Lolita

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Lolita
Auteur Vladimir Nabokov
Genre Roman
Version originale
Langue Anglais américain
Titre Lolita
Éditeur Olympia Press
Lieu de parution Paris
Pays d'origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Date de parution 1955
Version française
Traducteur Éric H. Kahane
Éditeur Gallimard
Date de parution 1959
Lieu de parution Paris

Lolita est un roman écrit en anglais de l'écrivain russe naturalisé américain Vladimir Nabokov publié en septembre 1955 à Paris.

Le récit, écrit à la première personne du singulier par Humbert Humbert, un narrateur qui se définit comme nympholepte[Lo 1], relate sa passion amoureuse et sexuelle pour Dolores Haze, une nymphette âgée de douze ans et demi au début d'une relation qui se terminera tragiquement.

Ce roman, très riche, explore plusieurs thèmes. Outre la pédophilie et l'inceste qui sont au centre de l’œuvre, Nabokov traite de la psychanalyse et décrit ce qu'il perçoit comme un décalage entre les cultures américaine et européenne.

En dépit de son sujet sulfureux qui provoqua à sa sortie scandale et censure, le roman est actuellement reconnu comme un chef-d'œuvre de la littérature moderne ; il est souvent cité comme l'une des œuvres les plus marquantes du XXe siècle. Il apparaît[1] ainsi dans la liste « Les cent livres du siècle » proposée par Le Monde et dans des listes similaires établies dans d'autres pays.

Origine et accueil du roman[modifier | modifier le code]

Le thème de la passion d’un homme mûr pour une adolescente traverse de loin en loin l’œuvre de Nabokov. Déjà présent dans une nouvelle écrite en 1927, Conte de ma mère l’oie[2], ainsi que dans Chambre obscure (écrit dans les années 1930), il connaît un nouveau développement en 1939 dans une longue nouvelle intitulée L'Enchanteur.

À sa sortie, Lolita provoqua un scandale. Le livre, pourtant, faillit ne jamais sortir car quelques années avant sa parution, Nabokov, las de ne pas voir la fin de ce roman envisagea de brûler son manuscrit. Il raconte en effet que c’est vers 1949 à Ithaca, aux États-Unis, que « la palpitation » le reprit et qu’il s’attela à l’écriture de ce qui allait devenir son chef-d’œuvre. On admet aujourd'hui que Lolita fut achevé le 6 décembre 1953, soit quatre ans après sa mise en chantier.

Dans un premier temps, le manuscrit fut refusé par six éditeurs américains[3] qui craignaient des poursuites judiciaires ou morales, ou souhaitaient modifier le livre dans un sens « moral ». Nabokov se résolut à le faire publier par Olympia Press, à Paris, en 1955. Malgré un catalogue prestigieux (Jean Genet, Samuel Beckett, etc.), la maison d'édition fondée par Maurice Girodias, le fils de Jack Kahane, qui a notamment édité Ulysse de James Joyce chez Obelisk Press, est spécialisée dans l'édition d'œuvres sulfureuses, ce que Nabokov ignore en 1954. Il qualifie plus tard les titres publiés par cette maison d'édition de « nouvelles obscènes pour lesquelles Monsieur Girodias embauchait des plumitifs afin qu'ils les confectionnassent avec son assistance[4] ». Il ajoute cependant : « Aurais-je accepté joyeusement de le laisser publier Lolita si j'avais connu en mai 1955 la nature exacte de la souple épine dorsale de sa production. Voilà une question douloureuse à laquelle j'ai longuement réfléchi. Hélas, j'aurais probablement accepté, moins joyeusement sans doute[5]. »

Nabokov savait que le sujet allait choquer. Selon lui, l'Amérique puritaine de l'époque connaît trois tabous. Outre la pédophilie et l’inceste abordés dans Lolita, il y a le « mariage négro-blanc retentissant et glorieux, produisant une multitude d'enfants et de petits-enfants ; et un athée endurci à la vie heureuse et utile, mourant dans son sommeil à l'âge de 106 ans[6]. »

