Invasion omeyyade en France

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Invasion omeyyade en France
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La bataille de Poitiers en 732, dépeignant un Charles Martel triomphant (chevauchant) faisant face à Abd al-Rahmân al-Rhafiqi (droite). Peinture (1837) de Charles de Steuben.
Informations générales
Date 719-759
Lieu Royaume d'Aquitaine et Septimanie
Issue Victoire franque
Changements territoriaux Le royaume des Francs conquiert la Septimanie
Belligérants
Califat omeyyade
Al-Andalus
Septimanie wisigothe
Duché de Provence
Duché d'Aquitaine
Duché de Vasconie
Royaume des Francs
Commandants
Al-Samh ibn Malik al-Khawlani
Abd al-Rahmân al-Rhafiqi
Yusuf al-Fihri
Ardo
Ansemond
Mauronte
Eudes d'Aquitaine
Hunald d'Aquitaine
Waïfre d'Aquitaine
Charles Martel

Expansion de l'islam

Batailles

Narbonne (719) · Toulouse (721) · Bordeaux (732) · Poitiers (732) · Avignon (737) · Narbonne (737) · Berre (737) · Nîmes (737) · Narbonne (752-759) · Tourtour (973) · Cap Colonne (982)

L'invasion omeyyade du Duché d'Aquitaine, de la Septimanie et du royaume franc se situe dans la continuité de la conquête omeyyade de la péninsule ibérique, dirigée par le commandant berbère Tariq ibn Ziyad en 711. Au cours du viiie siècle, les armées omeyyades musulmanes envahissent la région de la Septimanie, dernier vestige du royaume wisigoth[1].

L'avancée des Omeyyades est arrêtée à la Bataille de Toulouse en 721, mais ceux-ci razzient sporadiquement le sud de la Septimanie et du royaume franc jusqu'à Avignon, Lyon et Autun[1]. Après la bataille de Poitiers en 732, les Francs maintiennent leur souveraineté sur l'Aquitaine et réaffirment leur autorité sur la Bourgogne, mais c'est seulement plus tard, en 759, qu'ils prennent la Septimanie, en raison de la négligence andalouse et de la défection locale des Goths[1].

Conquête omeyyade de la Septimanie[modifier | modifier le code]

En 716, sous la pression des musulmans venant du sud, le royaume des Wisigoths est rapidement réduit à la seule province de Septimanie, une région qui correspond approximativement au Languedoc-Roussillon moderne. En 717, les Omeyyades d'al-Hurr ibn Abd al-Rahman al-Thaqafi commencent à traverser les Pyrénées orientales en territoire aquitain et en Septimanie dans la suite de leur conquête ibérique, mais le commandant ne réussit pas à s'étendre plus loin.

Après avoir été remplacé par al-Samh, les forces arabo-berbères s'emparent de Barcelone et mettent le siège à Narbonne (Arbouna pour les Arabes) en 719 en dépit de la résistance locale. À partir de 720, Narbonne est devenue la capitale de la Septimanie musulmane, et utilisée comme base pour les razzias. Une mosquée est établie à Narbonne à l'intérieur de l'église de Saint-Rustique.

Cependant, la marée omeyyade est temporairement interrompue à grande échelle lors de bataille de Toulouse, lorsque l'Émir al-Samh (le "Zama" des chroniques chrétiennes) est tué par Eudes d'Aquitaine. Dans les termes généraux, la Septimanie gothique se rend aux mains des Musulmans dans des conditions favorables, permettant aux Omeyyades de contrôler la région avec le soutien sous conditions de la population locale et de la noblesse gothique.

En 725, son successeur, Anbasa ibn Suhaym Al-Kalbi assiège la ville de Carcassonne, qui doit accepter de donner la moitié de son territoire, de rendre hommage, et de faire une alliance offensive et défensive avec les forces musulmanes. Nîmes et toutes les autres villes septimaniennes tombent sous l'emprise des Omeyyades. Dans les combats féroces des années 720, les massacres et la destruction affectant plus particulièrement la vallée de l'Ebre et de la Septimanie créent un flot de réfugiés qui s'installent dans le sud de l'Aquitaine au delà des Pyrénées et la Provence[2].

