Euroscepticisme

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« Trumna dla rybaków », un « cercueil pour les pêcheurs », un signe visible sur les flancs de certains bateaux de pêches polonais pour protester contre l'interdiction de pêcher la morue.
Affiche contre l'Union européenne à Athènes en 2005.
Une protestation multilingue à la Constitution européenne.
Un exemple d'euroscepticisme dur, un drapeau de l'UE vandalisé à Sopot en Pologne.

L’euroscepticisme est une opposition à l'intégration européenne et à l'Union européenne dans son ensemble[1],[2] basée notamment sur un doute quant à sa viabilité ou son utilité[3],[4],[5]. À l'instar des pro-européens, les eurosceptiques ne constituent pas un bloc homogène mais comprennent les « mouvements d’opposition à la construction européenne »[6]. Ainsi, Agnès Alexandre-Collier souligne l’ambiguïté de la notion allant « de la simple suspicion à l’opposition militante en passant par l’hostilité passive, [soulignant que] l’euroscepticisme revêt autant de formes qu’il existe de motifs de désapprobation »[7].

Les eurosceptiques s'opposent aux pro-européens (les partisans de l'Union européenne actuelle et du fédéralisme européen notamment).

Définition de la notion[modifier | modifier le code]

Début du XXe siècle : la notion d'« anti-européen »[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, le terme le plus utilisé pour désigner les courants s'opposant à l’unification européenne était celui d'« anti-européen ». Le terme est ainsi utilisé par Richard Coudenhove-Kalergi dans son ouvrage Paneurope, qu'il oppose à celui de « paneuropéen »[8],[6] ; et par Nikolaï Danilevski dans son ouvrage La Russie et l'Europe[9].

L'expression fut aussi reprise par le mouvement fasciste italien qui a créé, sous la direction d'Asvero Gravelli, la revue Anti-Europa[10]. Le terme dénote l'idée, en Italie fasciste, de rejet des valeurs humanistes, de la démocratie libérale et de la bourgeoisie[6].

Apparition de la notion d'euroscepticisme : distinction hard euroscepticism et soft euroscepticism[modifier | modifier le code]

Le terme « euroscepticisme » semble issu du néologisme « euroscepticism » apparu dans la presse britannique[N 1]. Il désigne alors ceux opposés à la construction européenne au sein du Parti conservateur[6].

Une typologie de l'euroscepticisme a été proposée par Aleks Szczerbiak et Paul A. Taggart afin d'identifier les courants le formant. Ils ont ainsi distingué le hard euroscepticism et le soft euroscepticism[11].

Pour eux, la notion de hard euroscepticism est définie comme « un principe d'opposition à l'Union européenne et à l'intégration européenne et qui est, par conséquent, visible dans les partis qui considèrent que leurs pays devraient se retirer de l'Union, ou dont les politiques envers l'UE équivalent à être opposé à l'ensemble du projet d'intégration européenne telle que conçu actuellement »[N 2]. La notion peut se traduire par l'expression « euroscepticisme dur » et inclure des éléments tels que l'« europhobie »[6] ou la « xénophobie »[12].

La notion de soft euroscepticism est, quant à elle, définie comme « un principe qui ne s'oppose pas à l'intégration européenne ou à l'adhésion à l'Union européenne mais dans lequel les doutes liés à certaines politiques conduisent à l'expression d'une opposition nuancée à l'Union, ou dans lequel l'« intérêt national » est ressenti comme étant pour le moment en désaccord avec la trajectoire de l'Union »[N 3]. Cette dernière notion se traduit par l'expression d'« euroscepticisme modéré »[6], et peut inclure des élément tels que la « non‑intégration », l'« euroréalisme », le « populisme », l'« ennui européen » ou la critique de l'UE[12].

L'emploi de hard euroscepticism est critiqué en ce que les politologues ont constaté, en France, lors des débats sur le traité de Maastricht, que l'opposition au traité ne se matérialisait pas systématiquement par de l'« anti-européisme », mais parfois par la volonté d'une autre Europe. Ainsi, les gaullistes étaient « pour » l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, l'extrême droite « pour » une Europe des nations et des patries, et ces courants manifestaient donc un soft euroscepticism[6],[N 4]. La notion d'euroscepticisme peut être rapprochée de celle de souverainisme, apparue dans les années 1996-1997 en France. Celle-ci fut utilisée par des associations en lutte contre les traités de Maastricht et d’Amsterdam pour ne pas être qualifiées d'« anti-européennes »[6].