Un an après sa parution en France, le roman est censuré sous la pression du Home Office anglais[7]. La censure est levée un temps en 1958. Entre-temps Gallimard a publié une traduction en français. Dès lors, la censure de la version anglaise n'est qu'anecdotique. Le livre sort en 1958 aux États-Unis, chez Putnam et connaît un grand succès, restant pendant 180 jours en tête des meilleures ventes du pays. Lolita est même le premier roman, après le best-seller Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell, à atteindre le seuil des 100 000 exemplaires vendus en trois semaines. Depuis, Lolita s'est vendu à plus de 15 millions[8] d'exemplaires dans le monde[9].

Résumé[modifier | modifier le code]

Avant-propos[modifier | modifier le code]

Le livre se présente comme la longue confession de Humbert Humbert[10], rédigée en prison avant son procès pour meurtre. Humbert étant mort d'un infarctus quelques jours avant le début de son procès, le livre est publié en 1955 par un ami de l'avocat de H.H., le Ph. D. John Ray[Note 1] Junior pour ses qualités littéraires mais aussi en tant que « document clinique » qui « prendra rang parmi les classiques de la psychiatrie[11] ». Les noms des protagonistes et des lieux ont été changés, à l'exception notable de celui de l'héroïne éponyme dont « le prénom est trop étroitement intégré dans la fibre profonde de l'œuvre pour tolérer un changement ».

Première partie[modifier | modifier le code]

Né en 1910 à Paris, Humbert Humbert, le narrateur, révèle dès le début de sa confession, qu'à l'âge de 13 ans, en 1923, il vécut un amour passionné et inassouvi pour Annabel Leigh[Note 2], une jeune fille de son âge, lors de vacances sur la Riviera, où son père possédait un palace[Lo 2]. La jeune fille mourut du typhus quelques mois plus tard et il gardera pendant vingt-quatre ans la nostalgie de cette « enfant initiale[Lo 3] ».

Devenu professeur de littérature, conscient de son attirance pour les « nymphettes », il ne trouve à satisfaire ses pulsions que dans une sexualité tarifée[Lo 4]. Son mariage désenchanté, contracté pour des raisons « alimentaires[Lo 5] » se termine par une scène cocasse où il apprend l'infidélité de son épouse. Après son divorce, il quitte alors l’Europe pour les États-Unis où un « oncle d’Amérique » lui a légué un petit héritage à condition qu’il s’occupe de ses affaires.

Après quelques vicissitudes, dont deux séjours en hôpital psychiatrique entrecoupés par une expédition dans le Nord canadien[Lo 6], il se met en quête d'un endroit calme pour étudier à loisir. C'est finalement chez Charlotte Haze, 342 Lawn Street à Ramsdale en Nouvelle-Angleterre[Lo 7], que Humbert s'installe, après avoir aperçu à la fin de sa visite la fille de sa logeuse en train de prendre un bain de soleil sur la pelouse. Cette vision bouleversante lui remémore violemment son amour de jeunesse. Dès les premiers jours de son emménagement, complètement subjugué par la fillette, il fait tout pour se rapprocher de la jeune Dolores Haze, âgée de 12 ans (elle est surnommée Lo, Lola, Dolly, Dolores, Lolita[Lo 8]). Elle-même, autant par espièglerie que par insouciance, semble accepter de jouer à ce drôle de jeu. Cependant, Charlotte Haze, veuve depuis quelques années, s'est rapidement amourachée du séduisant Humbert Humbert et décide d'écarter l'adolescente en l'envoyant pour tout l'été dans un camp de vacances pour jeunes filles. Le jour même du départ de Lolita, Charlotte déclare sa flamme à H.H et le somme de l'aimer ou de quitter la maison. Nullement attiré par la « grosse Haze », il accepte cependant de l'épouser pour demeurer près de Lolita. Peu de temps après leur union, Charlotte Haze découvre le journal intime de son mari, dans lequel celui-ci décrit dans un crescendo érotique, son attirance pour la fille et son dégoût de la mère. Choquée par cette découverte, elle s'enfuit précipitamment de la maison avec le projet de poster des lettres dénonçant les agissements de son mari. Mais elle est tuée par une voiture en traversant la rue. Un voisin complaisant rend les lettres trouvées sur le cadavre de Charlotte à Humbert, qui devient le tuteur légal de Lolita.

