Antoine François Prévost

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Prévost.
Antoine François Prévost
Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait d’Antoine-François Prévost
par Georg Friedrich Schmidt, (1745).

Naissance
Hesdin (Drapeau de l'Artois Artois)
Décès (à 66 ans)
Courteuil (Picardie)
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français
Mouvement Les Lumières
Genres

Œuvres principales

L’abbé Antoine François Prévost d'Exiles [pʁevo][1], dit l'abbé Prévost, est un romancier, historien, journaliste, traducteur et homme d'Église français, né le 1er avril 1697 à Hesdin et mort le 25 novembre 1763 à Courteuil.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et années de formation[modifier | modifier le code]

Fils de Liévin Prevost (1666-1739), procureur au bailliage d’Hesdin, conseiller du roi et son procureur du roi au bailliage d’Hesdin, lui-même fils d’un maitre brasseur[2], Prévost fait des études au collège d’Hesdin[3] où il est remarqué par les jésuites[3] qui l’envoient, avec son frère Liévin-Norbert[3], au noviciat au collège d'Harcourt[4] à Paris, peut-être dès 1712[3] ou 1713[4]. C’est là que les Pères, l’ayant surpris à travailler à un ouvrage profane, l’auraient congédié[4] en 1714[4]. Sur le chemin de Rome pour demander au pape de le réintégrer dans l’ordre, il aurait rencontré un officier qui l’aurait persuadé de s’engager[4]. Bientôt déserteur, il s’enfuit en Hollande où il tint un café. Il aurait profité de l’amnistie générale proclamée par le duc d’Orléans en 1716[4] pour entrer en France et entamer, le 11 mars 1717, un second noviciat chez les jésuites à Paris[4], avant d’être envoyé terminer sa philosophie au collège de La Flèche[4] avant de s’enfuir de nouveau, après avoir été surpris à composer les Mémoires d’un homme de qualité[4], avant la fin de son noviciat, fin 1718 ou début 1719, pour s’engager à nouveau dans l’armée, cette fois comme officier dans la campagne de Catalogne[4]. En juin 1719, la guerre finie, il disparait de nouveau, peut-être en Hollande[4].

Au cours de l’été 1720[4], il entre chez les bénédictins[4] de l’abbaye de Jumièges, avant de prononcer ses vœux le 9 novembre 1721[4] selon la très stricte règle réformée de Saint-Maur[4] et d’être envoyé, un an, à l’abbaye de Saint-Ouen se former aux méthodes de l’édition savante sous Dom Charles de La Rue. En 1721, il donne le manuscrit des Aventures de Pomponius, chevalier romain, roman à clé et satire anti-jésuite sous couvert de récit antiquisant[4], à un éditeur rouennais avant de le reprendre[4]. Envoyé en 1722 à l’abbaye du Bec-Hellouin faire ses trois ans de théologie suivis d’une année d’exercices spirituels[4], on le retrouve, l’année suivante, à l’abbaye de Fécamp, avant de passer, une année plus tard à l’abbaye de Sées[4], où il commence à retravailler une traduction de l’Historia mei temporis du président de Thou[4]. En 1724, l’éditeur Valat d’Amsterdam publie les Aventures de Pomponius, chevalier romain, dont on lui a envoyé le manuscrit de Paris[4]. En 1726, il est ordonné prêtre par Pierre Sabatier et part enseigner les humanités au collège Saint-Germer[4] d’où il alla prêcher un an à Évreux[4]. Rallié, bon gré mal gré, à la bulle Unigenitus, en 1727, il participe officiellement à la rédaction de la Gallia Christiana[4], un monumental ouvrage collectif des bénédictins, à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, mais travaille en réalité aux Mémoires et aventures d’un homme de qualité dont il dépose le manuscrit des deux premiers tomes à la censure le 15 février 1727[4]. En 1728, il obtient une approbation pour les deux premiers tomes des Mémoires et aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde. Dans le courant de la même année, il entreprend de demander son transfert dans une branche moins stricte de l’ordre de Saint-Benoit[4] mais échouant à l’obtenir, il quitte son monastère sans autorisation. Frappé d’une lettre de cachet, il s’enfuit à Londres où il acquiert une large connaissance de l’histoire et de la langue anglaise, dont témoigneront ses écrits futurs.

