Piraterie moderne

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Contrôle d'un boutre indien par la marine américaine dans le cadre de la lutte contre la piraterie.

Les définitions modernes de la piraterie comprennent les actions suivantes :

Régions sensibles[modifier | modifier le code]

Extension de la zone d'opération des pirates somaliens entre 2005 et 2010.
- les cercles rouges indiquent la localisation des messages d'alertes ;
- les traits bleu clair indiquent les principales lignes maritimes ;
- les cercles bleus indiquent les principaux ports.

Les pirates d'aujourd'hui sévissent essentiellement dans les régions d'Asie du Sud et Asie du Sud-Est (en particulier dans la mer de Chine méridionale), le long des côtes de l'Amérique du Sud, du golfe d'Aden, de la mer Rouge, mais aussi celles de la Somalie, dans le golfe de Guinée et dans la mer des Caraïbes. Selon le Bureau maritime international, plus de 4 000 actes de piraterie ont été enregistrés durant les vingt dernières années, un rapport de la RAND Corporation estime le nombre d'attaques et de tentatives d'attaques à 209 durant la période 1994-1999 et à 2 463 entre 2000 et fin 2006, soit une augmentation exponentielle de ces pratiques depuis le début du XXIe siècle [1]

Ils utilisent des embarcations plutôt petites et rapides, et profitent du nombre restreint de membres d'équipage sur les navires cargos. Ils savent également maquiller leurs embarcations en bateaux de pêche ou de transport, afin d'éviter et de déjouer les inspections.

Dans la plupart des cas, les pirates ne s'intéressent pas à la marchandise transportée, mais plutôt aux affaires personnelles de l'équipage et au contenu du coffre-fort, qui peut contenir d'importantes quantités de monnaie destinée à payer le personnel et les taxes portuaires. Il arrive également que les pirates se débarrassent de l'équipage et conduisent le navire dans un port afin de vendre la cargaison et dans de très rares cas de transformer son identité et de le revendre.

La piraterie moderne se développe pour plusieurs raisons :

  • La pauvreté importante de certaines régions, qui pousse une partie de leurs habitants dans la piraterie.
  • une incapacité de certains pays à gérer la sûreté de leurs eaux territoriales ;
  • les équipages des navires cargos sont peu nombreux et non armés (une vingtaine d'hommes sur un navire de 150 mètres) ;
  • les navires marchands se déplacent à des vitesses faibles (entre 10 et 20 nœuds en moyenne), sont peu manœuvrant et, chargés, ils peuvent être assez bas sur l'eau permettant ainsi un abordage aisé ;
  • les équipages, embarquant pour une durée de neuf mois en moyenne, proviennent en grande partie des pays en voie de développement (Asie - Afrique) et reçoivent la majeure partie de leur salaire en espèces à bord.

Par extension, on parle également de piraterie lorsqu'il y a acte de braconnage, par exemple lors de pêches interdites d'espèces protégées (dans les zones d'exclusivité économique). Ceci concerne tout particulièrement la légine, poisson très recherché localisé dans les Z.E.E. des Terres Australes.

Les attaques[modifier | modifier le code]

L'équipage du cargo Faina pris en otage au large de la Somalie en 2008.

Les attaques se produisent généralement de nuit, entre 01h00 et 03h00, dans des zones dites « à risque » (Asie du Sud-Est, détroit de Malacca, sud de la mer Rouge, golfe d'Aden, côtes de Somalie, golfe de Guinée…) en haute mer ou dans des zones de mouillage.

Seule une veille attentive ainsi qu'une réaction rapide de l'officier de quart par une manœuvre ou par le déclenchement de l'alarme générale peuvent éventuellement dissuader les pirates de poursuivre leur action.

Depuis 2006, les navires cargos possèdent tous un système « d'alarme silencieuse » par satellite en réponse au développement de la piraterie. Ce système d'alarme, activé manuellement à bord depuis deux endroits gardés secrets, n'a aucune manifestation physique sur le navire mais envoie des données par communication satellitaire.

Il existe une hiérarchie des actes de piraterie :

  • Les petits malfrats de la mer agissent en groupes peu nombreux et leurs actions sont souvent improvisées s'apparentant plus à de la rapine. Un groupe d'entre eux est responsable de l'assassinat de Peter Blake dans l'estuaire de l'Amazone en 2001.
  • En haut de la hiérarchie on trouve quelques gangs internationaux dépendant de puissantes mafias et triades asiatiques dirigées par de puissants hommes d'affaires.
  • Un autre type de pirates est constitué par des groupes terroristes, comme celui qui en octobre 2000 a attaqué le bâtiment USS Cole de la marine américaine au mouillage dans le port yéménite d'Aden en faisant sauter une embarcation bourrée d'explosifs, faisant 17 morts et 42 blessés.

