Famille de Croÿ

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Croy (homonymie).
Image représentant deux personnes Cette page explique l’histoire ou répertorie les différents membres de la famille de Croÿ.
Maison de Croÿ
Image illustrative de l'article Famille de Croÿ
Armes
Blasonnement D'argent, à trois fasces de gueules
Lignées Hénin-Liétard
Branches Croÿ-Aerschot
Croÿ-Havré
Croÿ-Le Roeulx
Croÿ-Chimay
Croÿ-Solre
Période XIIe siècle–1700 (branche d'Havré)
Pays ou province d’origine village de Crouy en Picardie
Allégeance Flag of Cross of Burgundy.svg État bourguignon
Fiefs tenus comtés de Beaumont (Hainaut) et de Chimay, duché d'Aarschot, seigneurie de Tamise (Belgique)
Charges Grand bailli du Hainaut
Récompense(s) civile(s) chevalier de la Toison d'or

La famille de Croÿ est une ancienne et illustre maison de la noblesse européenne.

Présentation[modifier | modifier le code]

Ascension[modifier | modifier le code]

On trouve les premières traces de la Maison de Croÿ au XIIe siècle, en Picardie. Elle a pris son nom du village de Crouy-Saint-Pierre (Somme), ce qui explique que le nom Croÿ se prononce toujours en français "crouï" (et non crouille). Ce sont alors de petits seigneurs locaux sans fortune ni influence.

C'est Antoine Ier le Grand de Croÿ, sous le règne de Philippe le Bon qui va favoriser l'ascension de la famille. Il arrive à obtenir l'oreille du prince en devenant son plus proche conseiller, notamment dans la dernière décennie de son règne. Les Croÿ deviennent alors le clan le plus important de la cour, obtenant gouvernements, titres et largesses. Ils s'attirèrent la haine du reste de la noblesse burgondo-flamande par leur position de favoris, d'autant qu'Antoine était considéré comme une sorte de nouveau-riche, un petit seigneur obscur venu de France et monopolisant à son profit l'attention d'un prince vieillissant. Antoine entra alors en conflit avec le comte de Charolais, futur Charles le Téméraire. L'héritier déjà en âge de régner n'appréciait que peu ce clan "parasitaire" qui captait la régence alors que lui-même était exclu par son père du gouvernement. Lors de son "coup d'état", Charles accusa les Croÿ de travailler pour la France et fit déchoir les Croÿ et les Rubemprés, leurs alliés, de leurs places de chevaliers de l'ordre de la Toison d'or. Ils furent bannis et beaucoup trouvèrent refuge à la cour de France, dont le roi n'était que trop content de pouvoir nuire à son encombrant cousin.

Malgré cet aléa, les Croÿ revinrent vite en faveur. La mort du Téméraire accéléra encore ce mouvement, puisque les Croÿ se posèrent en indéfectibles défenseurs des droits de la princesse Marie de Bourgogne face au roi de France. Les premiers Habsbourg, Maximilien, Philippe le Beau et Charles Quint continuèrent à s'appuyer sur cette famille aux clientèles puissantes et à la récompenser de leurs largesses. La famille connut l'apogée de sa puissance au début du XVIe siècle, quand Guillaume de Croÿ, seigneur de Chièvres, devint le précepteur de Charles de Bourgogne, futur Charles Quint, à Malines et Bruxelles. Le théologien et philosophe Erasme, résidant à Anderlecht près de Bruxelles rédigea d'ailleurs à son intention le traité intitulé « l'Education d'un Prince ». Puissante durant le règne de Charles Quint, la puissance des Croÿ ne fut plus que locale ou contestée après Guillaume, notamment lors de la guerre de quatre-vingts ans, où Philippe III de Croÿ, 3e duc d'Aerschot, demeuré farouchement catholique, ne parvint pas à faire valoir sa nomination comme gouverneur général des Pays-Bas et dut s'exiler à Venise.

Illustrations[modifier | modifier le code]

Les Croÿ doivent entièrement leur fortune à leur position de conseillers et serviteurs des princes : avant le XVe siècle et l'ascension fulgurante d'Antoine le Grand, ce n'est qu'une maison obscure.

Le château des princes de Croÿ à Chimay.