Humbert profite de la situation pour venir chercher dans son camp de vacances la fillette qui ignore encore tout de la mort de sa mère. Il lui annonce dans un premier temps que Charlotte est hospitalisée et qu'il la ramène auprès d'elle. C'est au petit matin de leur première nuit à l'hôtel des Chasseurs enchantés que Lolita, qui a connu quelques expériences sexuelles de son âge dans son camp de vacances, devient la maîtresse de Humbert par jeu, par bravade ou par rivalité avec sa mère. Elle n'apprendra la mort de cette dernière que dans les heures qui suivront cette première relation sexuelle.

Seconde partie[modifier | modifier le code]

Commence pour eux un voyage erratique d'une année à travers le Middle West. Leur périple les conduit d'État en État, de ville en ville, de motel en motel, inspirant à Nabokov une description féroce et tendre à la fois de l'Amérique des années 1940. Au terme de ce premier voyage, Lolita et Humbert emménagent à Beardsley, une ville universitaire de moyenne importance où Lolita reprend une scolarité normale. Après cet intermède de quelques mois ponctué de nombreuses querelles motivées par la jalousie de Humbert, ils reprennent la route à l'instigation de Lolita. Humbert s'aperçoit rapidement que leur voiture est suivie par un véhicule inconnu. Finalement, à la faveur d'un séjour à l'hôpital, Lolita parvient à s'enfuir avec son nouvel amant, Clare Quilty, un dramaturge érotomane du même âge que Humbert Humbert.

Humbert cherchera longtemps Lolita, refaisant le trajet en sens inverse, fouillant dans les registres de motels à la recherche d'un indice lui apprenant le nom de son rival. Pendant cette quête, il rencontre Rita, trentenaire un peu paumée, personnage secondaire mais attachant, avec qui il fera un bout de chemin.

Après trois années de recherches infructueuses, Humbert a renoncé à retrouver Lolita. C'est finalement une lettre de cette dernière lui annonçant son mariage et sa grossesse qui le remet sur la piste. Elle demande à son « cher papa » de l'argent pour partir s'installer avec son mari en Alaska. Humbert se rend jusqu'au domicile de Lolita avec l'intention de tuer son mari, qu'il croit l'auteur de l'enlèvement de sa « fille ». Là, il fait la connaissance de Dick Schiller, le mari, jeune homme malentendant à la suite d'une blessure de guerre. HH le juge anecdotique et comprend son erreur. Il comprend aussi qu'il désire toujours Lolita, qu'il est toujours fou d'amour pour elle, même si ce n'est plus une « nymphette ». Mais Lolita repousse ses dernières avances et Humbert lui donne alors tout ce qu'il possède et la quitte en larmes, le cœur broyé. Mais avant de partir, il lui a soutiré le nom de l'homme pour lequel elle l'a quitté. Il se lance alors sur les traces de Quilty, finit par le dénicher dans une maison isolée et le tue de plusieurs balles de revolver lors d'une scène tragico-burlesque. Il est arrêté, et en prison il écrit, sous le pseudonyme de Humbert Humbert, son histoire, l'histoire de sa passion pour Lolita.

« Biographie » d'Humbert Humbert[modifier | modifier le code]

Reconstituée à partir d'éléments biographiques et chronologiques dispersés dans le texte par Nabokov.

