre est au programme des Concerts Lamoureux de décembre 1925. Sa Messe pour le cinquième centenaire de la mort de Jeanne d’Arc, créée à Rouen en 1931, connaît un grand succès et suscite l'enthousiasme de Florent Schmitt. Notons encore deux Symphonies, la première en ut, créée le 31 mars 1935 aux Concerts Colonne, la seconde en la, sous-titrée "Le Tréport", en mémoire de son père récemment disparu, créée au Châtelet en avril 1940.
Après la seconde Guerre mondiale, emporté par un tourbillon d'activités diverses (la réorganisation de son Orchestre Colonne, la création du nouvel Orchestre Philharmonique d'Israël, de nombreuses tournées internationales), Paul Paray cessera de composer pour se consacrer à son travail d'interprète, de bâtisseur d'orchestres, et d'ambassadeur de la musique française. Il est élu membre de l’Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France en 1950, au fauteuil d’Henri Rabaud, par 19 voix contre 12 à son ancien camarade Claude Delvincourt.
[modifier] Le chef d'orchestre
En 1918, à son retour de captivité, Paul Paray espérait encore faire une carrière de pianiste-compositeur. Mais en été 1919, pressé par des nécessités économiques, il accepte de diriger l'orchestre du Casino de Cauterets. Il n'a jamais appris la direction d'orchestre, mais il se découvre "un bras". Très apprécié par quelques chefs de pupitre des Concerts Lamoureux, il est présenté à Camille Chevillard, qui cherche un adjoint. Son premier concert parisien, en février 1920, connaît un grand succès, et il est élu à l’unanimité. Chevillard lui apprendra les ficelles du métier... et fera de lui un chef accompli. Président des Concerts Lamoureux en 1923, Paul Paray se donne avec ardeur à son travail d'interprète. Il excelle dans le répertoire français, allemand et russe, et mène les nombreuses créations que lui confient ses contemporains (Maurice Ravel, Florent Schmitt, Gabriel Pierné, Louis Aubert, Lili Boulanger, Pierre de Bréville, André Caplet, Jacques Ibert, Albert Roussel, Ermend Bonnal, Claude Delvincourt, et bien d'autres). En 1928, il part pour Monte-Carlo et dirigera l'orchestre de l'Opéra pendant cinq ans, y invitant de grands solistes internationaux. Mais en 1932, Gabriel Pierné lui demande de prendre sa suite à la présidence des Concerts Colonne, la formation française alors la plus prestigieuse. Il la mènera avec brio, enrichissant ses programmes "classiques" de nombreuses oeuvres et créations contemporaines (avec Eugène Bozza, Jacques de la Presle, Yvonne Desportes, Edmond Marc, Elsa Barraine, Francis Poulenc, Maurice Duruflé… ou Serge Prokofiev, alors exilé en France), conduisant aussi plusieurs cycles Wagner avec l'orchestre de l'Opéra de Paris. Ce travail chez Colonne connaîtra une longue période d'interruption, pendant la Seconde Guerre mondiale. En octobre 1940, Paris étant occupé, Paul Paray démissionnera pour protester contre les mesures anti-juives frappant ses musiciens, et ne retrouvera son orchestre qu'après la Libération. Accueilli par l'Opéra de Monaco, de 1941 à 1944, il y crée sa Symphonie d'archets et orchestre les mélodies déjà écrites pour chant et piano, en 1921, sur des poèmes de Jean Lahor.
Dès 1939, Paul Paray s'était bâti une flatteuse réputation aux Etats-Unis, comme chef invité du New York Philharmonic, et avait alors refusé le poste de co-directeur du NBC Symphony Orchestra, aux côtés de Toscanini. Après la guerre, les appels se font plus pressants, et en octobre 1951, au terme d'une prestigieuse série de concerts avec les orchestres de Boston, New-York, Cincinatti, Philadelphie, Pittsburg et Chicago, Paul Paray accepte de rebâtir le Detroit Symphony Orchestra dont il fera "le premier orchestre français des USA". A partir de 1956, il s'installe plus durablement à Detroit, et laisse la présidence des Concerts Colonne à son cadet Charles Münch. Il conduit alors de nombreuses oeuvres de compositeurs américains, mais c'est d'abord la musique française qui est attendue par le public des Etats-Unis. Ce répertoire sera privilégié par la firme Mercury, qui réalisera à Detroit une magnifique série d'enregistrements, de 1956 à 1963, servis par la nouvelle technique "Living presence", mise au point par Robert Fine. Les 33t de cette collection seront best-sellers aux USA, puis distribués en Europe par Philipps. Plusieurs d'entre eux, très recherchés par les mélomanes, sont aujourd'hui disponibles en SACD.