La seigneurie de Croÿ, pour être la plus ancienne, ne fut pas la plus importante possession de la famille avant le XVIIe siècle. Ce sont surtout les terres de Chimay, élevées en comté puis en principauté dans la deuxième moitié du XVe siècle, de Beaumont (Hainaut) et d'Aarschot, cette dernière élevée en duché par Charles Quint en 1532, qui concentrèrent la fortune des Croÿ et distinguèrent les deux principales branches issues d'Antoine. Ces dernières furent réunies en 1525 par la mort de la dernière princesse de Chimay, qui avait épousé son cousin éloigné le duc d'Aarschot, accroissant notablement la fortune de la famille. Le titre de prince de Chimay devint celui des aînés du vivant de leur père.

Avec les guerres entre la France et les Flandres, les Croÿ furent un enjeu de taille. Pour tenter de les attirer, Henri IV proposa à Charles de Croÿ d'ériger sa terre de Croÿ, sise en France en duché, en 1598. Il s'agissait de faire aussi des Croÿ des grands dans le royaume de France et ainsi de les détacher de l'Espagne. Ce droit ne fut confirmé qu'en 1768 par Louis XV.

La maison de Croÿ a donné naissance à deux cardinaux, l'un en 1517, archevêque de Tolède, primat d'Espagne et chancelier de Castille, l'autre grand aumônier de France et archevêque de Rouen ; deux évêques et ducs de Cambrai, princes du Saint-Empire ; cinq évêques de Thérouanne, de Tournai, de Camin, d'Arras et d'Ypres ; un grand-bouteiller, un grand-maître et un maréchal de France ; six chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit ; un tuteur, parrain et premier ministre de la personne de l'empereur Charles Quint, grand-chambellan, grand-amiral et premier ministre de ce monarque et bien sûr régent de l'empire à la mort des parents de Charles V ; un grand chambellan et premier ministre de Philippe le Bon, duc de Bourgogne ; un grand-maître et plusieurs maréchaux de l'Empire ; un grand-écuyer du roi d'Espagne, un dignitaire de la même charge près d'Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, en 1555 ; un gouverneur-général des Pays-Bas en 1573 ; treize généraux des armées bourguignonne, impériale et espagnole et sept généraux au service de la France ; un généralissime des armées du tsar Pierre le Grand, quatre chefs du Conseil des finances aux Pays-Bas et un surintendant des finances de Philippe III, roi d'Espagne ; enfin un grand nombre d'ambassadeurs et de ministres plénipotentiaires aux diètes de l'Empire, en France, en Espagne, en Italie et en Angleterre.

À ce brillant palmarès fait par le chevalier de Courcelles, ajoutons que cette maison a donné naissance également à des députés, des sénateurs et pairs de France.

Le gouvernement du duché de Brabant et des comtés de Flandre et de Hainaut a été, pour ainsi dire, héréditaire dans cette maison. Deux de ses branches sont depuis plus de deux siècles en possession de la grandesse d'Espagne, et elle compte en 1979 trente-deux chevaliers de l'Ordre de la Toison d'or.

Mythe[modifier | modifier le code]

Armes primitives de la maison de Croÿ dans les Albums de Croÿ.

Au début de son histoire, la maison de Croÿ a souffert d'une mauvaise réputation due à la vitesse et au caractère récent de son ascension. Elle ne correspondait pas à l'idéal d'une noblesse issue de la chevalerie immémoriale, et les vieilles familles flamandes la taxaient facilement d'arrivisme. En un mot, la maison n'avait pas la légitimité de la durée. Il fallait pour la maison de Croÿ se construire la légende familiale qui manquait à son nom. Au début du XVIIe siècle, on fit donc dresser une de ces généalogies légendaires dont l'époque raffolait[1]. Jacques de Bye, l'historiographe retenu pour cette tâche, ne se contenta pas d'inventer une foule d'ancêtres prestigieux à la famille picarde : il remonta sans discontinuer ni hésiter à Adam lui-même[2].

Le duc Charles prétendit ainsi descendre des rois de Hongrie, de la dynastie des Árpád, que la légende fait remonter à Attila. La filiation se basait sur la similitude héraldique (un appareil de bandes horizontales rouges et blanches)[3], se rattachant par Marc de Hongrie, chassé par son frère et dépossédé de son royaume, qui se serait réfugié en France, en 1147, où il aurait épousé Catherine de Croÿ.

Cela donna lieu à la fameuse anecdote du tableau des Croÿ, sans doute apocryphe : dans son château, le duc de Croÿ aurait fait peindre une représentation du Déluge où un personnage nageant à côté de l'arche aurait été figuré tendant un parchemin à Noé en déclarant "Sauvez les titres de la maison de Croÿ" [4]!

