Giacomo Casanova

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Giacomo Girolamo Casanova

Description de l'image  Giacomo Casanova by Anton Raphael Mengs.jpg.
Nom de naissance Giacomo Girolamo Casanova
Naissance 2 avril 1725
Venise, République de Venise
Décès 4 juin 1798 (à 73 ans)
Dux, Royaume de Bohême
Genres Mémoires

Giacomo Casanova, né le 2 avril 1725 à Venise et mort le 4 juin 1798 à Dux, fut tour à tour violoniste, écrivain, magicien (dans l'unique but d'escroquer Madame d'Urfé), espion, diplomate, bibliothécaire mais revendiquant toujours sa qualité de « Vénitien ».

Il utilisa de nombreux pseudonymes, le plus fréquent étant le chevalier de Seingalt (prononcer Saint-Galle) ; il publia en français sous le nom de « Jacques Casanova de Seingalt ».

De lui subsiste une œuvre littéraire abondante, mais Casanova est célèbre aujourd’hui comme aventurier et surtout comme l’homme qui fit de son nom le symbole de la séduction. Il savait user aussi bien de charme que de perfidie pour conquérir les femmes. Sa réputation en cela dérive d’une œuvre autobiographique Histoire de ma vie, rédigée en français et considérée comme l’une des plus authentiques sources à propos des coutumes et de l’étiquette de la vie sociale de l’Europe du XVIIIe siècle. Il y mentionne 142 femmes avec lesquelles il aurait eu des relations sexuelles, dont des filles à peine pubères et sa propre fille, alors mariée à l’un de ses « frères » francs-maçons, avec laquelle il aurait eu le seul fils dont il eût connaissance.

Bien qu’il soit souvent associé à Don Juan comme séducteur, sa vie ne procédait pas de la même philosophie : ce n’était pas un collectionneur. Parfois présenté (ainsi par Fellini dans son film éponyme) comme un pantin ou un fornicateur mécanique[1], qui se détourne de sa conquête dès lors qu’elle s’est abandonnée à lui, il s'attachait, il secourait éventuellement. Personnage historique et non de légende, jouisseur et exubérant, il vécut en homme libre de pensée et d'action, des premiers succès de sa jeunesse à sa longue déchéance. Le peintre Francesco Casanova était son frère.

« L’homme ne peut jouir de ce qu’il sait qu’autant qu’il peut le communiquer à quelqu’un. »
L’Icosaméron.

Une vie d’aventures[modifier | modifier le code]

Casanova jeune.
Rue Malipiero à Venise
Portrait de 1788, par Johann Berka

Fils aîné de Gaetano Casanova (it), comédien à Venise, et de Zanetta Farussi (it), fille de cordonnier puis actrice, Giacomo naît rue de la Comédie (aujourd'hui rue Malipiero près de l'Église San Samuele)[2]. Le biographe Rives Childs doute de cette généalogie racontée dans Histoire de ma vie : « il y a de fortes raisons de croire qu’il ne peut être le fils de Gaetano mais celui d’un patricien de Venise, Michele Grimani (it), dont le frère, l’abbé Alvise Grimani deviendra le tuteur de Jacques »[3]. Il a comme frères et sœurs Francesco Giuseppe (1727–1803), Giovanni Battista (it)(it) (1730–1795), Faustina Maddalena (1731–1736), Maria Maddalena Antonia Stella (1732–1800) et Gaetano Alvise (1734–1783). Durant son enfance, il est entouré de femmes qui jouent un rôle primordial pour lui (notamment sa grand-mère maternelle, Marsia Farusso, qui l'élève) comme l’évoque cette citation de ses mémoires : Rien de tout ce qui existe n’a jamais exercé sur moi un si fort pouvoir qu’une belle figure de femme. Il fait de brillantes études au cours desquelles il étudie la chimie, les mathématiques, la philosophie et le droit ; il obtient un doctorat en droit civil et droit canonique à l'Université de Padoue.

