La Buse

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Levasseur.

Olivier Levasseur dit « La Buse » (ou « La Bouche ») est un pirate qui écuma l'océan Indien après avoir fait ses premières armes dans les Caraïbes, lors de la guerre de Succession d'Espagne. Son histoire et ses origines sont encore mal connues : D'après Charles Bourel de La Roncière[1], le forban serait de la même famille qu'un certain Paul Levasseur, corsaire ayant ses attaches à Calais. Cependant, aucun document officiel ne vient étayer cette théorie, ce qui pousse certains à prétendre qu'Olivier Levasseur serait originaire de l'Île de la Tortue et appartiendrait à la même lignée que François Levasseur, seigneur de René-de-Boisdouflet et des lettres, né à Cogners dans le département du Maine et qui fut le premier gouverneur de l'ile de la Tortue, un célèbre repère de flibustiers.

L'histoire et les exploits d'Olivier Levasseur restent encore flous, aucun historien n'ayant à l'heure actuelle retracé avec certitude le parcours du pirate. Il fut pendu le 7 juillet 1730 à Saint-Paul, sur l'île Bourbon (aujourd'hui île de la Réunion) pour ses crimes de piraterie.

Tout à la fois personnage historique, figure folklorique de la Réunion et héros de fiction, La Buse, ainsi que son supposé trésor, fait partie du patrimoine culturel de l'océan Indien.

Les pseudonymes Louis Labous, La Bouse, La Bouche, et Louis de Boure lui sont aussi attribués[2].

L'histoire du pirate[modifier | modifier le code]

Les origines, l'histoire et les faits d'armes d'Olivier Levasseur ne sont connus que partiellement, malgré différentes faits avérés. En tout état de cause, la seule source d'époque que nous possédions sur le pirate nous vient de Charles Johnson (possible pseudonyme de Daniel Defoe) qui l'évoque à plusieurs reprises dans son History of the Most Famous Pirates (Histoire générale des plus fameux pirates) publié à partir de 1720.

En 1716, La Buse et Hornigold aidèrent Samuel Bellamy, dit Black Sam, à entrer dans la piraterie. Il aurait fait partie de la réunion de Providence (aux Bahamas), où les grands capitaines pirates des Antilles prirent, pour la plupart, la décision de fuir les Caraïbes, devenues trop dangereuses depuis que les différentes marines nationales y menaient des campagnes anti-pirates. Il aurait ensuite croisé dans le Golfe de Guinée, en compagnie des pirates Thomas Cocklyn et Howell Davis, et y aurait fait plusieurs prises. Johnson le fait ensuite réapparaitre à Mayotte, où il aurait fait naufrage avec son navire, l'Indian Queen. C'est là que le capitaine pirate Edward England l'aurait pris à son bord, et où, avec le capitaine John Taylor, ils décident de s'associer pour une campagne dans la mer des Indes.

Au retour vers les Mascareignes, Taylor et La Buse auraient décidé d'abandonner (marronner) England, avec qui ils se sont fâchés, à l'île Maurice. Les deux pirates font ensuite voile vers l'île Bourbon (actuelle la Réunion) qu'ils touchent le 20 avril 1721.

La prise de la Vierge du Cap[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Combat de Saint-Denis.

À partir de cette date, le récit de Johnson correspond en partie aux témoignages historiques conservés dans les différentes archives européennes.

Le 8 avril 1721, Taylor et La Buse arrivent en rade de Saint-Denis où ils découvrent un navire en réparation, La Vierge du Cap (Nossa Senhora do Cabo), navire amiral de la Marine Portugaise de 800 tonneaux et de 72 canons, qui venait d'essuyer une tempête. Le vaisseau transportait Luís Carlos Inácio Xavier de Meneses, Comte d'Ericeira, vice-roi des Indes orientales portugaises ainsi que l'archevêque de Goa, Don Sebastian de Andrado. La Vierge du Cap avait pour but de ramener au Portugal après dix ans de mission le vice-roi et sa cour, ainsi que les fabuleuses richesses accumulées lors de cette période[3].

Les deux pirates le prennent d'abordage et après un âpre mais court combat s'en rendent maîtres. La population de la ville de Saint-Denis, le vice-roi et la majorité des portugais assistent impuissants au combat depuis le rivage. Cependant, d'après le Comte d'Ericeira, dans un récit[4] qui reste sujet à caution, le Comte se serait âprement battu auprès de ses hommes, opposant une résistance farouche aux forbans. Néanmoins, il est fort probable que le récit du Comte d'Ericeira ait été écrit sous les ordres de ce dernier afin d'enjoliver son courage et minimiser ainsi ses fautes (abandon du navire) auprès du Roi du Portugal.

La Buse et Taylor prennent le navire ainsi que sa cargaison en butin : rivières de diamants, bijoux, perles, barres d’or et d’argent, meubles, tissu, vases sacrés et autres objets de cultes précieux, un trésor que les historiens estiment au minimum à quatre millions et demi d'euros, et au maximum à cinq milliards d'euros. On a prétendu qu'il s'agissait de la plus grosse prise de l'histoire de la piraterie océane[réf. nécessaire].