Au cours de cette période, le commandant berbère Uthman ibn Naissa ("Munuza") devient gouverneur de la Cerdagne (y compris une grande partie de l'actuelle Catalogne). À partir de cette période, le ressentiment contre les dirigeants arabes s'accroît au sein des troupes berbères.

Raid sur l'Aquitaine et le Poitou[modifier | modifier le code]

L'Espagne musulmane en 732, la Septimanie est vers le nord-est, autour de Carcassonne.

La révolte d'Uthman ibn Naissa[modifier | modifier le code]

En 725, toute la Septimanie est sous la domination omeyyade. Uthman ibn Naissa, le seigneur berbère souverain des Pyrénées orientales, se sépare de Cordoue, établissant une principauté reposant sur une hégémonie berbère (731). Le dirigeant berbère s'allie avec le duc d'Aquitaine Eudes, qui est alors désireux de stabiliser ses frontières, et il est écrit qu'il marie sa fille à Eudes. Uthman ibn Naissa fait tuer Nambaudus, l'évêque d'Urgell[3], un clerc agissant sur les ordres de l'Église de Tolède.

Le nouveau gouverneur omeyyade de Cordoue, Abd al-Rahman al-Rhafiqi, rassemble une expédition pour punir le commandant berbère de son insubordination, l'encerclant et le mettant à mort en Cerdagne, selon les Chroniques mozarabes, un juste châtiment pour le meurtre de l'évêque gothique.

Expédition sarrasine sur l'Aquitaine[modifier | modifier le code]

Enhardi par son succès, il attaque l'allié d'Uthman ibn Naissa, le duc Eudes, qui venait tout juste de subir l'offensive dévastatrice de Charles Martel sur Bourges et le nord de l'Aquitaine (731). Continuant de s'arranger pour recruter le nombre nécessaire de soldats, l'indépendant Eudes se confronte aux forces d'al-Rhafiqi qui s'étaient brisées au nord au niveau des Pyrénées occidentales, mais ne peut pas retenir cette fois la poussée du chef arabe contre Bordeaux. Le seigneur aquitain est battu à la Bataille de Bordeaux, en 732. Les forces omeyyades se déplacent ensuite vers le nord pour envahir le Poitou, dans le but de piller la Basilique Saint-Martin de Tours.

Bataille de Poitiers (732)[modifier | modifier le code]

Eudes trouve encore le moyen de sauver son emprise sur l'Aquitaine en mettant en garde le commandant franc Charles du danger imminent à l'encontre de la ville franque sacrée de Tours. Les forces omeyyades sont vaincues dans la Bataille de Poitiers en 732, considérée par beaucoup comme un tournant dans l'expansion musulmane en France. Avec la mort d'Eudes en 735 et après avoir contré la tentative séparatiste de l'Aquitaine menée par le duc Hunald, Charles Martel s'occupe de la Bourgogne (734, 736) et de la Septimanie (736, 737).

L'expansion en Provence de Charles Martel[modifier | modifier le code]

Les troupes musulmanes laissant Narbonne à Pépin le Bref, en 759, après 40 années d'occupation.

Toutefois, en 734, les forces omeyyades (appelé "Sarrasins" par les chroniques de cette époque) sous les ordres d'Abd el-Malik el Fihri, le successeur d'Abd al-Rahman, reçoivent sans combattre la soumission des villes d'Avignon, d'Arles, et probablement de Marseille, dirigées par le comte Mauronte. Le patricien de la Provence avait appelé les forces andalouses pour protéger un de ses bastions de la pression des carolingiens, estimant peut-être ses propres garnisons trop faible pour repousser l'armée bien organisée et solide de Charles Martel, constituées de vassaux enrichis par les terres de l'Église.

Charles fait face à l'opposition des différents acteurs régionaux. Pour commencer avec la noblesse gothique et gallo-romaine de la région, qui craignent sa politique agressive et dominatrice[4]. Charles décide de s'allier avec le roi lombard Liutprand, afin de repousser les omeyyades et la noblesse locale de sang gothique et gallo-romain. Il subit également l'hostilité des ducs d'Aquitaine, qui mettent en péril l'arrière-garde de Charles et de son successeur, Pépin (737, 752) au cours de leurs opérations militaires en Septimanie et en Provence. Les ducs d'Aquitaine, à leur tour, s'appuient largement sur la force de leurs troupes basques, agissants dans le cadre d'une alliance stratégique avec les Aquitains depuis le milieu du VIIe siècle.

