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Royaume de Wurtemberg

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Royaume de Wurtemberg
Königreich Württemberg

18061918

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après
Le royaume de Wurtemberg au sein de l'Empire allemand
Informations générales
Statut Monarchie constitutionnelle
État membre de :
- confédération du Rhin (1806-1815)
- Confédération germanique (1815-1866)
- confédération de l'Allemagne du Nord (1870-1871)
- Empire allemand (1871-1918)
Capitale Stuttgart
Langue(s) Allemand
Religion Luthéranisme
Monnaie Württemberg gulden, mark-or, papiermark

Démographie
Population  
• 1875 1 881 505 hab.
• 1910 2 437 574 hab.
Superficie
Superficie (1910) 19 517 km²
Histoire et événements
1er janvier 1806 Création
1806 Rejoint la confédération du Rhin
18 juin 1815 Confédération germanique
Septembre 1819 Constitution
18 janvier 1871 Intégration à l'Empire allemand
9 novembre 1918 Révolution allemande
Roi
(1re) 1805-1816 Frédéric Ier
(2e) 1816-1864 Guillaume Ier
(3e) 1864-1891 Charles Ier
(4e) 1891-1918 Guillaume II

Entités précédentes :

Le royaume de Wurtemberg (en allemand : Königreich Württemberg) est l'un des 25 États souverains de l'Empire allemand. Il a été établi le en tant qu'entité étatique souveraine à l'initiative de l'empereur Napoléon Ier et est issu du duché de Wurtemberg élevé au rang d'électorat en 1803. Son territoire d'origine, également appelé l'Altwürttemberg, fut considérablement élargi, principalement au sud et à l'est, grâce au recès d'Empire et au traité de Presbourg, doublant ainsi sa superficie.

De 1806 à 1813, le Wurtemberg est membre de la confédération du Rhin, aligné sur les intérêts hégémoniques de la France napoléonienne du Premier Empire. Après la fin des guerres napoléoniennes, en 1815, il devient membre de la Confédération germanique par décision du congrès de Vienne et est en tant que tel un État souverain également vis-à-vis de l'extérieur. Après la guerre franco-allemande, le royaume rejoint en tant qu'État fédéré le nouvel Empire allemand, dominé par le royaume de Prusse, tout en conservant certains droits spéciaux.

La devise du royaume et de la maison de Wurtemberg est alors "Furchtlos und treu" ("Sans peur et fidèle"). Sur la base de la Constitution de 1819, une monarchie constitutionnelle précoce se développe au fil des années, avec des courants libéraux et démocratiques relativement forts par rapport à de nombreux autres États allemands, qui peuvent se maintenir et se renforcer même après la répression du Printemps des peuples en 1848, laquelle se déroule de manière pacifique en Wurtemberg.

À la suite de la défaite allemande lors de la Première Guerre mondiale et de la révolution allemande de 1918, le roi Guillaume II de Wurtemberg, dernier roi allemand, renonce au trône. Le Wurtemberg est transformé en démocratie parlementaire et devient un État populaire au sein de la république allemande de Weimar. En 1952, son ancien territoire devient le Land actuel du Bade-Wurtemberg.

Carte du royaume de Wurtemberg
Le Wurtemberg en 1789

Le , le traité de Presbourg attribue au royaume les territoires suivants :

  • les cinq villes du Danube, Ehinge, Munderkingen, Riedlingen, Mengen et Saulgau, avec leurs dépendances ;
  • le Haut et le Bas Comté de Hohenberg ;
  • le landgraviat de Nellenburg et la préfecture d'Altdorf, avec leurs dépendances, la ville de Constance exceptée ;
  • la partie du Brisgau enclavée dans les possessions wurtembergeoises et située à l'est d'une ligne allant du Schlegelberg jusqu'à la Molbach ;
  • les villes et territoires de Villigen et Bräunlingen.

Il permet aussi au roi de prendre possession du comté de Bonndorf.

Le traité du , créant la confédération du Rhin, attribue au royaume les territoires suivants :

  • les possessions des princes et comtes de Waldbourg ;
  • la seigneurie de Baindt, donné par le recès de 1803 au comté d'Aspremont-Lynden ;
  • le comté d'Egloff, sur l'Argen, appartenant jusqu'en 1804 aux comtes de Traun-Abensberg, puis acheté par le comte de Windischgraetz et élevé au rang de principauté ;
  • le comté de Gutenzel, ancienne abbaye attribuée en 1803 au comte de Törring ;
  • le comté de Heggbach, ancienne abbaye attribuée en 1803 au comte de Bassenheim ;
  • le comté d'Isny, ancienne ville libre et abbaye appartenant au comte de Quadt ;
  • le comté de Kœnigseck-Aulendorf ;
  • le comté d'Ochsenhausen, ancienne abbaye élevée au rang de principauté, attribuée à la maison de Metternich-Winebourg-Beilstein ;
  • le comté de Roth, ancienne abbaye appartenant au comte de Wartemberg ;
  • les comtés de Schussenried et Weissenau, ancienne abbaye, propriétés des comtes de Stenberg ;
  • les seigneuries de Mietingen et Sullmingen, du comte de Plettenberg ;
  • la seigneurie de Neu-Ravensbourg, du prince de Dietrichstein ;
  • la seigneurie de Tannheim, du comte de Schæsberg ;
  • la seigneurie de Warthausen, appartenant à une branche de la maison de Stadion ;
  • la seigneurie de Weingarten, appartenant à la maison de Nassau-Orange-Fulde, excepté le village de Hagnau, situé sur le lac de Constance, placé sous souveraineté badoise ;
  • les possessions du prince de Tour et Taxis, sur le lac de Feder ;
  • les seigneuries de Gundelfingen et de Neufra, appartenant à la maison de Fürstenberg ;
  • la partie du Limpourg-Gaildorf n'appartenant pas déjà au roi de Wurtemberg, mais aux princes et comtes de Solms, de Lœwenstein-Wertheim, de Pûckler et autres princes ;
  • les possessions de la maison de Hohenlohe, excepté une partie attribuée au roi de Bavière ;
  • la partie de la principauté de Krautheim située sur la gauche de la Jagst.

Formation du Royaume

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Au XVIIIe siècle, le duché de Wurtemberg se compose essentiellement de la région ancestrale dans la vallée moyenne du Neckar autour de Stuttgart, ainsi que des possessions associées dans la Forêt-Noire septentrionale et sur le Jura souabe. Sur la rive gauche du Rhin, outre le territoire autour de Heidenheim, le comté de Horbourg, le village de Riquewihr (en allemand : Reichenweier) et d'autres petites enclaves situées sur le territoire français actuel, le comté de Montbéliard (en allemand : Grafschaft Mömpelgard) est l'enclave la plus importante du duché.

Le duc Charles II de Wurtemberg trouve une alliée d'importance quand, en 1776, sa nièce Sophie-Dorothée de Wurtemberg est choisie par la tsarine Catherine II de Russie comme épouse pour son fils unique le futur tsar Paul Ier. Vingt ans plus tard, le duc Frédéric III, frère de la tsarine, épouse en secondes noces la princesse Charlotte du Royaume-Uni, fille aînée du roi George III du Royaume-Uni. Ces deux unions particulièrement prestigieuses pour un petit souverain du Saint-Empire romain germanique contribuent à la préservation et à l'élévation du duché bientôt confronté à l'impérialisme Français révolutionnaire puis impérial.

Après le déclenchement de la révolution française en 1789, les monarchies européennes forment des coalitions dans le but de mettre fin au développement républicain en France. La première coalition, convenue dans la déclaration de Pillnitz entre l'empereur Léopold II et le roi de Prusse Frédéric-Guillaume II, est bientôt rejointe par d'autres monarchies. Le 20 avril 1792, éclate la première guerre de coalition, remportée par la France révolutionnaire. Dans le traité de Campo-Formio du 17 octobre 1797, l'empereur François II reconnaît le Rhin comme frontière est de la France. Cela affecte également Montbéliard et les autres possessions wurtembergeoises sur la rive gauche du Rhin. Le duché participe ensuite, à partir de 1799, en tant que partenaire de l'Autriche, à la Deuxième Coalition contre le Consulat de Napoléon Bonaparte. Au printemps 1800, les Français occupent le Wurtemberg. Comme l'Autriche ne fait aucun effort pour défendre le pays, le duc de Wurtemberg, Frédéric II, doit retirer ses troupes. Après cette humiliation, sa confiance dans l'alliance avec l'Autriche est profondément ébranlée. Dans la Paix de Lunéville du 9 février 1801, il s'arrange avec la France. Beau-frère du tsar Paul Ier et gendre du roi George III du Royaume-Uni, il peut être un allié de choix pour le futur empereur des Français. Son objectif est d'agrandir le territoire à l'est du Rhin. Le traité de Paris (de) du 20 mai 1802 garantit l'existence du duché et promet des compensations pour les territoires sur la rive gauche du Rhin. Le Wurtemberg a un siège et un vote dans la Diète impériale extraordinaire, qui prépare le Recès de la Diète d'Empire, qui fixe les compensations pour les territoires perdus sur la rive gauche du Rhin par les princes allemands. Le duc Frédéric est élevé au rang d'électeur. De nombreuses petites seigneuries sont sécularisées et incorporées au nouveau duché électoral sous le nom de Nouveau-Wurtemberg. Il s'agit des villes impériales sécularisées d'Aalen, Giengen an der Brenz, Heilbronn, Rottweil, Esslingen am Neckar, Reutlingen, Schwäbisch Gmünd, Schwäbisch Hall et Weil der Stadt, ainsi que des possessions ecclésiastiques sécularisées suivantes : la Principauté abbatiale d'Ellwangen, l'Abbaye impériale de Zwiefalten, l'Abbaye de Comburg, le Monastère de Heiligkreuztal près de Riedlingen, l'Abbaye de Schöntal, le Monastère de Margrethausen (de), l'abbaye d'Oberstenfeld (de) et la partie de Dürrenmettstetten relevant du chapitre. Ces acquisitions représentent au total une superficie d'environ 1 609 kilomètres carrés avec 110 000 habitants et 700 000 florins de recettes fiscales. Cela s'oppose à environ 388 kilomètres carrés de territoire perdu sur la rive gauche du Rhin, avec environ 14 000 habitants et environ 250 000 florins de revenus d'État. Le ministre Normann-Ehrenfels est chargé de la mise en place de l'administration du Nouveau-Wurtemberg.

Le 3 octobre 1805, à Louisbourg, Friedrich conclut une nouvelle alliance avec Napoléon Ier. Par la suite, le Wurtemberg participe avec des troupes du côté français face à la Troisième Coalition. Dans les traités de Schönbrunn et le traité de Presbourg du 26 décembre 1805, l'Autriche antérieure est partagée entre le Wurtemberg, la Bavière et le Bade : 125 000 nouveaux habitants s'ajoutent à l'électorat de Wurtemberg, des territoires suivants : le comté de Hohenberg, le landgraviat de Souabe, la seigneurie d'Ehingen, les villes danubiennes de Mengen, Munderkingen, Riedlingen et Saulgau, ainsi que dans la région de Basse-Souabe des territoires de l'ordre Teutonique, des territoires de l'ordre des Hospitaliers et de plus petits territoires de la chevalerie impériale. Le Wurtemberg est élevé au rang de royaume souverain à partir du 1er janvier 1806. Le premier roi est l'ancien duc et électeur Frédéric II, sous le nom de Frédéric Ier. Avec la signature du traité de la confédération du Rhin le 12 juillet 1806, le Wurtemberg sort du Saint-Empire romain germanique. La création de la confédération du Rhin ajoute 270 000 nouveaux habitants au royaume de Wurtemberg, répartis dans les territoires des principautés et comtés de Hohenlohe, Königsegg-Aulendorf, Tour et Taxis, Waldburg et de nombreuses autres seigneuries dans la Haute-Souabe.

Développement des premières années

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Le roi Frédéric Ier participe en 1809 avec ses troupes à la répression de la rébellion tyrolienne. Par le traité de Schönbrunn du 14 octobre 1809, le royaume de Wurtemberg est étendu aux territoires de l'ordre Teutonique près de Mergentheim, où une révolte de la population locale est violemment réprimée. Enfin, le nombre d'habitants s'accroit à nouveau de 110 000 habitants en vertu du traité de Paris du 28 février 1810 et des accords frontaliers conclus entre la Bavière et le Bade. Crailsheim, Creglingen, les anciennes villes impériales de Bopfingen, Buchhorn, Leutkirch, Ravensbourg, Ulm et Wangen et les territoires de l'ancien comté de Montfort sont ajoutés. En échange, l'ancienne seigneurie wurtembergeoise de Weiltingen passe au royaume de Bavière, tandis que Hornberg et St. Georgen passent au grand-duché de Bade. En 1813, le royaume de Wurtemberg acquiert également la seigneurie de Hirschlatt des Hohenzollern. Au total, le Wurtemberg passe de 9 500 kilomètres carrés et de 650 000 habitants à 19 508 kilomètres carrés et 1 380 000 habitants.

