Susan Sontag

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Susan Sontag

Nom de naissance Susan Rosenblatt
Activités Essayiste, romancière
Naissance 16 janvier 1933
New York, État de New York, États-Unis
Décès 28 décembre 2004 (à 71 ans)
New York, État de New York, États-Unis
Langue d'écriture Anglais américain
Distinctions Prix Prince des Asturies de littérature 2003
National Book Award 2000

Œuvres principales

Notes on Camp
Sur la photographie
En Amérique

Susan Sontag, née Rosenblatt à New York le 16 janvier 1933, décédée le 28 décembre 2004 à New York, est une essayiste, romancière et activiste américaine. Elle s'est fait connaître en 1964 en publiant un essai intitulé Notes on Camp, qui devient la référence sur cette forme de sensibilité contemporaine qui apparaît dans la culture des années 1960. Internationalement acclamée, elle est aussi connue pour ses essais Contre l'interprétation, Sur la photographie, Devant la douleur des autres et pour des romans tels que L'Amant du volcan ou En Amérique. Auteure engagée, elle a beaucoup écrit sur les médias et la culture, mais aussi sur la maladie, sur le Sida, les droits de l'homme et le communisme. Peut-être davantage que ses romans, on retiendra ses réflexions sur les rapports du politique, de l'éthique et de l'esthétique et sa critique de l'impérialisme américain.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle passe son enfance et son adolescence à Tucson, Arizona puis à Los Angeles en Californie. Sa mère d'origine polonaise, Mildred (née Jacobson) était institutrice, son père, Jack Rosenblatt, né en Estonie, un négociant en fourrures, est mort en Chine alors qu'elle avait 5 ans. Quelques années plus tard, sa mère s'est remariée avec un militaire, Nathan Sontag, qui a donné son nom à Susan et à sa sœur Judith, mais sans les adopter légalement[1]. Si sa famille était de confession juive, Susan Sontag n'est pas pratiquante et n'est rentrée pour la première fois dans une synagogue qu'au milieu de la vingtaine [2].

Lectrice précoce à 3 ans, elle fréquente l'université dès ses 16 ans en 1949, au terme d'une enfance peu heureuse. Elle débute ses études à UC Berkeley avant de se lancer dans des études de philosophie, de littérature et d'histoire à l'Université de Chicago. Très jeune, à 17 ans, elle épouse un assistant d'université de 28 ans, Philip Rieff. Elle donne naissance à un fils, David, à l'âge de 19 ans et collabore avec son mari en effectuant les recherches préalables à son étude Freud: The Mind of the Moralist, publiée en 1959. Lauréate d'une bourse de l'American Association of University Women, Sontag quitte les États-Unis durant l'année 1957-1958 pour séjourner au St Anne's College d'Oxford, laissant son fils et son mari derrière elle. Mais peu séduite par cette expérience, elle quitte Oxford après seulement un semestre pour s'installer à Paris, s'inscrivant à La Sorbonne.

Là, elle peut enfin vivre sa sexualité librement. En effet, à l'âge de 15 ans déjà, elle s'était pressentie lesbienne, avant d'avoir sa première aventure avec une femme à UC Berkeley[3]. À Paris, elle abandonne tout idéal de vie conventionnelle. En 1958 elle a une relation amoureuse mouvementée avec l'écrivain, éditrice et modèle d'artiste américaine Harriet Sohmers Zwerling. Dans son journal, à la date du 24 décembre 1959, Sontag écrit: "mon désir d'écrire est lié à mon homosexualité" et "j'ai besoin de cette identité comme d'une arme"[4]. C'est toujours à Paris qu'elle tombe amoureuse de la dramaturge d'avant-garde cubaine-américaine María Irene Fornés, figure essentielle du mouvement théâtral Off-off Broadway à New York. Elle regagne New York en 1959, pour divorcer de son mari et vivre avec Fornès, obtenant la garde de son fils David Rieff.

