Mélanie Calvat

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Une représentation de Mélanie Calvat et de Maximin Giraud avec la Vierge

Mélanie Calvat (née le 7 novembre 1831 à Corps, Isère - morte dans la nuit du 14 au 15 décembre 1904 à Altamura, Italie) était une jeune bergère qui fut témoin avec le jeune Maximin Giraud, le 19 septembre 1846 de l'apparition de la Sainte Vierge Marie à La Salette en Isère.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Mélanie Calvat (Mélanie Mathieu à l'état civil et au registre de baptêmes[1]) naquit à Corps dans l'Isère. Elle était la quatrième des dix enfants de Pierre Calvat, tailleur de pierres et scieur de son état mais, pour nourrir une famille démesurée, sans parler de Julie Barnaud, son épouse, il n'hésitait pas à prendre tout emploi qu'il pouvait trouver. La pauvreté de la famille était telle que les jeunes enfants étaient parfois envoyés dans la rue pour y mendier.

Très tôt, Mélanie fut embauchée pour s'occuper des vaches des voisins. Du printemps à l'automne de 1846, elle travailla pour Jean-Baptiste Pra aux Ablandins, l'un des hameaux du village de La Salette.

Une telle vie, loin de sa famille, fit d'elle une enfant chétive et renfermée. Elle était timide, taciturne et toujours sur ses gardes. Elle ne parlait que le dialecte régional de l'occitan[2] qu'elle hachait de français. N'ayant pas fréquenté l'école, ni reçu d'instruction religieuse, elle ne savait ni lire ni écrire.

Au moment de l'apparition, Mélanie était sur les plans financier, intellectuel et affectif parmi les plus pauvres des pauvres. Totalement dépendante, elle devait être profondément et définitivement marquée par l'apparition.

Apparition[modifier | modifier le code]

Le 19 septembre 1846, veille de la fête de Notre-Dame des Douleurs, alors qu'elle surveillait son troupeau avec Maximin Giraud, Mélanie vit apparaître la Vierge Marie en pleurs. Notre-Dame remit aux enfants un message destiné à être publié, et à chacun d'eux un message personnel.

L'évêque de Grenoble, Mgr Philibert de Bruillard, nomma plusieurs commissions chargées d'examiner les faits. En décembre 1846, les premières furent créées. L'une était formée de professeurs du grand séminaire de Grenoble et l'autre de chanoines titulaires. Cette commission conclut qu'un examen plus approfondi était nécessaire avant de formuler un jugement.

Une nouvelle enquête eut lieu de juillet à septembre 1847, menée par deux membres de la commission : le Chanoine Orcel, supérieur du grand séminaire, et le Chanoine Rousselot.

Une conférence sur la question eut lieu à la résidence de l'évêque en novembre-décembre 1847. Seize membres - les vicaires généraux du diocèse, les prêtres de la paroisse de Grenoble et les chanoines titulaires – se réunirent en présence de l'évêque. La majorité conclut à l'authenticité de l'apparition, après examen du rapport de Rousselot et d'Orcel. Par ailleurs l'évêque de Sens avait très soigneusement examiné trois guérisons attribuées à Notre-Dame de La Salette qui s'étaient produites dans la ville d'Avallon. L'ordinaire du lieu, Mgr Mellon Jolly, reconnut le 4 mai 1849 comme miraculeuse, une de ces trois guérisons, qui s'était produite le 21 novembre 1847.

Depuis 1847, Mgr de Bruillard était ainsi convaincu de la réalité de l'apparition. L'année suivante, il autorisa la publication du rapport Rousselot, qui confirmait la réalité de l'apparition. Dans sa lettre d'approbation, imprimée sous forme de préface, l'évêque de Grenoble déclarait qu'il partageait l'opinion de la majorité de la commission qui avait adopté les conclusions du rapport.

Toutefois, le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon auquel st soumis l'évêché de Grenoble, soupçonnait une supercherie. Le Cardinal exigea que les enfants lui confiassent leur secret, en affirmant qu'il avait un mandat du Pape. Les enfants accédèrent finalement à cette demande. Mélanie, toutefois, exigea que son texte fût directement porté au souverain pontife. C'est sous cette condition que l'évêque de Grenoble envoya à Rome deux représentants. Le texte des deux secrets privés fut transmis au pape Pie IX le 18 juillet 1851.

