Bataille du Guadalete

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Bataille du Guadalete
Informations générales
Date 19 juillet 711
Lieu Guadalete
Issue Victoire omeyyade décisive
Chute du Royaume wisigoth
Changements territoriaux Conquête de la majeure partie de la péninsule Ibérique par le Califat omeyyade
Belligérants
Califat omeyyade Royaume wisigoth
Commandants
Ṭāriq ibn Ziyād Rodéric
Forces en présence
12 000 hommes 33 000 hommes
Pertes
3 000 hommes Inconnu. L'armée est complètement désorganisée.
Campagnes omeyyades en Europe de l'Ouest
Batailles
Guadalete · Toulouse · Covadonga · Bordeaux · Poitiers · Avignon · Narbonne · Berre
Coordonnées 36° 36′ N 6° 13′ O / 36.6, -6.2166736° 36′ Nord 6° 13′ Ouest / 36.6, -6.21667  

La bataille du Guadalete se déroule le 19 juillet 711 sur les rives du Guadalete, au sud de la péninsule Ibérique, et oppose le Califat omeyyade au Royaume wisigoth. Les Omeyyades y obtiennent une victoire décisive qui précipite la chute du Royaume wisigoth et permet la conquête de la péninsule Ibérique par les musulmans.

Contexte[modifier | modifier le code]

En Afrique du Nord, le gouverneur omeyyade de ʾIfrīqiyya, Mūsā ibn Nuṣayr, pousse la conquête jusqu’à l’océan Atlantique vers l’ouest. Il échoue à prendre Ceuta mais réussit à conquérir Tanger. Il impose l’islam à une population où prédominent des religions traditionnelles, ainsi que des chrétiens et des juifs[1]. Le comte Julien, gouverneur byzantin de Ceuta, s'allie avec Mūsā, probablement pour se venger du roi wisigoth Rodéric, qui aurait attenté à l'honneur de sa fille et qu'il considère comme usurpateur du trône wisigoth. En effet, le Royaume wisigoth est en pleine guerre civile, avec une noblesse qui ne cesse de comploter contre Rodéric, qui avait pris le pouvoir après avoir renversé son prédécesseur Wittiza.

En 710, le général Ṭāriq ibn Ziyād envoie Ṭarīf ibn Mālik (qui donnera son nom à Tarifa) à la tête de 400 hommes et 100 chevaux pour débarquer au sud de la péninsule Ibérique, tester et préparer la conquête. Selon des sources espagnoles, le comte Julien accompagne Ṭarīf lors de cette expédition, en tant que guide. Au printemps 711, Mūsā ibn Nuṣayr envoie Ṭāriq ibn Ziyād à la conquête de la péninsule Ibérique, à la tête d'environ 12 000 hommes, majoritairement des Berbères[2]. Ṭāriq débarque à Gibraltar (de l'arabe : ǧabal Ṭāriq, la montagne de Ṭāriq)[3], probablement dans la nuit du 27 au 28 avril 711[2]. Après le débarquement, Ṭāriq aurait brûlé ses navires et tenu un discours, devenu célèbre, à ses soldats :

« Ô gens, où est l'échappatoire ? La mer est derrière vous, et l'ennemi devant vous, et vous n'avez par Dieu que la sincérité et la patience […] »

— Ṭāriq ibn Ziyād

Pendant le débarquement omeyyade, Rodéric est occupé au nord de la péninsule à combattre une révolte basque à Pampelune. La nouvelle du débarquement ne lui parvient que deux à trois semaines plus tard. Il prend alors la route vers le sud à marche forcée pour arrêter les Omeyyades. Entre-temps, Ṭāriq prend Algésiras et Cadix, puis se dirige vers Séville. Rodéric organise une armée de 33 000 hommes à Cordoue et part à la rencontre des Omeyyades.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le choc a lieu le 19 juillet, sur le Guadalete[2], près de Cadix, bien que certains historiens le situent près du Barbate, à Medina-Sidonia[4] ou près de la lagune de La Janda[5], d'autres encore proposant Jimena de la Frontera ou les rives du Guadarranque, à quelques kilomètres au nord de Gibraltar[6].

Les Omeyyades utilisent des attaques violentes suivies de retraits rapides, pendant que les Wisigoths manœuvrent en masse. Les fils de Wittiza se retirent de la bataille, laissant dépourvus les flancs de l'armée wisigoth. La cavalerie omeyyade, qui représente environ le tiers des effectifs, s'engouffre alors dans la brèche, suivie de l'infanterie, et inflige de lourdes pertes aux Wisigoths, jusqu'à tuer leur roi Rodéric.

Conséquences[modifier | modifier le code]

La bataille du Guadalete décime la noblesse guerrière wisigothe, alors que les pertes omeyyades s'élèvent à 3 000 hommes tout au plus[7]. Cette victoire permet aussi à Ṭāriq de réorganiser la cavalerie et d'augmenter son effectif suite à l'arrivée des renforts envoyés par le gouverneur Mūsā ibn Nuṣayr (près de 5 000 hommes).

Après la bataille, l'avancée omeyyade se fait de manière très rapide, facilitée par le climat de guerre civile et la coopération d'une grande partie de la population ibérique, qui est exaspérée par les famines et les épidémies et désireuse d'une stabilité politique, notamment la population juive, persécutée par la monarchie chrétienne. La conquête omeyyade est si soudaine que les Wisigoths n'ont pas le temps de choisir un nouveau roi. En effet, Ṭāriq conquiert Tolède, capitale des Wisigoths, peu de temps après la bataille du Guadalete, ce qui marque la chute définitive du Royaume wisigoth. À peine deux années plus tard, vers 714, Mūsā ibn Nuṣayr débarque à Algésiras avec une armée de 18 000 Berbères et prend Saragosse. Les deux chefs conquièrent la majeure partie de la péninsule Ibérique, qui est presque entièrement soumise au nom du calife omeyyade Al-Walīd Ier. Seules quelques poches de résistance subsistent dans les régions montagneuses du nord, notamment dans la cordillère Cantabrique et les Pyrénées. En 716, une nouvelle province Omeyyade est constituée : Ǧazīrat Al-ʾAndalus, ou plus simplement Al-ʾAndalus. Les musulmans resteront sur la péninsule Ibérique pendant près de huit siècles.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord : Des origines à 1830, Paris, Payot, coll. « Grande Bibliothèque Payot »,‎ 25 octobre 1994, 2e éd. (ISBN 2228887897), p. 358-360.
  2. a, b et c (es) Claudio Sánchez-Albornoz, Orígenes de la Nación Española : Estudios Críticos sobre la Historia del Reino de Asturias, t. I, Oviedo, Instituto de Estudios Asturianos,‎ 1972.
  3. (en) Edward Arthur Thompson, The Goths in Spain, Oxford, Clarendon Press,‎ 1er janvier 1969 (ISBN 0198142714), p. 250-251.
  4. (en) Roger Collins, Visigothic Spain : 409–711, Londres, Blackwell Publishing,‎ 31 mai 2004 (ISBN 0631181857), p. 134.
  5. (en) Thomas F. Glick, Islamic and Christian Spain in the Early Middle Ages, Princeton, Princeton University Press,‎ juillet 1979 (ISBN 0691052743), p. 31.
  6. Ibid., p. 32.
  7. (en) David Levering Lewis, God's Crucible : Islam and the Making of Europe, 570 – 1215, W.W. Norton & Company,‎ 17 janvier 2008 (ISBN 0393064727), p. 123-124.