Les Boloss des Belles Lettres

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Les Boloss des Belles Lettres est un tumblr créé en 2012 par Quentin Leclerc et Michel Pimpant pour publier des résumés en « langage boloss » des chefs-d'œuvre de la littérature classique. C'est ensuite un livre des mêmes auteurs, Les Boloss des Belles Lettres : la littérature pour tous les walouf, paru chez Flammarion en 2013. Une série télévisée hebdomadaire présentée par Jean Rochefort, également titrée Les Boloss des Belles Lettres, est par la suite diffusée sur YouTube et sur France 5 à partir du . Le premier livre est suivi d'un second opus, IOLO, connais-toi toi-même, tu sais, résumant, toujours en langage boloss, les classiques grecs et latins et publié par Les Belles Lettres en 2016.

Le comédien Jean Rochefort (ici en 2014), interprète en 2015-2016 de la série télévisée des Boloss des Belles Lettres.

Le tumblr[modifier | modifier le code]

En 2011, Quentin Leclerc et Michel Pimpant se rencontrent sur Twitter en débattant à propos des auteurs classiques et en s'amusant ensemble sur un projet d'encyclopédie décalée, l'Encyclopédie géniale, parodiant l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert avec des articles stupides sur la littérature et les sciences[n 1]. En 2012 ils créent le tumblr, Les Boloss des Belles Lettres, sur lequel ils publient, à partir de septembre, le résumé en langage boloss d'une centaine de chefs-d'œuvre de la littérature[1]. Deux résumés sont illustrés[2] par des vidéos « détournées » : celui de Madame Bovary en est « dit » par Georges Bataille interviewé par Pierre Dumayet[n 2] et celui du Parfum en est « dit » par Marguerite Yourcenar interviewée par Bernard Pivot sous l'œil dubitatif de Jean d'Ormesson[n 3]. Les deux illustrations sont publiées sur la première chaîne YouTube des Boloss des Belles Lettres par Pimpant Valtu, pseudonyme collectif de Michel Pimpant et Quentin Leclerc (Valtudinaire)[3].

Les auteurs[modifier | modifier le code]

Quentin Leclerc, dit Valtudinaire, dit Valtu, est en 2012 un étudiant de 21 ans en lettres modernes à l'université de Rennes. Michel Pimpant a 34 ans et, après un cursus également littéraire, traduit des jeux vidéo pour une entreprise spécialisée[1],[4].

Le « langage boloss »[modifier | modifier le code]

Le terme boloss, synonyme de « gros lourd » ou « bas de plafond », est approximativement défini par le linguiste Jean-Pierre Goudaillier comme le verlan de lobotomisé raccourci et le langage boloss comme celui de la rue. Les textes des auteurs de la littérature classique sont ici résumés dans une écriture épurée sans ponctuation et sans majuscule et dans un style décomplexé qui mélange des expressions du registre soutenu avec celles du « langage boloss » comme « zouz » (jeune fille), « ma gueule » (mon pote) ou les célèbres « lol » ou « ptdr » et autres termes issus de l'argot Internet[4],[5],[6].

Intention des auteurs[modifier | modifier le code]

La démarche de Quentin Leclerc et Michel Pimpant est à simple vocation humoristique, dans le seul objectif de sortir du discours universitaire normé et pompeux, sans illusion quant à sa faculté d'amener quelqu'un à lire : « L'élève qui se dit qu'il va lire Madame Bovary parce qu'il a trouvé drôle notre résumé, il se prend simplement un gouffre dans la tête[7]. » Ils se refusent d'ailleurs à toute optique pédagogique estimant qu'un propos comme « tiens regarde, toi jeune qui n'est pas capable de comprendre la littérature, je vais t'apprendre... » serait à la limite de l'insulte[1].

Réception[modifier | modifier le code]

Dès la rentrée 2012, le tumblr fait l'objet d'articles sur les magazines en ligne. Slate titre : « Les Boloss des Belles Lettres : si des cailleras attendaient Godot » en confiant que les auteurs se sont amusés à résumer les classiques de manière bien plus attrayante que la plupart des autres sites Internet tout en signalant l'ancienneté de la Revue littéraire de Kamel Toe[8],[9].