  • 1910 : naissance d'Humbert Humbert à Paris. Son père est citoyen suisse, sa mère est anglaise née Dunn.
  • 1913 : décès accidentel de sa mère. Il est éduqué par sa tante maternelle Sybil.
  • Été 1923 : il tombe amoureux d'Annabel Leigh, âgée de 13 ans. Quatre mois plus tard, Annabel meurt du typhus à Corfou.
  • 1923-1926 : études au lycée de Lyon.
  • Études à Londres et Paris.
  • Il est professeur d’anglais à Auteuil puis dans une école de garçons. Il est déjà conscient de son attirance pour les très jeunes filles.
  • 1935 : mariage avec Valérie Zborobsky.
  • Été 1939 : il décide d’émigrer en Amérique afin de toucher l’héritage d’un oncle.
  • 1939 : divorce (sa femme le quitte pour un autre homme).
  • Hiver 1940 : séjour au Portugal.
  • Fin 1940 : arrivée à New-York. Parallèlement à un travail de rédacteur publicitaire, il rédige pendant deux ans une Histoire comparée de la littérature française.
  • 1942 : séjours en hôpital psychiatrique.
  • 1943-1945 : en mission scientifique dans le nord du Canada.
  • 1946 : nouveau séjour en hôpital psychiatrique.
  • Juin 1947 : il loue une chambre chez Charlotte Haze à Ramsdale, Nouvelle-Angleterre et fait la connaissance de sa fille Dolorès dite Lolita (née le 1er janvier 1935).
  • Juillet 1947 : mariage avec Charlotte Haze.
  • Août 1947 : décès accidentel de Charlotte Haze.
  • Août 1947 : il devient l’amant de Lolita.
  • Ils commencent un voyage automobile d'une année et de 48 000 kilomètres dans le Middle West.
  • Août 1948 : ils s’installent à Beardsley où Lolita entre dans une institution privée.
  • Printemps 1949 : nouveau voyage entamé à l'instigation de Lolita.
  • Juillet 1949 : Dolorès profite d’un séjour à l’hôpital pour s’enfuir avec Clare Quilty, qui les suivait depuis leur départ de Beardsley.
  • Humbert cherche Lolita. Il interroge les motels pour trouver un indice sur le nom du ravisseur.
  • Été 1950 : début d’une errance de 2 ans en compagnie de Rita.
  • 18 septembre 1952 : il reçoit une lettre de Lolita.
  • 23 septembre 1952 : il revoit Lolita pour la dernière fois.
  • Fin septembre 1952 : il tue Clare Quilty.
  • 16 novembre 1952 : il meurt en prison d'un arrêt cardiaque quelques jours avant le début de son procès.
  • 25 décembre 1952 : Lolita meurt en couches à Gray Star en mettant au monde une fille mort-née.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Humbert Humbert : personnage central du roman, on n'en connaît que ce qu'il veut bien dire de lui. Son nom n'est pas donné. Le pseudonyme Humbert Humbert doublé peut faire référence à Ombre ou à Homme (Hombre en Espagnol).
  • Dolorès Haze : Lolita. Objet du désir de Humbert. Elle est née le 1er janvier 1935 à Pizky. Elle a été conçue à Mexico durant la lune de miel de ses parents, Harold et Charlotte Haze. Plus tard la famille déménage à Ramsdale. Lorsqu'elle a 12 ans en 1947, sa mère épouse Humbert en seconde noce. Lorsque sa mère meurt, cette même année, elle devient la maîtresse de son beau-père. Après lui avoir extorqué de l'argent en échange de faveurs sexuelles, elle s'enfuit avec Clare Quilty. Celui-ci l'abandonne, elle épouse alors Richard Schiller à 16 ans.