Il commence alors une carrière ecclésiastique (il reçoit la tonsure le 14 février 1740 puis les quatre ordres mineurs le 22 janvier 1741, devenant abbé). Il doit renoncer à sa fonction de prédicateur à l'église San Samuele à la suite d'un sermon catastrophique, ivre, mais il poursuit sa carrière ecclésiastique parmi les prélats de Venise, Naples puis Rome où il plaît de prime abord au cardinal Acquaviva au service duquel il entre et chez qui il loge[4]. Bien accueilli par Benoît XIV, il semble destiné à un brillant avenir lorsqu’il tombe soudainement en disgrâce, après la découverte du rapt de la fille de son professeur de français qu'il cache dans le palais d'Acquaviva[5]. Il entame alors en 1745 sa vie d’aventures, exerçant de nombreuses activités — violoniste, joueur professionnel, escroc, financier, bibliothécaire, etc. —, sillonnant dans son Grand Tour l’Europe du XVIIIe siècle en passant des prisons aux cours de souverains : vivant d’expédients, la recherche du plaisir mène son être, et pour l’atteindre, il ne dédaigne pas de flouer les dupes et de se moquer des lois.

Au terme d'une brève carrière militaire dans la marine, où il devient enseigne de vaisseau, il en démissionne, vexé de n'avoir pu obtenir le grade de lieutenant de vaisseau. Occupant en 1746 un emploi de violon au théâtre de Saint-Samuel (it) de la famille Grimani, il sauve la vie du sénateur sybarite Matteo Bragadin. Guéri, le malade reçoit dans sa maison son sauveur qu’il croit initié aux sciences occultes. Le sénateur l'adopte, le traite comme son fils et contribue considérablement à sa fortune financière, le soutenant jusqu'à la fin de sa vie[6] et lui permettant de mener une vie de folie et de désordre. Il est mêlé à des affaires de jeu à Venise, ce qui lui vaut une réputation sulfureuse[5].

Lors de son premier séjour à Paris en juin 1750, accompagné par son meilleur ami Antonio Balletti, il est accueilli en tant que fils de comédiens dans un cercle de comédiens italiens, logeant d'abord chez Mario et Silvia Balletti dont la fille Manon Balletti vivra une histoire d'amour platonique et sera fiancée avec le grand séducteur. N'ayant pas de protecteur, connaissant mal la langue et les codes de la mondanité, il ne parvient pas à pénétrer dans les milieux aristocratiques. Il fait la connaissance de Claude-Pierre Patu qui l'initie aux plaisirs parisiens[7].

Revenant à Venise en 1755, il y rencontre un autre libertin, l’abbé de Bernis, cardinal et futur académicien, ambassadeur à Venise du roi de France Louis XV avec qui il partage durant plusieurs mois les faveurs d’une religieuse (désignée par les initiales M.M.) qu’ils retrouvent alternativement dans un casin – sorte de garçonnière cossue – où, lorsque l’un d’eux fait l’amour avec leur maîtresse, l’autre observe la scène d’une pièce cachée dans l’obscurité, à travers une tapisserie percée d’une multitude de trous minuscules. L’abbé de Bernis rentre en France, lui enjoignant en vain de le suivre. À la suite de ses frasques amoureuses et financières, de ses prises d’opinions subversives, Casanova aurait dû fuir Venise, comme Bragadin le lui propose. Mais il refuse, les inquisiteurs d’État le font arrêter pour libertinage, athéisme, occultisme et appartenance maçonnique[4], et enfermer en 1756 dans la célèbre prison vénitienne des Plombs – surnom donné aux prisons de Venise à cause de la couverture des toits en plomb, qui transmettait le froid en hiver et la chaleur de l’été[8]. Ni ses puissants soutiens, ni son insistance à clamer son innocence ne peuvent faire obtenir sa libération. Cependant il raconte qu'à force de travail, de courage, d’ardeur, avec, pour seule pensée, l’espoir de partir à l’aventure pour toujours, par la grâce et la créativité, il parvient au bout de 14 mois à s’échapper avec un autre prisonnier – ce fut l’unique évasion que la prison des Plombs, dont nul ne pouvait s’évader, ait connue. Le récit en est rédigé par Casanova lui-même dans ses Mémoires, en 1791, avec une précision et une connaissance des lieux parfaites.