Au cours des années 1812 et 1813, Frédéric Ier participe à la campagne de Russie, dont seuls quelques centaines des 15 800 soldats wurtembergeois revinrent. Malgré cette défaite, le royaume reste d'abord membre de la Confédération du Rhin aux côtés de la France, jusqu'à ce qu'une autre défaite décisive de l'empereur Napoléon lors de la bataille de Leipzig en octobre 1813 le contraigne à rejoindre la Sixième Coalition, dirigée par l'Autriche, la Prusse et la Russie. Le 2 novembre 1813, le roi Frédéric change d'allégeance après qu'une garantie de préservation de sa propriété et du maintien de sa souveraineté lui eut été donnée par l'Autriche par le traité de Fulda.

Les acquisitions territoriales du Wurtemberg ne sont pas révisées lors de la réorganisation territoriale de l'Allemagne au congrès de Vienne en 1815, confirmant ainsi indirectement leur légitimité sur le plan du droit international. La participation aux guerres de coalition et leurs conséquences entraînent dans les premières années un déclin économique du royaume, un endettement important de l'État et l'appauvrissement de larges segments de la population allant jusqu'à la famine. Cette situation économique très difficile est aggravée en 1816 par une année exceptionnellement froide, marquée par des catastrophes naturelles. L'émigration vers l'Europe de l'Est et l'Amérique du Nord s'accroit de manière spectaculaire.

Dans les premières années du royaume, l'implication du Wurtemberg dans les conflits armés et sa fidélité à l'alliance avec la France valent à Frédéric Ier une grande liberté d'action en matière de politique intérieure. Son objectif est une modernisation considérable de l'administration et la réunion des différents territoires en un État unitaire et centralisé. Cela est d'autant plus difficile que les nouveaux territoires apportent au Wurtemberg, jusque-là strictement protestant, une importante minorité catholique. La modernisation suppose l'abolition rigoureuse des privilèges de la noblesse dans l'Altwürttemberg ainsi que ceux de la noblesse dans les territoires nouvellement acquis. La résistance à cette politique se heurte à une forte répression ; un ministère de la police, une police secrète et un service de censure sont créés sur le modèle français. Parmi les réformes majeures des premières années, citons la séparation de la justice et de l'administration, la division du pays en districts et en cercles, la suppression des droits de douane intérieurs et l'égalité de traitement des confessions catholique et réformée avec la confession d'État luthérienne.

Lors des négociations au congrès de Vienne, l'objectif est d'établir une constitution fédérale pour l'Allemagne. Le premier projet de concept pour une confédération d'États est transmis par Metternich à l'assemblée des États allemands le 23 mai 1815. Le Wurtemberg, avec la Bavière, est opposé à cette confédération d'États. Le roi Frédéric, voulant anticiper la Constitution fédérale avec sa propre Constitution, présente un projet de loi constitutionnelle au Landtag wurtembergeois, convoqué le 15 mars 1815. Le Wurtemberg ne signe l'Acte confédéral allemand que le 1er septembre 1815 et rejoint ainsi tardivement la Confédération germanique, fondée le 8 juin 1815. Le projet de loi constitutionnelle rencontre une forte opposition des Etats du Wurtemberg, soucieux de rétablir l'ancienne Constitution basée sur le traité de Tübingen de 1514. Les États du Wurtemberg réussissent à rallier la population à leur cause lors d'une campagne pour le rétablissement de l'ancien droit. Un des protagonistes de ce mouvement en est le poète et homme politique Ludwig Uhland, auteur du poème « Das alte, gute Recht » (L'ancien, bon droit) qu'il écrit pour la circonstance. La campagne est si efficace que le projet de loi constitutionnelle présenté par le roi Frédéric n'est pas adopté. La Constitution entièrement révisée est promulguée seulement par son successeur, le roi Guillaume Ier, le 25 septembre 1819.

L'accession au trône du roi Guillaume Ier

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La relation entre le roi Frédéric et son fils Guillaume Frédéric Charles, futur roi Guillaume Ier, est marquée à la fois par des tensions personnelles et politiques. En 1805, se déroule une rébellion ouverte de la part de Guillaume contre son père, ce qui le conduit à s'enfuir à Paris. Guillaume tente de convaincre la France d'envahir le Wurtemberg, mais l'empereur Napoléon refuse. En 1807, Guillaume et Frédéric se mettent d'accord politiquement, mais leur aversion personnelle et politique mutuelle persiste. Le nouveau roi prend le nom de Guillaume le 30 octobre 1816 pour débuter son règne et initier un changement politique complet. Il est rapporté que la population du Wurtemberg eut du mal à retenir sa joie à la mort du roi Frédéric, malgré la présence des soldats. Avec sa femme, la reine Catherine, fille du tsar russe Paul Ier, la politique de Guillaume durant ses premières années de règne est fortement axée sur l'atténuation de la misère économique de larges segments de la population.

Catherine, décédée le 9 janvier 1819 à l'âge de seulement 30 ans, s'engage avec grand dévouement dans les œuvres sociales. Ainsi, la fondation de l'école pour filles Katharinenstift, de l'hôpital Katharinen, de la Caisse d'épargne du Wurtemberg, de l'université de Hohenheim et d'autres institutions lui sont attribuées. Lors de son accession au trône, Guillaume promulgue une amnistie et met en place une réforme administrative complète sur la base de la nouvelle Constitution du 25 septembre 1819. Cependant, la dictature absolutiste de Friedrich n'est pas remplacée par le dualisme traditionnel entre le régent et les États du pays ducal de Wurtemberg. Au lieu de cela, la nouvelle forme d'État est basée sur le constitutionnalisme, qui complète le pouvoir du monarque par des droits de parole constitutionnellement définis pour les représentants élus du peuple. La constitution devient ainsi le lien entre les anciennes et les nouvelles régions. L'opposition traditionnelle des États disparait pratiquement. Une opposition bourgeoise de tendance libérale et tout aussi controversée apparait toutefois.

Les principaux éléments de la réorganisation de l'administration mise en œuvre dans le cadre de la nouvelle constitution sont l'autonomie municipale et la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire. L'administration est rationalisée et rendue plus transparente. Les fonctionnaires, dévoués à l'État et au roi, se transforment rapidement en une sorte d'establishment et donc en une classe politique soutenant le gouvernement de l'État.

Lors de l'accession au trône de Guillaume Ier, la dette publique s'élève à près de 25 millions de florins ce qui représente près de quatre fois les recettes annuelles. Ces dettes sont réduites de manière significative au cours des vingt premières années de son règne par les ministres des Finances Weckherlin, Varnbüler et surtout Herdegen, ce qui permet des réductions d'impôts. Un accent particulier de la politique économique du roi est le développement de l'agriculture.

Sur le plan extérieur, Guillaume a pour objectif de poursuivre la rationalisation des structures étatiques en Allemagne et de limiter celles-ci aux cinq royaumes de Prusse, de Saxe, de Bavière, de Hanovre et du Wurtemberg, ainsi qu'à l'Empire autrichien. Il considère la Prusse et l'Autriche comme des puissances européennes. Les quatre autres royaumes allemands doivent poursuivre une politique commune axée sur l'unification en une troisième grande puissance allemande par le biais d'une alliance étroite. Guillaume cherche à incorporer le Bade, le Hohenzollern et à acquérir l'Alsace. Les moyens pour atteindre cet objectif, jamais réalisé, doivent être le lien familial fort avec la Russie. Pour renforcer ce lien, sa tante Sophie-Dorothée est mariée en 1776 au futur tsar de Russie, Paul, et Guillaume épouse en 1818 la fille de Sophie-Dorothée, Catherine. Après la mort de Catherine en 1819, Guillaume poursuit la politique étrangère qu'ils ont élaborée ensemble. Il est donc logique que son fils et héritier, Charles, épouse le 13 juillet 1846 la fille du tsar, Olga.

Renforcement du mouvement démocratique et du libéralisme à partir de 1830

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Après le succès de la révolution de Juillet 1830 en France, les libéraux gagnent du terrain dans presque toute l'Europe, y compris au Wurtemberg. En décembre 1831, ils remportent les élections à la deuxième chambre du parlement du Wurtemberg. Par la suite, Guillaume Ier reporte la convocation du parlement d'un an jusqu'au 15 janvier 1833. Après la dissolution du parlement, le 22 mars, de nouvelles élections ont lieu en avril : les libéraux, dirigés par Friedrich von Römer, sortent à nouveau vainqueurs. Guillaume refuse alors de libérer les députés élus de leurs fonctions publiques pour exercer leur mandat. Friedrich von Römer, Ludwig Uhland et d'autres députés libéraux démissionnent de leurs fonctions publiques.

En 1846 et 1847, des famines et une émigration accrue surviennent après de mauvaises récoltes. La "satisfaction" relative de la population bascule. Les demandes libérales et démocratiques sont défendues avec plus de vigueur. En janvier 1848, une réunion de protestation à Stuttgart réclame un parlement fédéral allemand, la liberté de la presse, la liberté d'association et de réunion, l'introduction des tribunaux d'assises et l'armement du peuple. Initialement, Guillaume Ier tente d'endiguer la révolution, qui s'étend à tous les États allemands à partir de mars 1848 à la suite de la révolution en France et du renversement du roi Louis-Philippe Ier. La loi libérale sur la presse du 30 janvier 1817 est rétablie et un gouvernement libéral présidé par Friedrich von Römer est nommé. Le gouvernement mis en place le 9 mars 1848, est le premier légitimé par le Parlement dans l'histoire du pays. Cette politique permet d'éviter des affrontements militaires majeurs dans le royaume du Wurtemberg durant le Printemps des peuples de 1848.

En avril 1849, le gouvernement et le parlement décident de reconnaître la constitution impériale adoptée à la Paulskirche de Francfort, qui prévoit un État-nation pangermanique, à travers la solution petite-allemande, sur la base d'une monarchie constitutionnelle démocratique. Guillaume perçoit cette décision comme une humiliation, mais il est le seul roi parmi les 29 princes de la Confédération germanique à approuver la Constitution adoptée par le parlement de Francfort, les rois de Prusse, de Bavière, de Saxe et de Hanovre, ainsi que l'empereur autrichien Ferdinand Ier la rejetant.

Après l'échec du Parlement dû au rejet de la couronne impériale allemande par le roi de Prusse, les députés restants décident le 30 mai 1849 de déplacer les sessions à Stuttgart. À partir du 6 juin 1849, cette assemblée, parfois ironiquement appelée le parlement croupion, avec initialement 154 députés sous la présidence de Wilhelm Loewe (1814–1886), se réunit à Stuttgart. Lorsque le Parlement croupion appelle à la désobéissance fiscale et soutient la campagne pour la Constitution du Reich en se soulevant contre les gouvernements, il est occupé le 18 juin 1849 par l'armée du Wurtemberg et dissout de force après une marche de protestation des 99 députés restants à travers Stuttgart. Les députés non-wurtembergeois sont expulsés du pays.

En août 1849, des élections en vue d'élire une assemblée constituante ont lieu au Wurtemberg : les démocrates y remportent la majorité face aux libéraux modérés. Alors que les libéraux demandent que le suffrage censitaire soit lié au revenu et à la fortune, les démocrates exigeent le suffrage universel pour tous les hommes ayant acquis leur majorité. Fin octobre 1849, le roi renvoie le gouvernement élu par le Parlement de Friedrich von Römer. Les ministres sont remplacés par des ministres fonctionnaires sous Johannes von Schlayer. Lorsque la structure et la base juridique du gouvernement des fonctionnaires sont rejetées par le Parlement, Guillaume Ier le dissout. Deux autres assemblées en 1850, où les démocrates ont également la majorité, sont également dissoutes. Néanmoins, une forte opposition libérale et démocratique s'établit au Wurtemberg par la suite.

Lorsque le roi Charles Ier succède à son père, en 1864, il répond aux demandes libérales et démocratiques. La liberté de la presse et la liberté d'association furent rétablies, la liberté d'entreprise et la libre circulation sont garanties. Les Juifs obtiennent la pleine citoyenneté. Les restrictions de mariage existantes pour les pauvres sont levées. Le ministre principal conservateur Joseph von Linden est remplacé par Karl von Varnbüler (1809–1889), d'orientations plutôt libérales.

Le Wurtemberg en tant qu'État fédéré dans l'Empire allemand

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Le roi Charles, contrairement à son père, est partisan de la formation d'un État national allemand. Après la guerre des Duchés en 1864, les tensions entre les alliés, la Prusse et l'Autriche, conduisent à la guerre en 1866, avec le soutien de la Bavière, du Wurtemberg et du Bade pour l'Autriche. L'armée wurtembergeoise est écrasée de manière décisive par les troupes prussiennes le 24 juillet 1866 à Tauberbischofsheim, juste quelques jours avant le cessez-le-feu entre la Prusse et l'Autriche. Le Wurtemberg signe alors un cessez-le-feu avec la Prusse le 1er août 1866. La guerre prend fin le 23 août avec le traité de Prague, où le Wurtemberg doit reconnaître la récente création par la Prusse de la confédération de l'Allemagne du Nord et payer des indemnités de guerre à la Prusse.

Auparavant, le Wurtemberg, tout comme la Bavière et le Bade, a dû conclure une alliance de protection et de défense à tenir secrète au début, garantissant l'intégrité territoriale, mais confiant le commandement militaire à la Prusse en cas de guerre. Après la guerre, le parti national-libéral allemand, dirigé par Julius Hölder, est créé au Wurtemberg, visant à l'adhésion du Wurtemberg à la confédération de l'Allemagne du Nord. Il est opposé au parti populaire démocratique wurtembergeois, issu du parti progressiste libéral en 1864. Le parti populaire, dirigé par Karl Mayer, s'allie avec des conservateurs et des représentants du catholicisme pour empêcher la domination d'un État national par la Prusse.