  • Clare Quilty : né en 1911 à Océan City, il est diplômé de l'université de Colombia. Il devient écrivain et écrit plusieurs pièces de théâtre, notamment "La petite Nymphe" et "l'amour d'un père", qui prouvent ses penchants sexuels. Pédophile reconnu, il s'enfuit avec Lolita en 1949. Lolita refusant de trouver un film pornographique pour lui, il l'abandonne. Il est retrouvé par Humbert en 1952, qui le tue.
  • Annabel Leigh : fille d'une mère autrichienne et d'un père britannique. Premier amour d'Humbert, lorsqu'ils avaient 13 ans, sur la riviera. Elle meurt du typhus à Corfou peu après leur rencontre.
  • Charlotte Haze : mère de Lolita, veuve d'Harold Haze. Elle loue une chambre à Humbert, tombe amoureuse de lui et le mène au mariage. Elle meurt dans un accident de la route jusque après avoir découvert l'obsession d'Humbert pour sa fille. Elle est présentée comme un archétype de prétention et de la classe moyenne américaine.
  • Valérie Zborobsky : première femme d'Humbert. Elle est la sœur d'un médecin polonais. Elle trompe Humbert avec un chauffeur de taxi Russe à Paris, puis après son divorce en 1939 épouse son amant russe et part avec lui vivre en Californie. Elle meurt en couche en 1945.
  • Gaston Godin : ami d'Humbert et partenaire d'échec à Beardsley. Peintre amateur. Godin est célibataire, et secrètement attiré par les jeunes garçons. La double initiale GG est à rapprocher de la double initiale HH, faisant de Godin un miroir d'Humbert.
  • Richard Schiller : mari de Lolita, après sa fuite. Mécanicien et vétéran de la guerre. Malentendant.
  • Mona Dahl : amie de Lolita à Beardsley. D'un an plus vieille que Lolita, elle tente de séduire Humbert probablement à la demande de Lolita. Elle aide celle-ci à fuir avec Quilty.
  • Charlie Holmes : fils de la chef du camp de vacances Q. Premier amant de Lolita, lorsqu'ils ont 13 ans. Il meurt en Corée quelques années plus tard.
  • Barbara Burke : amie de Lolita au camp de vacances Q. Elle couche avec Charlie Holmes puis incite Lolita à faire de même.
  • Gustav Trapp : cousin suisse d'Humbert. Humbert se persuade que Trapp le suit, alors qu'il s'agit de Quilty. Son nom fait référence à un piège (trapp en anglais).
  • Vanessa Leigh (née Vanessa Van Ness) : mère d'Annabelle Leigh. Autrichienne. Plusieurs allusions sont faites à travers ses noms : Loch Ness, Vanessa Atalanta (papillon vulcain de la famille des mymphalides).
  • John Ray Junior : auteur de la préface. Docteur en philosophie, lauréat du prix Poling pour sa thèse à propos des perversions. Il est ami de l'avocat d'Humbert, et récupère ainsi le manuscrit qu'il choisit de publier "à des fins d'études". Son nom est un hommage au vrai John Ray senior, naturaliste.
  • Aubrey McFate : camarade de classe de Lolita. Humbert le découvre par la liste des étudiants. Il incarne la destinée.