Il semble que la procédure ait été favorable, puisque la décision de Mgr de Bruillard, modifiée selon les observations du cardinal Lambruschini, Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, à Rome, fut signée le 18 septembre 1851, et publiée le 10 novembre 1851. Dans ce document, l'évêque de Grenoble promulguait ce jugement:

Nous jugeons que l'apparition de la Sainte Vierge aux deux bergers, le 19 septembre 1846... dans la paroisse de La Salette... porte en elle toutes les caractéristiques de la vérité, et que les fidèles ont des raisons de la croire incontestable et certaine.

Les motifs de la décision, qui reposaient sur le travail de Rousselot et celui de la Commission de 1847, étaient l'impossibilité d'expliquer de manière humaine les événements, les miracles et les guérisons, les fruits spirituels de l'apparition (notamment les conversions) et, enfin, les attentes légitimes et les souhaits d'un très grand nombre de prêtres et de fidèles.

Par la suite le 16 novembre 1851, l'évêque de Grenoble publia une déclaration selon laquelle la mission des petits bergers était terminée et l'affaire était maintenant entre les mains de l'Église. L'évêque précisait que l'approbation de l'Église ne concernait que la révélation originale de 1846 et non pas des apports ultérieurs.

La Salette suscita immédiatement une grande ferveur dans la société française, elle provoqua aussi d'ardentes discussions. Les petits visionnaires étaient assez perturbés par les interrogatoires incessants, les menaces, quelquefois violentes, de la part d'opposants, politique et ecclésiastique, et aussi les assauts venant de la ferveur. Mélanie particulièrement se vit vénérée comme une sainte, de façon assez semblable à sainte Bernadette Soubirous, qui, sans doute, avait dû elle-même s'en défendre. Tout cela porta atteinte à l'équilibre des deux visionnaires. Mélanie eut de la difficulté à vivre une vie religieuse équilibrée et Maximin, une fois entré au séminaire qu'il quitta bientôt, eut également bien du mal à mener une vie normale.

Vie comme religieuse[modifier | modifier le code]

Après l'apparition, en 1846, Mélanie fut placée comme pensionnaire au couvent des Sœurs de la Providence à Corenc près de Grenoble, où une enquête concernant l'apparition eut lieu.

À l'âge de vingt ans, elle entra en religion. En 1850, elle devint postulante de l'ordre et, en octobre 1851, elle prit le voile. Pendant qu'elle était à Corenc, on savait qu'elle avait coutume de s'asseoir au milieu d'auditrices captivées, et de leur raconter des histoires de son enfance.

En mai 1853, Mgr de Bruillard démissionna (il mourut en 1860) et, au début de 1854, son remplaçant refusa d'accorder à Mélanie l'autorisation de faire profession, car il ne la jugeait pas suffisamment mûre spirituellement. Mélanie protestait que la véritable raison de ce refus était que l'évêque cherchait à gagner la faveur de Napoléon III.

À la suite de ce refus, Mélanie fut officiellement autorisée à aller dans un couvent tenu par les Sœurs de la Charité. Cet ordre se vouait à des travaux pénibles pour aider les pauvres, et Mélanie entra en contact avec le bon sens, ce qui la changea de la flatterie ou de l'adulation. Elle continua à parler des apparitions et du complot maçonnique qui visait à détruire la France catholique. Après trois semaines cependant, on la fit retourner à Corps pour y continuer son éducation.

Napoléon III était au pouvoir, les républicains s'agitaient et les royalistes travaillaient à y restaurer un roi catholique. La controverse politique dominait la France, et l'Église s'efforçait de rester neutre. Mélanie causait donc des difficultés à la hiérarchie, en continuant à répéter les paroles de la Vierge Marie et à dénoncer la franc-maçonnerie. L'évêque, conscient des sympathies passionnées et ouvertement royalistes de Mélanie, s'inquiétait qu'elle s'impliquât dans la politique et par là y impliquât le culte de Notre-Dame de La Salette.

Mélanie accepta la suggestion d'un prêtre anglais qui lui rendit visite et se rendit au Carmel de Darlington en Angleterre, où elle arriva en 1855. On la soustrayait ainsi aux controverses politiques françaises, pour la plus grande joie de l'évêque. Elle y prononça ses vœux temporaires en 1856.