Autre tentative de définition de l'euroscepticisme : un idéal-type[modifier | modifier le code]

Petr Kopecky et Cas Mudde ont proposé, en 2002, une autre classification de l'euroscepticisme. Cette classification prend la forme d'un tableau aux paramètres suivant : europhile, europhobe d'une part ; et EU-optimist et EU-pessimist d'autre part[13]. Ces deux derniers paramètres se définissent ainsi :

  • la position de EU-optimist est définie comme étant la position de ceux soutenant l'UE telle qu'elle a été mise en œuvre et qu'elle est dirigée. Selon leur définition, une attitude critique envers une certaine politique de l'Union européenne ne disqualifie pas le parti de sa position de EU-optimist. Dès lors que le parti accepte l'actuel structure de l'UE dans son ensemble, il est dans cette catégorie[N 5],[14].
  • la position de EU-pessimist au contraire est la position de ceux qui ne soutiennent pas la forme actuelle de l'UE ou sont pessimistes sur ses développement. Cela ne veut pas dire, pour autant, qu'un EU-pessimist s'oppose à l'adhésion. Il peut s'agir simplement d'une opposition aux développement de l'UE, contraire à leur propre interprétation de l'idée d'intégration européenne[14].

En combinant ces quatre paramètres, quatre idéaux-types apparaissent :

  • les euroenthusiasts : les partis ou groupes qui combinent les europhiles et EU-optimists. Ils soutiennent l'idée générale d'intégration européenne et croit que l'UE en est l'incarnation[14].
  • les eurosceptics : les partis ou groupes combinant les europhiles et EU-pessimists. Il soutiennent l'idée générale d'intégration européenne mais sont pessimiste sur les développements de l'UE par apport à leur opinion de l'intégration[14].
  • les europragmatists : qui regroupent les europhobes et les EU-optimists. Ils ne soutiennent pas l'idée d'intégration européenne à la base de l'UE (sans nécessairement s'y opposer), mais soutiennent l'UE[14].
  • et les eurorejects : qui sont à la fois europhobes et EU-pessimists, ne soutiennent ni l'UE ni l'intégration européenne[14].

Petr Kopecky et Cas Mudde soulignent cependant qu'il s'agit d'idéaux-types et que la notion d'« euroscepticisme » en soi est floue en ce qu'elle correspond à différentes visions de l'UE et de l'intégration européenne. Ils soutiennent cependant que l'europhilie sous-tend l'euroscepticisme[15].

Cependant, Ümit Yazmaci souligne que le concept d'euroscepticisme, dans son acception commune, n'est pas aussi restrictif que celui proposé par Petr Kopecky et Cas Mudde. Il considère, ainsi, que le « concept même d’euroscepticisme est promptement contesté en tant qu’instrument conceptuel pour ne pas avoir entièrement expliqué tous les aspects et les formes polymorphes des oppositions à l’intégration européenne »[16].

Positionnement[modifier | modifier le code]

Les arguments mis en avant par les eurosceptiques reposent sur plusieurs aspects : politique, économique ou encore culturel.

En matière politique, les eurosceptiques considèrent que l'intégration européenne se fait sans la volonté des peuples (et font, à ce titre, référence au traité de Lisbonne)[17]. À cela, s'ajoute l'abstention aux élections européennes. Par ailleurs, les eurosceptiques considèrent qu'il y a un abandon de la souveraineté nationale dans l'intégration européenne[17].

En matière économique, les eurosceptiques critiquent notamment la création de l'euro, les politiques économiques menées par la BCE ou le caractère libéral de l'Union.

Sur le plan culturel, l'harmonisation menée au niveau du processus législatif (notamment dans le cadre de l'adoption de règlements) est critiquée par les eurosceptiques car ils considèrent que cela gomme les différences nationales[17].