Le magazine Causeur offre une parodie de la biographie des auteurs et, sur le même ton, indique que le site se propose d'adapter les grands classiques afin de les rendre accessibles aux apprenants et de faciliter le travail de leurs professeurs. Toujours selon le magazine, et dans le même registre, Philippe Meirieu aurait déclaré :

« l'entreprise innovante de MM. Pimpant et Valtudinaire opère une reconfiguration syntaxique salutaire d'un patrimoine qu'il semblait urgent de réadapter aux exigences du vivre et de l'apprendre-ensemble afin de mettre fin au processus insupportable de la stigmatisation cognitive qui détruit le lien social et met en danger la relation appreneur-apprenant[10] »

Le ministre de l'Éducation nationale Vincent Peillon concluant en ces termes : « ça peu fér[10]. »

La presse écrite enchaîne dès les premiers mois de 2013. Ouest-France d'abord qui présente un Quentin Leclerc amusé d'entendre les gens autour de lui parler de son site sans savoir qui se cache sous le pseudonyme de Valtudinaire[11]. Puis L'Express et L'Obs qui présentent le parcours, la rencontre et la démarche des deux auteurs. Les deux journaux évoquent déjà le projet de publication d'un recueil chez Flammarion : « Un format roman, qui va faire super sérieux, mais avec les Boloss des belles lettres à l'intérieur. C'est le moment où tout le monde balance des textes très sérieux, et nous on arrive comme des malpropres et on balance la pire bouse de l'année »[1],[4]. Ce sont enfin les radios, locale et nationale, qui interviewent les auteurs et commentent le trumblr. France Bleu Armorique suit Quentin Leclerc dans sa librairie préférée[6] et Géraldine de Margerie sur France Inter lit deux extraits des Boloss, Madame Bovary et Le Père Goriot, dans le trash-test de Maxime Donzel et précise que le rêve des deux auteurs serait de faire lire leurs textes par Jean d'Ormesson[12]. Sur France Culture, Gérard Genette met en parallèle sa très courte parodie en trois mots de la recherche, « Marcel devient écrivain », avec celle des Boloss[13]. Les chaînes de télévision enfin : le site de France 3 Bretagne titre : « Du “boloss” aux belles lettres, la langue française n'a pas le seum »[14], Marie Drucker interroge dans le journal télévisé du sur France 2 : « Parlez-vous le djeun's ? » et le reportage présente Quentin Leclerc lisant la version boloss du Petit Prince et expliquant le caractère fascinant de ce langage en perpétuelle évolution[15].

Œuvres présentées sur le tumblr[modifier | modifier le code]

Le premier livre[modifier | modifier le code]

Les auteurs sont repérés par un éditeur et un premier livre, Les boloss des belles lettres : la littérature pour tous les walouf, préfacé par Philippe Meyer[16] et contenant cinquante résumés dont neuf inédits[17], est publié chez Flammarion dans l'édition J'ai lu en 2013[18]. Il porte en exergue une citation de Raymond Queneau (Journaux, 1914-1965) : « L'humour est une tentative pour décaper les grands sentiments de leur connerie[16]. »

Œuvres présentées dans le premier livre[modifier | modifier le code]

  • Madame Bovary
  • Lolita
  • L'Étranger
  • Cyrano de Bergerac
  • Le Père Goriot
  • Gatsby le magnifique
  • Les Confessions
  • L'Écume des jours, Boris Vian
  • Don Quichotte
  • Le Rouge et le Noir
  • L'Odyssée
  • Voyage au bout de la nuit
  • Le Parfum
  • Phèdre
  • Les Liaisons dangereuses
  • L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde
  • À la recherche du temps perdu
  • Roméo et Juliette
  • Germinal
  • La Métamorphose
  • Dracula
  • Le Petit Prince
  • La Princesse de Clèves
  • Le Cid
  • Ulysse
  • Gargantua
  • Rue des Boutiques obscures, Patrick Modiano
  • Les Fleurs du mal
  • Le Nom de la rose
  • Candide
  • Le Portrait de Dorian Gray
  • Les Choses
  • Œdipe roi
  • 1984

L'émission de télévision[modifier | modifier le code]