Lors de la guerre franco-allemande de 1870, l'armée wurtembergeoise est placée sous le commandement suprême prussien conformément à l'alliance conclue. Pendant la guerre, le Wurtemberg signe le 25 novembre 1870 le Traité de novembre avec la confédération de l'Allemagne du Nord, rejoignant ainsi celle-ci. Cette adhésion est effectuée avec la Constitution fédérale du 1er janvier 1871 proclamant l'Empire allemand, où le Wurtemberg obtient quatre voix sur 58 au Bundesrat. Sur les 397 députés du Reichstag, 17 viennent du Wurtemberg. Le royaume garde comme compétence la gestion de l'administration des chemins de fer, des postes et des télécommunications, de revenus provenant des taxes sur la bière et les spiritueux, ainsi que d'une administration militaire distincte sous le commandement suprême prussien.

Le déclin politique du pays et de la dynastie régnante, associé à l'entrée dans l'Empire allemand, est compensé par une forte affirmation de l'identité wurtembergeoise. En 1876, le gouvernement est réorganisé. La principale réforme est la création d'un ministère d'État dirigé par le ministre-président Hermann von Mittnacht. Le roi Charles se retire des affaires gouvernementales opérationnelles au cours des années suivantes et se consacre, avec la reine Olga, à des tâches culturelles et sociales plus importantes. Bien que chef (Summenepiskopus) de l'Église évangélique du Wurtemberg, il attache une grande importance à l'extension des droits de la minorité catholique. Ainsi, le royaume de Wurtemberg fait l'économie d'une lutte culturelle comme celle connue par la Prusse.

A un âge avancé, l'homosexualité du roi Charles, bien que pas évidente pour la population en général, provoque presque une crise d'État. Charles Woodcock; un Américain, employé par le roi depuis 1883, est critiqué de plus en plus à cause de ses exigences personnelles, jugées arrogantes par le gouvernement, et de son comportement. Il est également attaqué par la presse. Le conflit qui en résulte entre le roi et le ministre-président Mittnacht en 1888 est résolu grâce à l'intervention de Bismarck et au renvoi de Woodcock.

Le roi Charles meurt le 6 octobre 1891. Comme il n'a pas d'enfant biologique, la régence passe à Guillaume II, fils de son cousin le prince Frédéric de Wurtemberg et de sa sœur la princesse Catherine de Wurtemberg.

Guillaume, retiré du service militaire en 1882 à l'âge de 34 ans, est très distant vis-à-vis du comportement de représentation du Kaiser Guillaume II et de nombreux autres souverains des États fédéraux allemands. Contrairement à ses prédécesseurs, il n'a pas contracté de mariage avec l'une des grandes dynasties européennes. Lorsque sa première femme, Marie de Waldeck-Pyrmont, décède en 1882, il ne la pas fait enterrer dans la crypte familiale du château de Louisbourg, mais de manière civile au cimetière de la ville. En tant que roi, il ne réside pas dans le Nouveau Palais de Stuttgart, mais habite au Palais Guillaume, lequel correspond par sa taille et son équipement à une villa bourgeoise de l'époque. Il renonce à la formule, alors courante parmi les monarques, "Par la Grâce de Dieu" sur son papier à lettres et porte des costumes civils plutôt que des uniformes. En tant que "roi du peuple", il est très respecté par la population. Politiquement, il se conforme à la majorité parlementaire. Son style de gouvernement ressemble davantage à celui d'un président. Bien que nommant les ministres conformément à la Constitution, il leur laisse, ainsi qu'au Landtag, une grande part du travail politique. Son domaine personnel est la promotion de la culture, contribuant ainsi de manière décisive à l'affirmation de l'identité culturelle du Wurtemberg dans l'Empire fédéral.

Sous le règne de Guillaume II, le Wurtemberg est dirigé de manière plus démocratique que les autres États fédéraux allemands. Alors qu'en Prusse, le système électoral est des trois classes, presque tous les hommes de plus de 25 ans peuvent voter pour la Deuxième Chambre du Landtag du Wurtemberg. La structure économique et sociale est plutôt caractérisée par la classe moyenne que par l'industrie lourde. En conséquence, l'urbanisation et la misère des travailleurs qui en découle sont moins prononcées que dans d'autres parties de l'Empire allemand. Néanmoins, notamment à Stuttgart, il y a une misère notable et croissante parmi la classe ouvrière. Les initiatives sociales bourgeoises telles que la construction de logements ouvriers et la fondation de coopératives de consommateurs ne peuvent éliminer la misère des travailleurs, mais elles contribuent à améliorer les conditions de vie de la classe ouvrière par rapport à la région de la Ruhr ou à Berlin.

Le mouvement ouvrier, qui s'organise également au Wurtemberg à partir du milieu du XIXe siècle, est plus modéré que celui de la Prusse. Il bénéficie de la politique libérale de Charles et de Guillaume II de Wurtemberg. Le premier syndicat ouvrier est fondé à Stuttgart en mai 1848. La première association de type syndical est le Gutenberg-Verein der Buchdrucker, fondé également à Stuttgart en 1862. La loi sur les socialistes, en vigueur de 1878 à 1890 dans l'Empire allemand, est tout d'abord strictement appliquée, puis considérablement assouplie au fil des ans en Wurtemberg, permettant à des personnalités notables de la social-démocratie comme Johann Heinrich Wilhelm Dietz, Wilhelm Blos, Georg Bassler et Karl Kautsky de s'engager relativement librement à Stuttgart. Après l'abrogation de la loi sur les socialistes en 1890, une vague de fondation de cercles sociaux-démocrates a également lieu en Wurtemberg. Stuttgart devient le centre des efforts syndicaux. La Fédération allemande des travailleurs de la métallurgie, fondée en 1891, a également son siège à Stuttgart. L'objectif du travail syndical est initialement de réduire la durée du travail : un premier succès est l'introduction de la journée de neuf heures chez Bosch en 1894.

Les élections législatives de 1895 donnent une forte majorité aux factions démocratiques, brisant la prédominance du Parti allemand. La nouvelle majorité est formée par le parti populaire démocratique du Wurtemberg et le Zentrum catholique fondé avant les élections. Le SPD entre pour la première fois au Landtag avec deux sièges. Dans les années suivantes, le parlementarisme se développe. Un spectre politique moderne de conservateurs, de nationaux-libéraux, du parti du peuple, du Zentrum et du SPD se développe. Les principaux dirigeants politiques de la fin de la monarchie wurtembergeoise sont, pour les conservateurs Heinrich von Kraut et Theodor Körner, pour le parti populaire démocratique Friedrich Payer et Conrad Haußmann, pour le Zentrum Adolf Gröber et pour le SPD Wilhelm Keil. Au niveau communal, les sociaux-démocrates participent rapidement à la politique et trouvent souvent un consensus politique avec les partis bourgeois.

Au Landtag, en revanche, la faction social-démocrate ne vote en faveur du budget de l'État du Wurtemberg qu'une seule fois, en 1907, en échange du Congrès international socialiste qui se tient à Stuttgart en août de la même année, le premier du genre sur le sol allemand. Les autorités wurtembergeoises soutiennent les organisateurs du congrès, au grand mécontentement du Kaiser et du gouvernement impérial à Berlin. Environ 900 délégués, dont la militante des droits des femmes Clara Zetkin, résidente de Stuttgart, et le révolutionnaire russe Lénine, sont accueillis avec hospitalité et même autorisés à utiliser la salle d'attente de première classe de la gare principale de Stuttgart. Le congrès peut mener à bien son programme à la Liederhalle de Stuttgart et organise un événement majeur avec des discours publics sur le Cannstatter Wasen, auquel participent plus de 30 000 personnes.

Comme le roi Guillaume II n'a pas de fils, il est prévisible que la succession au trône passe de la ligne protestante de la maison de Wurtemberg à la ligne catholique avec Albrecht de Wurtemberg. Cette perspective alarme la bourgeoisie libérale protestante influente de Wurtemberg, et cela conduit à de nombreuses discussions sur la future relation entre l'Église et l'État. Une situation quelque peu paradoxale mais similaire s'est produite dans l'État voisin majoritairement catholique du Bade, où une dynastie protestante régnait, tandis qu'au Wurtemberg majoritairement protestant, une dynastie catholique peut prendre la succession.

Première Guerre mondiale et fin du royaume

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Le 1er août 1914, le royaume de Wurtemberg, tout comme les autres États fédérés du Bundesrat, autorise le Chancelier du Reich, Theobald von Bethmann Hollweg, à déclarer la guerre à la France et à la Russie. Le roi Guillaume II signe ensuite l'appel aux armes à son peuple le 2 août, bien qu'il ne partageât pas l'enthousiasme général pour la guerre de la population. En 1918, 508 482 soldats wurtembergeois participent au conflit depuis le début de la guerre, ce qui correspond à plus d'un cinquième de la population. 71 641 soldats wurtembergeois périssent au cours de la guerre.

A la suite de la révolution de novembre, le gouvernement wurtembergeois démissionne le 6 novembre 1918 pour laisser la place à un gouvernement parlementaire. Lorsque le secrétaire d'État Philipp Scheidemann proclame la république depuis une fenêtre du Reichstag à Berlin le 9 novembre, des manifestations ont également lieu à Stuttgart. Les manifestants occupent le palais royal dans la matinée. L'après-midi, un gouvernement provisoire composé des deux partis socialistes SPD et USPD sous la direction de Wilhelm Blos est formé au Landtag. Le roi Guillaume II quitte Stuttgart le soir du 9 novembre et s'installe au pavillon de chasse de Bebenhausen. Le 30 novembre, le septuagénaire renonce au trône et prend le titre honorifique de duc de Wurtemberg. Le Wurtemberg devient un État populaire dans le cadre de la république de Weimar.

Structure de l'État et l'administration

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La Constitution

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La Constitution du royaume de Wurtemberg, promulguée le 25 septembre 1819 par le roi Guillaume Ier, comporte dix chapitres et un total de 205 articles.

Joyaux de la couronne de Wurtemberg à Stuttgart

Le chapitre I définit le Wurtemberg en tant qu'État membre de la Confédération germanique.

Le chapitre II définit le roi comme chef de l'État et réglemente la succession au trône. Le roi est le seul détenteur du pouvoir d'État, qu'il ne peut toutefois exercer que dans les limites de la Constitution. Il a notamment le pouvoir de nommer et de révoquer les membres du Gouvernement représentés au Conseil privé. Il représente l'État à l'étranger, a le droit d'initiative législative, promulgue des ordonnances et exerce la supervision supérieure de la justice.

D'après le chapitre III régissant les droits et devoirs des citoyens, l'État est tenu de garantir les droits des citoyens, notamment la liberté individuelle, la liberté de circulation, la liberté d'entreprise et la propriété. La liberté de la presse est soumise à réserve de loi.

D'après le chapitre IV régissant l'organisation et les missions du Conseil privé et de l'administration, le Conseil privé perd de son importance avec la formation d'un gouvernement légitimé par le Parlement en 1848 sous Friedrich von Römer. À partir de 1876, le gouvernement est transféré au nouveau ministère d'État sous le gouvernement de Mittnacht. Le Conseil privé continue d'exister jusqu'en 1911 en tant qu'organe consultatif du roi. La Constitution prévoit les ministères de la Justice, des Affaires étrangères, de l'Intérieur, de la Guerre et des Finances. Les ministres respectifs font partie du Conseil privé et plus tard du ministère d'État. En 1848, le ministère des cultes et de l'enseignement est séparé du ministère de l'Intérieur. Tous les membres du Conseil privé sont nommés et révoqués par le roi.

Le chapitre V régit les droits des municipalités et des entités territoriales selon le principe de l'autonomie communale.

Le chapitre VI définit la relation des trois églises chrétiennes présentes dans le royaume avec l'État.

Le chapitre VII concerne l'exercice du pouvoir d'État : la législation est soumise à l'approbation des États territoriaux ; toutes les lois doivent être conformes à la Constitution. Le pouvoir judiciaire est indépendant.

Le chapitre VIII régit les finances.

Le chapitre IX définit la composition et l'organisation des États territoriaux, dont la principale mission est de participer à la législation en approuvant les projets de loi présentés par le gouvernement. Les États territoriaux sont organisés selon un système bicaméral. Les membres de la première chambre, appelée Chambre des seigneurs (en allemand : Kammer der Standesherren), sont les princes de la maison royale, les représentants de la noblesse et des anciennes communautés nobles de l'ancien Wurtemberg, ainsi que des membres nommés par le roi à vie ou héréditairement. La seconde chambre, appelée Chambre des députés (en allemand : Kammer der Abgeordneten), se compose de membres de droit, de 13 représentants élus de la noblesse chevaleresque et de représentants élus par le peuple des villes et des districts supérieurs. La durée du mandat est de six ans. Les députés élus sont libres de toute instruction.

Le chapitre X régit l'organisation et les missions de la Cour constitutionnelle d'État.

Après la révolution allemande de 1848, une assemblée constituante territoriale est mise en place et dissoute par le roi après son élection.