Modes opératoires[modifier | modifier le code]

Il est également possible de classer les attaques selon l’étendue spatiale des zones d’actions ainsi que les compétences nautiques exigées. L’on peut en dénombrer cinq :

  • Le premier type d’attaque demande peu de compétences maritimes puisqu’elle a lieu alors même que le navire est à quai. Il s’agit alors pour les pirates d’aborder discrètement afin de piller le navire.
  • Le deuxième type d’attaque se déroule dans les eaux resserrées (comme les détroits par exemple) où les navires sont obligés de réduire leur vitesse. Les pirates, qui doivent dans ce cas maîtriser la navigation côtière, en profitent alors pour aborder les navires.
  • Le troisième type d’attaque consiste en une prise d’otage du navire ou de l’équipage afin de réclamer une rançon. Cet acte demande de bonnes compétences nautiques.
  • Le quatrième type d’attaque est beaucoup plus complexe puisqu’il consiste en la prise de contrôle momentanée du navire afin de transférer sa cargaison dans un autre navire. Les pirates doivent alors posséder d’excellentes compétences nautiques.
  • Finalement, le dernier type d’attaque est celui de la prise définitive du navire. Cette dernière catégorie exige des pirates qu’ils soient en mesure de remplacer entièrement l’équipage du navire volé[2].

Fin du XXe siècle et XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Nombres d'attaques par an :

  • 2001 : 252 attaques
  • 2002 : 341 attaques
  • 2003 : 445 attaques
  • 2004 : 329 attaques
  • 2005 : 276 attaques
  • 2006 : 239 attaques
  • 2007 : 263 attaques
    • 42 incidents ont été reportés au Nigéria dont 25 pour la seule zone de Lagos.
    • 31 incidents ont été reportés en Somalie.
  • 2008 : 293 attaques
  • 2009 : 406 attaques
  • 2010 : 445 attaques, 49 détournements réussis
  • 2011 : 439 attaques, 28 détournements réussis
  • 2012 : sur les 9 premiers mois, 233 attaques, 24 navires piratés, 458 marins pris en otage, 6 d'entre eux tués[3]

Le nombre d'attaques pirates a triplé entre 1993 et 2003. Le premier semestre 2003 a été le pire semestre jamais enregistré, avec 234 attaques pirates, 16 morts, 52 blessés et 193 membres d'équipage pris en otage dans le monde. 182 cas de piraterie ont été recensés par le Centre de surveillance de la piraterie du Bureau international maritime (en) (IMB - International Maritime Bureau) pour le premier semestre 2004, dont 50 à proximité de l'Indonésie, la majorité dans le détroit de Malacca. L'IMB note également qu'en 2004, les tankers (transport de pétrole et de gaz) et les cargos transportant des matières premières sont les cibles les plus populaires avec 67 attaques sur des tankers et 52 sur les cargos.

La piraterie a toujours utilisé les moyens technologiques les plus avancés disponibles : les pirates modernes ont recours aux armes à feu évidemment (tel que les AK-47), à la téléphonie mobile, aux hors-bords, etc. On suppose même que certains pirates écoutent clandestinement les communications des satellites, afin d'obtenir des informations sur le mouvement des navires et de déterminer le risque qu'ils présentent en cas d'attaque.

Une étude conduite par le Bureau international maritime montre que le nombre d'attaques de piraterie dans le monde est en augmentation en 2007 (263 cas) en comparaison de l'année 2006 (239 cas). Il est également rapporté que le nombre d'attaques à main armée est en augmentation, avec pour première conséquence une augmentation du nombre de blessés dans les équipages de navire (64 blessés en 2007 pour 17 en 2006)[4]. Cette évolution en 2007 est directement liée à des actes ayant pris place en Somalie et au Nigéria.

Certaines attaques ont conduit à l'intervention des marines militaires luttant contre ce phénomène comme ce combat au large de la Somalie en 2006 et l'acte de piraterie contre le Ponant en 2008 (voir Piraterie autour de la corne de l'Afrique); Lors de cette affaire, Jean-David Levitte, un diplomate français, a déclaré que dans les dix dernières années, 3 200 marins avaient été enlevés par des pirates, 500 blessés et 160 tués.

Le détroit de Malacca n'est plus classé route maritime dangereuse par le Lloyd's Register depuis fin 2006[5].