Il gagne Paris en 1758 où Bernis – devenu ministre de premier plan – et les franc-maçons l’appuient[7].(Il a été initié à la franc-maçonnerie à Lyon en 1750[9]) L’histoire rocambolesque de son évasion, qu'il se plaît à narrer à chaque fois qu'il est invité chez des aristocrates, fait beaucoup pour sa célébrité et le succès de son deuxième séjour à Paris[10]. L’aventurier y fait alors fortune en lançant une loterie royale dont le but est de financer l’École militaire sans imposer davantage les contribuables – le peuple –, loterie dont il sut, par d’habiles manœuvres et de l’audace, s’approprier la paternité et une grande part des bénéfices. Il raconte qu'il se fait confier des missions financières par le gouvernement, grâce à la protection du duc de Choiseul : agent secret, une mission d’enquête, pour laquelle il est récompensé avec générosité, lui aurait été confiée par la France afin de juger l’état de ses navires de guerre. Imposteur, escroc et manipulateur (bien qu’il s’en défendît – dans ses écrits, il interroge : quel est l’homme auquel le besoin ne fasse faire des bassesses ?), il se vante aussi d'avoir abusé de la crédulité de la riche Madame d’Urfé en lui laissant croire qu’il était parfaitement initié aux mystères de la Kabbale. Toujours selon ses mémoires, il reçoit de Choiseul une mission importante auprès de marchands d’Amsterdam et, à son retour, mène la belle vie d'un bourgeois fortuné dans une villa[11] meublée magnifiquement, avec chevaux, voitures, palefreniers et laquais. Après avoir perdu ses protecteurs, il investit dans une manufacture de soie peinte, sa faillite spectaculaire lui vaut d’être enfermé au For-l'Évêque, d’où il ne sort que grâce à la marquise d’Urfé. En décembre 1759, il quitte Paris pour la Hollande où il retrouve son rival le comte de Saint-Germain puis continue de parcourir l'Europe, s'introduisant dans les salons grâce aux billets de recommandation et au passeport maçonnique.

Mention de la mort de Casanova dans les archives du château de Dux
Sur la façade de l’église Sainte Barbara de Duchcov, une plaque indique en allemand que Casanova était enterré là : JAKOB CASANOVA, VENEDIG, 1725 — DUX, 1798.

En 1766, à cause d'une ballerine italienne, il se bat en duel au pistolet avec Franciszek Ksawery Branicki, sous-chambellan du roi de Pologne Stanislas II (ce qui donne à Casanova pratiquement un titre de noblesse), les deux hommes sont blessés et leur aventure relatée dans toutes les gazettes européennes[12].

Casanova peut retourner à Venise après 18 ans d'exil en septembre 1774[13]. Dans un premier temps, son retour à Venise est cordial et il est une célébrité. Il reçoit une petite allocation de Dandolo et espère vivre de ses écrits, mais ce n'était pas assez. Il redevient un espion à contrecœur pour Venise. À 49 ans, les années de vie insouciante et les milliers de kilomètres de voyage ont pris leur du. Les cicatrices de la variole, les joues creuses et le nez crochu sont devenues plus visibles.

Dans une spirale descendante, Casanova est expulsé à nouveau de Venise en 1783, après avoir écrit une satire se moquant de la noblesse vénitienne. Dans celle-ci il a fait sa seule déclaration publique que Grimani est son vrai père[14].

Contraint de reprendre ses voyages, Casanova arrive à Paris, et en novembre 1783 il rencontre Benjamin Franklin alors qu'il assistait à une présentation sur l'aéronautique et l'avenir du transport en ballon[15]. Pendant un certain temps, Casanova a servi comme secrétaire et pamphlétaire de Sebastian Foscarini, ambassadeur de Venise à Vienne. Il a également fait la connaissance de Lorenzo Da Ponte le librettiste de Mozart.

En 1786 Casanova obtint une charge de chambellan auprès de l'Empereur d'Autriche et termina sa vie comme bibliothécaire du Château de Dux, en Bohème. Il y mourut le 4 juin 1798.