Taylor pris en remorquage le vaisseau portugais et longea les côtes Réunionnaises en direction de Saint-Paul, rejoint quelques jours plus tard par olivier Levasseur. De nouveau, les pirates lancèrent l'offensive sur le Ville d'Ostende, qu'ils prennent sans aucun mal puisque l'équipage s'était mutiné. Puis, forts de leur deux prises, les forbans décident de faire route vers l'Île Sainte-Marie à proximité de Madagascar. Le Ville d'Ostende les précède sous équipage de prise, mais sera repris en pleine nuit sur la route de Sainte-Marie par son ancien équipage et parviendra à Mozambique puis à Goa.

Après réparation de la Vierge du Cap, fraîchement renommée "Le Victorieux" et sous le commandement de La Buse, Taylor et Levasseur repartent en chasse. Ils contournent Madagascar par le Sud et prennent La Duchesse de Noailles à l'ancre, probablement en baie de Saint-Augustin. Insatisfaits par le Butin, ils incendient le vaisseau alors que des dizaines d'esclaves se trouvent toujours à bord, causant ainsi la mort de nombreux hommes et femmes. Cette attaque barbare, qui priva les jeunes colonies des Mascareignes de nombreuses denrées et d'une main d'œuvre précieuse, provoqua l'ire des colons et des autorités, qui décidèrent après cet acte de relancer la chasse au pirates[5].

Les forbans vont ensuite à Delagoa (aujourdh'hui Maputo), où ils prennent le fort et emmènent l'hydrographe hollandais Jacob de Bucquoy. Ils font route vers la ville de Mozambique, espérant faire de nouvelles prises, mais sans succès. Les pirates retournent donc à leur campement vers Madagascar.

Ensuite les deux associés se disputent et rompent l'association, et chacun des deux pirates, avec son navire, fait route de son côté. La Buse décide de s'installer à Madagascar. Le roi de France et le gouverneur de Bourbon offrent une amnistie aux flibustiers qui renonceraient à la piraterie et qui s'installeraient à Bourbon. Il semble que La Buse réponde à cette proposition, mais pas totalement, notamment en n'allant pas à Bourbon, mais en restant à Ste Marie, même s'il ne commet plus d'acte de piraterie.

La fin de La Buse[modifier | modifier le code]

Vers 1729, La Buse exerce le métier de pilote dans la baie d'Antongil, à Madagascar, il offre ses services aux navires européens de passage. C'est ainsi qu'il monte à bord de « La Méduse », de la Compagnie des Indes, qui souhaitait entrer dans le port. Le capitaine Dhermitte, négrier notoire, commandant de bord et accompagné de l'ancien forban Piotr Héros[6], le reconnait et le fait prisonnier. Il semble que la capture du pirate était l'un de ses objectifs. Il est conduit, les fers aux pieds, à l’île Bourbon pour y être jugé. Là, il refuse de parler au nouveau gouverneur, Pierre-Benoît Dumas. Le procès est rapide, il est condamné à être pendu et exécuté le 7 juillet 1730.

À l'issue de son procès, en traversant le pont qui enjambe la Ravine à Malheur, il aurait lâché à ses gardiens : « avec ce que j'ai caché ici, je pourrais acheter toute l'île. »

Tombe dite de La Buse au cimetière marin de Saint-Paul, à la Réunion.

Voici un extrait du jugement, daté du 7 juillet 1730 :

Vœu par le Conseil le procès criminel extraordinairement fait et instruit à la requête et diligence du Procureur du Roy, demandeur et accusateur, contre Olivier Levasseur surnommé La Buse, accusé du crime de piraterie […]. Le Conseil l’a condamné et condamne à faire amende honorable devant la principale porte de l’église de cette paroisse, nu en chemise, la corde au col et tenant en sa main une torche ardente du poids de deux livres, pour là, dire et déclarer à haute et intelligible voix que méchamment et témérairement il a fait pendant plusieurs années le métier de forban, dont il se repent et demande pardon à Dieu, au Roy. […] Exécuté à cinq heures du soir le sept juillet mil sept cent trente.

Signé Chassin — Dumas — Villarmoy — G. Dumas — de Lanux

Le trésor de La Buse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Trésor de La Buse.

La légende raconte que lorsqu'il était sur l'échafaud la corde au cou, il aurait jeté un cryptogramme dans la foule en s'écriant : « Mon trésor à qui saura le prendre! »[7].

Au début du XXe siècle, l'écrivain et conservateur du département des imprimés à la Bibliothèque Nationale (aujourd'hui Bibliothèque nationale de France), Charles de la Roncière, déclare, dans son interview du 15 juillet 1934 donné au Milwaukee journal, avoir apporté son aide à l'étude d'un cryptogramme qu'il reconnait être du XVIIIe siècle.

