Mégalopole européenne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Banane bleue)
Aller à : navigation, rechercher

La mégalopole européenne, aussi appelée dorsale européenne ou banane bleue, a été développé par Roger Brunet pour désigner un espace densément peuplé et fortement urbanisé qui s'étend approximativement de Londres à Milan en passant par la vallée du Rhin. C'est à l'intérieur de cet espace que la production de richesse et les flux sont les plus importants en Europe. D'une certaine manière, il peut être considéré comme le centre économique de l'Europe. Toutefois, d'autres notions peuvent permettre de décrire le cœur économique européen, comme celui de Pentagone Londres-Paris-Milan-Munich-Hambourg, qui rassemble toutes les métropoles européennes reliées les unes aux autres par TGV dans un délai d'environ 3 heures. De nombreux spécialistes de l'aménagement du territoire préfèrent aujourd'hui insister sur la notion de polycentrisme européen, mais concèdent qu'un certain phénomène de conurbation est observé de la mer du Nord à la vallée rhénane.

Densité de population en Europe

Naissance de la notion[modifier | modifier le code]

En 1973, Roger Brunet publie un article intitulé « Structures et dynamiques du territoire français »[1] dans lequel il insiste sur l'existence d'un axe économique et démographique majeur s'étendant de Londres à Milan. Les régions concernées étaient alors le bassin londonien, le Benelux, la frange nord-est de la France (Alsace, Lorraine et Nord-Pas-de-Calais), la vallée rhénane, la moitié ouest de la Bavière, l'est de la Suisse et l'ouest du bassin du Pô au nord de l'Italie. En 1989, Brunet et le GIP Reclus réalisent pour la DATAR une nouvelle étude, plus poussée et beaucoup plus médiatisée, sur le même sujet[2]. Les conclusions mettaient en évidence un couloir urbain de forme courbe s'étendant du nord vers le sud-est, de Londres à Milan. Il est considéré comme le centre majeur du développement spatial européen selon cette étude (selon le modèle Centre / Périphérie utilisé en géographie et en économie).

Périmètre et puissance de la mégalopole[modifier | modifier le code]

La mégalopole ou dorsale européenne correspond à un espace aux fortes densités spatiales s'étalant entre Londres et Milan, parfois élargi de Manchester à Rome, soit environ 70 millions d'habitants sur 1500–1 700 km de long.

Cet ensemble est considéré comme le cœur de l'Europe car il rassemble les villes et les espaces les plus dynamiques en termes de poids politique, économique et culturel. On retrouve donc Londres, une ville globale avec un PUB de 208,9Md $[3] (supérieur au PIB de l'Afrique du Sud) ; le Benelux, avec deux villes regroupant les institutions majeures de l'Union européenne (Bruxelles, Luxembourg), le Randstad Holland et l'un des plus grands ports du monde (Rotterdam)[4] ; l'Europe rhénane ; la métropole financière et économique de Zurich ; l'Italie du Nord et plus particulièrement la plaine du Pô avec les villes industrielles de Milan et de Turin.

Du point de vue géographique, il existe deux discontinuités majeures avec la Manche et les Alpes, mais ces dernières ont été dépassées par la construction d'infrastructures routières et ferroviaires comme le Tunnel sous la Manche et les tunnels alpins.

Banane bleue[modifier | modifier le code]

La « banane bleue ».

L'idée de mégalopole européenne a été popularisée avec l'image de la « Banane bleue ». D'après Roger Brunet, « Le nom « banane bleue » est une addition médiatique : la forme de banane a été évoquée par Jacques Chérèque, ministre de l'Aménagement du territoire, présentant ces travaux lors d'une conférence de presse à succès ; la couleur est celle que lui a donnée trois jours après le dessinateur du Nouvel Observateur, dans un article de Josette Alia qui servit de baptême à la « banane bleue »[5]. La partie française a été ajoutée à ce centre européen par souci politique de la faire appartenir à cet ensemble majeur. En effet, le ministre Jacques Chérèque, très attaché à la région Lorraine, a tout fait pour que cette région industrielle française intègre ce centre.

La simplicité de cette représentation en a fait son efficacité et très vite, les aménageurs, les médias et les hommes politiques se la sont appropriée. Comme souvent dans cette situation, le sens du terme, devenu à la mode, évolue, et son périmètre également. Devenue argument de développement positif, la banane bleue fut alors décrite comme le périmètre de l'ensemble où se développeraient les organisations sociales et économiques structurantes dans lequel les investisseurs privés auraient intérêt à s'implanter.