Branches[modifier | modifier le code]

Cette famille, établie en Picardie, est dite de Croÿ-Solre. Elle s'est subdivisée en plusieurs branches :

  1. les sires de Croÿ et de Renty, ducs d'Arschot, éteints en 1612 ;
  2. les marquis de Havré, éteints en 1700 ;
  3. les comtes du Rœulx , éteints en 1585 ;
  4. les princes de Croÿ et du St-Empire, éteints en 1702 en la personne de Charles Eugène de Croÿ, généralissime des armées russes, mort en Livonie prisonnier de Charles XII de Suède ;
  5. les princes de Chimay, éteints en 1521 ;
  6. les princes de Solre-le-Chateau et de Mœurs, devenus branche ainée en 1767, par l'extinction des précédents ;
  7. les ducs d'Havré, connus surtout dans les derniers temps et qui se sont éteints au XIXe siècle
  8. les ducs de Croÿ, actuellement représentés en Allemagne.

Membres[modifier | modifier le code]

Bourgogne[modifier | modifier le code]

Croÿ-Aerschot[modifier | modifier le code]

Croÿ-Havré[modifier | modifier le code]

Première ligne[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir
Dessin de la chasse et du corps momifié de Charles Eugène de Croÿ (Église Saint-Nicolas de Tallinn)

Deuxième ligne[modifier | modifier le code]

Croÿ-Le Roeulx[modifier | modifier le code]

Les princes de Croÿ-Roeulx, avec reconnaissance du titre de prince du St-Empire (Belgique le 27.10.1947), sont actuellement représentés par:

Autres membres[modifier | modifier le code]

Les princes de Croÿ-Solre (2ème majorat et confirmation en Belgique le 02.01.1933 avec prédicat d’Altesse Sérénissime), sont représentés par le 6ème prince Emmanuel, né en 1957. Les princes de Croÿ-Collalto, par héritage des princes de Collalto et San Salvatore (27.07.1994), sont représentés par le prince Emmanuel, né en 1990.

Liste des ducs de Croÿ[modifier | modifier le code]

Armorial[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
Armoiries de Mesnil 3.svg Croÿ, armes primitives : D'argent, à trois fasces de gueules [5] . La maison de Croÿ porte pour cimier une tête de lévrier de sable dans un vol banneret d'argent.
Blason ville fr Rousies (Nord).svg Croÿ-Renty, à partir d'Antoine Ier le Grand, auteur des branches de Croÿ-Aerschot et Croÿ-Le Roeulx  : Écartelé: aux 1 et 4, d'argent, à trois fasces de gueules (de Croÿ) ; aux 2 et 3, d'argent, à trois doloires de gueules, les deux du chef adossées (Renty) [5] . Ces armes peuvent être surbrisées pour les branches cadettes.
Blason fam fr Croÿ-Flandres-Craon.svg Croÿ-Chimay, comtes puis princes de Chimay, auteurs des seigneurs de Sempy Écartelé: aux 1 et 4, d'argent, à trois fasces de gueules (de Croÿ) ; aux 2 et 3, d'argent, à trois doloires de gueules, les deux du chef adossées (de Renty) ; sur le tout écartelé, aux 1 et 4, d'or au lion de sable (de Flandre) ; aux 2 et 3, losangé d'or et de gueules (de Craon) [6] . Ces armes peuvent être surbrisées pour les branches cadettes.
Blason Michel de Croÿ (-1516) Seigneur de Sempy.svg Croÿ-Sempy, seigneurs de Sempy Écartelé: aux 1 et 4, de Croÿ ; aux 2 et 3, de Renty ; sur le tout écartelé, aux 1 et 4, de Flandre ; aux 2 et 3, de Craon, les armes brisées d'une bordure de gueules chargée de douze besants d'argent.[6]
Blason fam fr Croÿ-Rœulx.svg Croÿ-Le Rœulx : Écartelé: aux 1 et 4, de Croÿ ; aux 2 et 3, de Renty ; sur le tout écartelé, aux 1 et 4, de Lorraine ; au 2, de Valois-Alençon ; au 3, d'Harcourt.[7]
Blason Guillaume III de Croÿ (1527-1565) marquis de Renty.svg Croÿ-Renty, portées notamment par Guillaume III de Croÿ (1er décembre 15271er août 1565), 2e marquis de Renty, vicomte de Bourbourg, seigneur de Chievres, de Meulant, chevalier de la Toison d'or (1559, brevet no 237), fils de Philippe II de Croÿ (1496-1549), Prince de Chimay, duc d'Aerschot, Écartelé de Croÿ et de Renty ; sur le tout écartelé : aux a et d, de France ; aux b et c, d'Albret ; sur-le-tout-du-tout de Bretagne[8].
Blason ville fr Avesnelles (Nord).svg Croÿ-Arenberg : Écartelé : aux 1 et 4, d’argent à trois fasces de gueule (qui est Croÿ) ; aux 2 et 3, contre-écartelé : aux a et d, d’azur à trois fleurs de lis d’or (qui est France) ; aux b et c, de gueules (qui est d’Albret) ; sur le tout du contre-écartelé, d’hermines (qui est Bretagne) ; et sur le tout de l’écartelé, de gueules à trois roses d’or (qui est Arenberg).[9]
108 Croÿ-chièvre.png Croÿ-Chièvres : Écartelé de Croÿ et de Renty ; sur-le-tout écartelé en I et IV de Luxembourg, en II de Lorraine, en III, de Bar.
Orn ext prince SERG OSE.svg
Blason fam be Croÿ-Solre (de).svg
Croÿ-Solre : Écartelé : au 1 et 4, contre-écartelé a) et d) d'argent, à trois fasces de gueules (de Croÿ), b) et c) d'argent, à trois haches de gueules, les deux du chef adossées et posées l'une en bande, l'autre en barre, celle de la pointe posée en bande (de Renty) ; au 2, contre-écartelé a) et d) d'azur, à trois fleurs-de-lis d'or (de France), b) et c) de gueules plein (d'Albret), sur le tout d'hermine (de Bretagne); au 3, contre-écartelé a) et d) d'or au lion de sable (Flandre), b) et c) losangé d'or et de gueules (Craon). Sur le tout de l'écu écartelé de Croÿ et de Renty.[10]
French heraldic crowns - marquis v2.svg
Blason Charles Philippe de Croÿ (1549-1613), marquis d'Havré.svg
Charles-Philippe de Croÿ (15491613), Marquis d'Havré, comte de Fontenoy, seigneur de Bièvre, d'Acre et d'Everbeck