À 26 ans, elle est un temps enseignante en philosophie des religions à l'université Columbia, puis participe à plusieurs magazines américains et britanniques comme Partisan Review, The New Yorker, Granta ou le supplément littéraire du Times. Elle entame là une longue carrière d'essayiste, poursuivie jusqu'à sa mort, notamment au sein de la New York Review of Books.

Elle s'est fait connaître par ses essais sur la littérature et l'art. Elle est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages traduits dans plus de 30 langues ; son premier roman, Le Bienfaiteur, est paru en 1965. Elle apparaît dans Italiques en 1972[5].

Engagée à gauche, proche de Roland Barthes et compagne de la photographe Annie Leibovitz de la fin des années 1980 à sa mort, elle est connue pour son engagement politique contre la guerre du Viêt Nam, puis plus tard contre la guerre contre l'Irak et contre la torture pratiquée dans la prison irakienne d'Abu Ghraib.

En 2000, le National Book Award, l'un des plus prestigieux prix littéraires américains, lui a été attribué. Elle a également reçu le prix Jérusalem pour l'ensemble de son œuvre. Elle avait aussi tourné quatre films et mis en scène des pièces pour le théâtre.

Son essai Sur la photographie est considéré comme l'un des ouvrages de réflexion les plus importants sur le sujet. Les six volumes, écrits entre 1973 à 1977, ont fortement influencé toute la pensée sur la photographie avec notamment ce constat : « Écrire sur la photographie, c'est écrire sur le monde ».

Elle passe la fin de sa vie avec la photographe Annie Leibovitz et meurt d'une leucémie à l'âge de 71 ans à New York à l'hôpital Sloane Kettering en décembre 2004. Susan Sontag est enterrée à Paris, au cimetière du Montparnasse.

Tombe de Susan Sontag
Tombe de Susan Sontag - détail

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • 1965 : Le Bienfaiteur
  • 1967 : Derniers recours (trad. française : Christian Bourgois éditeur, 2011)
  • 1992 : L'Amant du volcan (trad. française : Christian Bourgois éditeur, 2011)
  • 1999 : En Amérique (National Book Award)

Nouvelles[modifier | modifier le code]

  • 1977 : Moi, etcetera (trad. française : Seuil Fiction & Cie, 1983)

Essais[modifier | modifier le code]

  • 1964 : Notes on Camp
  • 1966 : Against Interpretation and other essays
  • 1969 : Voyage à Hanoï
  • 1977 : Sur la photographie (trad. française : Christian Bourgois éditeur, 1982)

Recueil de six essais : Dans la caverne de Platon, L'Amérique à travers le miroir obscur des photographies, Objets mélancoliques, L'héroïsme de la vision, Évangiles photographiques, Le monde de l'image

  • 1978 : La maladie comme métaphore (trad. française : Christian Bourgois, 1979)
  • 1982 : L'Écriture même : à propos de Roland Barthes (trad. française : Christian Bourgois, 1979, rééd. 2009)
  • 1988 : Le sida et ses métaphores (trad. française : Christian Bourgois, 1989)
  • 2003 : Devant la douleur des autres (Prix de la paix à la foire du livre de Francfort)
  • 2005 : Temps forts
  • 2005 : avec Pérètz Kidron : Refuznik !: les soldats de la conscience en Israël, Golias, 2005. (ISBN 2914475691)
  • 2008 : Garder le sens mais altérer la forme
  • 2010 : L'œuvre parle
  • 2010 : Renaître

Distinctions[modifier | modifier le code]

Controverses[modifier | modifier le code]

Le cancer de l'humanité[modifier | modifier le code]

Sontag s'est attiré des critiques pour avoir écrit en 1967 dans Partisan Review :

« Mozart, Pascal, l'algèbre booléenne, Shakespeare, le parlementarisme, les églises baroques, Newton, l'émancipation des femmes, Kant, les ballets de Balanchine, et al. n'absolvent pas ce que cette civilisation particulière a infligé au monde. La race blanche est le cancer de l'Histoire humaine[6]. »

Selon le journaliste Christopher Hitchens, Sontag s'est par la suite rétractée, disant que « cela diffamait les cancéreux[7] ».