Des modifications significatives de la Constitution et de son application ont lieu lors de la fondation de l'Empire allemand en 1871 et en vertu des lois constitutionnelles de 1906 et 1911. En 1906, le système bicaméral est redéfini, de sorte que seuls des députés élus par le peuple sont autorisés à siéger dans la seconde chambre. Dans le même temps, le suffrage universel et égalitaire est introduit pour la seconde chambre. La modification constitutionnelle de 1911 abolit définitivement le Conseil privé.

Organisation administrative

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En 1810, le royaume de Wurtemberg est divisé en douze bailliages regroupés en 64 districts supérieurs. En 1818, les douze bailliages sont remplacés par quatre circonscriptions appelées cercles (en allemand : Kreise) (dissous le 1er avril 1924). Le district du Danube a son siège à Ulm, le district de la Neckar à Louisbourg, le district de la Jagst à Ellwangen et le district de la Forêt-Noire à Reutlingen.

Liste des bailliages du royaume de Wurtemberg :

Grand-bailliage d'Aalen
Grand-bailliage d'Albeck (jusqu'en 1819)
Grand-bailliage de Backnang
Grand-bailliage de Balingen (de)
Grand-bailliage de Besigheim (de)
Grand-bailliage de Biberach (de)
Grand-bailliage de Blaubeuren (de)
Grand-bailliage de Böblingen (de)
Grand-bailliage de Brackenheim (de)
Grand-bailliage de Calw (de)
Grand-bailliage de Cannstatt (de)
Grand-bailliage de Crailsheim
Grand-bailliage d'Ehingen (de)
Grand-bailliage d'Ellwangen
Grand-bailliage d'Esslingen (de)
Grand-bailliage de Freudenstadt (de)
Grand-bailliage de Gaildorf
Grand-bailliage de Geislingen (de)
Grand-bailliage de Gerabronn (de)
Grand-bailliage de Gmünd (de)
Grand-bailliage de Göppingen (de)
Grand-bailliage d'Hall (de)
Grand-bailliage d'Heidenheim
Grand-bailliage d'Heilbronn (de)
Grand-bailliage d'Herrenberg (de)
Grand-bailliage d'Horb (de)
Grand-bailliage de Kirchheim (de)
Grand-bailliage de Künzelsau (de)
Grand-bailliage de Laupheim (de)
Grand-bailliage de Leonberg (de)
Grand-bailliage de Leutkirch (de)
Grand-bailliage de Lorch (jusqu'en 1819)
Grand-bailliage de Louisbourg (de)
Grand-bailliage de Marbach (de)
Grand-bailliage de Maulbronn (de)
Grand-bailliage de Mergentheim (de)
Grand-bailliage de Münsingen (de)
Grand-bailliage de Nagold (de)
Grand-bailliage de Neckarsulm (de)
Grand-bailliage de Neresheim
Grand-bailliage de Neuenbürg (de)
Grand-bailliage de Nürtingen (de)
Grand-bailliage d'Oberndorf (de)
Grand-bailliage d'Öhringen (de)
Grand-bailliage de Ravensbourg (de)
Grand-bailliage de Reutlingen (de)
Grand-bailliage de Riedlingen (de)
Grand-bailliage de Rottenburg (de)
Grand-bailliage de Rottweil (de)
Grand-bailliage de Saulgau (de)
Grand-bailliage de Schorndorf (de)
Grand-bailliage de Spaichingen (de)
Grand-bailliage de Stuttgart (de)
Grand-bailliage de Sulz (de)
Grand-bailliage de Tettnang (de)
Grand-bailliage de Tübingen (de)
Grand-bailliage de Tuttlingen (de)
Grand-bailliage d'Ulm
Grand-bailliage d'Urach (de)
Grand-bailliage de Vaihingen (de)
Grand-bailliage de Waiblingen (de)
Grand-bailliage de Waldsee (de)
Grand-bailliage de Wangen (de)
Grand-bailliage de Weinsberg (de)
Grand-bailliage de Welzheim
Grand-bailliage de Wiblingen (de) (jusqu'en 1842)

L'administration communale

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Après l'adoption de la constitution de 1819, le principe de l'autonomie communale s'applique dans les municipalités wurtembergeoises, dont l'organisation pratique est définie par l'édit administratif du 1er mars 1822. Le chef de village, appelé « Stadtschultheiß » dans les villes et « Schultheiß » dans les villages, est élu à vie par les électeurs parmi trois candidats. Il représente la commune et préside le conseil municipal. Le conseil municipal se compose de 7 à 21 membres en fonction de la taille de la commune, également élus à vie. Pour les affaires courantes, plusieurs comités sont mis en place, le plus important étant le « Kirchenkonvent », élargi par le pasteur et le tuteur de la fondation. Le deuxième organe de la commune est le « Bürgerausschuss », dont les membres sont élus pour un mandat déterminé. Les décisions du conseil municipal sont soumises à l'audition et à l'approbation du Bürgerausschuss. Les fonctionnaires communaux comprennent le greffier municipal, dont les fonctions sont souvent combinées à celles du Schultheiß dans les petites communes, et le « Gemeindepfleger » chargé de la gestion financière et comptable. Le Gemeindepfleger ne peut pas être en même temps greffier municipal. Si le Schultheiß ou le Gemeindepfleger ne possède pas les qualifications nécessaires pour leurs tâches, les municipalités doivent employer un actuaire administratif, fourni par les districts respectifs aux frais de la commune. Par une loi du 6 juillet 1849, l'élection des conseillers municipaux à vie est abolie et remplacée par une période de mandat de six ans. L'élection à vie des chefs de village n'est abolie que par la loi municipale du 28 juillet 1906.

Les principales tâches de la commune sont l'assistance sociale, l'éducation et les affaires de police locale. La compétence judiciaire n'appartient pas aux communes. Cependant, les Kirchenkonvente peuvent imposer de petites amendes et des peines d'arrestation pour des questions de moralité. Le chef de village, en tant que juge de paix, ne peut pas rendre de jugements, mais peut agir en tant que médiateur dans les litiges civils pour parvenir à un accord ou, dans les affaires de poursuites privées, faciliter un règlement extrajudiciaire appelé « Sühneversuch ». Selon le Code pénal de la police du 2 octobre 1839, le conseil municipal et le chef de village sont autorisés à infliger des peines dans des affaires pénales spécifiques.

La collectivité territoriale supérieure à la commune est l'« Oberamt » (grand-baillage). Les « Oberämter » ont, en plus de leurs propres tâches définies dans le cadre de l'autonomie communale, des responsabilités étatiques déléguées par le pays. De plus, ils assument volontairement un grand nombre d'obligations légales des communes, telles que l'entretien des routes communales. Les organes de l'Oberamt sont le « Oberamtmann » et l'« Amtsversammlung », où toutes les communes de l' Oberamt sont représentées. Elle se réunit une à deux fois par an. Les affaires courantes sont gérées par le « Ausschuss de l'Amtsversammlung », qui nomme un secrétaire comme président et vice-président de l'Oberamtmann. Un trésorier de l'Oberamt est nommé pour la gestion financière, ayant un siège et une voix consultative à l'Amtsversammlung.

Avec la réforme administrative après l'accession au pouvoir de Guillaume Ier, l'administration est séparée du judiciaire. Pour ce faire, un tribunal de district avec un juge de district comme président est établi dans chaque Oberamt. Le tribunal de district est responsable de l'exécution des actes juridiques formels dans le Oberamt et les communes associées, avec des notaires de district et des notaires adjoints leur fournissant une assistance.

L'administration territoriale

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L'exécutif est placé sous la direction du roi et était confié aux différents ministères. Il existe les cinq ministères classiques de la Justice, des Affaires étrangères, de l'Intérieur, de la Guerre et des Finances, auxquels s'ajoute à partir de 1848 un ministère de la Culture initialement appelé "ministère des Affaires ecclésiastiques et de l'Éducation". L'administration de l'État est en partie décentralisée dans les quatre régions administratives appelées « Kreise » et en partie centralisée à travers les autorités centrales subordonnées aux ministères.

Des exemples d'autorités centrales relevant des différents ministères sont, entre autres, la Commission des Haras d'État et la Direction générale des bureaux de poste du Wurtemberg relevant du ministère de l'Intérieur, les Archives d'État relevant du ministère des Affaires étrangères, ainsi que la Chambre de comptabilité supérieure et l'administration des caisses de l'État relevant du ministère des Finances. Chaque autorité centrale est dirigée par un directeur.

Les circonscriptions ont, à leur création en 1818, environ autant d'habitants qu'un département français. Chaque circonscription est dotée d'un gouvernement, d'une chambre des finances et d'un tribunal. Les gouvernements de circonscription sont notamment l'autorité supérieure en matière de police locale et d'économie publique. Leurs tâches comprennent, jusqu'en 1848, la promotion de l'agriculture, de l'industrie et du commerce, et jusqu'en 1872, la construction des routes. Ils sont également l'autorité de surveillance des arrondissements dans leur région.

En plus de la police locale, la gendarmerie (en allemand : Landreuterkorps (« corps des cavaliers de la campagne »)) est mise en place à partir de 1807 en tant que police nationale, et rebaptisée Corps des chasseurs terrestres en 1823, avec pour mission de soutenir les autorités nationales et municipales dans leur travail de maintien de l'ordre et de poursuite des actes criminels. Le Corps des chasseurs terrestres est organisé sur le plan militaire et dirigé par le commandant du corps, qui supervise les commandants de district dans les quatre circonscriptions. Il compte 441 hommes en 1823, répartis dans les arrondissements et dirigés par un commandant de poste dans chaque arrondissement.

Avant même sa création en tant que royaume en 1806, le Wurtemberg dispose déjà sa propre armée, et cela jusqu'à l'abolition de la monarchie lors de la révolution allemande 1918, et même pour une courte période après cette date. Cependant, avec la création de l'Empire allemand en 1871, l'armée wurtembergeoise est intégrée dans les structures de commandement de l'armée prussienne et devient ainsi une partie de l'armée allemande de 1871 à 1918. Contrairement au royaume voisin de Bavière, qui peut conserver son autonomie militaire complète même après 1871, le Wurtemberg ne réussit pas à obtenir ce degré d'autonomie après l'unification. À l'instar du royaume de Saxe, sa souveraineté militaire demeure limitée. Le ministère de la Guerre du Wurtemberg, fondé en 1806, continue d'exister jusqu'en 1919.

Lors de son accession au trône en tant que duc de Wurtemberg, Frédéric II hérite d'une armée permanente de 4 264 hommes et de 465 chevaux. En 1805, à l'occasion du conflit opposant la Troisième Coalition contre la France, le Wurtemberg doit fournir un contingent de 6 300 hommes avec 800 chevaux et 16 canons, mais celui-ci n'est pas engagé dans des combats.

En 1806, lorsque Frédéric II devient roi, l'armée wurtembergeoise compte déjà 9 928 hommes et 1 510 chevaux. Parmi eux, 8 109 sont des fantassins, 1 353 des cavaliers avec 1 270 chevaux, et 466 des artilleurs avec 240 chevaux. L'adhésion à la confédération du Rhin rend nécessaire la levée d'un contingent de 12 000 hommes pour le Wurtemberg. Pour cela, le roi Frédéric Ier promulgue le 6 août 1806 une loi sur la conscription militaire, basée sur le principe du service militaire obligatoire.

Soldat de dragon wurtembourgois du XIXe siècle

Au cours de la guerre de la Quatrième Coalition en 1806, les troupes wurtembergeoises, fortes de 12 000 hommes d'infanterie et de 1 500 chevaux, sont principalement utilisées pour assiéger les forteresses prussiennes de Glogau, Breslau, Schweidnitz, Neisse et Kolberg. Pour affronter la Cinquième Coalition en 1809, 13 000 hommes, 2 600 chevaux et 22 canons wurtembergeoises sont engagés dans la bataille. Ils sont déployés lors de la bataille d'Eckmühl, suivie de combats le long du Danube. En 1809, le Wurtemberg compte au total 28 600 hommes sous les armes, ainsi que 3 844 chevaux et 36 canons.

Pour la campagne de Russie en 1812, le Wurtemberg contribue à la Grande Armée avec 15 800 hommes, 3 400 chevaux et 30 canons. Bien que 2 400 hommes aient atteint Moscou, la majeure partie de leur contingent périt misérablement lors de la retraite hivernale à cause du froid, des maladies et de l'armée russe poursuivante. Après cette catastrophe militaire, le Wurtemberg doit fournir à nouveau 11 600 hommes et 2 700 chevaux pour l'empereur en 1813 contre la coalition de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche, subissant à nouveau de lourdes pertes lors des batailles de Bautzen, Lauban, Großgörschen et Dennewitz.

Après s'être désolidarisé de Napoléon à la fin de 1813 et avoir rejoint les puissances alliées contre la France, le Wurtemberg mobilise en 1814, 24 000 hommes, 2 900 chevaux et 24 canons pour avancer vers Paris. À la fin des guerres de coalition en 1815, l'armée comprend un total de 22 734 hommes et 2 967 chevaux, avec notamment 16 485 hommes d'infanterie, 3 399 hommes de cavalerie et 2 138 hommes d'artillerie. En outre, il y a 456 gendarmes avec 63 chevaux, 190 membres du Corps des invalides d'honneur et 66 officiers de différents états-majors. Cela se traduit par 24 bataillons d'infanterie, 24 escadrons de cavalerie et 13 compagnies d'artillerie et d'ouvriers.