Écartelé de Croÿ et de Renty ; sur le tout de Guise.[6]

Les armoiries des Croÿ ont inspiré celles de nombreuses localités, en France et en Belgique : Biévène, Malderen (Brabant flamand, Belgique), Froidchapelle, Ghlin, Havré, Macon, Momignies, Saint-Vaast, Sivry, Sivry-Rance, Solre-Saint-Géry (Hainaut, Belgique), Senzeille (province de Namur, Belgique), Avesnelles, Bermerain, Étrœungt, Féron, Ferrière-la-Grande, Lez-Fontaine, Rousies, Solrinnes (Nord, France), Hervelinghen (Pas-de-Calais, France)[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques de BYE, Livre contenant la généalogie et descente de ceux de la Maison de Croy tant de la Ligne Principale estant Chef du Nom et armes d'Icelle que des Branches et Ligne Collaterale de Ladicte Maison, Anvers, 1612
  2. André DEVYVER, Le sang épuré. les préjugés de race chez les gentilhommes français de l'ancien régime 1560-1720, Éditions de l'université de Bruxelles, 1973, p.186.
  3. Croÿ primitif : argent à trois fasces de gueules. Hongrie ancien : fascé de gueules et d'argent.
  4. Frédéric-Auguste, Baron de Reiffenberg, "Une existence de Grand seigneur au XVIIe siècle, Charles de Croÿ", in Archives historiques du nord de la France et du midi de la Belgique, série 3, tome 1, 1850, p. 167.
  5. a et b Source :Armorial de J.B. RIETSTAP - et ses Compléments
  6. a, b et c Source :Armorial de J.B. RIETSTAP - et ses Compléments et web.genealogie.free.fr et www.heraldique-europeenne.org
  7. Source www.heraldique-europeenne.org
  8. Source www.heraldique-europeenne.org
  9. Source :www.heraldique-europeenne.org
  10. Michel Popoff et préface d'Hervé Pinoteau, Armorial de l'Ordre du Saint-Esprit : d'après l'œuvre du père Anselme et ses continuateurs, Paris, Le Léopard d'or,‎ 1996, 204 p. (ISBN 2-86377-140-X)
  11. Site Flags of the World

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]