Postérité[modifier | modifier le code]

Les exploits de Casanova disparaissent dans la tourmente révolutionnaire et les guerres napoléoniennes, comme en atteste la biographie du Prince de Ligne, Fragments sur Casanova en 1809, Giacomo Casanova étant cité comme « M. Casanova, frère du peintre » (le célèbre peintre de batailles Francesco Casanova) et frère du directeur de l'Académie de Dresde Giovanni Battista Casanova (it). Il est redécouvert à partir des années 1820 lors des différentes traductions d’Histoire de ma vie et la création d'une amicale de chercheurs, les casanovistes, qui se dédient à l'étude de la vie et des œuvres de Casanova[12].

Le clergé puis les œuvres comme Le Casanova de Fellini ont fait de lui le mythe du libertin de mœurs collectionnant des conquêtes amoureuses féminines et masculines alors qu'il n'a pratiqué que le libertinage mondain de son époque et que ses écrits défendent rarement le libertinage sexuel transgressif et le libertinisme intellectuel[16].

En 1984 est créé L'Intermédiaire des casanovistes, revue périodique annuelle diffusée en trois langues (français, anglais, italien) dans 12 pays (Allemagne, Autriche, Belgique, Canada, Finlande, Espagne, États-Unis, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse) comportant les recherches récentes des casanovistes et d'autres informations (colloques, expositions, pièces de théâtre, film, etc.)[17].

Casanova, le grand séducteur[modifier | modifier le code]

Jeune, il est déjà entouré de jeunes femmes qu'il commence à séduire. Adolescent, il « court après les jupons ». En 1740, une servante de sa maison raconte même qu'elle a passé une nuit torride avec le jeune Casanova, âgé seulement de 15 ans d'où une expression qui lui vient en tête : « Ciel ! Un vent de liberté ». Grand séducteur, il réussit à attirer les jeunes femmes de la bourgeoisie italienne.

Quand il s'évade des Plombs, par goût du scandale, il affirme "retrouver sa fille, et l'avoir mise enceinte". En fait, il s'agit seulement d'une petite-cousine.

Il rencontre Isabel da Glia, une jeune cuisinière espagnole, avec qui il a un enfant.

Il continue à séduire et rencontre, durant une aventure Maria de Liattio, fille d'un ambassadeur. Il en tombe amoureux. Leur relation dure trois ans, avant sa mort.

Une nouvelle biographie de Ian Kelly, datant de 2008, et basée sur l'exploitation de plusieurs archives de villes européennes où Casanova avait vécu, met en évidence que le légendaire homme à femmes Casanova avait également maintenu plusieurs relations avec des hommes, confirmant par les archives historiques deux allusions que Casanova lui-même fait dans son Histoire de ma vie[18],[note 1]. Le biographe a commenté « qu'il semblerait que Casanova était un homme qui, pour la sexualité comme pour la vie en général, souhaitait connaître toutes les saveurs de l'existence[18]. »

Un rapport ambigu à l’écriture[modifier | modifier le code]

Comme tous les aventuriers, Casanova sait se mettre en scène pour être le plus crédible et le moins suspect possible dans le cadre d’activités plus ou moins licites telles que l’espionnage ou l’escroquerie. Mais cette mise en scène a aussi un pan littéraire : en effet, à partir de 1791, Casanova se fixe à Dux en Bohème, ce qui lui permet de se consacrer pleinement à l’écriture, après n’avoir été que traducteur pendant longtemps.

Il commence alors à rédiger ses Mémoires, en se mettant à nouveau en scène, et use de toute sa rhétorique libertine pour se présenter sous un jour étrangement honnête : un égoïste forcené ne pouvant qu’avec peine devenir le grand écrivain et érudit qu’il voulait être. En effet, tout au long de sa vie, Casanova a écrit. Lors de la rédaction de ses mémoires, il brosse un portrait de la société prérévolutionnaire en dépeignant tout aussi bien les femmes de chambre que les ministres les plus en vue, offrant ainsi un témoignage de premier plan au sujet d’une époque charnière au cours de laquelle il rencontra, entre autres, Voltaire, Goethe, Mozart, Jean-Jacques Rousseau et le pape Clément XIII.