1815 voit la période belliqueuse du royaume de Wurtemberg s'achever jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Les guerres de coalition et de libération entraînent la perte totale de 269 officiers et de 26 623 soldats pour l'armée wurtembergeoise. Environ 75 % de ces pertes ont lieu en 1812 et 1813. Les budgets militaires ordinaires s'élèvent entre 1810 et 1816 à 3,8 millions de florins, soit environ 33 % des dépenses de l'État. Les pertes économiques des années de guerre de 1792 à 1813 sont estimées à environ 65 millions de florins, sans inclure les budgets militaires ordinaires.

Lorsque le roi Guillaume Ier monte sur le trône, il réorganise l'armée en 1817, ce qui se traduit principalement par une réduction des effectifs. L'armée wurtembergeoise, à l'époque de la Confédération germanique, se compose de huit régiments d'infanterie, chacun comprenant deux bataillons de quatre compagnies. Deux de ces huit régiments sont répartis sur quatre brigades au total. Chaque deux brigades appartiennent aux deux divisions d'infanterie. L'infanterie a désormais un effectif nominal de 11 352 hommes. La cavalerie, avec 2 851 hommes, se compose d'une division avec deux brigades, chacune comprenant deux régiments. Chacun de ces quatre régiments de cavalerie comprend quatre escadrons. Il y a également un escadron de garde à cheval de 163 hommes. Dans la brigade d'artillerie, il y a un bataillon monté avec trois batteries et un bataillon à pied avec quatre batteries. L'artillerie compte 1 113 hommes. À la tête de l'armée se trouve le ministère de la Guerre, auquel est subordonné, depuis 1849, un commandement de corps appelé Korpskommando. Il y a aussi un état-major général avec 16 officiers, un état-major du quartier général général avec une compagnie de pionniers et deux compagnies de garnison. Un escadron de chasseurs de 40 hommes assure la sécurité interne de la troupe. Le service militaire obligatoire est d'une durée de six ans, mais les conscrits peuvent être libérés après leur formation de base. Par conséquent, au début du règne du roi Guillaume Ier, il n'y a en fait plus que environ 6 500 hommes en service permanent.

En cas de défense de la Confédération germanique, le Wurtemberg doit fournir un contingent total de 13 955 hommes, dont 10 816 de l'infanterie, 1 994 de la cavalerie et 1 145 de l'artillerie et des pionniers. Ce contingent forme la 1ère division du VIIIe corps d'armée fédéral. Une puissante forteresse de la Confédération germanique sur le territoire du royaume de Wurtemberg est la forteresse d'Ulm.

En 1848, lors des troubles révolutionnaires, le 7e régiment d'infanterie de Louisbourg est déployé pour sécuriser la frontière nord-ouest menacée de la région de la Tauber en Bade, tandis que le 8e régiment d'infanterie de Heilbronn est utilisé pour réprimer les troubles dans la région de Hohenlohe. D'autres unités renforcent entre 1848 et 1849, la frontière nord de la Confédération germanique contre le Danemark et participent avec des troupes de Prusse, du Mecklembourg et de Hesse au soi-disant corps du Neckar pour réprimer la révolution en Bade.

Le déploiement militaire a lieu ensuite lors de la guerre austro-prussienne en 1866 pendant laquelle le royaume est allié à l'Autriche. Dans le cadre du VIIIe corps d'armée fédéral, des unités wurtembergeoises sont impliquées dans les combats à Tauberbischofsheim. La défaite en 1866 ouvre la voie à une réforme de l'armée sur le modèle prussien, menée par le futur ministre de la Guerre Albert von Suckow. Pendant la guerre franco-allemande, la division de campagne wurtembergeoise comprend au total 15 bataillons, 10 escadrons, 54 pièces d'artillerie et deux compagnies de pionniers, qui font partie de la Troisième Armée. Dans la bataille de Wœrth, 356 soldats wurtembergeois sont tués, et lors de la bataille de Champigny, il y a 1 970 morts et blessés. Au total, 650 soldats wurtembergeoise perdent la vie pendant le conflit dont 37 officiers, et environ 2 000 soldats sont blessés, dont 110 officiers.

À partir 1871, l'armée wurtembergeoise est subordonnée au commandement général du XIIIe corps d'armée, basé à Stuttgart. La 1ère division royale wurtembergeoise devient la 26e division, avec quartier général à Stuttgart, et la 2e division royale wurtembergeoise devient la 27e division, avec quartier général à Ulm.

Symboles et armoiries royales

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Le blason du royaume de Wurtemberg se compose d'un écu oval entouré d'une couronne de chêne dorée, divisé en deux moitiés. Dans la moitié gauche figurent les trois bois de cerf couchés de la maison de Wurtemberg, à droite les trois lions staufiens de l'ancien duché de Souabe. Les supports de l'écu sont un lion noir et un cerf doré. Les supports se tiennent sur un ruban rouge et noir portant l'inscription « Furchtlos und trew » (« Sans peur et fidèle »). Au-dessus de l'écu se trouvent un casque et la couronne du royaume de Wurtemberg.

Le drapeau du royaume est noir en haut et rouge en bas. Ces couleurs nationales sont introduites par décret du roi Guillaume Ier le 26 décembre 1816, remplaçant les couleurs noir-rouge-or introduites le 14 décembre 1809. Ce changement se produit notamment dans le contexte où les drapeaux tricolores sont devenus populaires en Europe pendant la domination française. Après les guerres de libération, la symbolique révolutionnaire associée est décriée cependant, le rouge et le jaune sont désormais les couleurs nationales du nouveau voisin, le Bade, et le noir et le jaune sont les couleurs des Habsbourg, de sorte que la seule combinaison bicolorée restante est le noir et le rouge.

Le royaume porte : parti au 1 d'or, à trois demi ramures de cerf de sable, qui est de Wurtemberg et au 2 d'or aux trois lions passant de sable, qui est de Souabe.

Drapeau du Royaume de Wurtemberg

Jusqu'en 1824, le royaume utilise comme monnaie de compte le florin du Wurtemberg (en). Puis il adopte le florin d'Allemagne du Sud jusqu'en 1873, pour ensuite adopter le mark-or, tout en conservant son droit d'émission pour certaines monnaies d'argent et d'or. Le Vereinsthaler sert avant la réforme de 1873 d'unité de transaction entre États de la Confédération germanique.

La Monnaie de Wurtemberg possède un atelier de frappe ; le graveur général de 1875 à 1904 est Karl Schwenzer.

Unités de mesure

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À la suite d'une révision, en 1806, une loi impose à tout le royaume le système de mesures et poids en vigueur au Wurtemberg. Ces anciennes unités de mesure et de poids restent en vigueur jusqu'à la fin de l'année 1871. Le 1er janvier 1872, les anciennes unités sont remplacées par le système métrique établi en 1868.

Le royaume de Wurtemberg est essentiellement un État agraire pendant presque toute son existence. C'est seulement dans les années 1890 que le début de l'ère industrielle commence à se profiler également en Wurtemberg. De nombreuses entreprises encore renommées aujourd'hui sont fondées dès cette période.

L'État agraire et ses crises

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Le territoire de l'ancien duché de Wurtemberg a toujours eu un désavantage économique en raison de deux facteurs principaux : d'une part, il y a peu de ressources minérales exploitables économiquement dans cette région. D'autre part, les conditions géographiques et topographiques (paysages vallonnés) sont très peu favorables à la mise en place d'un réseau de transport fonctionnel, qui aurait pu entraîner un commerce étendu. Le centre de l'ancien Wurtemberg n'a pas de voies navigables navigables, et même le royaume n'est initialement bien desservi par voie d'eau qu'à ses frontières à Ulm sur le Danube, sur le bas Neckar jusqu'à Heilbronn et sur le lac de Constance. Ainsi, les anciens centres souabes et alémaniques sont tous situés en dehors du duché de Wurtemberg, tels que Augsbourg, Ulm, Ravensburg, Constance, Zurich, Bâle, Fribourg et Strasbourg.

En 1817, le Wurtemberg compte environ 1 380 000 habitants répartis dans un total de 134 villes. Parmi celles-ci, seules cinq villes comptent plus de 6 000 habitants : Stuttgart, la capitale avec 26 306 habitants, Ulm avec 11 417 habitants, Reutlingen avec environ 9 000 habitants, Heilbronn avec 6 830 habitants et Tübingen avec 6 630 habitants.

Le royaume de Wurtemberg est composé des régions de l'Altwürttemberg, principalement peuplées de protestants (environ un million de protestants) avec une inclination pour le piétisme, et des régions du Nouveau-Wurtemberg (de), fortement marquées par le catholicisme (environ 400 000 catholiques). Dans l'Altwürttemberg, la pratique du partage réel des biens dans le droit successorale conduit à ce que les exploitations agricoles disposent de parcelles de plus en plus petites pour l'exploitation. La population rurale doit donc nécessairement trouver un complément de revenu en exerçant un métier artisanal. C'est ainsi qu'est née très tôt une compétence née de la nécessité et de la pénurie, qui est encore aujourd'hui proverbiale pour les Souabes, comme les Wurtembergeois aiment se désigner.

Dans les régions du Neuwürttemberg, cette situation est quelque peu différente en raison de la pratique plus répandue du droit de succession du fils aîné. Là-bas, un agriculteur peut souvent être un homme relativement aisé. Au début du XIXe siècle, plus des deux tiers de la population sont encore actifs dans l'agriculture.

Dans l'ensemble, la situation économique du Wurtemberg au début du XIXe siècle est marquée par la pénurie et la misère pour de larges segments de la population, en raison de l'état de guerre prolongé de 1792 à 1815, ponctué seulement de courtes périodes de paix ou de cessez-le-feu. Bien que la plupart des batailles de cette époque n'aient pas eu lieu sur le territoire du royaume, les passages incessants de troupes, accompagnés de réquisitions, de confiscations de nourriture et de fourrage, voire de pillages et de ravages, sont une oppression constante à cette époque. À cela s'ajoutent les mauvaises récoltes à partir de 1811, entraînant en 1816 de graves pénuries alimentaires parmi les populations les plus pauvres. Dans cette terrible misère, des pains de famine sont fabriqués, relativement abordables mais nettement plus petits que la normale, la farine étant coupée avec de la sciure ou d'autres additifs insuffisants. L'année 1817, marquée par une bonne récolte, apporte le soulagement tant attendu de la pire des misères. Des fêtes de récolte joyeuses sont alors célébrées dans tout le pays. Guillaume Ier réagit à la détresse surmontée en encourageant énergiquement l'agriculture afin de mieux faire face à de telles situations à l'avenir. Cela conduit à la tenue annuelle à partir de 1818 d'une exposition agricole, prémices de la fête populaire de Cannstatt, et à la fondation de l'Institut agricole à Hohenheim.

Pendant que les prix agricoles augmentent considérablement en raison de la pénurie pendant l'année de la famine de 1816, et que l'usure aux dépens des nécessiteux est un problème largement combattu, ils chutent progressivement à partir de 1817. Cette baisse des prix conduit à une véritable crise agricole jusqu'en 1826, entraînant l'appauvrissement de la population rurale. Déjà en 1844, une nouvelle crise économique avec inflation et chômage se profile, culminant en une nouvelle année de famine en 1847 avec des émeutes de la faim. La crise agricole persiste jusqu'environ 1855.

Pendant toute la période de règne du roi Guillaume Ier, le royaume est plus ou moins marqué par les effets du paupérisme. Principalement pour des raisons économiques et sociales, au moins 400 000 Wurtembergeois émigrent vers l'Europe de l'Est ou l'Amérique entre 1815 et la fondation de l'Empire allemand en 1871, ce qui représente une moyenne annuelle de 4 200 personnes. De 1800 à 1804 seulement, environ 17 500 personnes émigrent principalement vers l'Europe de l'Est, avant qu'une interdiction imposée par le roi Frédéric, en vigueur de 1807 à 1815, n'interdise l'émigration. Après la levée de l'interdiction, le nombre d'émigrants augmente considérablement en 1816 et 1817, atteignant environ 20 000 personnes par an. Les raisons de l'émigration ne se limitent pas seulement à la pauvreté et au chômage, mais aussi à la lourde charge fiscale et à l'arbitraire répandu des autorités. En particulier, le misérable système bureaucratique conduit à la décision de quitter le pays, car pour beaucoup, il n'existe pas de perspectives d'avenir sous ces répressions étatiques.

Étant donné que le manque de charbon exclue une industrialisation précoce du Wurtemberg et que la production de biens lourds est également entravée par les mauvaises conditions de transport, l'artisanatest principalement engagé dans la production de textiles et d'autres biens facilement transportables (mécanique de précision, construction d'instruments pour la science et l'art ainsi que des instruments de musique) lorsqu'il s'agit d'exportation. Beaucoup des produits de l'artisanat sont également destinés uniquement au marché intérieur, en particulier dans le secteur de la construction et de l'ameublement. L'artisanat reste organisé en guildes jusqu'en 1862. Les manufactures et les rares usines tiraient principalement leur énergie de la force hydraulique, de sorte que le long du Neckar, comme à Esslingen et à Cannstatt, les foyers de l'industrie en Wurtemberg sont situés. Ce n'est qu'en 1895 que la puissance de la vapeur dépasse la force hydraulique en Wurtemberg.

