Psychochirurgie

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Page d'aide sur l'homonymie Ne pas confondre avec la Chirurgie psychique, une chirurgie prétendument réalisée grâce à des moyens paranormaux.

La psychochirurgie ou neurochirurgie pour des troubles mentaux est l'ensemble des techniques neurochirurgicales qui ont pour objet de traiter des maladies mentales[1]. Une des techniques les plus connues de psychochirurgie est la lobotomie mais, plus récemment, elle a aussi été utilisée pour des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) (stimulation cérébrale profonde) avec des succès discutés.

Histoire[modifier | modifier le code]

La psychochirurgie a toujours été un domaine médical controversé[1]. L'histoire moderne de la psychochirurgie commence dans les années 1880 avec le psychiatre suisse Gottlieb Burckhardt[2],[3]. La première incursion significative dans la psychochirurgie au XXe siècle a été conduite par le neurologue portugais Egas Moniz. Au milieu des années 1930, il développa une opération appelée leucotomie. Cette pratique a été récupérée aux États-Unis par le neuropsychiatre Walter Freeman et le neurochirurgien James W. Watts qui conçurent ce qui allait devenir la procédure standard de chirurgie du lobe préfontral. Il appelèrent leur technique « lobotomie »[4]. Après la seconde guerre mondiale, Freemanse sépara de Watts et introduit une modification dans la procédure qu'il appela lobotomie transorbitaire. Cette procédure simplifiée dans laquelle un pic à glace ou un instrument similaire était introduit dans le cerveau en passant par la cavité orbitaire. Cette technique permettait de se dispenser de l'aide d'un neurochirurgien. Ainsi, elle se répandit rapidement aux États-Unis[1]. Malgré la récompense par le prix Nobel de physiologie et de médecine de Moniz en 1949 pour la découverte « de la valeur thérapeutique de la leucotomie dans certaines psychoses[5] », la lobotomie a été largement discrédité et remplacée par des traitements médicamenteux comme la chlorpromazine dans les années 1950. D'autres formes de psychochirurgie, bien qu'utilisées à plus petite échelle, ont survécu. Certains pays ont complètement abandonné la psychochirurgie, dans d'autres comme les États-Unis et le Royaume-Uni cette technique est régulée et utilisée uniquement dans certains centres chez un petit nombre de patients avec des dépressions ou des troubles obsessionnels compulsifs[6] après un échec de plusieurs années de traitement médicamenteux et psychothérapeutique. Dans d'autres pays, elle est utilisée dans le traitement de la schizophrénie et de l'addiction[7]. Récemment, l'intérêt des traitements neurochirurgicaux est renouvelé. Le but est aujourd'hui de ne pas faire d'ablation de tissu cérébral mais de proposer des stimulations cérébrales profondes dont le but est de stimuler des zones du cerveau grâce à l'utilisation d'électrodes implantées[8]. Des techniques d'optogénétique sont en train de se développer en expérimentation animale. Elles permettent de stimuler plus spécifiquement certains récepteurs génétiquement modifiés et donc certains types de neurones d'une région où est implantée une fibre optique[9].

Méthode[modifier | modifier le code]

La psychochirurgie est une méthode collaborative entre des psychiatres et des neurochirurgiens. Pendant l'opération qui est réalisée sous anesthésie générale en utilisant des méthodes stéréotaxiques, une petite partie du tissu cérébral est détruite ou retirée ou des électrodes sont implantées. Les types les plus fréquents de psychochirurgie en utilisation courante ou récentes sont la capsulotomie, la cingulotomie, la tractotomie sous caudale (traduction à vérifier), la leucotomie du système limbique. Ces lésions sont réalisées par radiation, thermo-coagulation, par cryo-ablation ou ablation mécanique au bistouri[1]. Environ un tiers des patients montrent une amélioration significative de leurs symptômes après l'opération[1]. Les avancées de ces techniques chirurgicales ont nettement diminué l'incidence des décès et des effets indésirables sérieux. Les risques persistants sont les risques de crises d'épilepsie, d'incontinence, un manque de motivation et d’initiative une prise de poids et des problèmes cognitifs et affectifs[1].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Francophone[modifier | modifier le code]

  • Comité Consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé. Avis no 71 - 25 avril 2002 sur la neurochirurgie fonctionnelle d’affections psychiatriques sévères. La Documentation française, Paris[10]
  • Marc Lévêque, Psychochirurgie. Springer-Verlgag, 380 p., 2013, (ISBN 9782817804538)

Anglophone[modifier | modifier le code]

  • Heiner Fangerau, Jörg M. Fegert, and Thorsten Trapp et al. Implanted Minds: The Neuroethics of Intracerebral Stem Cell Transplantation and Deep Brain Stimulation. Transcript-Verlag Janvier 2011, 316 p., (ISBN 978-3-8376-1433-6) (OCLC 642847864)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) GA Mashour, EE Walker et RL Martuza, « Psychosurgery: past, present and future », Brain Research Review, vol. 48, no 3,‎ 2005, p. 409–18 (PMID 15914249, DOI 10.1016/j.brainresrev.2004.09.002)
  2. GE Berrios, « The origins of psychosurgery », History of Psychiatry, vol. 8,‎ 1997, p. 61–82 (DOI 10.1177/0957154X9700802905)
  3. (en) Edward Shorter, A history of psychiatry: from the era of the asylum to the age of Prozac, New York, John Wiley & Sons,‎ 1997 (ISBN 978-0-471-15749-6, lire en ligne), p. 225
  4. (en) Walter Freeman, James W. Watts, Psychosurgery, Baltimore,‎ 1942
  5. (en) « Comments by Carl Skottsberg, President of the Royal Academy of Sciences (Sweden), Nobel Medicine Prize Banquet 1949 » (consulté en 2 décembre 2009)
  6. (en) Neurosurgery working group 2000 Neurosurgery for mental disorder. London: Royal College of Psychiatrists
  7. (en) Nicholas Zamiska 2007 « In China, brain surgery is pushed on the mentally ill » Wall Street Journal, 2 novembre
  8. (en) P Sachdev et X Chen, « Neurosurgical treatment of mood disorders: traditional psychosurgery and the advent of deep brain stimulation », Current Opinion in Psychiatry, vol. 22, no 1,‎ 2009, p. 25–31 (PMID 19122531, DOI 10.1097/YCO.0b013e32831c8475)
  9. (en) http://hplusmagazine.com/2009/06/23/enhanced-optogenetics/ consulté le 4 juillet 2012
  10. Avis no 71, 25 avril 2002 du CCNE

Article connexe[modifier | modifier le code]