En 737, Charles capture et réduit en ruines Avignon, en plus de détruire la flotte andalouse. Le frère de Charles, Childebrand, a toutefois échoué à faire le siège de Narbonne. Charles attaque plusieurs autres villes qui avaient collaboré avec les omeyyades, et détruit leurs fortifications: Béziers, Agde, Maguelone, Montpellier, Nîmes. Avant son retour vers le nord de la France, Charles réussit à écraser toute opposition en Provence et dans le Bas Rhône. Le comte Mauronte de Marseille fuit vers les Alpes.

Perte de la Septimanie[modifier | modifier le code]

Les musulmans réaffirment leur autorité sur la Septimanie pour 15 années supplémentaires. Toutefois, en 752, le roi Pépin, nouvellement proclamé, mène une nouvelle campagne en Septimanie, quand l'allégeance régionale gothique bascule en faveur du roi franc. Cette année, Pépin conquiert Nîmes et va soumettre une bonne partie de Septimanie jusqu'aux portes de Narbonne. Dans sa quête de soumettre la Septimanie musulmane gothique, Charles trouve l'opposition d'un autre acteur, le duc d'Aquitaine. Le duc Waïfre, conscient des ambitions expansionnistes de l'héritier de Charles Pépin le Bref, attaque l'arrière-garde franque avec une armée de basques lors du siège de Narbonne (752).

C'est finalement le roi franc qui réussit à prendre à Narbonne en 759, après avoir juré de respecter la loi gothique et gagnant ainsi l'allégeance de la noblesse et de la population gothique, ce qui marque la fin de la présence musulmane en Septimanie. En outre, Pépin dirige tout son effort de guerre contre le duché d'Aquitaine immédiatement après la soumission du Roussillon.

Pépin, père de Charlemagne, remplit l'objectif franc d'étendre les frontières défensives du royaume au-delà de la Septimanie et des Pyrénées, créant une barrière solide entre l'Émirat de Cordoue et la Francie. Cette zone tampon appelée la "Marche d'Espagne" devient par la suite un foyer pour la Reconquista.

Les derniers vestiges de la présence omeyyade en France se situent autour de Fraxinet, dans le massif des Maures. A la suite de la bataille de Tourtour en 973, les Sarrasins sont définitivement expulsés de leurs bases fortifiées en Provence. Divers raids atteindront encore le littoral et notamment les îles de Lérins en 1003, 1047, 1107 et 1197[5]. La dernière incursion sarrasine en Corse (par l'émir Abu Hosein Mogehid) aura lieu en 1014.

Héritage[modifier | modifier le code]

Certains mots arabes ont été empruntés, tels que tordjman (traducteur), qui est devenu drogoman en Provençal, et est encore en usage dans l'expression "par le truchement de". Certains noms de lieux dérivent également de l'arabe ou en mémoire d'un précédent lieu d'habitation musulman, comme Ramatuelle ou Saint-Pierre-d'Almanarre (de al-manar c'est-à-dire "le phare")[6].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Tricolor and crescent: France and the Islamic world par William E. Watson p.1
  2. Collins, Roger, The Arab Conquest of Spain 710-797, Oxford, UK / Cambridge, USA, Blackwell, (ISBN 0-631-19405-3), p. 213
  3. Collins, Roger, The Arab Conquest of Spain 710-797, Oxford, UK / Cambridge, USA, Blackwell, (ISBN 0-631-19405-3), p. 89
  4. Collins, Roger, The Arab Conquest of Spain 710-797, Oxford, UK / Cambridge, USA, Blackwell, (ISBN 0-631-19405-3), p. 92
  5. Lucien Musset, Les Invasions : le second assaut contre l'Europe chrétienne (VIIe-XIe siècles). Collection : Nouvelle Clio, Volume 12. Presses universitaires de France, 1965, p. 156.
  6. Xavier de Planhol et Paul Claval, An Historical Geography of France, illustrated, (ISBN 9780521322089), p. 84

Voir aussi[modifier | modifier le code]