À la suite de leur succès, les deux auteurs proposent à Jean Rochefort[n 4] de présenter un sketch[19]. En , Madame Bovary, version boloss, réalisé par Serge Khalfon, est mise en ligne sur YouTube et fait deux millions de vues. France 5 propose d'en tirer une l'émission et diffuse une série de présentations entre le et le , chaque jeudi à 20 h 35[20],[21]. La pastille dure trois minutes, durant lesquelles Jean Rochefort, dans son propre appartement, conte les résumés des Boloss des Belles Lettres en « langage boloss ». À la mort de l'acteur en , cette courte série, atypique dans sa carrière, est régulièrement mentionnée aux côtés de ses grands films comme Le Grand Blond avec une chaussure noire, Que la fête commence, Un éléphant ça trompe énormément, Le Crabe-tambour, Tandem ou encore Ridicule[22],[23],[24],[25],[26].

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Œuvres évoquées sur Youtube et France 5[modifier | modifier le code]

  •  : Épisode pilote : Madame Bovary de Gustave Flaubert
  •  : Épisode 1 : Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry
  •  : Épisode 2 : Roméo et Juliette de William Shakespeare
  •  : Épisode 3 : Le Père Goriot d'Honoré de Balzac
  •  : Épisode 4 : Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos
  •  : Épisode 5 : La Métamorphose de Franz Kafka
  •  : Épisode 6 : L'Odyssée d'Homère
  •  : Épisode 7 : Phèdre de Jean Racine
  •  : Épisode 8 : Le Parfum de Patrick Süskind
  •  : Épisode 9 : Le Cid de Pierre Corneille
  •  : Épisode 10 : La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette
  •  : Épisode 11 : Germinal d'Émile Zola
  •  : Épisode 12 : Le Misanthrope de Molière
  •  : Épisode 13 : Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand
  •  : Épisode 14 : L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson
  •  : Épisode 15 : Les Misérables de Victor Hugo
  •  : Épisode 16 : Lorenzaccio de Alfred de Musset
  •  : Épisode 17 : Fables de Jean de La Fontaine : La Cigale et la Fourmi, Le Lièvre et la Tortue et Le Corbeau et le Renard
  •  : Épisode 18 : Dracula de Bram Stoker

Le deuxième livre[modifier | modifier le code]

En 2016, les éditions Les Belles Lettres publient un nouvel opus de Quentin Leclerc et Michel Pimpant, IOLO. Connais-toi toi-même, tu sais, consacré à cinquante classiques de la littérature greco-latine[27],[28] toujours résumés en langage boloss[29],[30],[31].