Ses souvenirs — étudiés et confrontés aux faits historiques par les casanovistes passionnés —, bien que présentant des inexactitudes quant aux dates, semblent néanmoins avoir été rédigés sous la conduite de la bonne foi. Cependant, l’auteur a probablement embelli son propre personnage, sans en dissimuler pour autant certains aspects douteux, comme ses maladies vénériennes récurrentes, ses relations incestueuses avec sa propre fille, qu’il se complaisait à décrire - vraisemblablement une invention de toute pièce- , ou son achat d’une petite fille en Russie - autre fantaisie en jouant sur le nombre d'années de "l'achetée", pour satisfaire des désirs déjà séniles. Toutefois, on ne le reconnut pas pour sa plume, mais pour ses actes, pour sa frivolité et son caractère libertin.

Dans l’admiration d’un Diderot, connu et reconnu pour ses écrits, Casanova, lui, ne parvient pas à réaliser ses aspirations, comme en témoigne l’échec retentissant suivant la publication d’ « Icosameron ». On peut supposer qu'il a ressenti une certaine insatisfaction vis-à-vis de ses publications, qui n'ont pas été reconnues autrement qu'en tant qu’œuvres d'un libertin, et même critiquées très vivement par les bien-pensants de l'époque.

Les 73 années d’existence contées par ce grand libertin regorgent d’aventures, d’anecdotes et de détails sur cette époque d’éclosion d’idées nouvelles et sur la société d’alors, elles le sont dans un style littéraire aux tournures parfois alambiquées ou sophistiquées d’un narrateur « précieux » — d’un fat peut-être —, mais elles sont intelligibles, parfois admirables, souvent savoureuses, comme lorsque Casanova écrit avec simplicité : je n’ai jamais dans ma vie fait autre chose que travailler pour me rendre malade quand je jouissais de ma santé, et travailler pour regagner ma santé quand je l’avais perdue. Ses aventures galantes occupent une place primordiale dans ses mémoires : plus d’une centaine de femmes y sont évoquées en tant que « conquêtes » ; selon ce riche « don Juan », l’homme est fait pour donner, la femme pour recevoir. Ces amours sont à l’origine de bonheurs et de malheurs infinis pour l’aventurier qui jugeait que si les plaisirs sont passagers, les peines le sont aussi. Se présentant comme trop généreux pour briser la destinée de jeunes femmes qui méritaient beaucoup, trop honnête pour se plier à des mascarades amoureuses pour des raisons financières et, surtout, ne pouvant supporter l’idée de se voir enchaîné par de si puissants liens que ceux du mariage – se marier est une sottise, mais lorsqu’un homme le fait à l’époque où ses forces physiques diminuent, elle devient mortelle…–, il préfère négliger plusieurs propositions importantes de convoler en justes noces. Persuadé que pour que le plus délicieux endroit du monde déplaise, il suffit qu’on soit condamné à y habiter, Casanova parcourt l’Europe tout au long de sa vie, de Venise à Paris, Madrid ou Vienne, terminant ses jours au château de Dux, en Bohême, en tant que bibliothécaire écrivain du Comte Joseph Karl von Waldstein après avoir obtenu une charge de chambellan auprès de l'Empereur d'Autriche, voyant la mort comme un monstre qui chasse du grand théâtre un spectateur attentif, avant qu’une pièce qui l’intéresse infiniment finisse. Ne pouvant plus participer à l'art de la conversation à cause de la perte de ses dents, il y rédige ses mémoires [19].

Portrait de Casanova âgé par un de ses contemporains[modifier | modifier le code]

Le contemporain, auteur de ce portrait, est le prince de Ligne dont le texte parut sous le titre Aventuros dans Mémoires et mélanges historiques et littéraires. Paris, 1828, t. IV, p. 291.

