Médée

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Médée, peinture murale romaine, v. 70-79, Galleria Nazionale di Capodimonte (Naples)

Dans la mythologie grecque, Médée (en géorgien : მედეა / Medea, en grec ancien Μήδεια / Mếdeia, en latin Medea) est la fille d'Éétès (roi de Colchide) et d'Idyie (la plus jeune des Océanides). Le nom de Médée est issu du verbe grec « médomai » (μηδομαι) « méditer », issu de la racine d'origine peut-être médique « med » : comprendre, concevoir[1]. Ce nom révèle peut-être le savoir ou la capacité à raisonner de ce personnage. Elle est magicienne, comme sa tante Circé que l'on retrouve par exemple dans l'Odyssée d'Homère, aède grec légendaire du VIIIe siècle av. J.-C.

Le mythe : de Colchide à Corinthe et Athènes[modifier | modifier le code]

Dans sa version classique, associée notamment à la tragédie d'Euripide et à Apollonios de Rhodes, la légende de Médée, particulièrement sombre, est constituée d'une succession de meurtres ponctuée d'une série de fuites. C'est pour cela qu'elle a accompli un voyage à travers toute la Grèce antique. Sa vengeance meurtrière a donné naissance au complexe de Médée. Il semble que les premières variantes du mythe n'aient pas toutes été aussi négatives sur le compte de Médée.

La version la plus répandue du mythe (Euripide, Apollonios)[modifier | modifier le code]

Les Argonautes en Colchide[modifier | modifier le code]

L'histoire de Médée débute avec l'arrivée des Argonautes en Colchide. Ceux-ci recherchent la Toison d'or sous le commandement de Jason (la quête ayant été initiée par son oncle Pélias, roi usurpateur d'Iolcos). La Toison est détenue par le roi de Colchide, Éétès, père de Médée, qui accepte de la céder si les héros accomplissent certaines tâches apparemment impossibles.

Or Médée tombe amoureuse de Jason, charmée par sa détresse. Le héros convoite surtout l'aide providentielle que ses pouvoirs pourraient lui apporter, ainsi cède-t-il à ses charmes. C'est ainsi que les Argonautes peuvent triompher des différentes embûches et conquérir la Toison d'or, avant de fuir vers l'ouest du Pont Euxin.

Furieux, Éétès, qui n'a pas l'intention de laisser échapper la Toison, entreprend de les poursuivre avec sa flotte. Médée favorise alors la fuite des Argonautes en tuant, à Tomis (« découpe » en grec), son propre frère cadet Apsyrtos, coupé en morceaux qu'elle sème derrière elle, retardant ainsi les poursuivants qui s'arrêtent à chaque fois pour les récupérer et offrir à l'héritier du trône une sépulture digne.

Arrivée à Iolcos[modifier | modifier le code]

De retour à Iolcos, Jason constate que Pélias a profité de son absence pour tuer son père et se débarrasser de sa famille. Il demande donc à Médée de préparer une vengeance. Les filles de Pélias désireuses de faire rajeunir leur père, demandent conseil à Médée. Celle-ci leur fait une démonstration : avec un bélier qu'elle coupe en morceaux et qu'elle fait bouillir dans une marmite en prononçant des incantations, elle fait ressortir de la marmite un agneau. Elle suggère alors aux filles de Pélias d'en faire autant avec leur père. Ces dernières s'exécutent. Cependant, Médée reste muette et ne prononce pas les incantations[2].

Corinthe[modifier | modifier le code]

Jason et Médée sont bannis d'Iolcos par Acaste, fils de Pélias ; ils se réfugient alors à Corinthe, où ils sont accueillis par le roi Créon. Mais Jason tombe amoureux de la fille du roi, Créuse, et il se marie avec elle, répudiant Médée. Celle-ci se venge en tuant sa rivale : elle lui offre une robe magique qui la brûle ainsi que son père, puis incendie le palais. Elle tue ensuite de ses mains les enfants qu'elle avait eus avec Jason (Merméros et Phérès).

Fuite vers Athènes puis retour en Colchide[modifier | modifier le code]

Médée, menacée par les Corinthiens, s'enfuit et trouve refuge auprès d'Égée, roi d'Athènes : elle lui promet ce qu'il convoite le plus — un fils —, et il accepte de l'épouser. Un enfant, Médos, naîtra effectivement peu après, pour qui Médée nourrira un destin royal ; cependant l'arrivée de Thésée à Athènes bouleverse ses plans et la dresse contre le nouveau-venu. Après plusieurs tentatives infructueuses, Médée réussit à convaincre son époux que Thésée est un imposteur, et qu'il convient de l'empoisonner : le drame est évité de justesse, Égée reconnaissant au dernier moment son fils à son épée et à ses sandales qu'il lui avait léguées. Folle de rage, elle s'empare alors du trésor d'Athènes, plusieurs tonnes de diamants. Dans sa fuite sur son char de feu tiré par des cobras, elle laisse échapper la moitié du trésor royal.