Développement industriel

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Friedrich List, un économiste national méconnu de son époque, préformule de nombreuses idées qui aident lentement le Wurtemberg à sortir de sa misère économique. Cela inclut la fondation de l'Union douanière de l'Allemagne du Sud en 1828 et de l'Union douanière allemande en 1834, dont le roi Guillaume Ier a un grand intérêt pour la création, tout comme l'amélioration constante des routes terrestres et fluviales. Les défis auxquels cela conduit peuvent être illustrés par la gestion de la Geislinger Steige sur la montée d'Alb et de la Neue Weinsteige à Stuttgart. Le développement du Neckar en tant que voie navigable est initié par le directeur de la construction navale de Stuttgart, Karl August Friedrich von Duttenhofer (de), avec la construction du Wilhelmskanal près de Heilbronn de 1819 à 1821. En 1841, la navigation à vapeur sur le Neckar atteint Heilbronn, mais en amont, l'utilisation économique des bateaux à aubes échoue en raison des conditions défavorables de la rivière. Des bateaux à vapeur naviguent déjà sur le lac de Constance depuis 1824.

Une autre idée promue par Friedrich List est le développement du transport ferroviaire en Allemagne. En 1843, une compagnie de chemin de fer d'État est fondée dans le Wurtemberg. Il s'agit d'un investissement majeur et visionnaire dans l'avenir du pays, car à cette époque, le pauvre pays agricole ne peut en réalité pas se permettre sa propre ligne de chemin de fer dans un terrain topographiquement difficile. La décision de créer les Chemins de fer d'État royaux du Wurtemberg (Königlich Württembergischen Staats-Eisenbahnen) est simultanément une décision de s'endetter. La dette publique passe de 36 millions de marks en 1845 à 653 millions de marks en 1913, dont 633 millions sont attribuables aux chemins de fer d'État. Néanmoins, l'histoire du chemin de fer dans le Wurtemberg est un succès à long terme pour le pays. Il favorise l'intégration des régions et accroit les communications, notamment parce que des lignes télégraphiques sont également construites le long des rails. L'importance du transport ferroviaire pour le Wurtemberg est également exprimée dans la chanson populaire "Auf de schwäbsche Eisebahne" (Sur la ligne de chemin de fer souabe). Étroitement liée au chemin de fer est l'histoire de la société Maschinenfabrik Esslingen est fondée en 1846.

Après les années révolutionnaires 1848-49, sous le gouvernement de Linden, la situation politique devient plus oppressante, mais le développement économique prend désormais un meilleur cap, notamment grâce aux meilleures routes et au chemin de fer, qui facilitent également le commerce des produits agricoles. Les terres agricoles utilisées économiquement se répartissent à environ 44,9 % en terres arables et jardins, à 1,1 % en vignobles, à 17,9 % en prairies et pâturages et à 30,8 % en forêts. Environ 90 % des quelque 360 000 familles du Wurtemberg possèdent des biens immobiliers en 1857. Seulement environ un tiers d'entre elles sont des agriculteurs à temps plein. Parmi ceux-ci, seule une très petite partie, principalement dans le sud de la Haute-Souabe, possède plus de 30 acres de terres. Cela contraint une grande partie de la population à trouver un revenu supplémentaire dans d'autres secteurs économiques, en particulier dans les industries textile, du bois et de la construction. Travailler simultanément dans l'agriculture et dans le secteur commercial est typique du Wurtemberg. Les principaux produits agricoles sont l'avoine, l'épeautre, le seigle, le blé, l'orge, le houblon, les raisins, les pois, les haricots, le maïs, les fruits (principalement les cerises et les pommes), le tabac ainsi que les produits du jardin et la laiterie. De plus, un nombre considérable de bovins, de moutons et de porcs sont élevés, et une attention considérable est également portée à l'élevage de chevaux.

Le gouvernement, en collaboration avec Ferdinand von Steinbeis (de), s'engage fortement dans la promotion de l'agriculture, de l'artisanat, du commerce et de l'industrie. En 1861, la Bourse de Stuttgart est fondée, bien qu'il n'y ait encore que peu de grandes entreprises dans le royaume. La finance des entreprises plus importantes pose souvent problème car le système bancaire et financier du pays est peu développé. Une exception est la Königlich Württembergische Hofbank ("Banque royale du Wurtemberg") à Stuttgart, qui remonte à la fondation par la famille de Madame Kaulla au début du XIXe siècle. La Banque royale gère non seulement les affaires financières du roi, mais accorde également des prêts pour les nouvelles entreprises. Plus tard, Kilian von Steiner contribue également de manière significative dans ce domaine. L'importance du commerce et de l'artisanat au Wurtemberg en 1861 se manifeste par le nombre d'entreprises artisanales : environ 85 entreprises artisanales pour 1 000 habitants, un taux de densité exceptionnellement élevé par rapport au reste de l'Allemagne. Ce grand nombre d'artisans qualifiés est un avantage pour le début de l'industrialisation. Avec la disparition des corporations en 1862, des écoles de formation professionnelle sont créées. Le député du Landtag, Karl Wilhelm Weigle, s'occupe notamment de la promotion de l'industrie textile. En 1854, l'école de tissage de Reutlingen est fondée. En plus de l'industrie textile, les produits manufacturés comprennent principalement des articles en fer et en acier ainsi que des articles en or et en argent, nécessitant un savoir-faire particulier dans leur fabrication. La production de papier se développe également à Heilbronn et à Ravensbourg, avec mention de la première machine à papier allemande de Johann Jakob Widmann. Le royaume du Wurtemberg exporte principalement du bétail, des céréales, du bois, du sel provenant de la saline de Friedrichshall à Jagstfeld, de l'huile, du cuir, des tissus de coton et de lin, de la bière, du vin et des spiritueux. On peut citer le champagne Kessler d'Esslingen, où Georg Christian Kessler produisait le plus ancien champagne d'Allemagne depuis 1823. Des instruments de musique (pianos) ainsi que des produits de haute qualité en mécanique fine sont également fabriqués. Le commerce se concentre dans les grandes villes telles que Stuttgart, Ulm, Heilbronn et Friedrichshafen. Stuttgart est surnommée le "Leipzig du Sud de l'Allemagne" en raison de son secteur éditorial et de sa librairie bien développée, notamment la maison d'édition Cotta.

Avec la création de l'Empire allemand, le Gulden est remplacé par le Mark comme monnaie, et le système métrique est introduit comme nouveau système de mesure. La période de croissance économique constante depuis environ 20 ans connait un essor fulgurant pendant la Gründerzeit, mais qui subit un sérieux revers lors du krach boursier de Vienne en 1873. Sur le plan économique, le royaume du Wurtemberg ne peut apporter une grande contribution à la dynamique de l'Empire allemand, qui existe de 1871 à 1918. La part des Wurtembergeois dans la population de l'Empire passe de 4,4 % en 1871 à 4,1 % en 1891, puis à 3,7 % en 1916, année de guerre. En 1913, le revenu moyen par habitant au Wurtemberg est de 1 020 marks, soit seulement environ 88 % de la moyenne nationale. Le caractère encore très rural et de petites villes du pays avant la Première Guerre mondiale est également évident dans les chiffres suivants. En 1910, seulement un cinquième des Wurtembergeois vivent dans une ville de plus de 20 000 habitants, tandis que pour l'ensemble de l'Empire allemand, c'est un tiers. Seul un neuvième des Wurtembergeois vit à Stuttgart, la seule grande ville du Wurtemberg. En revanche, un cinquième de la population totale de l'Empire vit alors dans une grande ville. Ces chiffres montrent également que les usines du Wurtemberg sont réparties dans tout le pays et ne se concentrent pas dans quelques centres urbains. Les nombreuses entreprises de taille moyenne permettent encore à leurs employés de cultiver leur propre terre en tant que paysans à temps partiel. La moindre prolétarisation de la main-d'œuvre décrite et l'orientation modérée du socialisme ont également leur origine dans cette situation. En 1875, près de 288 000 personnes travaillent dans des entreprises industrielles. Déjà, 71 000 entreprises emploient plus de cinq aides. La grande majorité des employés travaillent dans l'industrie textile et de l'habillement. Dans le secteur métallurgique, 22 300 travailleurs sont employés, un peu plus dans la construction, le travail du bois et le commerce. Les grandes entreprises étaient rares. En 1875, il n'y a que 45 usines employant plus de 200 personnes. En 1882, environ la moitié de la population est encore employée dans l'agriculture. En 1895, la part de la population rurale est encore de 45,5 %. La tendance à une diminution progressive du nombre de personnes travaillant exclusivement dans le secteur primaire de l'économie est soutenue par la mécanisation croissante de l'agriculture, pour laquelle l'ingénieur souabe Max Eyth (de) est un pionnier.

La période de grande industrialisation, à partir des années 1890 en Wurtemberg, voit l'émergence de grands noms tels que Gottlieb Daimler, pionnier de l'automobile issu de la tradition des corporations de Schorndorf, qui fonde la Daimler-Motoren-Gesellschaft à Cannstatt, et son compagnon Wilhelm Maybach. Tout aussi célèbre est l'ingénieur électricien Robert Bosch, fondateur de la Robert Bosch GmbH. D'autres noms célèbres de cette époque dans des secteurs très divers sont, par exemple :

Avec le boom industriel, l'électrification du pays débute également. Au cours du règne du dernier roi du Wurtemberg, plus de 240 centrales électriques sont construites. Ainsi, en 1916, 1800 des 1899 communes du Wurtemberg sont déjà alimentées en électricité. L'économie de guerre associée à la Première Guerre mondiale interrompt la prospérité précoce de nombreuses entreprises et signifie pour de nombreuses parties de la population des difficultés, des privations et la mort de proches, souvent du père de famille et soutien de famille. Pendant la le conflit, pour la première fois en grand nombre, les femmes travaillent dans les usines en tant que main-d'œuvre de remplacement nécessairement requise.

Évolution démographique

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La croissance démographique au XIXe siècle est lente. À la fin du Saint-Empire romain germanique en 1806, environ 650 000 personnes vivent sur le territoire du duché de Wurtemberg, qui s'étend sur une superficie de 9 500 kilomètres carrés. À la fin des bouleversements territoriaux en 1813, à la fois la superficie, avec 19 508 kilomètres carrés, et le nombre d'habitants, avec environ 1 380 000 habitants, ont plus que doublé. Jusqu'à la création de l'Empire allemand, entre 400 000 et 430 000 personnes émigrent du royaume de Wurtemberg. Les mouvements migratoires atteignent leur apogée surtout pendant les années de crise entre 1816 et 1817, 1846 et 1847 et 1852 à 1854, touchant principalement les régions densément peuplées du Neckar et de la Forêt-Noire. Les principales raisons de l'émigration en sont les difficultés économiques : les émigrants vivent principalement de l'agriculture et de l'artisanat. Les destinations principales sont en Europe de l'Est et surtout les États-Unis d'Amérique. Malgré ces pertes dues à l'émigration et à un taux de mortalité infantile de plus de 30 %, le nombre d'habitants augmente d'environ 360 000 entre 1812 et 1849. Cette évolution est brusquement interrompue par l'année de crise en 1846. Le nombre de mariages et le taux de natalité diminuent fortement, tandis que les chiffres de l'émigration augmentent de façon spectaculaire. Jusqu'en 1867, le nombre d'habitants n'augmente que de près de 34 000 personnes.

Années Nombre d'habitants
1812 1 379 501[1]
1849 1 744 017[1]
1867 1 778 396[1]
1875 1 881 505[2]
1900 2 169 480[3]
1910 2 437 574[3]

Après la création de l'Empire allemand, la population continue à croître de manière modérée. Le nombre d'émigrants reste élevé. Malgré la baisse des naissances, la croissance de la population s'accélère de manière significative à partir du tournant du siècle. Cette évolution est également déclenchée par des progrès dans le domaine médical en Wurtemberg, entraînant une augmentation de l'espérance de vie, passant de 28 ans en 1871 à environ 45 ans en 1910.

Croissance et urbanisation

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Pendant les 25 années entre 1875 et 1900, la population augmente de près de 288 000 personnes, presque aussi fortement que dans la seule décennie entre 1900 et 1910, avec environ 268 000 personnes. À partir de 1890, une migration accélérée des zones rurales vers les villes s'effectue en raison de l'essor de l'industrie. Alors qu'en 1890, environ deux tiers des citoyens du Wurtemberg vivent à la campagne, plus de 43 % vivent dans des villes en 1910. Si l'on inclut les municipalités urbaines de plus de 2 000 habitants, ce chiffre monte même à plus de 50 %. La capitale régionale, Stuttgart, peut tripler sa population dans ses limites municipales de 91 623 habitants en 1871 à 286 218 habitants en 1910, grâce notamment à des annexions municipales. L'industrialisation conduit à une augmentation des navetteurs entre leur domicile et leur lieu de travail. Leur nombre passe de 54 322 en 1900 à 88 155 en 1910.