Le prince de Ligne rédigea dans ses mémoires un texte plus long au sujet de Casanova :

« Ce serait un bien bel homme s’il n’était pas laid ; il est grand, bâti en Hercule, mais a un teint africain ; des yeux vifs, pleins d’esprit à la vérité, mais qui annoncent toujours la susceptibilité, l’inquiétude ou la rancune, lui donnent un peu l’air féroce, plus facile à être mis en colère qu’en gaieté. Il rit peu, mais il fait rire. Il a une manière de dire les choses qui tient de l’Arlequin balourd et du Figaro, ce qui le rend très plaisant. Il n’y a que les choses qu’il prétend savoir qu’il ne sait pas : les règles de la danse, celles de la langue française, du goût, de l’usage du monde et du savoir-vivre. Il n’y a que ses ouvrages philosophiques où il n’y ait point de philosophie ; tous les autres en sont remplis ; il y a toujours du trait, du neuf, du piquant et du profond. C’est un puits de science ; mais il cite si souvent Homère et Horace, que c’est de quoi en dégoûter. La tournure de son esprit et ses saillies sont un extrait de sel attique. Il est sensible et reconnaissant ; mais pour peu qu’on lui déplaise, il est méchant, hargneux et détestable. Un million qu’on lui donnerait ne rachèterait pas une petite plaisanterie qu’on lui aurait faite. Son style ressemble à celui des anciennes préfaces ; il est long, diffus et lourd ; mais s’il a quelque chose à raconter, comme, par exemple, ses aventures, il y met une telle originalité, une naïveté, cette espèce de genre dramatique pour mettre tout en action, qu’on ne saurait trop l’admirer, et que, sans le savoir, il est supérieur à Gil Blas et au Diable boiteux. Il ne croit à rien, excepté ce qui est le moins croyable, étant superstitieux sur tout plein d’objets. Heureusement qu’il a de l’honneur et de la délicatesse, car avec sa phrase, « Je l’ai promis à Dieu », ou bien, « Dieu le veut », il n’y a pas de chose au monde qu’il ne fût capable de faire. Il aime. Il convoite tout, et, après avoir eu de tout, il sait se passer de tout. Les femmes et les petites filles surtout sont dans sa tête ; mais elles ne peuvent plus en sortir pour passer ailleurs. Cela le fâche, cela le met en colère contre le beau sexe, contre lui-même, contre le ciel, contre la nature et surtout contre l’année 1725. Il se venge de tout cela contre tout ce qui est mangeable, buvable ; ne pouvant plus être un dieu dans les jardins, un satyre dans les forêts, c’est un loup à table : il ne fait grâce à rien, commence gaiement et finit tristement, désolé de ne pas pouvoir recommencer.

Plaque commémorative rue Malipiero

S’il a profité quelquefois de sa supériorité sur quelques bêtes, hommes et femmes, pour faire fortune, c’était pour rendre heureux ce qui l’entourait. Au milieu des plus grands désordres de la jeunesse la plus orageuse et de la carrière la plus aventureuse et quelquefois un peu équivoque, il a montré de la délicatesse, de l’honneur et du courage. Il est fier parce qu’il n’est rien. Rentier, ou financier ou grand seigneur, il aurait été peut-être facile à vivre ; mais qu’on ne le contrarie point, surtout qu’on ne rie point, mais qu’on le lise ou qu’on l’écoute ; car son amour-propre est toujours sous les armes. Ne lui dites jamais que vous savez l’histoire qu’il va vous conter ; ayez l’air de l’entendre pour la première fois. Ne manquez pas de lui faire la révérence, car un rien vous en fera un ennemi. Sa prodigieuse imagination, la vivacité de son pays, ses voyages, tous les métiers qu’il a faits, sa fermeté dans l’absence de tous les biens moraux et physiques, en font un homme rare, précieux à rencontrer, digne même de considération et de beaucoup d’amitié de la part du très petit nombre de personnes qui trouvent grâce devant lui. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le terme de bisexualité, cependant, n'est pas usité lors du XVIII e siècle.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Paul Enthoven, « Casanova, trésor national », sur Le Point,‎ 22 juillet 2010
  2. Addì 5 aprile 1725.
    Giacomo Girolamo fig.o di D. Caietano Giuseppe Casanova del q.(uondam) Giac.o Parmegiano comico, et di D.a Giovanna Maria, giogali, nato li 2 corr. battezzato da P. Gio. Batta Tosello sacerd. di Chiesa de licentia, Comp. il signor Angelo Filosi q.(uondam) Bartolomeo stà a S. Salvador. Lev. Regina Salvi. (In P.Molmenti, Carteggi Casanoviani, vol. I, p. 9 nota)
  3. J. Rives Childs, Casanova : A New Perspective, Paragon House,‎ 1988, 346 p. (ISBN 0913729698)
  4. a et b Giacomo Casanova de Seingalt (1725-1798)
  5. a et b Frédéric Manfrin, Biographie de Casanova
  6. Michel Delon, « Casanova », La Marche de l'Histoire, 21 novembre 2011
  7. a et b Anaïs Kien, « L’aventurier des Lumières, Casanova à Paris », dans La Fabrique de l'histoire, 29 novembre 2011
  8. Le parcours guidé "itinéraire secret" du Palais Ducal de Venise comprend la visite des cellules où aurait été enfermé l'écrivain bien que les guides ajoutent perfidement qu'il s'agit probablement d'une affabulation car on ne trouve aucune trace du personnage dans le registre d'écrou, mais on a, en revanche, la certitude qu'il a été informateur de la police vénitienne de l'époque
  9. et utilisera ce réseau relationnel dans toute l'Europe grâce au passeport maçonnique et aux guides du franc-maçon en voyage.
  10. Cette histoire a fait l’objet d’une publication séparée, l’Histoire de ma fuite des prisons de la république de Venise, appelées les Plombs, Prague, 1788, in-8o.
  11. Quartier de la « Petite Pologne » dans l'actuel square Marcel-Pagnol, maison de campagne Cracovie en Bel Air
  12. a et b Helmut Watzlawick, « Casanova », dans La Fabrique de l'histoire, 28 novembre 2011
  13. Masters (1969), p. 255.
  14. Masters (1969), p. 263.
  15. Childs (1988), p. 281.
  16. Meunier Emmanuelle, « Giacomo Casanova ou le mythe du libertin à l’épreuve du petit écran», in Images du Siècle des Lumières à la télévision – Construction d’une culture commune par la fiction, sous la direction de Bernard Papin, Éditions INA-De Boeck, 2010
  17. L'Intermédiaire des casanovistes
  18. a et b (en) Guy Dammann, « Enlightenment on Casanova's sexual preferences », The Guardian, 27 juin 2008 (lire en ligne)
  19. Giacomo Casanova, Histoire de ma vie, éd. Robert Laffont, 1993, t. II, vol. 8, chap. IX, p. 892-893

Annexes[modifier | modifier le code]

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Œuvres[modifier | modifier le code]

Il a laissé, entre autres ouvrages, une Histoire de sa captivité, Prague, 1788, et des Mémoires fort licencieux, rédigés en français et publiés à Leipzig, 1826-1832, 10 vol. in-8. Ces Mémoires ont été mis à l’Index Librorum Prohibitorum à Rome.