Euroscepticisme en Union européenne[modifier | modifier le code]

Au niveau européen[modifier | modifier le code]

Opinion publique européenne[modifier | modifier le code]

De 1983 à 2011, l'Eurobaromètre a sondé l'opinion publique afin de déterminer si celle-ci considérait que l'appartenance à l'UE avait été un plus pour leur État membre. En avril 1990[N 6], en mars 1991[N 7] et en mai 2007[N 8], 59 % des sondés considéraient que leur État avait bénéficié de l'adhésion. À l'inverse, le pourcentage de personnes considérant que leur État n'avait pas bénéficié de l'adhésion est monté jusqu'à 39 % en 2010[N 9],[18].

L'Eurobaromètre indique que, à la question de savoir si les citoyens européens éprouveraient de « grands regrets », un « vif soulagement », ou de l'« indifférence » en cas d'abandon de l'Union européenne, environ 80 % d'entre-eux hésitent le « grand regret » et l'« indifférence »[19].

Tableau des partis politiques européens eurosceptiques[modifier | modifier le code]

Tableau
Partis politiques eurosceptiques actuels au Parlement européen
Nom Sigle Idéologie Reconnaissance par l'UE
Alliance des conservateurs et réformistes européens AECR Conservatisme
Euroscepticisme
Reconnu
EUDemocrats - Alliance pour une Europe des démocraties EUD Souverainisme
Euroscepticisme
Reconnu
Libertas Souverainisme
Euroscepticisme
Non reconnu
Mouvement pour l'Europe des libertés et de la démocratie MELD Conservatisme
Souverainisme
Euroscepticisme
Reconnu
Alliance européenne des mouvements nationaux AEMN Nationalisme
Souverainisme
Euroscepticisme
Reconnu[20]
Association de partis
Anciens partis politiques eurosceptiques au Parlement européen
Nom Sigle Idéologie Période
Alliance pour l'Europe des Nations AEN Nationalisme
Euroscepticisme
2002-2009
Alliance des démocrates indépendants en Europe ADIE Souverainisme
Euroscepticisme
2005-2008
Démocrates européens DE Conservatisme libéral
Euroscepticisme
1979-1992 (groupe indépendant)
1992-2009 (parti informel associé au PPE)
Mouvement pour la réforme européenne MER Conservatisme libéral
Euroscepticisme
2006-2009

Au niveau des États membres[modifier | modifier le code]

Opinions publiques[modifier | modifier le code]

À la question de savoir si l’appartenance à l'Union européenne est un gaspillage d'argent, 50 % des Autrichiens pensent que c'est le cas (- 4 points par rapport à l’automne 2012), 40 % des Suédois partagent cet avis (- 4 points par rapport à l’automne 2012) ainsi que 38 % des Tchèques (+ 2 points par rapport à l’automne 2012)[21].

L'opinion des européens quant à la direction prise par l'UE varient en fonction des États membres. Dans 21 États, les citoyens européens considèrent que la situation prise par l'UE est négative (contre 20 pour la situation prise par un État en particulier). Parmi ces États, les plus fortes opinions négatives enregistrées le sont en Grèce (71 %), à Chypre (62 %) et au Luxembourg (61 %). À l'inverse, les opinions négatives sur la direction prise par l’UE sont les plus faibles en Bulgarie (13 %) en Lituanie (20 %) et à Malte (22 %)[22]. Sans être positive, les plus fortes progressions des opinions négatives sur la direction prise par l'UE sont aux Pays-Bas (+ 8 points à 56 % ; tandis que les opinions positives gagnent aussi 13 points à 32 %) et en Slovénie (+ 6 points d'opinion négative à 48 % ; tandis que les opinions positives perdent 7 points à 19 %)[22].

En Croatie, le dernier État adhérant, l'opinion publique était, avant l’adhésion, majoritairement en faveur avec 38 % des sondés considérant cela comme une bonne chose, 24 % comme une mauvaise chose, et 35 % ne se prononçant pas[21].