Vie d’écrivain et voyages[modifier | modifier le code]

Le Pour et Contre, Ouvrage Périodique, d’un gout nouveau dans lequel on s’explique librement sur tout ce qui peut intéresser « la curiosité du Public, en matiere de Sciences, etc. » (La Haye, Chez Isaac van der Kloot) de Prévost.

En 1729, une aventure l’oblige à passer en Hollande où il se lie avec une aventurière du nom d’Hélène Eckhardt, dite Lenki, et publie à Utrecht en 1731 et 1732 les tomes I à IV du Philosophe anglais ou Histoire de monsieur Cleveland, fils naturel de Cromwell, écrite par lui-même et traduite de l’anglais par l’auteur des Mémoires d’un homme de qualité, qui font aussitôt l’objet d’une traduction en anglais. Entre-temps, ayant pris le nom de Prévost « d’Exiles » par allusion à ses propres périples, il se plonge dans la traduction de la Historia mei temporis du président de Thou et publie la suite en trois volumes des Mémoires et aventures d’un homme de qualité dont le dernier relate l’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, peut-être inspirée d’une de ses propres aventures et que le parlement de Paris condamnera au feu. Prévost ayant interrompu la composition du Philosophe anglais, son éditeur hollandais commissionne un cinquième volume apocryphe (Utrecht, 1734) qui compromet son prétendu auteur par ses attaques contre les jésuites.

En 1733, criblé de dettes, Prévost retourne à Londres où il fonde Le Pour et Contre[5], journal principalement consacré à la connaissance de la littérature et de la culture anglaise, qu’il continuera à éditer de façon presque ininterrompue jusqu'en 1740.

En 1735[6], il négocie son retour chez les bénédictins et effectue un second noviciat de quelques mois à l’abbaye de la Croix-Saint-Leufroy[6], près d'Évreux, avant de devenir, début 1736[6], l’aumônier du prince de Conti[6], qui le protège. Les trois derniers tomes du Philosophe anglais paraissent enfin clandestinement, à Paris, en 1738-1739.

Il publiera plusieurs autres romans, dont notamment Le Doyen de Killerine (1735-1740) et Histoire d’une Grecque moderne (1740) ; la monumentale Histoire générale des voyages (15 vol., 1746-1759)[7] ; et deux traductions de romans de Samuel Richardson, Lettres anglaises ou Histoire de miss Clarisse Harlowe (1751) et Nouvelles Lettres anglaises ou Histoire du chevalier Grandisson (1755).

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Il passe ses dernières années à Paris au no 12 de la rue Saint-Séverin[8] et à Saint-Firmin, à côté de Chantilly, où il avait récemment acquis une « solitaire habitation[b 1] ».

Une légende tenace raconte que l'abbé aurait subi une crise d’apoplexie au retour d’une visite aux bénédictins de Saint-Nicolas-d’Acy, sur l'actuelle commune de Courteuil, qu'il aurait été transporté au presbytère à la suite de son accident, que le bailli de l'abbaye aurait fait quérir le chirurgien de l'abbaye pour ouvrir le corps afin qu'il puisse procéder au procès-verbal d'autopsie, et que Prévost n'était pas encore mort mais aurait expiré sous le scalpel du chirurgien[b 2],[9]. Jean Sgard a démontré que le dernier épisode de cette histoire a été inventé en 1782, presque 20 ans après sa mort, survenue le 25 novembre 1763[10]. L'abbé Prévost est mort d'une rupture d'anévrisme. Il a bien été autopsié, mais était déjà définitivement mort[11].

