Albert Roussel
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Albert Roussel est un compositeur français né à Tourcoing le 5 avril 1869 et mort à Royan le 23 août 1937.
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[modifier] Biographie
Issu de la grande bourgeoisie industrielle du Nord, Albert Roussel passa à Tourcoing une enfance tot assombrie par la disparition de ses parents. Les arts faisant partie intégrante de toute éducation respectable, le jeune garçon recueilli par son oncle Réquillart montra rapidement des dispositions pour le piano. Mais Jules Verne entraina l'adolescent rêveur vers l'aventure et les mondes inconnus. Après l'Ecole Navale, Roussel découvrit les longues campagnes dans l'Atlantique et vers l'Orient fascinateur.
Une santé fragile contraignit l'aspirant à abandonner en 1894 le rude métier de la mer. S'étant essayé à quelques oeuvrettes, il prit conseil auprès du directeur du Conservatoire de Roubaix, Julien Koszul, qui l'encouragea à persévérer. Formé par les organistes Eugène Gigout et Léon Boellmann, Roussel connaissait l'écriture en intégrant la Schola Cantorum, où il étudia l'orchestration avec Vincent d'Indy à partir de 1898. Le Maitre ne tarda guère à déceler la compétence sous l'humilité et lui confia une chaire de contrepoint. Pédagogue d'exception, Roussel transmit ses hauts principes compositionnels à de nombreux disciples parmi lesquels on retiendra : Bohuslav Martinu, Edgar Varèse, Stan Golestan, Roland-Manuel, Knudage Riisager, Paul le Flem.
Il épousa Blanche Preisach en 1908. Rarement relation affective n'aura autant épanoui un homme. "Nous nous aimons tant que nous n'avons rien besoin d'autre que de notre mutuel amour." Son triptyque symphonique Evocations, vaste fresque inspirée par leur voyage de noces aux Indes, l'établit comme un compositeur avec lequel la France devrait désormais compter. C'est son ballet Le Festin de l'Araignée, merveille absolue de raffinement orchestral écrit sur l'insistance de son épouse, qui lui apporta la gloire en 1913. Padmâvatî, légende hindoue, reste le plus somptueux opéra-ballet produit depuis Rameau.
Le choc de la Première guerre eut d'incommensurables répercussions. Les artistes n'y firent exception. "On se sent de plus en plus porté à s'isoler de la démence universelle et à se réfugier dans le monde admirable de la divine musique."
Subjugué par le paysage de la cote dieppoise, Roussel acquit en 1920 une propriété entre sylve et océan qu'il transforma en paradis. De sa retraite terraquée, vouée au culte de l'amitié, son génie nous livra une suite ininterrompue de chefs-d'oeuvre. Après l'Inde, il se plongea dans l'antiquité gréco-latine, revisitant les racines d'une civilisation disparue avec la guerre. Si La Naissance de la Lyre en dérouta plus d'un, les élans dyonisiaques du ballet Bacchus et Ariane comptent parmi les plus virils et sensuels du répertoire.
Les festivités parisiennes organisées en 1929 pour son soixantenaire le consacrèrent comme chef de file de la jeune école française. Dès lors, atticisme classique et dilection pour le XVIIIe siècle imprégnèrent ses mélodies et sa musique de chambre (Joueurs de flute). Il adopta "un style plus clair, aboutissement d'une recherche plus complètement personnelle poussée vers la réalisation d'une musique pure."
L'insondable et contemplative profondeur des adagios (Concerto pour piano, Sérénade), l'irréfragable euphorie d'une orchestration coruscante (Symphonie n°2, Suite en Fa), la vigueur sans pareille d'irrésistibles scherzi (Symphonie n°3) firent de leur auteur le plus grand symphoniste français de la première moitié du XXe siècle. Comme dans sa vie, Roussel se considérait orphelin en musique - position qu'il partage avec Berlioz - . Olivier Messiaen remarquait alors pertinemment : " toute la musique française me semble aujourd'hui polarisée par Albert Roussel et le premier Stravinsky."
Sensible à l'idéologie du Front Populaire, il s'engagea dans une voie qu'il cru etre celle de l'avenir ... avant que ne se révélât dans l'horreur les liens inavouables de l'illusion et du totalitarisme. Nous sommes aujourd'hui bien loin de son espérance : "la musique sera une fée bienfaisante qui fait oublier aux hommes leurs querelles et les incite à une plus large et plus généreuse compréhension de leurs destinées." Paradoxalement, c'est à un musicien ayant perdu la foi que l'on doit l'une des plus belles oeuvres religieuses du XXe siècle : le Psaume 80, commande de l'éditeur américain Birchard.
Sa joie de vivre, son humour parfois truculent et sa fine ironie éclatent en un perpétuel jaillissement dans la Rapsodie flamande, bâtie sur cinq chants populaires, ou dans Le Testament de la Tante Caroline, opérette fustigeant les moeurs de l'époque qui fit scandale en 1937.
Le dernier musicien-chevalier (selon la belle expression d'Arthur Hoérée) repose à Varengeville-sur-Mer, face au bleu profond de l'océan. "La mer, ma Fratzele, la mer!...Il n'y a rien de plus beau au monde n'est-ce pas? Et c'est en face de la mer que nous irons finir nos existences et que nous irons dormir pour entendre encore au loin son éternel murmure."
[modifier] Œuvres
Liste établie d'après le catalogue de Damien Top, Centre international Albert-Roussel.
[modifier] Musique religieuse
- Ave Maria pour violon, alto, violoncelle et orgue (1892)
- Marche Nuptiale pour orgue (1893)
- Motets
- Psaume LXXX op. 37 pour ténor, chœur et orchestre (1928)
[modifier] Musique profane
[modifier] Musique instrumentale
- Guitare :
- Ségovia op. 29 (1925)
- Harpe :
- Impromptu op. 21 (1919)
- Orgue :
- Allegro symphonique (1899)
- Prélude et fughetta op. 41 (1929)
- Piano :
- Badinage
- Valse lente (1895)
- Fugue (ca 1898)
- Des heures passent... op. 1 (1898)
- Conte à la poupée (1904)
- Petit canon perpétuel (1912)
- Rustiques op. 5 (1904-1906)
- Suite op. 14 (1909-1910)
- Sonatine op. 16 (1912)
- Doute (1919)
- L'Accueil des muses (1920)
- Prélude et fugue op. 46 (1932-1934)
- Trois pièces op. 49 (1933)
[modifier] Musique de chambre
- Fantaisie pour violon et piano (1892)
- Sonate pour violon et piano (ca 1901)
- Quintette pour quatuor à cordes et cor (ca 1901)
- Largo pour violoncelle et piano (?)
- Trio en mi b majeur op. 2 pour violon, violoncelle et piano (1902)
- Trois pièces brèves pour violoncelle et piano (1904)
- Divertissement op. 6 pour flûte, hautbois, clarinette, basson, cor et piano (1906)
- Sonate n° 1 op. 11 pour piano et violon (1907-1908)
- Deux poèmes de Ronsard op. 26 pour flûte et soprano (1924)
- Joueurs de flûte op. 27 pour flûte et piano (1924)
- Sonate n° 2 op. 28 pour piano et violon(1924)
- Sérénade op. 30 pour flûte, violon, alto, violoncelle et harpe (1925)
- Duo pour basson et contrebasse ou violoncelle (1925)
- Trio op 40 pour flûte, alto et violoncelle (1929)
- Quatuor à cordes op. 45 (1931-1932)
- Pièce pour piccolo (pipeau) et piano (1934)
- Andante et Scherzo op. 51 pour flûte et piano (1934)
- Trio op. 58 pour violon, alto et violoncelle (1937)
- Elpénor op. 59 pour flûte et quatuor à cordes (1937)
- Trio pour hautbois, clarinette et basson (inachevé, 1937)
[modifier] Musique symphonique
- Résurrection op. 4 (1903)
- Vendanges
- Symphonie n° 1 "Le Poème de la forêt" op. 7 (1904-1906)
- Evocations op. 15 pour ténor, baryton, contralto, chœur mixte et orchestre (1910-1911)
- Pour une fête de printemps op. 22 (1920)
- Symphonie n° 2 op. 23 (1919-1921),
- Suite en fa op. 33 (1926)
- Concert op. 34 pour petit orchestre (1926-1927)
- Petite Suite op. 39 (1929)
- Symphonie n° 3 op. 42 (1929-1930)
- Sinfonietta op. 52 (1934)
- Symphonie n° 4 op.53 (1934)
- Rapsodie flamande op. 56 (1936)
[modifier] Musique concertante
- Concerto pour piano et orchestre op. 36 (1927)
- Concertino pour violoncelle et orchestre op. 57 (1936)
- Œuvres pour orchestre d'harmonie
- Fanfare pour un sacre païen (1921)
- A Glorious Day op. 48 (1932)
[modifier] Œuvres lyriques
- Mélodies avec piano :
- La Chanson de l'archer
- Les Rêves
- L'attente
- Tristesse au jardin
- Quatre Poèmes op. 3 (1903) : Le Départ, Vœu, Le Jardin mouillé, Madrigal lyrique
- Quatre Poèmes op. 8 (1907) : Adieux, Invocation, Nuit d'automne, Odelette
- Flammes op. 10 (1908)
- Deux Poèmes chinois op. 12 (1907-1908) : Ode à un jeune gentilhomme, Amoureux séparés
- Deux mélodies op. 19 (1918) : Light, A Farewell
- Deux mélodies op. 20 (1919) : Le Bachelier de Salamanque, Sarabande
- Odes anacréontiques op. 31 (1926) : Sur lui-même, Qu'il faut boire, Sur une jeune fille
- Odes anacréontiques op. 32 (1926) : Sur lui-même, Sur une jeune fille, Sur un songe
- Deux poèmes chinois op. 35 (1927) : Des fleurs font une broderie, Réponse d'une épouse sage
- Vocalise n° 1 (1927)
- O bon vin, où as-tu crû? (1928)
- Vocalise n° 2 (1928)
- Jazz dans la nuit op. 38 (1928)
- A Flower given ro my daughter op. 44 (1931)
- Deux Idylles op. 44 (1931) : Le Kérioklepte, Pan aimait Ekhô
- Deux poèmes chinois op. 47 (1932) : Favorite abandonnée, Vois, de belles filles
- Deux mélodies op. 50 (1933-1934) : L'Heure du retour, Cœur en péril
- Deux mélodies op. 55 (1935) : Vieilles cartes, vieilles mains, Si quelquefois tu pleures
- Mélodies avec flûte :
- Deux poèmes de Ronsard op. 26 (1924) : Rossignol, mon mignon, Ciel, aer et vens
- Mélodie avec violon et piano :
- Barcarolle (1895)
- Duo a cappella :
- Duo pour ténor et baryton
- Duo avec piano :
- Les filles d'Arles, duo pour soprano et mezzo
- Chœurs a cappella :
- Deux madrigaux (1897) : La cloche lentement tinte sur la colline, Ne pouvant vous donner ni sceptre ni couronne
- Madrigal aux muses op. 25 (1923)
- Le Bardit des Francs (1926)
- Voix et orchestre :
- La Menace op. 9 (1908)
[modifier] Musique de scène
- Le Marchand de sable qui passe op. 13 (1908)
- Prélude du deuxième acte de Quatorze Juillet, drame de Romain Rolland (1936)
[modifier] Ballets
- La Danse de l'oiseau sacré (1909)
- Le Festin de l'araignée, ballet-pantomime op. 17 (1912-1913)
- Sarabande du ballet collectif L'éventail de Jeanne (1927)
- Bacchus et Ariane op. 43 (1930)
- Aeneas op. 54 (1935)
[modifier] Opéras
- Némissa (inachevé, 1892)
- Le Roi Tobol (inachevé)
- Padmâvatî, opéra-ballet op. 18 (1913-1918)
- La Naissance de la lyre op. 24 (1922-1923)
- Le Testament de la tante Caroline (1932-1933)
- Le Téméraire (inachevé)
[modifier] Divers
- Le Centre international Albert-Roussel organise des manifestations permettant la promotion du compositeur.
- Le Festival international Albert-Roussel est consacré chaque année principalement à la musique française du XXe siècle.
[modifier] Bibliographie
- Louis Vuillemin, Albert Roussel et son œuvre, Paris, Durand, 1924.
- Arthur Hoérée, Albert Roussel, Paris, Rieder, 1938.
- Catalogue de l'œuvre d'Albert Roussel, Paris & Bruxelles, Editor, 1947 (catalogue établi par Joseph Weterings avec le concours de Blanche Roussel, la veuve du compositeur).
- Robert Bernard, Albert Roussel : sa vie, son œuvre, Paris, La Colombe, 1947.
- Norman Demuth, Albert Roussel : a study, Londres, United Music Publishers, 1947.
- Marc Pincherle, Albert Roussel, Genève, Kister, 1957.
- Basil Deane, Albert Roussel, Londres, Barrie & Rockliff, 1961.
- Angelico Surchamp, Albert Roussel : l'homme et son œuvre, Paris, Seghers, 1967.
- Robert Follet, Albert Roussel : a bio-bibliography, New York, Greenwood Press, 1988.
- Albert Roussel : musique et esthétique : actes du Colloque international Albert Roussel (1869-1937), textes réunis et édités par Manfred Kelkel, Paris, Vrin, 1989 (colloque tenu à Lyon et Saint-Étienne en novembre 1987).
- Damien Top, Albert Roussel (1869-1937) : un marin musicien, Paris, Séguier, 2000.