Œuvres présentées dans le deuxième livre[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Leurs premiers articles dans l'Encyclopédie géniale sont consacrés à une corne en plastique pour l'hygiène nasale et à une catapulte du Moyen Age.
  2. Il s'agit de l'interview détournée de Georges Bataille pour La Littérature et le Mal réalisée par Pierre Dumayet pour l'émission Lectures pour tous du 21 mai 1958 (voir et écouter en ligne).
  3. Il s'agit de l'interview détournée de Marguerite Yourcenar pour Mishima ou la Vision du vide et de Jean d'Ormesson pour Dieu, sa vie, son œuvre réalisée par Bernard Pivot pour l'émission Apostrophes du 16 janvier 1981 (voir et écouter en ligne).
  4. Jean Rochefort avait tourné en 1976 Les vécés étaient fermés de l'intérieur (voir en ligne), un film de Patrice Leconte coécrit par Gotlib dont les parodies en bande dessinée dans la Rubrique-à-brac de chefs-d'œuvre de la littérature comme son Petit Prince (voir en ligne) ne sont pas sans analogie avec les parodies des Boloss.
  5. a b c et d Déjà paru sur le tumblr.
  6. a b c et d Déjà paru dans le premier livre.
  7. a et b Déjà paru en vidéo sur YouTube et/ou France 5.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « Les Boloss des Belles Lettres : « Il n'y a pas de vrai boss en littérature française » », Rodolphe Gardies et Sébastien Reynaud, L'Express, 4 février 2013 (lire en ligne).
  2. « Les Boloss des Belles Lettres », résumés avril et janvier 2013 (lire en ligne).
  3. « Pimpant Valtu », YouTube (voir et écouter en ligne).
  4. a b et c « La littérature, ce truc de boloss », Maxime Lebufnoir, L'Obs, 12 février 2013 (lire en ligne).
  5. « bolos », Dictionnaire de la zone (lire en ligne).
  6. a et b « Boloss des Belles Lettres », interview, France Bleu Armorique, 2013 (écouter en ligne).
  7. « « C’est très dur d’amener quelqu'un à lire » », Sébastien Reynaud, Zone critique, 20 mai 2013 (lire en ligne).
  8. « Les Boloss des Belles Lettres: si des cailleras attendaient Godot », Charlotte Pudlowski, Slate, 12 septembre 2012 (lire en ligne).
  9. « Il se fait plez », Éric Loret, 14 avril 2010, Libération (lire en ligne).
  10. a et b « Les Boloss des Belles Lettres déchirent », Laurent Cantamessi, Causeur, 3 novembre 2012 (lire en ligne).
  11. « Le blog de Quentin dépoussière la littérature », Ouest-France, 13 janvier 2013 (lire en ligne).
  12. « Les boloss des belles lettres », Maxime Donzel et Géraldine de Margerie, le Trash-test, France Inter, 5 mars 2013 (écouter en ligne).
  13. « Éloge de la parodie : un texte peut en cacher un autre », Adèle Van Reeth, Les Chemins de la philosophie, France Culture, 18 mars 2013 (écouter en ligne).
  14. « Du “boloss” aux belles lettres, la langue française n'a pas le seum », Stéphane Grammont, France 3 Bretagne, 8 mars 2013 (lire en ligne).
  15. « Langage : l'évolution jeune », Marie Drucker, Le JT du 20h, France 2, 3 mars 2013 (voir et écouter en ligne).
  16. a et b « Leclerc et Pimpant. Les boloss des Belles Lettres 2013 », ABC de la langue française, Argot, extraits, (lire en ligne).
  17. « Entretien avec les Boloss des Belles Lettres », Loïc Di Stefano, Salon littéraire, L'Internaute, 23 août 2013 (lire en ligne).
  18. Quentin Leclerc et Michel Pimpant, Les boloss des belles lettres : la littérature pour tous les waloufs, Paris, J'ai lu, , 190 p. (ISBN 978-2-290-07192-2, notice BnF no FRBNF43640266).
  19. « Balzac, Homère, Corneille, en mode Boloss », Sonia Devillers, L'Instant M, l'Intégrale, France Inter, 29 janvier 2016 (voir et écouter en ligne).
  20. Jean Rochefort joue les boloss sur France 5, sur parismatch.com, consulté le 24 janvier 2016.
  21. Les Boloss des Belles Lettres avec Jean Rochefort débarquent sur France 5, sur lexpress.fr, consulté le 24 janvier 2016.
  22. Kevin Dero, « Jean Rochefort s'en est allé : quelques moments forts en images », sur rtbf.be, RTBF, (consulté le 26 février 2018).
  23. Delphine Perez, « Des boloss aux JO, un Jean Rochefort au verbe haut », Le Parisien, (consulté le 26 février 2018).
  24. « Quand Jean Rochefort mettait son swag au service des belles lettres », sur BibliObs, L'Obs, (consulté le 26 février 2018).
  25. Yves Souben, « Après la mort de Jean Rochefort, Les Boloss des belles lettres lui rendent un dernier hommage », Le HuffPost, (consulté le 26 février 2018).
  26. Alice Develey, « Jean Rochefort, un regretté boloss des belles lettres », Le Figaro, (consulté le 26 février 2018).
  27. Collectif Les Boloss des Belles lettres, Quentin Leclerc et Michel Pimpant, IOLO : Connais-toi toi-même, tu sais, Paris, Les Belles Lettres, , 214 p. (ISBN 978-2-251-44569-4, notice BnF no FRBNF44523342).
  28. « Yannick Jaulin et Les Boloss des Belles Lettres (Michel Pimpant et Quentin Leclerc) Tire la langue française ! », Mathilde Serrell et Martin Quenehen, Ping pong, France Culture, 14 mars 2016 (lire et écouter en ligne).
  29. « Les Boloss des Belles Lettres aux Belles Lettres », Les Belles Lettres (lire en ligne).
  30. « L'Iliade d'Homère résumé par Les Boloss des Belles Lettres », Laurent Provost, HuffingtonPost, 23 mars 2016 (lire en ligne).
  31. « Classiques latins et grecs : les Boloss ne font pas toujours mouche », Jérome Dupuis, L'Express, 5 juin 2016 (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]