Paul Paray a soixante-seize ans en 1962, quand prend fin son contrat avec le DSO, dont il restera Directeur émérite. Il entreprend alors la dernière phase de sa carrière, particulièrement active, et ne cessera jamais de diriger. Toujours précédé par sa réputation de "bâtisseur d'orchestres", il est régulièrement invité par les plus grandes phalanges symphoniques, principalement en France et en Europe, en Amérique et en Israël. A quatre-vingts ans, il conduit l'Orchestre National de l'Opéra de Monte-Carlo pour une première et grande tournée de quarante-trois concerts à travers les Etats-Unis et le Canada, de février à avril 1966. Un an plus tard, remplaçant Charles Münch au pied levé, il emmène le nouvel Orchestre de Paris à Kiev, Moscou, Leningrad et Riga. En 1977, il dirige à Nice un concert pour célébrer le quatre-vingt dixième anniversaire du peintre Marc Chagall. Cette même année, il conduit une dernière fois les orchestres de Detroit et de Philadelphie. C'est à Monte-Carlo que la mort surprend le doyen des chefs français, le 10 octobre 1979, peu après un concert avec son ami Yehudi Menuhin, à la veille de trois nouvelles prestations avec l'Orchestre de Paris.
[modifier] Distinctions
Au cours de sa longue carrière, Paul Paray fut honoré des plus hautes distinctions, en France, aux Etats-Unis et à Monaco. Premier Grand Prix de Rome de composition en 1911, élu Président des chefs d'orchestre français et membre de l'Académie des Beaux-Arts en 1950, Doctor of Law de Wayne University en 1956, Citoyen d'honneur de Detroit, nommé Grand Officier de l'Ordre des Grimaldi en 1967, Grand'Croix de l'Ordre National du Mérite en 1971, il fut élevé au rang de Grand'Croix de la Légion d'Honneur en 1975. Deux musiciens l'y avaient précédé : Gabriel Fauré et Camille Saint-Saëns.
[modifier] Citation
"L'humanité est ainsi faite que l'on accepte difficilement que puissent exister deux talents en un seul et même être. Je suis classé comme chef d'orchestre... Ma musique, après ma disparition, l'avenir dira ce qu'elle peut valoir, à l'exclusion de toute notion de mode et de temps." Paul Paray à Jacques Chancel, émission "Radioscopie" du 15 mai 1978.
[modifier] Bibliographie
- W.L. Landowski, Paul Paray, Lyon, 1956.
- Alain Pâris, Paul Paray in Universalis 1980.
- Jean-Philippe Mousnier, Paul Paray, Éditions L'Harmattan, 1998 (ISBN 2738463525)
[modifier] Liens externes
- Cercle Paul Paray (Fr)
- Musica et Memoria (Fr)
- Classical Notes (US)
- Allmusic (US)
- Brendan Wehrung (discography)
- ClassicsToday (US) - ClassicsToday (Fr)
- ResMusica (Fr)
| Précédé de : Camille Chevillard |
Chef Président, Orchestre Lamoureux 1923–1928 |
Suivi de : Albert Wolff |
| Précédé de : Léon Jehin |
Directeur musical, Orchestre philharmonique de Monte-Carlo 1928–1933 |
Suivi de : Henri Tomasi |
| Précédé de : Gabriel Pierné |
Chef Président, Concerts Colonne 1932–1956 |
Suivi de : Charles Münch |
| Précédé de : sans objet |
Directeur musical, Orchestre philharmonique d'Israël 1949–1950 |
Suivi de : Jean Martinon |
| Précédé de : Karl Krueger |
Directeur musical, Orchestre symphonique de Detroit 1951–1962 |
Suivi de : Sixten Ehrling |