Mouvements eurosceptiques par États membres[modifier | modifier le code]

Tableau des partis par États membres
Euroscepticisme dur Euroscepticisme modéré Autres
Allemagne Les Républicains[23]
Union populaire allemande[23]
Parti national-démocrate[23]
Alternative pour l'Allemagne[24][23]
Citoyens en colère
Parti du socialisme démocratique[23]
Parti social-démocrate d'Allemagne (faction)[23]
Parti socialiste chrétien[23]
Autriche Parti de la liberté[23],[N 10]
Alliance pour l'avenir de l'Autriche[25]
Belgique Vlaams Blok[N 11],[23]
Front national[N 12],[23],[26]
Bulgarie Union nationale Attaque[N 13]
VMRO - Mouvement national bulgare
Chypre Comité pour le rassemblement de la gauche radicale
Croatie Parti croate du Droit - Ante Starčević
Parti croate du Droit
Danemark Mouvement populaire contre l'Union européenne[23]
Mouvement de Juin[23]
Parti populaire danois[23]
Liste de l'unité[23]
Parti du progrès
Parti populaire socialiste[23]
Espagne Candidature d'unité populaire (en Catalogne)
Estonie Parti de l'indépendance[27] Parti du centre[N 14],[28]
Finlande Parti communiste de Finlande[23] Vrais Finlandais[23],[N 15]
Chrétiens-démocrates[23]
France Parti communiste français[23]
Lutte ouvrière[23]
Ligue communiste révolutionnaire[23]
Front national[23]
Mouvement national républicain[23]
Mouvement républicain et citoyen
Mouvement pour la France[23]
Nouveau Parti anticapitaliste
Rassemblement pour la France et l'indépendance de l'Europe[23]
Debout la République[29]
Grèce Aube dorée
Parti communiste de Grèce[23]
Mouvement démocratique social[23]
Printemps Politique[23]
Synaspismós[23]
Hongrie Mouvement pour une meilleure Hongrie Fidesz Une autre politique est possible[N 16]
Irlande Parti vert[N 17],[23]
Parti socialiste[30]
Sinn Féin[30]
Italie Mouvement 5 étoiles
Ligue du Nord[30]
Frères d'Italie - Alliance nationale
Forza Italia
Lettonie Pour la patrie et la liberté
Lituanie Union du centre[28]
Luxembourg Parti réformiste d'alternative démocratique[30]
La Gauche[30]
Parti politique réformé[30]
Malte EUD Malta
Parti travailliste
Pays-Bas Gauche verte[30]
Parti socialiste[30]
Parti pour la liberté
Union chrétienne
Pologne Samoobrona Rzeczpospolitej Polskiej[28]
Ligue des familles polonaises
Nouvelle droite Janusz Korwin-Mikke
Droit et justice
Pologne solidaire
Portugal Parti communiste portugais[30]
Les Verts[30]
République tchèque Parti communiste de Bohême et Moravie[28],[31]
Association pour la République-Parti républicain tchèque[28],[31]
Parti démocratique civique[28],[31]
Roumanie Parti de la grande Roumanie
Royaume-Uni Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni[30],[N 18] Parti conservateur[30],[N 19] Parti travailliste[N 20],[32].
Slovaquie Parti national slovaque[33]
Slovénie Parti national slovène[34]
Suède Parti de gauche[35]
Parti des Verts[30]
Parti du Centre[30]
Parti social-démocrate[30]
Liste de Juin[36]

Euroscepticisme hors Union européenne[modifier | modifier le code]

Dans les États candidats[modifier | modifier le code]

Il y a cinq États candidats reconnus : l'Islande, la Macédoine, le Monténégro, la Serbie et la Turquie. Dans le cadre des différentes procédures d'adhésion, l'Eurobaromètre sonde régulièrement les habitants de ces États candidats afin de déterminer le soutien à l'appartenance dans ces États ainsi que le bénéfice attendu de l'adhésion[37].

Opinions publiques dans les États candidats[modifier | modifier le code]

L'adhésion à l’UE est vu positivement dans la plupart des États candidats à l’exception de l’Islande : 42 % des sondés considèrent que ce serait une mauvaise chose (- 2 points par rapport à l’automne 2012), contre 24 % d'avis positif (- 2 points par rapport à l’automne 2012) et 29 % qui ne sait pas (+ 6 points% par rapport à l’automne 2012)[37].

La Macédoine est l’État où l'opposition à l'adhésion est la plus faible, avec seulement 16 % d'opinions négatives (+ 2 points par rapport à l'automne 2012)[N 21]. La Macédoine est suivie de prêt par le Monténégro, ou il n'y a que 17 % d'opinions négatives à l'adhésion (+ 4 points par rapport à l'automne 2012)[N 22]. En Serbie et en Turquie l'opposition à l'adhésion diminue : respectivement 21 % et 31 % avec une baisse, dans les deux cas, de deux points par rapport à l'automne 2012[N 23],[N 24].