Voici un tableau des dix plus grandes villes du Wurtemberg en 1910 :

Rang Villes Nombre d'habitants
1. Stuttgart 286 218
2. Ulm 56 109
3. Heilbronn 42 688
4. Esslingen 32 216
5. Reutlingen 29 763
6. Louisbourg 24 926
7. Göppingen 22 373
8. Gmünd 21 312
9. Tübingen 19 076
10. Heidenheim 17 780

Pour comprendre la culture du royaume de Wurtemberg, il est essentiel de connaître l'histoire préalable de chaque territoire. Le duché de Wurtemberg, désigné dans le royaume comme la région centrale d'Altwürttemberg, est considéré comme la partie la plus importante. En plus d'Altwürttemberg, il y a aussi les régions de Neuwürttemberg, caractérisées par une composition assez hétérogène, comprenant notamment des régions de Hohenlohe, d'Ellwangen, de l'Autriche antérieure, des villes impériales et de la Haute-Souabe.

Lors du jubilé des 25 années de règne du roi Guillaume Ier le 28 septembre 1841, il est évident à quel point la population du royaume est diversifiée et colorée. Un défilé de Wurtembergeois est organisé à Stuttgart, composé de 10 390 participants, dont 640 cavaliers et 23 chariots tirés par des chevaux et des bovins, venant de toutes les régions du royaume. Environ 200 000 spectateurs, soit environ un Wurtembergeois sur neuf, sont venus dans la capitale Stuttgart, qui compte alors 40 000 habitants. Cette fête, unique dans l'histoire du royaume, renforce le sentiment d'appartenance. La colonne du jubilé, achevée en 1863 par Johann Michael Knapp (de) devant le Nouveau Château de Stuttgart, rappelle encore aujourd'hui cet événement.

Le royaume de Wurtemberg n'est pas seulement peuplé de Souabes, bien que l'élément souabe y domine largement. Outre les dialectes souabes au sud d'une ligne allant de Bad Wildbad à Louisbourg et Ellwangen, on parle dans le nord du royaume le groupe de dialectes sud-rhénans et le hohenlohique du groupe de dialectes est-franconien. Tout au sud du royaume, au bord du lac de Constance, l'alémanique moyen est courant. À l'ouest, au sud de Wildbad, entre le souabe et le bas-alémanique, il existe une frontière dialectale qui, à quelques exceptions près, correspond à la frontière entre Wurtemberg et le Bade. Cette description géographique très simplifiée de la répartition des dialectes pour le Wurtemberg est encore valable dans ses grandes lignes aujourd'hui, même si les dialectes au XIXe siècle sont beaucoup plus marqués en raison de la mobilité beaucoup moindre et de l'absence de radio et d'autres supports sonores, tout en étant plus authentiques et souvent différenciables d'un village à l'autre pour les autochtones de chaque région.

Piétisme et église évangélique nationale

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La démonstration d'unité dans la diversité lors du jubilé de règne du roi Guillaume Ier en 1841 ne doit pas occulter le fait que l'élément essentiel du royaume est la population protestante relativement homogène d'Altwürttemberg, en comparaison avec les nouveaux territoires marqués par leur mentalité, qui se distingue par son dialecte souabe régional légèrement différent et par ses vêtements sombres et simples, de la population catholique se sentant encore longtemps étrangère en Wurtemberg. Ces caractéristiques de la population d'Altwürttemberg trouvent leur origine dans la Réforme et le piétisme, développés dans une ligne de tradition allant de Johan Brentius et Matthäus Alber à Johann Valentin Andreae et Johann Albrecht Bengel dans leur forme particulière au Wurtemberg.

Les signes extérieurs du piétisme sont les principes invoqués de vertus tels que l'ordre, le sens du devoir et le zèle au travail. Les caractéristiques attribuées à cette partie de la population du Wurtemberg, telles que la frugalité, la persévérance, la ténacité et le labeur, sont souvent accompagnées d'une rudesse et d'une réserve presque proverbiales propres à la région. Trop de politesse suscite la méfiance. L'exubérance, l'étalage et le faste sont rejetés, ce qui rend les beaux-arts traditionnellement peu appréciés dans l'Altwürttemberg.

En Altwürttemberg, la parole de la Bible et de l'honnêteté est prédominante, surtout parmi la classe influente des citoyens de la ville et des ecclésiastiques évangéliques, formée depuis le traité de Tübingen. L'Altwürttemberg est un duché de citoyens pieux, moins de la noblesse et des paysans. Cette tradition perdure dans le royaume de Wurtemberg. Cependant, le piétisme particulièrement rigoureux est en conflit avec l'Église évangélique et ses officiants au début du XIXe siècle, après l'introduction d'une nouvelle liturgie, ce qui peut conduire certains fidèles à émigrer, mais aussi à la fondation de communautés indépendantes de l'Église, comme Korntal et Wilhelmsdorf. Un représentant majeur du piétisme à l'époque du royaume de Wurtemberg est le prédicateur Sixt Karl Kapff (de), un ennemi déclaré de l'illumination, du rationalisme et de la philosophie hégélienne de la dialectique en tant que variante de l'idéalisme allemand.

Dans ce climat piétiste, des penseurs des Lumières comme Johann Gottfried Pahl (de) doivent publier sous pseudonyme. Le livre Leben Jesu, une vue critique de David Friedrich Strauss, paru en 1835, provoque une grande indignation dans le Wurtemberg piétiste. La leçon inaugurale de Friedrich Theodor Vischer à l'université de Tübingen rencontre également une opposition similaire en raison de sa philosophie panthéiste et de ses attaques directes contre le piétisme. Cependant, l'Église évangélique réussit plus tard à concilier les différents points de vue des forces pietistes et progressistes.

Les piétistes encouragent la création de nombreux organismes de bienfaisance et contribuent à la diffusion de la littérature religieuse, ce qui se concrétise en 1812 par la fondation de la Société biblique du Wurtemberg (de) privilégiée par Carl Friedrich Adolf Steinkopf (de) et en 1833 par la création de l'association éditoriale de Calw.

Tout le XIXe siècle est marqué par les œuvres de charité chrétiennes, comme à Reutlingen, où Gustav Werner (de) tente d'harmoniser piété et travail industriel avec les ateliers de la Fraternité. Dans le même contexte, des développements innovants pour l'aide aux personnes handicapées et la pédagogie spécialisée émergent en Wurtemberg. Ainsi, en 1838, le pasteur luthérien Karl Georg Haldenwang (de) fonde à Wildberg la première institution scolaire pour enfants et adolescents handicapés mentaux. En 1847, le médecin Carl Heinrich Rösch (de), d'Urach, fonde l'asile et centre de soins de Mariaberg, l'une des premières institutions complexes d'aide aux personnes handicapées modernes dans les États allemands, connue aujourd'hui sous le nom de Mariaberg e.V., un fournisseur relativement important de services sociaux avec un concept de plus en plus développé.

En 1851, des conseils paroissiaux sont introduits dans l'Église évangélique, suivis de synodes diocésains en 1854 et d'un synode national en 1867. En 1887, une loi sépare les communautés ecclésiastiques et civiles, créant ainsi les paroisses comme des entités juridiques autonomes de droit public.

Catholicisme

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Les catholiques constituent une forte minorité dans le royaume de Wurtemberg. Dans la Haute-Souabe et l'Allgäu wurtembergeois (de), la proportion de catholiques dépasse largement les 90 %. Les catholiques se distinguent souvent extérieurement des protestants. Par exemple, les femmes catholiques portent des vêtements beaucoup plus colorés que les femmes évangéliques, et le dialecte souabe sonne généralement un peu différemment dans les régions catholiques par rapport aux régions protestantes voisines. Lorsque les nouveaux Wurtembergeois catholiques sont placés sous l'autorité de leur nouveau souverain à Stuttgart au début du XIXe siècle, dans le cadre des bouleversements napoléoniens, il y a quelques manifestations de protestation de la part de la population locale et de leurs anciens seigneurs, mais celles-ci cessent rapidement avec la menace de violence militaire. Dès le début, l'État wurtembergeois cherche à gagner les faveurs de ses concitoyens catholiques. Par exemple, à la Diète wurtembergeoise, la Première Chambre, la Chambre des seigneurs, est occupée à plus des deux tiers par des députés catholiques. Déjà en 1806, les catholiques obtiennent un Conseil ecclésiastique catholique royal (Königlich Katholischen Geistlichen Rats), subordonné au ministère d'État, qui depuis 1816 porte le nom de Conseil ecclésiastique catholique (Katholischer Kirchenrat). Au cours des années suivantes, des efforts sont déployés pour regrouper les régions catholiques autrefois rattachées à différents diocèses (Constance, Spire, Worms, Wurtzbourg et Augsbourg) dans un diocèse national. Cela est réalisé dans le cadre de la création de la province ecclésiastique du Haut-Rhin, dont le diocèse national de Rottenburg fut établi. En 1817, l'établissement catholique d'enseignement d'Ellwangen est transféré à Tübingen et intégré en tant que faculté de théologie catholique indépendante à l'université de Tübingen. La même année, le Wilhelmsstift, étroitement associé à la faculté, est également créé là-bas. Des professeurs de théologie catholique de renom à Tübingen sont Johann Sebastian Drey, Johann Baptist von Hirscher (de) et Johann Adam Möhler, qui ont fondé ce qu'on appelle l'école de Tübingen, qui tente de surmonter l'esprit des Lumières. La population catholique du Wurtemberg doit à la politique conciliante du roi et de son gouvernement d'avoir été épargnée par un conflit culturel tel que celui qui a eu lieu en Prusse ou en Bade.

Dans le contexte de l'exode rural et du début de l'industrialisation, les paroisses catholiques de la ville de Stuttgart, autrefois entièrement protestante, et de la ville voisine de Cannstatt connaissent une croissance, mais les catholiques sont en diaspora dans ces régions tout au long de l'histoire du royaume. Cela conduit notamment dans la capitale à des mariages mixtes sur le plan confessionnel, qui posent cependant problème du point de vue catholique si les enfants de tels mariages ne sont pas baptisés et éduqués dans la foi catholique. L'État du Wurtemberg s'oppose à cette attitude et n'hésite pas à retirer les prêtres de leurs paroisses s'ils refusent de bénir de tels mariages mixtes. Ce sujet suscite une polémique récurrente de la part des cercles protestants et alimente des ressentiments contre la minorité catholique, accusée de vouloir affaiblir et saper le protestantisme par le biais du mariage.

À la fin de la monarchie, la mort du prince Ulrich (de), unique fils du roi Guillaume II, donne lieu à un autre préjugé dirigé contre les catholiques. La succession aurait dû passer de la lignée protestante à la ligne catholique de la Maison de Wurtemberg faute d'héritier mâle, si la révolution de novembre 1918 n'avait pas empêché cela. La perspective désagréable pour les anciens Wurtembergeois protestants d'être gouvernés par un roi catholique conduit dans certains cercles à la rumeur selon laquelle Ulrich aurait été victime à l'époque d'un complot de meurtre catholique. Cela montre que les relations entre les deux grandes confessions n'ont jamais été exemptes de tensions.

Dans les territoires de l'ancien duché de Wurtemberg, les Juifs ne sont ni autorisés à vivre ni à travailler de manière permanente. Par conséquent, au début du XIXe siècle, il n'y a pratiquement pas de vie juive dans l'Altwürttemberg. Avec l'acquisition des territoires du Neuwürttemberg, le royaume de Wurtemberg fondé en 1806 compte désormais, aux côtés de l'Église évangélique dominante et du poids relativement important de l'Église catholique, un élément juif significatif, bien qu'il représente une petite minorité d'un peu plus de 8 000 personnes vers 1815 et n'est initialement présent que dans les zones rurales et non dans les grandes villes. Des communautés juives plus importantes existaient, par exemple, à Affaltrach, Baisingen, Buchau, Buttenhausen, Creglingen, Freudental, Jebenhausen, Laupheim (à un moment la plus grande communauté juive du Wurtemberg), Michelbach an der Lücke, Oberdorf am Ipf et Rexingen. Le territoire du royaume est divisé en un total de 13 rabbinnats. Dans le cadre de la libéralisation, les Juifs du Wurtemberg obtiennent en 1828 les droits de citoyens, mais sans que toutes les restrictions imposées sur eux dans l'industrie et le commerce aient été levées. C'est seulemen en 1864 que les Juifs obtiennent une égalité civique plus large et en 1869 l'autorisation d'épouser des chrétiens. Avec l'émancipation, les Juifs déménagent des campagnes vers les grandes villes telles que Stuttgart, Ulm et Heilbronn, ce qui se traduit par la construction de synagogues représentatives. Des personnalités juives nées dans le royaume de Wurtemberg incluent, entre autres, l'écrivain Berthold Auerbach, le banquier Kilian von Steiner (de), le producteur de cinéma Carl Laemmle, le physicien mondialement célèbre Albert Einstein et le philosophe Max Horkheimer.

Système éducatif

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La scolarité a une longue tradition dans l'Altwürttemberg. Déjà dans l'ordonnance ecclésiastique de 1553, la formation universitaire des pasteurs et leur mission éducative locale sont établies, et dans l'ordonnance synodale de 1648, la scolarité obligatoire pour tous les enfants est légalement établie. Dans le royaume de Wurtemberg, il y a des écoles primaires séparées par confession, subordonnées au Consistoire évangélique ou au Conseil ecclésiastique catholique. Dans chaque lieu, les pasteurs exercent la surveillance scolaire. Au début du XIXe siècle, la rémunération des instituteurs placés sous leur autorité est souvent très insuffisante et l'éducation scolaire de la majeure partie de la population est assez modeste, bien qu'il y ait eu peu d'analphabètes. La formation des enseignants protestants se fait depuis 1811 au séminaire des enseignants à Esslingen et depuis 1843 également à Nürtingen. Une institution catholique similaire existe depuis 1825 à Schwäbisch Gmünd. Les enfants de la bourgeoisie vont généralement à l'école latine, qui existe dans les villes. Des lycées sont établis à Stuttgart, Ulm, Heilbronn, Ehingen, Ellwangen et Rottweil, ainsi que des lycées à Ludwigsburg, Esslingen, Ravensburg, Reutlingen, Tübingen et Öhringen. Pour préparer les étudiants à la théologie protestante, il existe quatre séminaires protestants à Blaubeuren, Urach, Maulbronn et Schöntal. Au cours du XIXe siècle, un réseau d'écoles secondaires techniques est également mis en place. La seule université du pays est l'université de Tübingen, qui a obtenu une faculté des sciences politiques en 1817. Pour donner un foyer aux bricoleurs et inventeurs souabes, dans la tradition de leurs grands compatriotes Wilhelm Schickard ou Philipp Matthäus Hahn, l'école d'arts et métiers de Stuttgart est fondée en 1829, transformée en polytechnique en 1840, et devenue le précurseur de l'École polytechnique et donc de l'université de Stuttgart d'aujourd'hui.

En vertu de la "Loi relative aux affaires publiques des coreligionnaires israélites" de 1828, la scolarité est également introduite pour les enfants juifs. Les enseignants dans les écoles élémentaires israélites spéciales doivent avoir passé un examen de service, être citoyens et se conformer aux lois de l'État ainsi qu'à l'autorité de surveillance. Les écoles, les lois scolaires et les programmes d'études sont soumis à la surveillance de l'État. En l'absence d'école israélite, l'école du lieu doit être fréquentée, et tous les sujets sont obligatoires sauf l'enseignement religieux. Toutes les écoles privées doivent être dissoutes ou transformées en écoles publiques.

Éducation professionnelle en Wurtemberg

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Au cours du premier tiers du XIXe siècle, l'artisanat et la production industrielle coexistent. Dans le domaine de l'artisanat, la qualification pour fabriquer manuellement un produit est souvent devenue incidente à la qualification pour utiliser une machine produisant le produit. Cependant, compte tenu des innovations techniques, il y a des indications claires de futures exigences croissantes. Le dessin technique et la mesure précise sont de plus en plus considérés comme des qualifications importantes. En raison de leur formation principalement artisanale traditionnelle, les travailleurs employés dans les usines se révèlent peu qualifiés. Pendant des décennies, des travailleurs étrangers coûteux doivent être recrutés en tant que spécialistes.

Initialement, les raisons pour lesquelles des écoles du dimanche sont établies en Wurtemberg dès 1739 pour ceux qui ont quitté l'école primaire étaient de fournir une occupation utile entre la fin de la scolarité et le mariage. En 1825, les écoles du dimanche des métiers sont créées, où les artisans doivent être formés aux qualifications professionnelles nécessaires à l'avenir, et en 1848, des écoles de formation professionnelle sont créées. En 1854 et 1855, il y en a 20, dix ans plus tard, il y en a déjà plus de 100.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les entrepreneurs wurtembergeois se plaignent souvent du manque de main-d'œuvre qualifiée. Pendant trop longtemps, ils supposent que la majorité des entreprises peuvent compter sur les établissements de formation scolaire ou la formation professionnelle des entreprises artisanales. Cependant, cette attitude change lorsque les entreprises artisanales ne peuvent plus fournir suffisamment d'artisans qualifiés.

Pour remédier à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée et répondre aux derniers développements techniques, des ateliers de formation sont mis en place par les entreprises. Les entreprises ferroviaires situées en dehors du Wurtemberg, à Berlin et chez Schuckert à Nuremberg en 1883, jouent un rôle modèle. Cela vaut également pour la fabrique de machines Kuhn à Berg près de Stuttgart.

Traditions et associations

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Le développement de la bourgeoisie renforcé par les périodes culturelles du romantisme et du Biedermeier a conduit à la promotion des traditions régionales et des coutumes au sein des associations et des sociétés, à travers des lectures et de la musique de chambre. Les chorales ont joué un rôle particulier, se regroupant en 1849 pour former la Fédération des chanteurs souabes sous la direction de Karl Pfaff (de). Mais ce n'était pas seulement l'art qui était mis en avant, la beauté de la nature et de la patrie est également devenue une préoccupation majeure des gens, comme en témoigne la création de l'Association souabe de l'Alb (de) et de l'Association de la Forêt-Noire (de) du Wurtemberg. De plus, les associations ont joué un rôle culturellement formateur dans le maintien des traditions régionales, que ce soit dans les domaines de la musique, des costumes, des tireurs, des milices citoyennes et autres, surtout dans les communautés villageoises des régions rurales. Fondée en novembre 1863, l'Association de Santé du Wurtemberg (de) était la première société nationale de la Croix-Rouge de l'histoire. En 1909, le Foyer Souabe (de) a été fondé.

Littérature et journaux

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Le royaume du Wurtemberg a produit peu de personnalités renommées dans le domaine des beaux-arts et de la musique, ce qui peut être attribué au piétisme, auquel tout semble important (?). Les grands talents sont rarement recherchés et encouragés dans le domaine artistique. Si nécessaire, de tels talents viennent souvent de l'extérieur du Wurtemberg, principalement à la Cour de Stuttgart. En revanche, la liste des poètes wurtembergeois est plus fournie. Le Bottin de Stuttgart de 1840 répertorie pas moins de 249 écrivains, confirmant l'importance de l'imprimerie et de l'édition à Stuttgart. Parmi les poètes particulièrement célèbres, citons Friedrich Hölderlin, Gustav Schwab, Justinus Kerner, Ludwig Uhland, le comte Christian Friedrich Alexander von Wurtemberg, Wilhelm Hauff, Wilhelm Waiblinger, Eduard Mörike, Karl Gerok, Hermann Kurtz, Ludwig Pfau, Ottilie Wildermuth, Isolde Kurz, Christian Wagner et Hermann Hesse. Tous les écrivains et penseurs de renom n'ont pas toujours été bien vus par le royaume, de sorte que par exemple Berthold Auerbach et Theobald Kerner ont dû purger une peine d'emprisonnement dans la forteresse de Hohenasperg. Parmi ceux qui ne sont pas originaires de la région mais y sont devenus célèbres comme écrivains figurent Therese Huber, Nikolaus Lenau qui a rejoint le cercle des poètes de Serach, et Friedrich Wilhelm Hackländer. Friedrich Schiller, qui ne figure pas dans la liste précédente, car décédé avant la fondation du royaume : il demeure la personnalité littéraire la plus connue du Wurtemberg, avec une renommée internationale, et qui a façonné l'image de l'histoire littéraire allemande. Cette importance de Schiller dans le royaume du Wurtemberg est attestée par de nombreux monuments à Schiller dans les villes wurtembergeoises jusqu'à aujourd'hui, comme le monument à Schiller de Bertel Thorvaldsen, érigé en 1839 sur la place du Vieux Château de Stuttgart, l'actuelle place Schillerplatz.

Le journal général fondé en 1798 à Tübingen par Johann Friedrich Cotta sous le titre initial de "Neueste Weltkunde" (Les Dernières Nouvelles du Monde) tombe victime de la censure en 1803 et doit d'abord se déplacer à Ulm, puis à Augsbourg à partir de 1807. Il est remplacé dans le Wurtemberg par le Morgenblatt für gebildete Leser (Journal du matin pour lecteurs cultivés) de 1807 à 1865. D'autres journaux importants à l'échelle régionale sont le Schwäbische Merkur (Mercure de Souabe) de 1785 à 1941, le Stuttgarter Neue Tagblatt (Nouveau Quotidien de Stuttgart) de 1844 à 1943 et le journal de gauche libérale Der Beobachter (L'Observateur) de 1831 à 1920. Organe des sociaux-démocrates du Wurtemberg, la Schwäbische Tagwacht (La Garde du Jour souabe) parait de 1881 à 1933 aux éditions J. H. W. Dietz. Parmi les journaux régionaux importants, on peut citer le Schwarzwälder Bote (Le Messager de la Forêt-Noire), la Heilbronner Neckar-Zeitung (Le Journal du Neckar de Heilbronn) et l'Ulmer Tagblatt (Le Quotidien d'Ulm).

Arts plastiques et architecture

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Au début du royaume du Wurtemberg, existent des artistes du classicisme souabe issus de la Haute école Charles (de), dont le plus célèbre représentant est le sculpteur Johann Heinrich Dannecker, directeur fondateur de la nouvelle École d'art d'État de Stuttgart de 1829 à 1838. Outre Dannecker, le peintre Gottlieb Schick est également très connu. À l'époque du roi Guillaume Ier, Johannes Ludwig von Hofer (1802-1887) est sculpteur de la cour.

En 1843, la Staatsgalerie Stuttgart (Musée des Beaux-Arts) est inaugurée, bien que possédant au départ fort peu d'œuvres d'art importantes des collections royales. L'architecte du bâtiment muséal néoclassique, construit entre 1839 et 1843, est Gottlob Georg Barth, qui édifie également la Nouvelle Aula de l'université de Tübingen de 1841 à 1845. D'autres architectes importants du classicisme au Wurtemberg sont Nikolaus Friedrich von Thouret, Giovanni Salucci et Christian Friedrich von Leins.

La fin du classicisme, vers le milieu du XIXe siècle, entraîne un relatif ralentissement du développement artistique dans le royaume. À l'Académie des Beaux-Arts de cette époque enseigne par exemple le peintre conservateur de genre et d'histoire Heinrich von Rustige. Les arts plastiques ne connaissent un nouveau soutien important que sous le roi Guillaume II, qui fait venir à Stuttgart des peintres comme Leopold von Kalckreuth et Robert Poetzelberger. D'autres peintres wurtemburgeois de cette période sont Christian Landenberger, Albert Kappis et Otto Reiniger. Un représentant particulier de l'impressionnisme est Hermann Pleuer (1863-1911), originaire de Schwäbisch Gmünd, surtout connu pour ses peintures de motifs ferroviaires et industriels. Julius Kornbeck et Friedrich Eckenfelder se distinguent comme peintres paysagistes de leur Souabe natale respective. Depuis 1876, le sculpteur Adolf von Donndorf officie à l'Académie des Beaux-Arts.

Dans le domaine de l'architecture et de l'urbanisme au début du 20e siècle, il faut mentionner l'œuvre de Theodor Fischer et de son élève Paul Bonatz, l'architecte du bâtiment de la gare centrale de Stuttgart.

Musique et théâtre

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D'importants musiciens, venus généralement de l'extérieur du Wurtemberg, officient à la chapelle de la cour de Stuttgart, comme les maîtres de chapelle Conradin Kreutzer (1812-1816), Johann Nepomuk Hummel (1816-1818), Peter Joseph von Lindpaintner (1819-1856), Johann Joseph Abert (1867-1888) et Max von Schillings (1908-1918). Le ballet de Stuttgart est très réputé sous la direction de Filippo Taglioni, le père de la danseuse Marie Taglioni[4], à l'époque du roi Guillaume Ier.

Le théâtre brille sous l'intendance du comte Karl von Leutrum-Ertingen de 1829 à 1841. L'Opéra de la cour de Stuttgart connait une période faste de 1844 à 1864 avec le chanteur de chambre bohémien Johann Baptist Pischek. À l'université de Tübingen, le compositeur souabe de lieder Friedrich Silcher officie comme directeur musical de 1817 à 1860.

En 1857 est fondée l'École de musique de Stuttgart, devenue plus tard le Conservatoire. Vers la fin des années 1880, l'intégralité de L'Anneau du Nibelung est montée à Stuttgart sous la direction de Hermann Zumpe. Le Théâtre royal de la cour connait une grande vague de modernisation sous l'ère de l'intendant général Joachim Gans zu Putlitz à partir de 1892, et dans l'atmosphère libérale, des œuvres censurées à Berlin sont jouées à Stuttgart. Un grand émoi secoue la scène culturelle wurtembergoise et de larges franges de la population en 1910 avec le meurtre par jalousie de la chanteuse d'opéra Anna Sutter. En 1912 a lieu à Stuttgart la création mondiale d'Ariadne auf Naxos sous la direction du compositeur Richard Strauss.

Liste des rois de Wurtemberg

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Liste des prétendants au trône de Wurtemberg

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Articles connexes

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Repères historiques

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Références

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  1. a b et c (de) Willi A. Boelcke (de), Sozialgeschichte Baden-Württembergs 1800–1989, Stuttgart, Kohlhammer, , p. 16.
  2. (de) « Königreich Württemberg », sur deutsche-schutzgebiete.de.
  3. a et b (de) « Gemeindeverzeichnis Deutschland 1900 », sur gemeindeverzeichnis.de, .
  4. (de) Paul Sauer, Reformer auf dem Königsthron. Wilhelm& I. von Württemberg, Stuttgart, DVA, , 376 p. (ISBN 3-421-05084-8).

Liens externes

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