À Courteuil, un calvaire mentionne sa mort ; son décès est également attesté dans le registre paroissial de Courteuil, dans la vallée de la Nonette.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Mémoires d’un Homme de Qualité

Éditions modernes[modifier | modifier le code]

  • Œuvres de Prévost, dir. Jean Sgard, Presses universitaires de Grenoble, 8 vol., 1977-1986. (ISBN 978-2-70610-129-8).
    Cet ouvrage comprend : 1. Mémoires et aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde. Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut. 2. Le Philosophe anglais ou Histoire de monsieur Cleveland. 3. Le Doyen de Killerine. 4. Histoire d’une Grecque moderne. Mémoires pour servir à l’histoire de Malte. Campagnes philosophiques. 5. Histoire de Guillaume le Conquérant ; Histoire de Marguerite d’Anjou. 6. Voyages du capitaine Robert Lade ; Mémoires d’un honnête homme ; Le Monde moral. 7. Les Aventures de Pomponius ; Contes singuliers ; Préfaces et opuscules ; Avertissements de l’Histoire des voyages ; Critique du roman dans le Pour et contre ; Correspondance. 8. Commentaires et notes.
  • Manon Lescaut, éd. Jean Sgard, GF-Flammarion, 1995. (ISBN 2080708538).
  • Manon Lescaut, éd. Jean Goulemot, Paris, L.G.F., 2005. (ISBN 2253081035).
  • Histoire d’une Grecque moderne, éd. Jean Sgard, PUG 1989. (ISBN 2706103345).
  • La Jeunesse du commandeur, Paris, Garnier-Flammarion 2005. (ISBN 2080711962).
  • Cleveland : le philosophe anglais ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de Cromwell, éd. Jean Sgard et Philip Stewart, Paris, Desjonquères, 2006. (ISBN 978-2-84321-057-0).

Hommage[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, p. 103.
  2. Victor Schroeder, Un romancier français au XVIIIe siècle : l’Abbé Prevost, sa vie, ses romans, Paris, Hachette, 1898, xiii, 365 p., p. 4.
  3. a, b, c et d Jean Sgard, Vingt études sur Prévost d’Exiles, Paris, ELLUG Éditions, 1995, p. 50.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y et z Jean Sgard, Vie de Prévost (1697-1763), Paris, Hermann Éditions, 2013, p. 37-45.
  5. Mention dans Biographie universelle de François-Xavier de Feller
  6. a, b, c et d Vingt études sur Prévost d’Exiles, p. 55.
  7. a et b La collection, initialement de quinze volumes, sera encore augmentée de cinq volumes jusqu'en 1789, après la mort de Prévost, et comptera ainsi vingt volumes.
  8. Jacques Hillairet, Évocation du vieux Paris, éd. de Minuit, Paris 1960, p. 542, 677 p.
  9. Article du Point (25.11.2012).
  10. Jean Sgard, Vie de Prévost (1697-1763), Paris, Hermann, 2013 (1re édition aux Presses de l'Université Laval, 2006), p. 255-257. (Présentation sur Google Books
  11. Jean Sgard, op. cit., p. 254.
  • Henri Duclos (abbé), Histoire de Royaumont : sa fondation par Saint-Louis et son influence sur la France, t. 2, Ch. Douniol, Paris 1867, 800 p. lire en ligne
  1. p. 480-481.
  2. p. 481

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Éric Leborgne, Bibliographie de Prévost d’Exiles, Paris, Memini, 1996, 237 p., (ISBN 978-8-88660-905-0).
  • Henri Roddier, L’Abbé Prévost : l’homme et l’œuvre, Paris, Hatier-Boivin, 1955, 200 p., (OCLC 912635685).
  • Jean Sgard, Prévost romancier, Paris, José Corti, 1989, 634 p., (ISBN 978-2-71430-305-9).
  • Jean Sgard, L’Abbé Prévost : labyrinthes de la mémoire, Paris, PUF, 1986, 239 p., (ISBN 978-2-13039-282-8).
  • Jean Sgard, Vingt études sur Prévost d’Exiles, Paris, ELLUG Éditions, 1995, 316 p., (ISBN 978-2-90270-992-2).
  • Jean Sgard, Vie de Prévost (1697-1763), Paris, Hermann Éditions, 2013, 296 p., (ISBN 978-2-70568-452-5)
  • Jean Sgard, Labyrinthes de la mémoire. Douze études sur l'Abbé Prévost, Paris, Éditions Hermann, 2010, 237 p., (ISBN 978-2-70568-028-2).
  • Alan Singerman, L’Abbé Prévost : l’amour et la morale, Genève, Droz, 1987, (OCLC 18136740 ), 306 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :