Abbaye Saint-Médard de Soissons

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Abbaye Saint-Médard de Soissons
image illustrative de l’article Abbaye Saint-Médard de Soissons
L'abbaye de nos jours
Présentation
Culte Catholicisme
Type Abbaye
Début de la construction VIe siècle
Fin des travaux Rasée en 1793
Protection Logo monument historique Classé MH (1875, Crypte)
Logo monument historique Classé MH (1921, Chapelle)[1]
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Hauts-de-France
Département Aisne
Ville Soissons
Coordonnées 49° 22′ 59,23″ nord, 3° 20′ 39,51″ est

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Abbaye Saint-Médard de Soissons

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Abbaye Saint-Médard de Soissons

L’abbaye Saint-Médard est un monastère de moines bénédictins de la région du Soissonnais qui fut l'une des fondations religieuses les plus puissantes sous les Carolingiens, notamment sous Charlemagne et Louis Le Pieux. De ses premières fondations sous Clotaire au VIe siècle, ne subsistent que quelques ruines et une crypte.

Histoire[modifier | modifier le code]

Statue de Médard à Saint-Médard-d'Eyrans.

L'abbaye Saint-Médard sous les Mérovingiens[modifier | modifier le code]

Cette abbaye est fondée en 557 par le roi des Francs Clothaire Ier, pour y recevoir les reliques de saint Médard. Les restes de saint Médard sont provisoirement abrités dans un mausolée en bois. Clothaire meurt avant le parachèvement des travaux, et c'est son fils Sigebert Ier qui inaugure l'église et la fait décorer. Les deux bâtisseurs mérovingiens sont inhumés dans cette église (in basilicam), en face du tombeau de Médard (ante tumulum).

En novembre 751 le dernier Mérovingien, Childéric III, est déposé dans l'abbaye par Pépin le Bref. Ce dernier se fait également sacrer roi des Francs, en l'Abbaye Saint-Médard de Soissons, par les évêques de Gaule, devenant ainsi le premier roi de la dynastie des Carolingiens.

L'abbaye Saint-Médard sous les Carolingiens[modifier | modifier le code]

Sous les Carolingiens, l’abbaye joue un rôle déterminant dans les affaires du royaume. Elle est au début du IXe siècle l’un des domaines seigneuriaux les plus puissants de l’empire et ses abbés sont considérés comme les premiers seigneurs de France. Le centre de son pouvoir se situe à Soissons où l’abbaye dispose d’une véritable cité monacale où vivent plus de quatre cents religieux; elle comprend une basilique, un palais royal, un palais abbatial, plusieurs églises, chapelles, cloîtres, écoles, préaux, jardins et vignes. En dehors de la cité, dépendent de sa juridiction plusieurs autres abbayes, prieurés, prévôtés et deux cent vingt paroisses, villages, fermes et manoirs, fiefs comme la seigneurie de Vic-sur-Aisne. Sa puissance et son étendue sont bien supérieures aux Maisons nobles de l’empire. Aussi peut-on comprendre pourquoi aucune seigneurie laïque ne s’impose dans le Pays du Soissonnais pendant le règne des Carolingiens.

L'Abbaye Saint-Médard de Soissons déjà favorite de Charlemagne figure également comme une abbaye de premier rang pour Louis-le-Pieux et reçoit ses faveurs en recevant droit de battre monnaie et en n'étant assujettie à aucune contribution ni pécuniaire ni militaire, contrairement à ce qui était imposé aux autres abbayes de l'empire.

L’« Évangéliaire de Saint-Médard », un manuscrit préparé dans les dernières années du règne de Charlemagne à l’École palatine d’Aix-la-Chapelle, provient du scriptorium du monastère. Par l'ampleur des moyens qui ont dû être mis en œuvre pour sa fabrication, par la démesure de sa composition (par exemple la taille des portraits des Évangélistes) et par la qualité des coloris, c’est un des spécimens les plus représentatifs de l’enluminure carolingienne du début du IXe siècle.

En 825, Louis le Pieux associe l'évêque de Soissons Rothad, au comte Ruotfrid dans les fonctions de Missi dominici dans le Soissonnais. Le cousin de l'empereur Louis Le Pieux, l'Abbé Hilduin, archi-chapelain du Palais impérial, qui n'est autre que le plus haut représentant ecclésiastique de la cour impériale, est nommé pour régir les trois abbayes les plus importantes de l'empire que sont l'Abbaye Saint-Denis, l'Abbaye Saint-Médard et l'Abbaye de Saint-Germain des Prés.

En 826, l'abbaye reçut des reliques de saint Sébastien, qui y furent déposées par Hilduin de Saint-Denis, archichapelain de Louis le Pieux (voir les Annales regni Francorum, ad a. 826).

Le 13 novembre 833 se réunit le synode convoqué par Lothaire et présidé par l’archevêque Ebon de Reims, qui déposa pour la seconde fois l'empereur Louis le Pieux. Louis fut contraint de lire des aveux forcés, de rendre les armes, d'endosser le cilice, d'abdiquer et de renoncer au monde.

Sous Charles III le Gros, en 884, la totalité du Soissonnais est envahie par les Normands ; même l’enceinte fortifiée de la ville de Soissons qui jusqu’alors avait résisté à l’envahisseur, cède face aux troupes vikings conduite par Hasting. L’abbaye Saint-Médard de Soissons est pillée. En novembre 885, les Normands sous le commandement de Sigfried, arrivent aux portes de Paris.

En 886, Sigfried lance un assaut contre la cité parisienne, mais essuie un échec contre Eudes, comte de Paris, issu de la famille noble des Robertiens, fils aîné de Robert le Fort. Sigfried et ses troupes se retranchent alors dans le Soissonnais et entrent dans la cité abbatiale Saint-Médard de Soissons; ses églises, ses palais et monastères sont pillés puis incendiées par l'envahisseur Normand.

Fortifications de l'Abbaye Saint-Médard de Soissons

En 888, Eudes qui prendra la couronne de France, dirige ses troupes contre les Vikings dans le Soissonnais et fait construire tout autour de l'abbaye une enceinte munie de tours et fortifie les diverses possessions de l'Abbaye dans le Soissonnais dont le château de Vic-sur-Aisne.

Beaucoup d'abbés laïcs dirigeront l'abbaye de Saint-Médard. Apparaissant sous Charles le Chauve en 866, les abbés laïcs, se multiplient partout dans le royaume. Comme leurs homologues ecclésiastiques, ils sont chargés de percevoir l'impôt sur les biens, la Dime. Ainsi, à cette même époque, de nombreux seigneurs obtiennent du roi le titre d'Abbé laïque, permettant ainsi de jouir d'une certaine immunité fiscale et surtout d'intégrer la dime aux revenus de leurs seigneuries.

Parmi les abbés laïcs célèbres de l'Abbaye Saint-Médard de Soissons, on trouve notamment Carloman, 860-870, fils de Charles II le Chauve, Herbert II de Vermandois, 907-943, comte de Meaux, du Soissonnais et du Vermandois, Herbert l'Ancien, 946-980/984, son fils, comte de Meaux et comte de Troyes

Le moine Odilon († vers 920) a écrit une Histoire de la translation des reliques de saint Sébastien, martyr, et de saint Grégoire, pape, au monastère de Saint-Médard à la demande d'Ingramme ou Enguerrand, alors prévôt de l'abbaye, et qui fut ensuite évêque de Laon (entre 932 et 936) ; ce texte fut d'abord publié par Jean Bolland, sans nom d'auteur. Odilon fit aussi le récit de la translation des reliques de plusieurs autres saints dans le monastère, et Jean Mabillon a publié les deux textes dans le tome V des Actes de l'ordre de saint Benoît, avec la préface du premier, que n'avait pas donnée Jean Bolland, et aussi une lettre d'Odilon à Hucbald, moine de Saint-Amand, qui lui avait envoyé sa Vie de saint Lebwin, à quoi Odilon répondit par l'envoi de son Histoire de la translation des reliques de saint Sébastien. On possède également trois discours anonymes concernant le monastère (dont un traitant à nouveau des reliques de saint Sébastien et des libéralités des rois envers l'établissement, et un éloge de saint Médard et de saint Gildard, son frère), où certains reconnaissent le style d'Odilon.

L'abbaye de Saint Médard jusqu'à la Révolution[modifier | modifier le code]

Plan de l'abbaye Saint-Médard de Soissons

L’abbaye Saint-Médard fut détruite par les Normands et les Magyars, puis reconstruite au XIe siècle. L’abbaye fut détruite en 1567 au début des guerres de religions, reconstruite en partie en 1630 avant d'être rasée jusqu'à la crypte en 1793.

Otto von Corvin affirme dans son essai anticlérical intitulé « le Miroir des curés » (Pfaffenspiegel) que cette abbaye a été en son temps une espèce d'atelier de faussaires, que l’Église aurait établi pour dresser des titres de propriété qu'elle n'avait pas : « Le moine Guernon avoua sur son lit de mort qu'il avait parcouru toute la France pour fournir aux églises et monastères des actes falsifiés. Aussi n’est-il guère étonnant qu’on ait pu évaluer les biens du clergé en France à la Révolution à 3 000 milliards de francs[2]! »

La crypte fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1875[1]. La chapelle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [1].

L'édifice[modifier | modifier le code]

L'historien français Eugène Lefèvre-Pontalis conclut des sources écrites que l'abbaye de Saint-Médard a été édifiée en quatre phases successives, aux VIe, IXe, XIIe et XVIe siècles. La date de la construction de la crypte, seule partie à subsister, est contestée. Lefèvre-Pontalis la fait remonter aux années 826–841, alors que Jacobsen la date de la première moitié du XIe siècle. Il est en tout cas certain que les sources attestent pour la première fois de l’existence de la crypte en 1079. Ce ne fut ni une construction séparée ou ajoutée après coup, mais une composante à part entière de l'abbaye, qui par sa forme est très similaire à la crypte Saint-Willibrord d’Echternach. Des trois chapelles du XIIe siècle, seule la chapelle méridionale subsiste, et a fait l'objet de réparations dans les années 1970.

L'abbaye Saint-Médard elle-même était une basilique allongée à trois nefs avec des collatéraux voûtés. Elle comportait deux tours carrées à l'extrémité du transept oriental. Côté ouest, l'entrée de la nef était constituée d'un porche monumental, assorti de deux tours carrées de part et d'autre, faisant de la façade ouest l’une des plus imposantes d'alors. La crypte s’étendait jusque sous le maître-autel oriental et est large de 30 m.

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Abbés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Ancienne abbaye Saint-Médard », notice no PA00115940, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Otto von Corvin, Pfaffenspiegel (réimpr. 5e) (lire en ligne), p. 285
  3. (en) Charles Cawley, « Carolingians », sur Medieval Lands, Foundation for Medieval Genealogy, 2006-2016 (consulté le 20 février 2018).
  4. Eugène Alexis Escallier, L'Abbaye d'Anchin 1079-1792, Lille 1852; L. Lefort, chap VII, p. 86.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Saint-Médard (Soissons) » (voir la liste des auteurs).
  • Eugène Lefèvre-Pontalis, Étude sur la date de la crypte de Saint-Médard de Soissons, in Congrès archéologique, no 54 (1887), p. 303-324.
  • (de) Werner Jacobsen, Die ehemalige Abteikirche Saint-Médard bei Soissons und ihre erhaltene Krypta. In: Zeitschrift für Kunstgeschichte 46 (1983), p. 245-270.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]