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Sexualité[modifier | modifier le code]

Humbert Humbert éprouve pour Lolita une passion sans bornes. Il est à la fois amoureux et obsédé sexuellement par la jeune Américaine. Intellectuel oisif et rentier, il n'a aucune contrainte sociale et s'enfonce petit à petit dans une relation de plus en plus ambiguë. De son côté, Lolita joue avec Humbert sans se douter qu'elle ouvre la porte à une relation qu'elle ne maîtrise pas et qui s'achèvera en un cauchemar pour elle. Humbert se détruit également pour vivre cette histoire.

Nabokov choisit de ne pas prendre parti sur la nature amorale de la relation entre Humbert et Lolita, du moins dans la première partie. Nabokov entraîne son lecteur dans les tréfonds de l'âme de Humbert mais sans lui permettre de garder le recul nécessaire lorsqu'il franchit les codes moraux à la suite d'Humbert. Jacques Sohier décrit cet état « L'autonomie de l'art par rapport à l'éthique » dans son étude "Féerie pour un scandale : l’art et la morale dans Lolita (1958) de Vladimir Nabokov"[12]. Seule une lecture avertie donne au lecteur la possibilité de garder ses distances, ce que Jacques Sohier appelle un regard de clinicien.

L'apparition de Clare Quilty est l'occasion pour Nabokov de donner au lecteur un recul sur le côté prédateur d'Humbert. Le nom même Quilty (Guilty = coupable) est choisi pour montrer son rôle, à savoir faire apparaître de la culpabilité chez Humbert, que ce soit pour ce qu'il a fait à Lolita, pour sa traque puis sa mise à mort de Clare Quilty. Le procédé narratif consistant à laisser Quilty inconsistant, peu décrit, renvoie à Humbert et à son âme[13].

Autres thèmes explorés[modifier | modifier le code]

Lolita explore d'autres thématiques que la relation entre les deux personnages. On y découvre ainsi le décalage entre l'Europe et les États-Unis des années 1950. Humbert étant l'archétype d'un Européen raffiné, tandis que l'entourage de Lolita (et Lolita elle-même) étant l'exemple même d'Américains moyens, l'œil ironique et décalé d'Humbert nous décrit ainsi la différence entre les deux cultures. Lolita est également un avatar du mythe féminin de Lilith (dont la prononciation, décrite par Nabokov, est la même : l doublé, t final), en tant que figure de la femme que l’on ne peut épouser et des amours illicites[14]. Nabokov avait déjà exploré ce thème dans un poème publié une trentaine d’années auparavant, intitulé Lilith et dont l’héroïne est une fillette qui interrompt le coït : là encore, il s’agit d’un des aspects de la figure de Lilith, comme femme qui détourne la sexualité de la procréation[15].

Les jeux intertextuels abondent dans le roman, de sorte que ce dernier constitue aussi une réflexion sur la culture (littéraire et picturale). Ainsi Clare Quilty soumet-il Humbert à un jeu de piste fondé sur de nombreuses références culturelles, jeu dans lequel le détective privé engagé par Humbert échoue largement.

Dans Lolita, on trouve également quelques attaques de Nabokov contre ce qu'il appelle le « charlatanisme freudien[16] », Humbert Humbert[Lo 9] tournant en dérision tous les psychanalystes qu'il croise[Lo 10]. Le mot de la fin de l'auteur indique que le mot du début attribué à un médecin est également là contre les psychanalystes.

Globalement, si Humbert n'avait pas une vie sexuelle choquante, il serait un personnage très séduisant, sensible, drôle et raffiné. Cela rejoint de nombreuses situations mises en scène par Nabokov : un personnage génial entouré de médiocres, les médiocrités étant ici représentées par la fade Charlotte Haze, le décadent Quilty, le sot Gaston, la faible Valérie et dans une certaine mesure Lolita elle-même : bien qu'il soit prêt à tout pour la posséder, l'univers superficiel et écœurant de la jeune fille l'incommode.

Humbert ressemble ainsi à John Shade, Sebastian Knight, Van Veen et d'autres. Chacun de ces personnages n'est d'ailleurs jamais d'un génie immaculé, et si Humbert est entaché d'un vice, les autres héros de Nabokov ont tous des tares abominables qui gâchent leurs vertus communes : la sensibilité, l'humour, la culture, la créativité, la passion, qualités que l'on soupçonne dans Nabokov lui-même.

Controverse sur le terme « Nympholepte »[modifier | modifier le code]

Le mot « nymphette » est un terme inventé par Humbert lui-même pour décrire une fillette qui révèle une nature démoniaque à certains adultes ensorcelés[Lo 11]. Les mots « nymphette » et « Lolita » sont aujourd'hui devenus synonymes, dans le sens de « fillette aguicheuse » et non dans le sens que Humbert (ou Nabokov) souhaitait pour décrire Dolorès[17]. Le mot « nympholepte », c'est-à-dire « homme attiré sexuellement par des nymphettes », est également appliqué par Humbert à lui-même. L'utilisation de ce mot lui permet, selon certains commentateurs, de se voiler le regard sur la véritable nature de cette relation : la pédophilie[réf. nécessaire].

A noter que les termes nymphette et nympholepte sont circulairement définis l'un par rapport à l'autre. Un nympholepte est un homme qui aimes les nymphettes, tandis qu'une nymphette est une jeune fille qui a quelque chose qui la distingue aux yeux d'un nympholepte.