Ce cryptogramme appartenait à une jeune femme dont il tait le nom (on sait aujourd'hui (d'après les dires de Robert Charroux), qu'il s'agit de Mme Savy originaire des Seychelles). Celle-ci aurait sollicité un ouvrage dénommé Les clavicules de Salomon. Son décryptage, ne donne rien de concluant, mais lance une formidable chasse au trésor qui dure encore. Plusieurs hypothèses quant au lieu où se trouve le trésor de La Buse sont émises : on le croit à la Réunion, bien sûr, aux Seychelles, à Rodrigues, à Madagascar, à Mayotte, à l'île Sainte-Marie.

À la Réunion, le chercheur de trésor et figure pittoresque de l'île, Bibique, passe une partie de sa vie à le rechercher sur la côte ouest de l'île, pour finalement orienter ses recherches vers le Sud de l'Île, du côté de la Ravine Ango.

À l'île Rodrigues, le grand-père paternel de l'écrivain J.M.G. Le Clézio, s'installe et passe vingt ans dans une ravine à fouiller le sol.

Plus récemment, le jeune chercheur Emmanuel Mezino affirme avoir décrypté le cryptogramme et localisé précisément le trésor qui serait enfoui quelque part à l'Ile de la Réunion.

Autour du personnage[modifier | modifier le code]

  • Le pirate La Buse est au centre d'un roman graphique de Lewis Trondheim et Appollo intitulé Île Bourbon 1730. De manière très romancée, les auteurs imaginent l'histoire d'un jeune ornithologue passionné de piraterie débarquant sur l'île Bourbon quelques jours ou semaines avant la pendaison de La Buse.
  • Dans le film Capitaine Blood, de Michael Curtiz, il se fait tuer en duel par le protagoniste.
  • Le romancier Le Clézio a raconté la quête de son grand-père paternel, venu de Maurice à Rodrigues pour y chercher le trésor de La Buse, dans deux ouvrages, le roman Le Chercheur d'or et le récit Voyage à Rodrigues.
  • Une bande dessinée en deux tomes, scénarisée par Daniel Vaxelaire et dessinée par Michel Faure, retrace de manière romancée la vie de La Buse (éditions Orphie).
  • On trouve au cimetière marin de Saint-Paul une tombe dite "de La Buse", surmontée d'une croix marquée d'une tête de mort et de tibias croisés. Quoiqu'il soit impossible que La Buse ait pu être enterré à cet endroit (il n'a pas eu de sépulture et le cimetière a été créé bien après sa mort), elle est le lieu d'un certain nombre de pratiques populaires proches de la sorcellerie. Ainsi le criminel réunionnais Saint-Ange, chef de la bande de Sitarane, y aurait dérobé, au début du XXe siècle, un os qui, prétendait-il, le protégeait.
  • La Buse inspira Eiichirō Oda lors de la création de son manga One Piece : l'histoire commence par l'exécution de Gol D. Roger, le Seigneur des pirates dont les derniers mots furent pratiquement les mêmes que La Buse et feront entrer le monde dans l'ère de la piraterie[8].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

La Buse, pirate célèbre écuma l'océan Indien au début du XVIIIe siècle. Il aurait caché un trésor estimé à 4,5 milliards d'euros quelque part à La Réunion. Aujourd'hui encore, des chercheurs et des scientifiques se lancent à la recherche de ce trésor précieusement conservé depuis plus de 280 ans.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  1. Charles Bourel de La Roncière, Le flibustier mystérieux, histoire d'un trésor caché, Le Masque,‎ 1934
  2. british-history.ac.uk
  3. Emmanuel Mezino, Mon Trésor à qui saura le prendre..., France, Auto-édition / Emmanuel Mezino,‎ 2014, 216 p. (ISBN 978-2-9548221-0-5, [www.tresordelabuse.fr lire en ligne])
  4. inconnu, Relation de voyage de son Excellence le M. le Comte d'Ericeira, Grand de Portugal, ci-devant Viceroy et Capitaine Général de Indes Orientales pour sa Majesté Portugaise., Paris, Le Mercure,‎ 1722, 210 p. (lire en ligne), page 54 à 68
  5. Emmanuel Mezino, Mon Trésor à qui saura le prendre..., France, Auto-Edition / Emmanuel Mezino,‎ 2014, 216 p. (ISBN 978-2-9548221-0-5, [www.tresordelabuse.fr lire en ligne])
  6. Emmanuel Mezino, Mon Trésor à qui saura le prendre..., France, Auto-édition,‎ 2014, 216 p. (ISBN 978-2-9548221-0-5, [www.tresordelabuse.fr lire en ligne])
  7. Emmanuel Mezino, Mon Trésor à qui saura le prendre, France, Auto-Edition / Emmanuel Mezino,‎ 2014, 216 p. (ISBN 978-2-9548221-0-5, [www.tresordelabuse.fr lire en ligne])
  8. Chapitre 1 de One Piece, page 1 : Son nom était "Gold Roger". Il avait amassé toutes les richesses du monde. Ses derniers mots avant son exécution ont inspiré les pirates du monde entier : "Mon trésor ? Si vous y tenez, vous n'avez qu'à le prendre ... Mais il vous faudra d'abord le chercher, car je l'ai caché quelque part dans ce vaste monde." Le monde est entré dans l'ère de la piraterie.