Par un effet de dominos, les collectivités situées à la périphérie de cette banane cherchèrent à l'intégrer. Et c'est ainsi que des représentations de cette banane bleue gagnèrent en épaisseur et inclurent le bassin parisien. Les régions plus lointaines chargèrent les responsables du développement de dessiner de futurs couloirs de développement spatial, avec pour objectif implicite de se rapprocher du cœur de l'Europe. C'est ainsi qu'apparurent les bananes scandinaves, l’arc méditerranéen ou encore l’arc alpin ou sillon alpin.

Relativisation et nouvelles approches[modifier | modifier le code]

Carte de l'Europe rhénane, un centre dynamique et ouvert

Des géographes ont souligné les lacunes de la notion de mégalopole européenne, ou ont voulu montrer qu'elle avait perdu de sa pertinence avec le temps. Ceux-ci ont souligné le fait que la notion de mégalopole européenne a été élaborée dans le contexte d'une Europe coupée en deux du fait de la Guerre froide. De ce fait, elle n'a pas pris en compte des secteurs pourtant tout aussi structurants sur le continent, tels que l'agglomération berlinoise, la Baltique et Varsovie, ou encore le couloir du Danube. À cela s'ajoute l'importance du bassin parisien et de l'Arc méditerranéen. Par ailleurs, un tiers de la banane bleue couvre des zones désertes (mer du Nord, Alpes) ou durement touchées par des difficultés de reconversion industrielle (Région wallonne, Lorraine, Sarre, Ruhr).

En 1998, Roger Brunet propose de distinguer un nouvel espace regroupant les principales villes de la moitié nord de la mégalopole : Londres, du Randstad Holland, Bruxelles, Rhin-Ruhr, Francfort, Stuttgart, Zurich, Bâle, Paris. Il appelle cet ensemble le Ring[6]. Ce mot signifie « anneau » en allemand, il rappelle donc l'anneau du [Niebelung], l’or du Rhin, fleuve qui se trouve au cœur de ce système. Au sens anglais, en plus de signifier "anneau" le mot évoque aussi le terrain sur lequel s'affrontent les champions. Les capitales européennes Bruxelles et Strasbourg sont sensiblement deux foyers de l’ellipse du Ring et Luxembourg se trouve en son centre. Ces villes entretiennent des échanges actifs et sont souvent reliées par des lignes ferroviaires à grande vitesse.

Dans le domaine de l'Aménagement du territoire en Europe, émerge fortement la notion de polycentrisme qui se pose en réaction à la centralité jugée excessive du territoire européen. Cette centralité est décrite et dénoncée dans le Schéma de développement de l'espace communautaire au travers de la figure du pentagone que forment les villes de Londres-Paris-Milan-Munich-Hambourg entourant le centre représenté par le Randstad et la zone métropolitaine de Bruxelles. Dans les représentations politiques actuelles de l'aménagement du territoire européen, la banane bleue n'est pas mobilisée pour décrire l'organisation territoriale, et Paris est résolument considérée comme faisant partie du centre.

Ring[modifier | modifier le code]

Article connexe : Ring (Union européenne).

En 1998, Roger Brunet propose de distinguer un nouvel espace regroupant les principales villes de la moitié Nord de la mégalopole : Londres, du Randstad hollandais, Düsseldorf, Cologne, Francfort, Stuttgart, Zurich, Bâle, Paris. Il appelle cet ensemble le Ring[6],[5].

La configuration externe du Ring est caractérisée par la présence en son sein de l'Espagne, du Portugal, des pays d'Europe de l'Est ainsi que des pays scandinaves. Par opposition, le cœur du Ring, prenant la forme d'une ellipse, possède deux centres : Bruxelles et Strasbourg qui sont les sièges des institutions[5].

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Brunet 1973
  2. Brunet 1989
  3. D'après la classification de Taylor réalisée en 1997 cité par René Dagorn (Université de Reims Champagne-Ardenne/Maître de conférence à l'Institut d’Études Politiques de Paris) in Marianne Gervais-Lombony (dir.) Les très grandes villes du monde, Atlande, coll. Clefs concours, 2001).
  4. Voir l'article sur les plus grands ports du monde
  5. a, b et c Brunet 2002
  6. a et b Brunet 1998

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]