En matière de bénéfice attendue de l'adhésion, là encore, l'Islande reste l’État au pourcentage d'opinion négative le plus élevé avec 57 % (inchangé depuis l'automne 2012)[N 25].

La Macédoine et le Monténégro sont les deux États candidats aux opinions négatives les plus basses avec, tout deux, 25 % d'opinions négatives[N 26],[N 27].

Positions des acteurs politiques des États candidats[modifier | modifier le code]

Islande[modifier | modifier le code]

En Islande, suite aux élections parlementaires d'avril 2013, un gouvernement formé par le Parti de l'indépendance et le Parti du progrès arrive au pouvoir avec Sigmundur Davíð Gunnlaugsson (PP) comme Premier ministre. Au 22 mai 2013, la coalition décide d'arrêter les négociations d'adhésion du pays à l'Union européenne jusqu'à ce qu'un référendum soit organisé sur la poursuite du processus d'adhésion[38]. Le 12 septembre 2013, le ministre des Affaires étrangères islandais Gunnar Bragi Sveinsson annonce avoir suspendu pour toute la durée de la législature les négociations d'adhésion à l'UE[39].

Outre le Parti de l'indépendance[40], les autres partis eurosceptiques sont le Mouvement des verts et de gauche[41] et le Parti libéral[42].

Macédoine[modifier | modifier le code]

Les acteurs politiques macédoniens sont globalement tous en faveur de l'intégration européenne et de l'adhésion à l'Union européenne. En revanche, leurs opinions s'opposent sur les réformes qui doivent être menées en premier dans le cadre du processus d’adhésion[43].

Monténégro[modifier | modifier le code]

À l'instar des partis politiques macédoniens, les principaux partis politiques monténégrins sont en faveur de l'adhésion à l'Union européenne[44].

Serbie[modifier | modifier le code]

Parmi les partis eurosceptiques serbes se trouvent le Parti radical, le Parti démocratique serbe[45].

Turquie[modifier | modifier le code]

La perception de l'euroscepticisme, en Turquie, est plus négative et péjorative qu'ailleurs. En effet, le terme y est perçu comme étant proche du mot « kızılelmacı » désignant ceux qui sont favorables à la coopération entre l’extrême-droite et l’extrême-gauche ultra-nationaliste. En effet, les hommes politiques soutenant l'Europe et la modernisation ne veulent pas être qualifiés. Ils adoptent un terme offensif en qualifiant l'Union européenne de « turco-sceptique »[46].

L'euroscepticisme turc, tant dans l'opinion publique que politique, repose notamment sur l'opposition au processus de démocratisation à l'européenne, portant atteinte au kémalisme[N 28],[47]. De même, l'Union européenne est perçue comme soutenant le séparatisme kurde[48],[47]. Ce sont ces positions qui sont notamment reprises par le parti d'action nationaliste dans son programme :

« La continuation des négociations dépend des conditions de l'Union européenne, lesquelles ne doivent pas heurter l'intérêt national de la Turquie sur les sujets cruciaux tel que l'unité et l'intégrité nationale de la Turquie, la terreur et le séparatisme : Chypre, la Grèce, et l'Arménie, et le rejet de toute approche autre que la pleine adhésion à l'Union, constituent la base de notre politique. »

— Programme du parti - « relations avec l'Union »

Dans les États tiers[modifier | modifier le code]

Euroscepticisme en Norvège[modifier | modifier le code]

L'adhésion de la Norvège à l'UE a été rejeté suite à deux référendums : en 1972 et en 1994.

Le Parti du centre, le Parti populaire chrétien, le Parti socialiste de gauche, le parti Rouge et le Venstre étaient contre l'adhésion lors de ces deux référendums. Les partis du centre, rouge et socialiste de gauche sont toujours contre l'adhésion[49]. En revanche, le Venstre, le Parti du progrès et Les Verts n'ont pas pris position.