Références culturelles[modifier | modifier le code]

Le roman comporte de nombreuses allusions ou références culturelles, notamment dans la littérature :

  • Edgar Allan Poe.
    • Annabel Lee, le dernier poème de Poe, se retrouve à la fois dans le nom du premier amour d'Humbert, Annabel Leigh à la prononciation identique, et dans ce celui de Lolita, par exemple cette orthographe Loleeta. Le poème Annabel Lee raconte que les anges sont si jaloux de l'amour porté par l'auteur à cette jeune fille qu'ils la tuent. L'amour perdure et leurs âmes sont unies par delà la mort. Par ailleurs, Poe avait épousé sa cousine Virginia Clemm lorsque celle-ci avait 13 ans. Bien que la consommation du mariage ne soit pas certaine, la mort de Virginia à fortement affecté l’œuvre de Poe.
    • Il est fait allusion à La Chute de la maison Usher lorsqu'Humbert arrive devant la résidence de Quilty.
    • La relation entre Humbert et Quilty, qui fini par tuer son double en se tuant soi-même, est proche de la trame de la nouvelle William Wilson.
  • Carmen de Georges Bizet et Carmen de Prosper Mérimée. Lolita est souvent associée à la figure de Carmen, et sa chanson favorite est "Petite Carmen". Humbert, à l'hôpital, prononce la phrase "Est-ce que tu ne m'aimes plus, ma Carmen ?", directement tirée d'une tirade de José, dans la nouvelle de Mérimée. De même, José est en prison pour un crime de jalousie, comme Humbert, à cette différence que José a tué l'être aimé. Cette référence peut être vue comme source de suspens pour le lecteur, qui ne connaît pas en début de roman la raison pour laquelle Humbert est en prison, et attire l'attention sur le retournement de situation lorsqu'Humbert déclare comprendre son erreur et donne tout ce qu'il possède à Lolita avant de la laisser avec son mari.
  • La Belle et la Bête, lorsqu'une jeune fille est mariée à un monstre terrifiant. Cette allusion est soulignée par la phrase "La bestialité et la beauté mêlée à un certain point[Lo 12]."
  • Certains ont reconnu la jeune fille du portrait "Age of innocence" de Joshua Reynolds dans la description de la camarade de classe de Lolita à Beardsley "La fille au cou nu, blanc comme la porcelaine, aux magnifiques cheveux platine, assise devant, plongée dans sa lecture, perdue au monde et entortillant ses doigts sans fin."
  • Les Carnets du sous-sol, de Fiodor Dostoïevski, se présente sous forme d'un journal intime, dans lequel le narrateur écrit une lettre à son épouse morte la veille. Il existe plusieurs points de correspondance entre les deux romans, notamment l'amertume des narrateurs, la forme d'un journal intime... Une allusion particulièrement forte est faite lorsqu'Humbert rédige une lettre à Charlotte. En effet, les deux hommes portent la robe de la femme à laquelle ils écrivent, puis, après avoir clos la missive, Humbert se décrit lui-même comme ayant le visage traversé d'un sourire "à la Dostoïevski".
  • Le roman d'Agatha Christie Un meurtre sera commis le... est présent dans la bibliothèque de la prison d'Humbert.
  • L'école dans laquelle Charlotte souhaite envoyer Lolita à la rentrée rappelle à Humbert le roman d'Eugene O'Neill Désir sous les ormes. Quand il quitte Ramsdale, il observe le vent dans les ormes et pense de nouveau à ce livre.
  • Humbert utilise ironiquement à son propos le surnom de "Jean-Jacques Humbert" alors qu'il pense à l'innocence de Lolita et au fait qu'il n'ait pas compris celle-ci, telle que l'exprime Jean-Jacques Rousseau dans Émile ou De l'éducation : « L'homme né naturellement bon, c'est la société qui le corrompt ». D'autres ont vu une allusion aux Confessions.
  • La psychanalyse et en particulier son fondateur, Sigmund Freud, sont énormément moquées tout au long du roman. Humbert appelle Freud "le Roi Sigismund Ier", et berne les psychiatres qui s'occupent de lui lors de ses deux séjours en hôpital psychiatrique grâce à sa grande maîtrise des théories freudiennes. Il les appelle les dealers de rêves, et par exemple il invente des rêves ou des faux souvenirs d'avoir observé des relations sexuelles de ses parents. Plus loin dans le roman, il ironise sur le fait que son attirance pour Lolita soit, d'après les psychiatres, un substitue consommé de sa romance interrompue avec la jeune Annabel. Enfin, il ironise également sur le symbolisme sexuel des armes à feu, cher à Freud.
  • Humberland, le nom qu'Humbert donne à son monde intérieur, est une référence au titre anglais d'Alice au pays des merveilles, Alice in Wonderland), de Lewis Carroll.
  • Dans Madame Bovary, de Gustave Flaubert, Emma Bovary prétexte aller chez un professeur de piano nommée Miss Lempereur pour rencontrer un autre homme. Le professeur de musique de Lolita s'appelle Miss Empereur, et Lolita profite également de ces heures pour rencontrer un autre homme. De plus, Humbert décrit les villes traversées dans un "ton Flaubertien", d'après lui, en utilisant la forme linguistique "Nous connûmes" caractéristique de Flaubert.
  • Le chapitre 26 parodie le style narratif du courant de conscience utilisé par James Joyce dans Ulysse. Cette référence est citée explicitement dans la phrase en français « J'ai toujours admiré l'oeuvre ormonde du sublime Dublinois ». Le Dublinois est Joyce, et ormonde est mis pour l'hôtel Ormonde, un des lieux du roman. Les phrases faisant référence au révérend Rigger ou au lien entre Dieu, le soleil et Shakespeare sont respectivement extraites des pensées de Leopold Bloom et de Stephen Dedalus, les protagonistes d'Ulysse. Enfin, voyant la pièce de théâtre de Quilty et Vivian Darkbloom, Humbert se fait la réflexion que l'occurrence d'un motif d'arcs-en-ciel composé de petites filles est emprunté au roman Finnegans Wake, du même Joyce.
  • Melmoth, l'homme errant, de Charles Maturin est évoquée dans la figure du héros de roman gothique, puis plus explicitement dans la marque de la voiture qu'Humbert et Lolita conduisent dans leur voyage dans le Midwest, une Melmoth.
  • Nabokov parodie plusieurs poèmes de T. S. Eliot[Rampton 1], dont Ash Wednesday (mercredi des cendres) en portant un jugement poétique sur Guilty commençant par ces mots :