En 1858, Mélanie écrivit de nouveau au pape pour lui transmettre la partie du secret qu'elle avait été autorisée à révéler cette année-là. Pendant son séjour à Darlington, elle parla de toute une série d'événements étranges et de miracles. L'évêque du lieu lui défendit de parler en public de ces prophéties. En 1860, elle fut libérée par le Saint-Père de son vœu de rester cloîtrée au Carmel, pour qu'elle continuât à accomplir sa mission, et elle revint sur le Continent.

Elle entra dans la Congrégation des Sœurs de la Compassion à Marseille. Une des sœurs, Marie, fut désignée pour être sa compagne. Après qu’elles eurent séjourné dans leur couvent de Céphalonie, en Grèce où toutes les deux étaient allées ouvrir un orphelinat, et qu'elles furent restées peu de temps au Carmel de Marseille, elle revint chez les Sœurs de la Compassion un court moment. En octobre 1864, elle fut admise comme novice, à condition de ne pas révéler son identité. Mais elle y fut bientôt reconnue.

Au début de 1867, elle put officiellement quitter l'ordre et elle et sa compagne, après un bref séjour à Corps et à La Salette, allèrent vivre à Castellamare, près de Naples, où l'évêque local lui fit bon accueil. Elle y résida dix-sept ans, mettant par écrit son secret qui comprenait la règle d'une fondation religieuse future.

Controverse[modifier | modifier le code]

Pendant ce temps, sous les auspices de l'évêque de Grenoble, s'étaient créés à La Salette des ordres religieux chargés de s'occuper des pèlerins et de diffuser le message de la vision. Mélanie fit savoir hautement que l'apparition l'avait autorisée à donner elle-même à ces ordres leurs noms, leurs règles et leurs costumes. Celui destiné aux hommes devait s'appeler Ordre des Apôtres des Derniers Jours, celui pour les femmes Ordre de la Mère de Dieu. Quand l'évêque refusa de se plier à ses exigences, elle fit appel au pape qui lui accorda une entrevue. Elle fut reçue par Léon XIII en audience privée le 3 décembre 1878.

Entre temps, vers 1873 Mélanie mit de nouveau par écrit son message personnel, avec l'imprimatur du Cardinal Sisto Riario Sforza, archevêque de Naples et avec l'approbation de Pie IX. Le message fut officiellement publié par Mélanie Calvat elle-même le 15 novembre 1879 et reçut l'imprimatur de Mgr Salvatore Luigi Zola, évêque de Lecce près de Naples, qui dans son diocèse avait protégé Mélanie et l'avait aidée. Le titre en était L'Apparition de la Sainte-Vierge sur la montagne de La Salette.

À la suite de cette publication commença une dispute historique sur ce qui faisait partie du secret et ce qui y avait été ajouté. Elle dure encore aujourd'hui.

En 1880, l'évêque de Troyes dénonça au Saint-Office le livre qui avait reçu l'imprimatur à Lecce, et à son tour le cardinal Prospero Caterini, secrétaire de cette congrégation, lui répondit publiquement ainsi qu'à l'évêque de Castellamare et aux autres membres de la hiérarchie que:

Le Saint-Office est mécontent de la publication de ce livre. Sa volonté expresse est que chaque exemplaire, qui a été mis en circulation soit, dans la mesure du possible, retiré des mains des fidèles.

Par la suite, le Vatican mit ce livre à l'Index.

Mélanie s'installa à Cannes, puis à Châlons-sur-Saône, cherchant à créer une communauté avec le parrainage du chanoine de Brandt d'Amiens. Finalement, elle eut un litige avec Mgr Perraud, l'évêque d'Autun au sujet d'un héritage qu'on lui avait donné pour aider cette fondation.

En 1892, Mélanie retourna à Lecce, en Italie, d'où elle se rendit à Messine en Sicile, à l'invitation d'Annibale di Francia.

Après quelques mois dans la région du Piémont, elle fut invitée à s'installer dans l'Allier par l'abbé Gilbert Combe, curé de Diou, un prêtre très friand de prophéties politico-religieuses. C'est là qu'elle termina une autobiographie assez artificielle.

En 1901, Gilbert Combe publia sa version à lui du secret interdit de Melanie sous le titre ‘’Le Grand Coup avec sa date probable’’, orientée contre les Bonaparte et pour les Bourbons. Il fut réimprimé ‘’ne varietur’’ à Lyon en 1904, quelques mois avant la mort de Mélanie. Cet ouvrage aussi fut mis sur l'Index. Les 18 et 19 septembre 1902 Mélanie visita une dernière fois la montagne sainte de La Salette. Elle retourna ensuite à Altamura, près de Bari dans le sud de l'Italie et y mourut le 14 décembre 1904. Ses restes sont enterrés au pied d'une colonne de marbre avec un bas-relief représentant la Vierge Marie accueillant au Ciel la bergère de La Salette. Tout au long de sa vie si difficile, Mélanie était restée pauvre et pieuse, toujours fidèle à son premier témoignage.

Après la mort de Mélanie[modifier | modifier le code]

En 1906 une autre des publications de Combe, intitulée Le Secret de Mélanie et la Crise actuelle fut à son tour mise à l'Index.

Ces décisions de l'Église jetèrent un grand trouble dans l'esprit des catholiques, si bien qu'elle fut obligée de préciser que le message originel confié à Maximin et Mélanie en 1846 était toujours approuvé et que l'interdiction ne visait que les derniers messages, et particulièrement l'édition de 1872-1873 où il était dit que Rome perdrait la foi et deviendrait le siège de l'Antéchrist.

En octobre 1912, dans une déclaration publique en réponse à une requête du cardinal Louis Luçon, Albert Lepidi o.p., Maître du Sacré Palais, confirma cette approbation du message original de 1846.

Encore une fois, sous le pontificat de Benoît XV, l'Église dut donner des précisions sur l'affaire. Le pape publia un admonitum ou avertissement pontifical officiel dans lequel il reconnaissait les nombreuses versions du secret sous toutes ses formes différentes, mais défendait aux fidèles ou au clergé de les étudier ou de les discuter sans la permission de leurs évêques. L'admonitum affirmait en outre que l'interdiction de l'Église publiée sous Léon XIII gardait sa force contraignante.

Depuis Vatican II, les règles concernant la discussion des visions ont été assouplies et l'Index supprimé. Le livre de Mélanie a été réédité et la discussion a repris.

Dès le début, le message de 1873 fut exploité par les anticléricaux et les francs-maçons français pour attaquer les catholiques dans le pays. La confusion qui en résulta atteignit le prestige de La Salette qui recula au rang d'un site mineur de pèlerinage catholique en demi-sommeil.

L'épiscopat français en général et Mgr Jacques Marie Achille Ginoulhiac, le nouvel évêque de Grenoble qui devait quitter avant la fin le Premier Concile du Vatican parce qu'il s'opposait à la déclaration de l'infaillibilité pontificale, fut un grand adversaire du Secret, parfois avec véhémence, parce qu'il n'acceptait pas les avertissements du message concernant les ambitions politiques de Napoléon III et de l'état fâcheux déplorable dans lequel il décrivait en général le clergé.

Au bout du compte, après de vains efforts pour établir l'ordre religieux de la Mère de Dieu tant en Italie qu'en France, Mélanie alla en Italie, où elle mourut en odeur de sainteté en 1904.

Après sa mort, de nombreux essais échouèrent pour établir enfin ces ordres religieux.

L'hebdomadaire France catholique rapporte (5 janvier 2011) que saint Annibale Maria di Francia (1851-1927) fondateur de Rogationnistes et canonisé en 2004, la tenait pour "très intelligente et d'une grande pénétration d'esprit". Saint Annibale, en effet, a bien connu Mélanie et la considérait aussi comme une grande sainte [3].

Liens externes[modifier | modifier le code]

  1. Biographie de Mélanie Calvat sur le site Jesusmarie.com

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Son père Pierre Calvat était surnommé Pierre Mathieu. (Jean Stern, La Salette, Documents authentiques, t. 1, Desclée De Brouwer, 1980, p. 20.)
  2. Bert, Michael et James Costa. 2010. "Linguistic borders, language revitalisation and the imagining of new regional entities", Borders and Identities (Newcastle upon Tyne, 8-9 janvier 2010), 18.
  3. Mélanie théologienne, France catholique, 5 janvier 2011