Découverte, Médée doit fuir Athènes avec son fils Médos. Médée rentre alors vers sa Colchide natale. Là, elle trouve sur le trône Persès, son oncle, qui avait détrôné son père après la fuite des Argonautes. Elle le tue et restitue le pouvoir à son père, Éétès[3].

Variantes du mythe[modifier | modifier le code]

Médée, par Eugène Delacroix (1862)

Mortalité de Médée et fin de ses aventures[modifier | modifier le code]

  • Chez Hésiode, les quatre grands-parents de Médée sont des divinités. Médée est donc elle aussi une immortelle.[4] Euripide semble la traiter comme une femme humaine et donc mortelle, malgré une scène finale s'apparentant à une apothéose maléfique. Chez Apollonius, Médée est aussi humaine et mortelle malgré une ascendance partiellement divine.
  • Les dernières étapes de la vie de Médée sont également sujettes à de nombreuses variantes. Hérodote lui connaît ainsi une autre fin: après avoir fui Athènes sur son char volant en compagnie de son fils Médos, Médée s'installe sur le plateau iranien parmi un peuple appelé les Ariens, qui prend alors le nom de Mèdes en référence à Médée[5]. Chez Diodore de Sicile[6], Médée n'a pas d'enfant à Athènes et, après la découverte de son complot contre Thésée, Égée la fait raccompagner par une armée jusque dans un pays de son choix. Elle choisit la Phénicie, d'où elle s'éloigne ensuite en Asie où elle épouse un roi illustre qui lui donne un fils, Médos, qui hérite du trône de son père et donne à son peuple le nom de Mèdes.

Rapports avec Jason et les Argonautes[modifier | modifier le code]

  • Couple formé avec Jason. La paternité de Médos est sujette à débats selon les auteurs. Le premier à le mentionner est en effet Hésiode [7] et pour lui Médos est le fils de Médée et Jason, tandis que les sources imputant la paternité de Médos à Égée ou à un roi arien sont toutes ultérieures à Euripide. Plus généralement, ni Hésiode ni Pindare ni aucun auteur antérieur à Euripide ne signale que le couple formé par Médée et Jason se serait séparée, où que Médée aurait eu des enfants avec d'autres hommes (cf. point ci-dessous sur l'absence d'infanticide dans les plus anciennes versions du mythe). Chez Hésiode, l'histoire de Médée et Jason s'achève d'ailleurs à Iolcos, où tous deux parviennent à chasser Pélias et à reconquérir le trône.
  • Rôle dans l'expédition des Argonautes. Hésiode ne donne pas d'importance particulière à Médée dans la quête de la Toison d'Or. Son rôle dans l'expédition des Argonautes devient toutefois majeur dès les Pythiques de Pindare (quatrième Pythique, datant de -462)[8]. Il ne semble pas qu'il soit question du meurtre d'Apsyrtos chez les premiers auteurs à avoir évoqué l'expédition des Argonautes.

Absence d'infanticide dans les premières versions du mythe[modifier | modifier le code]

La plus ancienne mention d'un séjour de Médée à Corinthe se trouve dans les fragments des Corinthiaques d'Eumelos de Corinthe. Dès cette occurrence, l'épisode corinthien connaît une fin funeste, avec la mort des enfants de Médée et Jason, sans que Médée soit une meurtrière pour autant. Chez Eumélos, Hélios a offert le trône de Corinthe à son fils Éétès. Médée, alors reine de Iolcos avec Jason, est appelée par les Corinthiens pour gouverner directement la ville à la place des légats de Colchide, avec l'accord d'Éétès. Il ne semble pas y avoir de différend entre celui-ci et Jason, qui est couronnée roi de Corinthe avec sa femme. C'est dans le temple d'Héra à Corinthe que les deux enfants de Jason et Médée trouvent la mort, au cours d'un sortilège lancé par leur mère pour leur faire partager l'immortalité qu'elle tient de son ascendance divine. La mort accidentelle de leurs enfants entraîne la séparation de Médée et Jason, qui retourne à Iolcos[9].

Créophylos de Samos, contemporain d'Homère et d'Eumélos, attribue à Médée le meurtre de Créon, tandis que l'assassinat des enfants du couple est le fait de partisans du roi de Corinthe.[10] Une version similaire de l'assassinat des enfants de Médée par des Corinthiens est également signalée par le philologue grec tardif Parménisque. Selon lui, les Corinthiens se seraient soulevés contre Médée par refus de subir la domination d'une femme magicienne étrangère et auraient systématiquement massacré les quatorze enfants de la reine qui avaient trouvé refuge au temple d'Héra. La déesse, en conséquence, aurait puni la Cité par une épidémie de peste. Depuis cette époque, chaque année, sept filles et sept garçons de l'aristocratie corinthienne devaient servir dans ce temple pour y mener des cérémonies expiatoires.[11] C'est seulement en -146, avec la défaite de la Ligue achéenne et la prise de Corinthe par Rome.[12] Il semble en effet que le culte d'Héra dans L'Héraion de Perachora ait compris des cérémonies expiatoires pour les enfants de Médée, sans que celle-ci soit accusée du meurtre[13].