L'IMB répertorie en 2009 406 incidents : 153 navires abordés, 49 détournés, 120 navire ont essuyé des tirs. 1052 membres d'équipage ont été pris en otage, on déplore 68 blessés et 8 tués. La zone Golfe d'Aden et est Somalie affiche un total de 217 incidents. Des attaques ont eu lieu jusqu'à 1000 milles marins des côtes[6].

Lorsqu'il a été détourné par des pirates somaliens le 15 novembre 2008, le Sirius Star est devenu le plus grand navire de l'histoire moderne capturé par des pirates[7]

Le 8 décembre 2008, l'Union européenne a lancé une opération militaire de lutte contre les pirates au large de la Somalie dans le Golfe d'Aden. Dénommée mission Atalanta (ou Eunavfor), cette opération sous mandat de l'ONU, regroupe entre 6 et 8 navires européens et des avions de patrouille maritime, chargé de protéger les bateaux du Programme alimentaire mondial (PAM), certains navires marchands les plus sensibles et de dissuader les pirates d'attaquer[8].

Les protections[modifier | modifier le code]

Face à la montée en puissance des pirates professionnels, des sociétés privées proposent une offre de prestation de sécurité aux armateurs.

Le premier service de protection anti-pirates a été offert dès la fin des années 1990 par la société britannique Marine Risk Management avec « à bord des balises satellites cachées permettant de pister le bateau à l'insu des pirates » et « un service d'intervention rapide » permettant de « retrouver le bateau et le récupérer avec des équipes spéciales ». Une « capacité à récupérer des bateaux en situation hostile d'abord par la négociation » et en dernier recours par « des méthodes plus intensives ».

Au Nigeria, les plateformes pétrolières sont sous la garde de bateaux armés.

Depuis, les attentats du 11 septembre 2001, l'Organisation maritime internationale a mis en place le Code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires, chapitre XI de la convention Solas obligeant les navires, entre autres choses, à se doter de systèmes d'alerte satellitaires et à créer à l'intérieur du bateau des zones de refuges fermées, à respecter des procédures de discrétion et de veille.

Le Parlement français adopte en 2011 une loi[9] qui comble le vide juridique créé en 2007 par la suppression de la loi de 1825 réprimant la piraterie, et qui définit la piraterie dans le droit français, permettant ainsi aux tribunaux nationaux d'en juger (Compétence quasi-universelle) et aux forces armées d'être habilitées pour intervenir avant ou pendant les faits (notamment pour appréhender les commanditaires). Ce texte définit les conditions dans lesquelles les pirates présumés peuvent être consignés à bord (durée reconductible de rétention, examen de santé, etc.) et porte la peine criminelle de 20 à 30 ans de réclusion criminelle en cas de détournement de navire commis en bande organisée.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) The Maritime Dimension of International Security, RAND Corporation, 2008
  2. Hugues Eudeline, « Contenir la piraterie: des réponses complexes face à une menace persistante », Focus stratégique, n.40, novembre 2012. http://www.ifri.org/downloads/fs40eudeline.pdf
  3. « La piraterie à son plus bas niveau depuis 2008 », sur Mer et Marine,‎ 24 octobre 2012 (consulté le 25 octobre 2012)
  4. (en) « Rapport d'analyse » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  5. « Londres, données du 31/10/2006 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  6. « Carte des incidents » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  7. Hassan Abdiqani, « Le superpétrolier saoudien détourné ancré au large de la Somalie », Libération,‎ 18 nov. 2008 (lire en ligne)
  8. Bruxelles2 21/12/2008
  9. Luc Briand, "Lutte contre la piraterie maritime: la France renforce son arsenal législatif", Gazette du Palais, éd. gén., 19 janvier 2011, p. 8-12

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Michel Barrault, Pirates des mers d'aujourd'hui, Gallimard, 2007, 174 pages.
  • Éric Frécon, Pavillon noir sur l'Asie du sud-est. Histoire d'une résurgence de la piraterie maritime, L'Harmattan, 2003, 278 pages.
  • Jean Guisnel et Viviane Mahler, Pirates de Somalie, Grasset, Paris, 2012, 315 p. (ISBN 9782246761518)
  • Hugues Eudeline, « Contenir la piraterie: des réponses complexes face à une menace persistante», Focus stratégique, n°40, novembre 2012, http://www.ifri.org/downloads/fs40eudeline.pdf.
  • Jacques Nougier, Pirate de Légines (Océan Indien austral), L'Harmattan, 2003, 201 pages.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]