  • 1752 - Zoroastro, tragedia tradotta dal Francese, da rappresentarsi nel Regio Elettoral Teatro di Dresda, dalla compagnia de' comici italiani in attuale servizio di Sua Maestà nel carnevale dell’anno MDCCLII. Dresda.
  • 1753 - La Moluccheide, o sia i gemelli rivali. Dresda
  • 1769 - Confutazione della Storia del Governo Veneto d’Amelot de la Houssaie, Amsterdam (Lugano).
  • 1772 - Lana caprina. Epistola di un licantropo. Bologna.
  • 1774 - Istoria delle turbolenze della Polonia. Gorizia.
  • 1775 - Dell’Iliade di Omero tradotta in ottava rima. Venezia.
  • 1779 - Scrutinio del libro « Éloges de M. de Voltaire par différents auteurs ». Venezia.
  • 1780 - Opuscoli miscellanei - Il duello - Lettere della nobil donna Silvia Belegno alla nobildonzella Laura Gussoni. Venezia.
  • 1781 - Le messager de Thalie. Venezia.
  • 1782 - Di aneddoti viniziani militari ed amorosi del secolo decimoquarto sotto i dogadi di Giovanni Gradenigo e di Giovanni Dolfin. Venezia.
  • 1782 - Né amori né donne ovvero la stalla ripulita. Venezia.
  • 1786 - Soliloque d’un penseur, Prague chez Jean Ferdinande noble de Shonfeld imprimeur et libraire.
  • 1787 - Histoire de ma fuite des prisons de la République de Venise qu’on appelle les Plombs. Écrite a Dux en Boheme l’année 1787, Leipzig chez le noble de Shonfeld.
  • 1788 - Icosameron ou histoire d’Edouard, et d’Elisabeth qui passèrent quatre-vingts ans chez les Mégramicres habitante aborigènes du Protocosme dans l’intérieur de notre globe, traduite de l’anglois par Jacques Casanova de Seingalt Vénitien Docteur ès lois Bibliothécaire de Monsieur le Comte de Waldstein seigneur de Dux Chambellan de S.M.I.R.A., Prague à l’imprimerie de l’école normale.
  • 1790 - Solution du problème deliaque démontrée par Jacques Casanova de Seingalt, Bibliothécaire de Monsieur le Comte de Waldstein, segneur de Dux en Boheme e c., Dresde, De l’imprimerie de C.C. Meinhold.
  • 1790 - Corollaire a la duplication de l’Hexaedre donnée a Dux en Boheme, par Jacques Casanova de Seingalt, Dresda.
  • 1790 - Démonstration géométrique de la duplication du cube. Corollaire second, Dresda.
  • 1797 - À Léonard Snetlage, Docteur en droit de l’Université de Gottingue, Jacques Casanova, docteur en droit de l’Université de Padoue.
  • 1860 - Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt, écrits par lui-même. Nequidquam sapit qui sibi non sapit. Édition originale, la seule complète. Édition bâtie sur la contrefaçon Busoni
  • 1880 - Mémoires de J.Casanova De Singalt écrit par lui-même-Nouvelle édition: Garnier Frères Paris.- 3k
  • 1932Mémoires de J. Casanova de Seingalt, écrits par lui-même de Casanova de Seingalt - édition de 1932, 10 volumes - Paris - Javal & Bourdeaux - 200 aquarelles par Auguste Leroux gravées par Jacomet ;
  • 1960-1961 - Histoire de ma vie, F.A. Brockhaus, Wiesbaden et Plon, Paris.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ressources[modifier | modifier le code]

Les documents au sujet de Casanova sont très nombreux ; pour aborder le personnage ses écrits forment une base incontournable :

  • Début 2010, la Bibliothèque nationale de France a fait l'acquisition du manuscrit original de L'Histoire de ma vie et en a commencé la numérisation [2].
  • Les 8 tomes des Mémoires de J. Casanova de Seingalt en document électronique reproduisant l’édition de 1880 de Garnier Frères (Paris) sont téléchargeables sur Gallica (images TIFF) ou encore sur Syscom (fichiers PDF).
  • Il existe un coffret en 3 volumes où en plus de Histoire de ma vie — titre original des Mémoires — (annotée et non censurée à l’inverse d’autre versions) sont présentés des suppléments (chronologie, cartes, autres essais de Casanova, témoignages...) :
    Éd. Robert Laffont (janvier 1999), Coll. Bouquins, Format Poche, ISBN 2-221-90041-3
  • Casanova publia en 1788 un roman, réédité encore aujourd’hui :
    Icosaméron, ou, Histoire d’Edouard et d’Elisabeth qui passèrent quatre-vingt-un ans chez les Mégamicres, habitants aborigènes du protocosme dans l’intérieur de notre globe, Éd. François Bourin (4 août 1994), Format Broché - 777 pages, ISBN 2-87686-020-1
  • Histoire de ma fuite des prisons de la République de Venise, qu'on appelle les Plombs (1787)

Filmographie[modifier | modifier le code]