Robert Ier de Normandie

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Robert Ier le Magnifique
Statue de Robert le Magnifique sur le socle de celle du Conquérant à Falaise
Statue de Robert le Magnifique sur le socle de celle du Conquérant à Falaise

Titre Duc de Normandie
(6 août 102722 juillet 1035
7  an s, 11 mois et 16  jours)
Prédécesseur Richard III
Successeur Guillaume le Conquérant
Biographie
Naissance vers 1010
Décès 22 juillet 1035
Père Richard II
Mère Judith de Bretagne
Enfants Guillaume, Adélaïde

Robert Ier de Normandie (v. 101022 juillet 1035), dit « Robert le Libéral » ou plus couramment « Robert le Magnifique »[1],[2], est duc de Normandie d'août 1027 à sa mort survenue en Terre sainte. Il est le père de Guillaume « le Bâtard » dit Guillaume le Conquérant.

Robert « le Diable » ?[modifier | modifier le code]

L'historien Lucien Musset dépeint Robert le Magnifique comme « une personnalité violente et difficile »[3]. À tel point qu'il est parfois considéré, à tort, comme l'inspirateur du personnage légendaire de Robert le Diable. Sa vie a donné lieu à la naissance d'histoires plus ou moins légendaires comme sa rencontre avec Arlette (ou Herlève), qui deviendra sa « frilla » (épouse « à la manière danoise »), ou son passage à Constantinople. Sa mauvaise réputation provient en partie des conditions douteuses qui lui permirent d'accéder au trône de Normandie.

Une accession au pouvoir trouble[modifier | modifier le code]

Robert le Magnifique était le second fils du duc Richard II de Normandie. À la mort de ce dernier en 1026, ce fut son fils aîné Richard III qui naturellement lui succéda tandis que Robert se voyait confier le comté d'Hiémois[4]. Dans la même année ou la suivante, le cadet se révolta contre le duc. L'armée ducale se présenta alors devant Falaise où s'était retranché le rebelle[4]. Robert capitula et se soumit à son frère. Il rendit l'hommage vassalique à Richard et put conserver le comté d'Hiémois[4]. Mais en 1027 Richard III mourut empoisonné[4]. Aussitôt, Robert écarte de la succession le fils bâtard du défunt, Nicolas[5], et monte lui-même sur le trône. Si Guillaume de Jumièges ne dévoile pas le nom de l'empoisonneur, les écrivains plus tardifs, comme Wace n'ont pas hésité à accuser Robert du crime. Il apparaît en effet comme le principal bénéficiaire de la mort de Richard III. Mais il n'existe aucune preuve de sa culpabilité.

Des rébellions écrasées[modifier | modifier le code]

Robert devint donc duc en 1027 alors qu'il n'avait environ que 17 ans. Il montra rapidement qu'il entendait tenir la Normandie d'une main de fer.

Vers 1027/1028, Guillaume Ier de Bellême, un seigneur des confins méridionaux de la Normandie, se révolta. Le duc vint l'assiéger dans Alençon. Le rebelle fut contraint à la reddition mais Robert le Magnifique lui imposa une pesante humiliation : il l'obligea à se présenter devant lui avec une selle de cheval sur les épaules[6].

Dans les débuts de son principat, Robert le Magnifique apprit que l'évêque Hugues de Bayeux recrutait des soldats en France pour renforcer la défense de son château d'Ivry. Furieux d'être tenu à l'écart du conseil ducal, il comptait faire de la forteresse normande un pôle de résistance au duc. Robert réagit rapidement : il se présenta devant Ivry avant même que Hugues ne soit revenu de France. L'évêque dut négocier son exil contre un sauf-conduit pour ses fidèles déjà réfugiés dans le château. Il ne fut autorisé à revenir en Normandie qu'en 1032, au plus tard, mais il resta plutôt à l'écart de la cour. Le conflit entre le duc et l'évêque de Bayeux est peut-être en lien avec celui entre Robert le Magnifique et son oncle Robert le Danois.

Conflits avec l'Église[modifier | modifier le code]

Robert le Danois, archevêque de Rouen et comte d'Évreux.

Fils du duc Richard Ier de Normandie, Robert le Danois était l'un des personnages les plus puissants du duché puisqu'il était comte d'Évreux et archevêque de Rouen. Guillaume de Jumièges nous explique que Robert le Magnifique se déclara son ennemi, sans que l'on sache les raisons de cette soudaine opposition. Peut-être l'archevêque goûtait-il peu la politique ducale envers l'Église. Les historiens ont remarqué en effet qu'au début de son principat, Robert le Magnifique enleva des terres aux abbayes et aux grandes églises pour les distribuer à de jeunes nobles (tel Roger Ier de Montgommery). C'était un moyen de les fidéliser et de les récompenser à moindre frais. Mais le duc rompait ainsi avec l'attitude de ses prédécesseurs, notamment Richard II, qui s'étaient montrés généreux avec l'Église

Robert le Danois lui a-t-il adressé des remontrances pour ces usurpations ? Toujours est-il que le duc s'enflamma contre lui et partit faire le siège d'Évreux en 1027/1028. Après avoir mis en défense la cité, l'archevêque préféra négocier. Il choisit l'exil et se rendit auprès du roi Robert « le Pieux ». Il ne s'avouait pas pour autant battu. Pour faire fléchir son neveu, il lança l'anathème sur la Normandie. La sanction ecclésiastique fit son effet : Robert le Magnifique rappela Robert le Danois et le rétablit dans ses charges comtales et archiépiscopales[7].

Un revirement d'attitude[modifier | modifier le code]

Abbaye de Cerisy.

Ce conflit entre l'archevêque et le duc semble constituer une flexure dans la politique religieuse de Robert le Magnifique. Robert le Danois retrouva une haute position à la cour et il semble avoir convaincu son neveu qu'une bonne entente avec l'Église était indispensable. Plusieurs faits attestent de ce revirement. La réconciliation paraît avoir lieu selon Lucien Musset dès 1028[8].

Tout d'abord, ils constatent tous deux l'état déplorable des biens de la cathédrale de Rouen. De nombreuses terres sont alors restituées[8]. Robert le Magnifique signe des chartes à plusieurs abbayes pour confirmer leurs biens ou pour les restituer. Les abbayes de Fécamp et de Saint-Wandrille et la cathédrale Notre-Dame de Rouen figurent parmi les bénéficiaires de ces actes. Le duc poussa même quelques-uns de ses vassaux à le suivre dans ce mouvement.

Abbaye de Montivilliers.

Renouant avec les actions de son père Richard II, Robert fonda deux monastères[9]. En premier lieu, l'abbaye de Cerisy. Cette fondation, le 12 novembre 1032 est pionnière puisqu'elle intervint dans l'ouest de la Normandie, une région dépourvue de monastères en dehors du Mont-Saint-Michel[9]. Ensuite, le 13 janvier 1035, Robert le Magnifique refonde l'abbaye de Montivilliers en remplaçant les moines par des moniales, à l'instigation de sa tante Béatrice. C'est le premier établissement féminin en Normandie Fondé en 684, l'abbaye avait disparu avec les invasions scandinaves[9]. Dans ce domaine, il fut une nouvelle fois accompagné par des seigneurs du duché : ainsi Gosselin, vicomte d'Arques et son épouse Emmeline fondent en 1030 l'abbaye de la Trinité du Mont[10] et plus tard restaurent en 1042 l'abbaye Saint-Amand à Rouen. Leurs donations sont confirmées par Robert qui affranchit l'abbaye de son pouvoir judiciaire[10]. Onfroy de Vieilles installa des moines à Préaux alors qu'un simple chevalier Herluin pose les bases près de la Risle d'un monastère appelé à un grand avenir : Le Bec.

Enfin, peu après, le duc s'apprêtait à partir en pèlerinage à Jérusalem. Beaucoup d'historiens ont vu derrière ce voyage la preuve d'un repentir chez Robert pour avoir empoisonné son frère Richard III. Là encore ce n'est que spéculation. Le départ du duc était un risque car la Normandie allait se retrouver sans maître. De plus, on ne revenait pas toujours vivant de ce voyage lointain. Avant de partir, le duc conscient de cette difficulté, rassembla les grands du duché à Fécamp[11].

Lors de l'assemblée tenue à Fécamp le 13 janvier 1035 qui voit la refondation de Montivilliers, il demanda à tous ceux présents : Robert, archevêque de Rouen, les évêques de la province et les grands seigneurs de reconnaître comme héritier son jeune fils Guillaume âgé d'environ sept ans[12]. Tous prêtèrent serment de fidélité[12]. Les barons semblent avoir accepté la décision ducale sur le moment mais sûrement avec réticence. Ils reprochaient à Guillaume de ne pas être issu d'une union légitime. Mais Robert n'avait pas le choix : c'était son seul enfant masculin. Selon Wace, Guillaume fut placé sous la garde du roi de France Henri Ier. Il arrangea également un mariage entre Herlève avec Herluin, un seigneur de la vallée de la Risle[13].

Le duc partit en pèlerinage au début de l'année 1035[12] avec quelques barons comme le sénéchal Turstin, Odon Stigand et Drogon de Vexin, et prit la route terrestre pour rejoindre Rome. L'empereur byzantin Michel IV l'accueillit ensuite à Byzance. Le duc de Normandie parvint jusqu'à Jérusalem mais mourut l'été 1035 sur le chemin du retour, à Nicée[12]. Il n'avait que 25 ans.

Robert le Magnifique et ses voisins[modifier | modifier le code]

À l'image de ses prédécesseurs, le duc de Normandie se montra un allié précieux et ennemi redoutable pour les princes voisins.

Au secours du roi de France et du comte de Flandre[modifier | modifier le code]

Henri Ier de France

En 1031, le roi de France Robert le Pieux décéda. Son fils aîné Henri Ier lui succéda mais il se heurta à une révolte de son frère cadet Robert, appuyé par sa mère Constance d'Arles. Le comte de Blois Eudes II se mêla à l'opposition contre le nouveau roi. Face à une telle coalition, Henri Ier dut quitter le domaine royal et trouver refuge à Fécamp auprès du duc de Normandie[14]. Ce dernier l'aida dans son entreprise de reconquête. Il demanda notamment à son oncle Mauger, comte de Corbeil, d'intervenir militairement aux côtés du roi[14]. Le frère rebelle fut vaincu à la bataille de Villeneuve-Saint-Georges et demanda la paix. Henri Ier pouvait régner en paix. Pour prix de son appui, le duc de Normandie aurait reçu la suzeraineté sur la partie du Vexin entre l'Epte et l'Oise : le Vexin français[14]. C'est en tout cas ce que précise Orderic Vital[15] mais il est le seul narrateur du Moyen Âge à indiquer cette concession. Les historiens David Bates, Jean-François Lemarignier et plus récemment Pierre Bauduin doutent de l'affirmation du chroniqueur anglo-normand[16].

Le duc de Normandie apporta aussi un soutien décisif au comte de Flandre Baudouin IV. Vers 1030, ce dernier dut faire face à une rébellion de son fils Baudouin. Il trouva en Robert l'aide militaire dont il avait besoin pour reprendre en main le comté. Robert le Magnifique entra en Flandre s'empara du château de Chocques. Effrayés, les grands abandonnèrent le fils, qui à son tour, consentit à rendre le pouvoir à son père[14].

L'expédition d'Angleterre[modifier | modifier le code]

La cour normande accueillait depuis le principat de Richard II de Normandie les deux fils du roi anglo-saxon Æthelred II. Celui-ci avait dû quitter son royaume, chassés par les Danois. Depuis 1016, Knut le Grand, le roi de Danemark, régnait sur l'Angleterre. Richard II témoigna d'une certaine neutralité vis-à-vis de son voisin d'outre-Manche. D'autant plus que le Danois avait épousé sa sœur Emma, donc la tante de Robert. Mais cette femme était aussi la mère des deux enfants d'Æthelred, réfugiés en Normandie : Alfred et Édouard.

Au contraire de son père, Robert le Magnifique s'engagea clairement pour les deux cousins exilés. Il envoya à Knut une ambassade pour lui demander de rendre le royaume aux enfants d'Æthelred. Devant son refus, le duc de Normandie convoqua les grands du duché et donna l'ordre de construire une flotte pour envahir l'Angleterre. Les bateaux, chargés en vivres, en armes et en hommes, se rassemblèrent à Fécamp et prirent la mer mais une tempête déporta les navires vers Jersey[17]. Les Normands ne débarquèrent pas en Angleterre. Là où Robert le Magnifique échoua, son fils Guillaume le Conquérant réussira plusieurs dizaines d'années plus tard en 1066.

Le maintien de la suzeraineté sur la Bretagne[modifier | modifier le code]

Havoise de Normandie et ses deux fils: Alain III et Eudes de Penthièvre.

Depuis Rollon, les ducs de Normandie intervenaient régulièrement en Bretagne. En 1008, la mort du duc breton Geoffroi Ier laissait le pouvoir à sa femme Havoise de Normandie, sœur de Richard II. Le duché de Bretagne est mis sous la tutelle du duc de Normandie[18]. Les rapports entre Normandie et Bretagne étaient donc très proches. Cependant le fils d'Havoise et Geoffroi, Alain devenu adulte, voulut s'émanciper de la tutelle normande[18]. Selon Guillaume de Jumièges[19], le duc de Bretagne refusa l'allégeance à Robert le Magnifique. Ce fut le signal de la guerre.

Après avoir consolidé son pouvoir, Robert construit une forteresse sur la frontière, située proche du Couesnon selon Guillaume de Jumièges. Selon la traduction choisie, le lieu de son implantation est Cherrueix (Ille-et-Vilaine) ou Chéruel (Manche). Il lance ensuite une attaque terrestre soutenue par sa flotte qui ravage la côte[18]. Alain riposta en envahissant l'Avranchin mais les Normands Alfred le Géant et Néel II de Saint-Sauveur écrasèrent les Bretons dans une bataille.

Alain s'incline et sollicite la médiation de l'archevêque Robert, parent commun. Il se reconnait vassal de Robert lors d'une rencontre au Mont-Saint-Michel[18].

Famille et descendance[modifier | modifier le code]

Parents :

Pas d'épouse mais au moins deux « frillas » (concubine à la manière danoise) :

  • Herlève (ou Arlette de Falaise)
  • Nom inconnu

On lui attribue parfois comme épouse légitime Estrith, la sœur de Knut II de Danemark mais c'est très peu probable[20].

Enfants :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Neveux 2009, p. 116
  2. Ces épithètes renvoient à la générosité parfois excessive de Robert.[réf. nécessaire]
  3. Lucien Musset, « Naissance de la Normandie », Michel de Boüard, Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p.111
  4. a, b, c et d Neveux 2009, p. 117-118
  5. Véronique Gazeau (préf. David Bates et Michel Parisse), Normannia monastica (Xe ‑ XIIe siècle) : I-Princes normands et abbés bénédictins, Caen, Publications du CRAHM,‎ 2007, 492 p. (ISBN 978-2-902685-43-1), p. 102
  6. Guillaume de Jumièges, Gesta Normannorum Ducum, éd. Guizot, 1826, livre VI, p.139
  7. Guillaume de Jumièges, Ibid., p. 138
  8. a et b Neveux 2009, p. 122
  9. a, b et c Neveux 2009, p. 124-125
  10. a et b Neveux 2009, p. 123
  11. Guillaume de Jumièges, ibid, p.164. Guillaume de Jumièges ne cite pas les noms de ces grands mais l'étude des signatures au bas des chartes ducales permet de connaître l'entourage habituel de Robert le Magnifique. On trouve l'archevêque de Rouen Robert, plusieurs évêques et abbés, Gilbert de Brionne, Mauger de Corbeil, Guillaume d'Arques, Onfroi de Vieilles, Osbern de Crépon et quelques seigneurs voisins Enguerrand de Ponthieu, Baudouin IV de Flandre et Galeran de Meulan
  12. a, b, c et d Neveux 2009, p. 130, 134.
  13. Neveux 2009, p. 126
  14. a, b, c et d Neveux 2009, p. 127.
  15. Orderic Vital, Histoire de Normandie, éd. Guizot, 1826, t. 3, Livre VII, p. 193
  16. Si Robert le Magnifique a obtenu le Vexin français et que Henri Ier spolia son fils Guillaume le Conquérant de ce territoire quelques années plus tard, pourquoi ce dernier protesta-t-il environ 45 ans plus tard contre cette spoliation ? C'est un peu tard, explique Pierre Bauduin. Pierre Bauduin, La Première Normandie (Xe ‑ XIe siècle), Presses Universitaires de Caen, 2002, p. 266
  17. Guillaume de Jumièges, Ibid., p. 160-161
  18. a, b, c et d Neveux 2009, p. 128.
  19. Guillaume de Jumièges, Ibid., p. 145
  20. David Douglas, « Some problems of early Norman Chronology », The English Historical Review, no 256, juillet 1950, p. 293-295

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Neveux, La Normandie des ducs aux Rois. Xe ‑ XIe siècle, Ouest-France Université, Rennes, 1998.
  • Pierre Bauduin (préf. Régine Le Jan), La première Normandie (Xe ‑ XIe siècle) : Sur les frontières de la haute Normandie: identité et construction d'une principauté, Caen, Presses universitaires de Caen, coll. « Bibliothèque du pôle universitaire normand » (réimpr. 2006) (1re éd. 2004), 481 p. (ISBN 978-2-84133-299-1)
  • François Neveux, L'aventure des Normands : VIIIe ‑ XIIIe siècle, Paris, Perrin, coll. « Tempus »,‎ 2009, 368 p. (ISBN 978-2-262-02981-4)
  • (en) Charles Haskins (en), « The materials for the reign of Robert I of Normandy », The English Historical Review, vol. 31, no 122, 1916, p. 257-268.