Fascisme à visage humain[modifier | modifier le code]

À un rassemblement new-yorkais en soutien à Solidarność en 1982, Sontag déclara que « les gens de gauche », comme elle, « ont de bonne grâce ou à contre-cœur raconté beaucoup de mensonges[8] ». Elle ajouta qu'ils

« croyaient à, ou du moins appliquaient, un deux poids, deux mesures au langage angélique du communisme […] Le communisme est un fascisme — un fascisme qui a réussi, si vous voulez. Ce que nous avons appelé fascisme est, plutôt, la forme de tyrannie qui peut être renversée — qui a, en grande partie, échoué. Je répète : non seulement le fascisme (et le gouvernement militaire déclaré) est la probable destinée de toutes les sociétés communistes — particulièrement quand leur population est amenée à se révolter —, mais le communisme est en lui-même une variante, la variante la plus efficace, du fascisme. Un fascisme à visage humain […] Imaginez, si vous voulez, quelqu'un qui lisait seulement le Reader's Digest [magazine généraliste] entre 1950 et 1970, et quelqu'un à la même période qui lisait seulement The Nation ou le New Statesman [journaux de gauche]. Quel lecteur eût été le mieux informé au sujet des réalités du communisme ? La réponse, je crois, devrait nous faire réfléchir. Se pourrait-il que nos ennemis eussent raison[8] ? »

Le discours de Sontag « récolta des huées et des cris du public ». The Nation publia son discours, excluant le passage comparant le magazine au Reader's Digest, et les réactions d'autres intellectuels au discours. Les réponses varièrent, certains soutenant qu'elle avait trahi ses idéaux[8].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Daniel Schreiber, Susan Sontag : Geist und Glamour. Biographie, Aufbau, Berlin, 2007, 342 p. + pl. (ISBN 978-3-351-02649-3)
  • (en) Phillip Lopate, Notes on Sontag, Princeton University Press, Princeton, Oxford, 2009, VI-247 p. (ISBN 978-0-691-13570-0)
  • (en) Annalisa Zox-Weaver (intro.), « On Susan Sontag », in Women's studies, numéro spécial, no 8, décembre 2008, vol. 37, p. 899-1054
  • (fr) Raphaëlle Rérolle, « Susan Sontag ou le triomphe de la volonté », Le Monde des Livres, supplément du Monde, 16 février 2001
  • (fr) Raphaëlle Rérolle, « Susan Sontag, la lutte, toujours », Le Monde des Livres, supplément du Monde, 2 juillet 2004
  • (fr) David Rieff, Mort d'une inconsolée : les derniers jours de Susan Sontag (traduit de l'anglais par Marc Weitzmann), Climats, Paris, 2008, 181 p. (ISBN 978-2-0812-1320-3)
  • (fr) Susan Rubin Suleiman, « Susan Sontag, les passions de l'esprit » (nécrologie), Le Monde, 30 décembre 2004

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Finding fact from fiction". The Guardian (London). 2000-05-27. Retrieved 2007-06-19.
  2. « Susan Sontag | Jewish Women's Archive », Jwa.org (consulté le 2012-06-13)
  3. Susan Sontag, Reborn : Early Diaries 1947-1964, Hamish Hamilton, 2010.
  4. Ibidem.
  5. Italiques, deuxième chaîne de l'ORTf, 27 juillet 1972
  6. Partisan Review, hiver 1967, p. 57
  7. (en) Christopher Hitchens, « Susan Sontag: Remembering an intellectual heroine. », Slate, The Slate Group,‎ 29 décembre 2004 (consulté le 9 juillet 2011)
  8. a, b et c (en) « Susan Sontag Provokes Debate on Communism », The New York Times,‎ 27 février 1982 (lire en ligne)