Euroscepticisme en Suisse[modifier | modifier le code]

L'Union démocratique du centre, le Mouvement citoyen genevois (Canton de Genève), et la Lega (Canton du Tessin) sont des partis politiques suisses ou cantonaux qui rejettent toute idée d'adhésion à l'Union du fait de l'indépendance de la Suisse[50].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les dates diffèrent suivant les sources, allant du 11 novembre 1985 dans le journal The Times au 26 décembre 1992 dans The Economist (Hooghe et Marks 2007, p. 2).
  2. « A principled opposition to the EU and European integration and therefore can be seen in parties who think that their countries should withdraw from membership, or whose policies toward the EU are tantamount to being opposed to the whole project of European integration as it is currently conceived » (Szczerbiak et Taggart 2002, p. 7).
  3. « Not a principled objection to European integration or EU membership but where concerns on one (or a number) of policy areas leads to the expression of qualified opposition to the EU, or where there is a sense that ‘national interest’ is currently at odds with the EU trajectory » (Szczerbiak et Taggart 2002, p. 7).
  4. En 1997, le parti communiste français a tenté de distinguer sa position en se qualifiant d'« euroconstructif » (Le Dréau 2009).
  5. Par exemple, en dépit de certaines critiques de la politique agricole commune, le parti paysan polonais est EU-optimist non seulement parce qu'il considère l'UE comme un instrument vital de soutien des paysans, mais aussi parce qu'il soutient la forme générale et les développements des éléments politiques, institutionnels et sociaux de l'UE.
  6. En avril 1990, les résultats du sondage indiquaient : 59 % de « bénéficié », 24 % de « pas bénéficié » et 17 % de « ne se prononce pas » (Eurobaromètre - Bénéfice de l'adhésion).
  7. En mars 1991, les résultats du sondage indiquaient : 59 % de « bénéficié », 25 % de « pas bénéficié » et 17 % de « ne se prononce pas » (Eurobaromètre - Bénéfice de l'adhésion).
  8. En mai 2007, les résultats du sondage indiquaient : 59 % de « bénéficié », 30 % de « pas bénéficié » et 11 % de « ne se prononce pas » (Eurobaromètre - Bénéfice de l'adhésion).
  9. En 2010, les résultats du sondage indiquaient : 50 % de « bénéficié », 39 % de « pas bénéficié » et 11 % de « ne se prononce pas » (Eurobaromètre - Bénéfice de l'adhésion).
  10. Le parti a atteint 26,9 % des voix en 1999.
  11. Le parti a atteint 15,9 % des voix en 1999 (le parti n'ayant participé qu'aux élections en Flandres, le pourcentage concerne la population flamande).
  12. Le parti a atteint 2,4 % des voix en 1999 (le parti n'ayant participé qu'aux élections en Wallonie, le pourcentage concerne la population wallonne).
  13. Le parti ne s'est pas opposé à l'adhésion de la Bulgarie à l'Union européenne, cependant son positionnement politique en font un parti fortement eurosceptique.
  14. Le parti était, à l'origine, contre l'adhésion de l'Estonie à l'Union à l'instar du parti de l'indépendance. Cependant, seul ce dernier parti souhaite le retrait de l'Estonie de l'Union.
  15. Le parti a obtenu 9,8 % des voix en 2009, contre 0,5 % des voix en 2004 (Le Figaro - 7 juin 2009).
  16. Le parti « Une autre politique est possible » est parfois qualifié d'eurosceptique modéré.
  17. Bien qu'étant plus eurosceptique que ces homologues européens, le parti soutint le traité de Lisbonne.
  18. Le parti a obtenu 1,48 % des voix aux élections de 2001.
  19. Le parti a obtenu 31,71 % des voix aux élections de 2001.
  20. La base du parti travailliste est plus eurosceptique que l'élite du parti.
  21. À la question « D'une manière générale, pensez vous que le fait pour la Macédoine de faire partie de l'UE serait ... ? », 56 % ont répondu « une bonne chose », 16 % « une mauvaise chose » et 25 % « une chose ni bonne et ni mauvaise » (Eurobaromètre 2013, p. 69).
  22. À la question « D'une manière générale, pensez vous que le fait pour le Monténégro de faire partie de l'UE serait ... ? », 55 % ont répondu « une bonne chose », 17 % « une mauvaise chose » et 23 % « une chose ni bonne et ni mauvaise » (Eurobaromètre 2013, p. 69).
  23. À la question « D'une manière générale, pensez vous que le fait pour la Serbie de faire partie de l'UE serait ... ? », 39 % ont répondu « une bonne chose », 21 % « une mauvaise chose » et 31 % « une chose ni bonne et ni mauvaise » (Eurobaromètre 2013, p. 69).
  24. À la question « D'une manière générale, pensez vous que le fait pour la Turquie de faire partie de l'UE serait ... ? », 38 % ont répondu « une bonne chose », 31 % « une mauvaise chose » et 21 % « une chose ni bonne et ni mauvaise » (Eurobaromètre 2013, p. 70).
  25. À la question « Tout bien considéré, estimez-vous que l'Islande bénéficierait ou non de son appartenance à l'UE ? », 33 % ont répondu « bénéficierait », 57 % « ne bénéficierait pas » et 10 % « ne sait pas » (Eurobaromètre 2013, p. 70).
  26. À la question « Tout bien considéré, estimez-vous que la Macédoine bénéficierait ou non de son appartenance à l'UE ? », 64 % ont répondu « bénéficierait », 25 % « ne bénéficierait pas » et 11 % « ne sait pas » (Eurobaromètre 2013, p. 70).
  27. À la question « Tout bien considéré, estimez-vous que le Monténégro bénéficierait ou non de son appartenance à l'UE ? », 61 % ont répondu « bénéficierait », 25 % « ne bénéficierait pas » et 14 % « ne sait pas » (Eurobaromètre 2013, p. 70).
  28. Historiquement, le kémalisme a soudé l’État turc après la chute de l'Empire ottoman lors de la guerre contre la Grèce. L'Europe et la Grèce sont ainsi perçues comme étant contre les bases de la politique nationale.