Deux autres poètes eux aussi antérieurs à Euripide, Ibycos et Simonide de Céos, présentent également Médée sous un jour beaucoup plus favorable. Selon eux, après sa mort, la magicienne est même accueillie aux Champs Élysées ou aux Îles des Bienheureux, où elle devient l'épouse d'Achille[14].

Sur un cratère à volutes apulien du Peintre de Darius (ca. 340 av. J.-C. - 320 av. J.-C.), apparaît une variante du mythe selon laquelle Médée se serait rendue à Éleusis. Sur ce cratère aujourd'hui au musée de l'Université de Princeton, Médée se trouve dans le temple d'Éleusis comme l'atteste l'inscription ΕΛΕΥΣΙΣ ΤΟ ΙΕΡΟΝ. L'interprétation du vase par Arthur Dale Trendall laisse penser qu'il se rattache à la tradition mythologique dans laquelle Médée n'aurait pas tué ses deux enfants.

L'interprétation de Christa Wolf[modifier | modifier le code]

La romancière et essayiste allemande Christa Wolf se réfère à des sources antérieures aux textes classiques, et décharge le personnage de tout meurtre. Médée est une femme libre et étrangère, qu'on accuse d'être une magicienne dès que sa présence dérange.

La reine muette Mérope révèle à Médée le meurtre fondateur de la cité. Le caveau mortuaire caché contient un squelette d'enfant, celui d'Iphinoé, la première fille de Créon et Mérope, tuée sur l'ordre de Créon, qui redoutait son arrivée à la tête de la cité.

Cette révélation brise le silence, le faux oubli, la peur. La peste s'empare de la ville. Le peuple cherche un coupable et le trouve dans l'étrangère, vite bannie par Créon, et qui doit laisser ses enfants. Elle les confie, furieusement, à la déesse Héra, dans son temple. Le peuple les lapide, et accuse Médée de les avoir tués[15].

Évocations artistiques[modifier | modifier le code]

Médée, par Frederick Sandys, (1868)
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Infanticide, fratricide et régicide, le personnage de Médée a inspiré de très nombreux artistes, dans tous les domaines et à toutes les époques.

Chorégraphies[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Beaux-arts[modifier | modifier le code]

Medea par Anselm Feuerbach (1879), Neue Pinakothek, Munich

Musique classique[modifier | modifier le code]

Musique moderne[modifier | modifier le code]

  • Medea, collectif Soundwalk, composition audio, livre, photographies et textes (2012)
  • Medea, chœur en langue corse du groupe A Filetta, créé en 1997 pour une pièce de théâtre de Jean-Yves Lazennec. L'album Medea d'A Filetta est paru en 2006 chez Naïve. ;
  • Medea, chanson du groupe allemand Vland Stut.
  • My Medea, chanson de Vienna Teng.
  • Medea, chanson du groupe Khoma

Cinéma[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://sites.google.com/site/etymologielatingrec/home/m/medee étymologie du nom Médée
  2. Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, 1999, P.U.F. p. 279
  3. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 56, 2.
  4. Théogonie, 956-962.
  5. Hérodote, Enquête, VII, 62.
  6. Bibliothèque historique, IV, 55, 6-7.
  7. Théogonie 992–1002.
  8. Pindare, Pythiques 4, 211–250. Voir le commentaire de Bruce Karl Braswell, A Commentary on the Fourth Pythian Ode of Pindar, Berlin, 1988, S. 293–345.
  9. Pausanias 2,3,11. Voir Christine Harrauer: Der korinthische Kindermord. Eumelos und die Folgen. In: Wiener Studien 112, 1999, p. 5–28, not.: 8–15; Édouard Will: Korinthiaka, Paris 1955, p. 85 et suiv., 88–90.
  10. Scholie 264 à la Médée d'Euripide. Voir Louis Séchan, « La Légende de Médée », dans Revue des études grecques, 40, 1927 [1].
  11. Christine Harrauer: Der korinthische Kindermord. Eumelos und die Folgen. In: Wiener Studien 112, 1999, p. 5–28, ici: 15–17; Édouard Will: Korinthiaka, Paris 1955, p. 87, 95 f.
  12. Pausanias 2,3,7.
  13. Édouard Will: Korinthiaka. Paris 1955, p. 97–103; Sarah I. Johnston: Corinthian Medea and the Cult of Hera Akraia. In: James J. Clauss, Sarah I. Johnston (éds.): Medea. Essays on Medea in Myth, Literature, Philosophy, and Art, Princeton 1997, p. 44–70.
  14. Alain Moreau: Le mythe de Jason et Médée. Paris 1994, p. 60.
  15. Annie Defourmantelle, La femme et le sacrifice, Denoël, 2007 (ISBN 978-2-207-254-127).

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Emma Griffiths, Medea, Routledge, New York, 2005 (ISBN 0-415-30070-3).
  • Alain Moreau, Le Mythe de Jason et Médée. Le Va-nu-pied et la Sorcière, Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », Paris, 1994 (ISBN 2-251-32420-8).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]