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Définition - Oxford English Dictionary
  2. Définition - Collins
  3. Définition - Larousse
  4. Harmsen et Spiering 2004, p. 15-17
  5. Hooghe et Marks 2007, p. 2
  6. a, b, c, d, e, f, g et h Le Dréau 2009
  7. Alexandre-Collier 1998, p. 16
  8. Coudenhove-Kalergi 1988
  9. Danilevski 1896
  10. Gravelli 1932
  11. Szczerbiak et Taggart 2002, p. 7
  12. a et b Euractiv - 6 septembre 2013
  13. Kopecky et Mudde 2002, p. 7
  14. a, b, c, d, e et f Kopecky et Mudde 2002, p. 6
  15. Kopecky et Mudde 2002, p. 8
  16. Yazmaci 2012
  17. a, b et c Zwarts 2013, p. 30
  18. Eurobaromètre - Bénéfice de l'adhésion
  19. Abandon de l'Union européenne
  20. Dotation aux partis politiques européens européen
  21. a et b Eurobaromètre - Signification de l'appartenance à l'UE, p. 67
  22. a et b Eurobaromètre - Opinion sur la direction prise, p. 60
  23. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac et ad Szczerbiak et Taggart 2002, p. 10
  24. http://blogs.lexpress.fr/electorallemand/2013/09/22/elections-allemandes-l-afd-creera-t-elle-la-surprise/
  25. Programme de l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche 2013, p. 12
  26. Page concernant l'Europe sur le site du parti
  27. Doctrine du parti de l'indépendance
  28. a, b, c, d, e et f Szczerbiak et Taggart 2002, p. 14
  29. Programme de Debout la République
  30. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Szczerbiak et Taggart 2002, p. 11
  31. a, b et c Kopecky et Mudde 2002, p. 10
  32. Gower 2002, p. 80
  33. Programme du parti national slovaque 2012, p. 1
  34. Pengov Bitenc 2013
  35. Szczerbiak 2008, p. 183
  36. Présentation de la Liste de Juin
  37. a et b Eurobaromètre - Soutien et bénéfice de l'adhésion, p. 68
  38. Rúv - 22 mai 2013
  39. Interruption des négociations - 12 septembre 2013
  40. Sjálfstæðisflokkurinn - 26 juin 2010
  41. Mouvement Gauche/Vert 2007
  42. Fréttir - 14 janvier 2009
  43. Dimitrescu 2013
  44. Euinside - 31 juillet 2012
  45. Tanjug - 16 janvier 2012
  46. Yazmaci 2008, p. 218
  47. a et b Yazmaci 2008, p. 219
  48. Massicard 2001
  49. Ministère des Affaires étrangères norvégien - 2012
  50. Politique extérieure - UDC


Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages et publications[modifier | modifier le code]

  • Jackie Gower, The European Union handbook, Taylor & Francis,‎ 2002, 449 p. (ISBN 9781579582234)
  • Aleks Szczerbiak, Opposing Europe?, OUP Oxford,‎ 24 avril 2008, 360 p. (ISBN 978-0199258352)
  • Euroscepticisme en France,‎ 2013 (lire en ligne)
  • Richard Coudenhove-Kalergi, Paneurope, Paris, PUF,‎ 1988
  • (en) Robert Harmsen et Menno Spiering, Euroscepticism: party politics, national identity and European integration, Amsterdam, New York, Rodopi,‎ 2004
  • Nikolaï Danilevski, La Russie et l'Europe,‎ 1896
  • (it) Asvero Gravelli, Difesa dall’Europa e funzione antieuropea del fascismo, Rome, Nuova Europa,‎ 1932, 54 p.
  • (en) Aleks Szczerbiak et Paul A. Taggart, The party politics of euroscepticism in EU member and candidate states, Sussex European Institute Working Paper,‎ 2002 (lire en ligne), chap. 46
  • Rianne Zwarts, Euroscepticisme en France, Université d'Utrecht,‎ 2013 (lire en ligne)
  • Euroscepticisme : plus qu'un phénomène britannique, Euractiv,‎ 6 septembre 2013 (lire en ligne)
  • (en) Grants from the European Parliament to political parties at European level 2004-2012, Parlement européen,‎ mars 2012 (lire en ligne)
  • (sk) Programme du parti national slovaque,‎ 2012 (lire en ligne)
  • L'Opinion publique dans l’Union européenne : Eurobaromètre standard 79,‎ 2013, 139 p. (lire en ligne)
  • Agnès Alexandre-Collier, L’euroscepticisme au sein du Parti Conservateur Britannique 1992-1997, Paris, IEP de Paris,‎ 1998
  • Ümit Yazmaci, « La grammaire populiste de l’euroscepticisme en Turquie : une nation se réveille », dans Laure Neumayer, Antoine Roger, Frédéric Zalewski, L'Europe contestée : Espaces et enjeux des positionnements contre l’intégration européenne, Paris, Michel Houdiard,‎ 2008, 272 p. (lire en ligne)
  • Ümit Yazmaci, Les formes intellectuelles de résistance à l’intégration européenne en Turquie,‎ 2012 (lire en ligne)
  • (en) Petr Kopecky et Cas Mudde, « The Two Sides of Euroscepticism : Party Positions on European Integration in East Central Europe », European Union Politics, Londres, SAGE Publications, vol. 3, no 3,‎ 2002, p. 297-326 (ISSN 1465-1165)

Articles[modifier | modifier le code]

  • « Finlande : percée des eurosceptiques », Le Figaro,‎ 7 juin 2009 (lire en ligne)
  • (sl) Aljaž Pengov Bitenc, In varietate concordia,‎ 9 novembre 2013 (lire en ligne)
  • (is) « Meiri vinnu, lægri skatta og heilbrigðari stjórnmál! », Sjálfstæðisflokkurinn,‎ 26 juin 2010 (lire en ligne)
  • Élise Massicard, « L’Europe est séparatiste ! ou les avatars du discoursde l’unité en Turquie », CERI,‎ octobre 2001 (lire en ligne)
  • (en) Liesbet Hooghe et Gary Marks, « Sources of Euroscepticism », Acta Politica, Palgrave Macmillan Ltd,‎ 2007 (ISSN 0001-6810, lire en ligne)
  • (en) Cristian Dimitrescu, « Macedonia’s EU Accession and Reform Goals : Interview with Deputy Prime Minister Fatmir Besimi », Balkanalysis.com,‎ 2 juillet 2013 (lire en ligne)
  • (en) « Montenegro Is Divided In Opinion about its European Future », Euinside,‎ 31 juillet 2012 (lire en ligne)
  • « Serbia's goal is not EU membership », Tanjug,‎ 16 janvier 2012 (lire en ligne)

Sites internet[modifier | modifier le code]

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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