Parce que vous avez utilisé un pêcheur
Parce que vous avez utlisé
Parce que
Parce que vous avez utilisé mon humiliation
...

  • Plusieurs parallèles peuvent-être vus avec la légende celte Tristan et Iseut : Tristan et Humbert sont orphelins de mère, les somnifères apparaissent comme la boisson magique de la légende, et l'erreur du médecin qui prescrit un remède inefficace apparaît comme l'erreur de Brangien qui n'administre pas la boisson à la bonne personne. Dans les deux textes les amants meurent l'un après l'autre, séparés[18].
  • Le docteur Blanche Schwarzmann énonce dans l'introduction des statistiques sur des recherches concernant la sexualité, issus soit directement soit parodiquement des rapports Kinsey.
  • La Belle Dame sans merci, balade de John Keats est évoquée dans la figure d'une jeune fille au charme magique qui ensorcelle d'amour jusqu'à la mort, et la phrase "La Belle Dame sans merci/Elle m'a subjugué !" est reprise dans la version anglophone (La belle dame sans merci/Thee hath been in thrall vs My school-girl nymphet had me in thrall).
  • Lors de son mariage avec Valérie Zborobsky, Humbert déclare qu'il se sent semblable à la peinture de Jacques-Louis David, La Mort de Marat.
  • De nombreuses citations de William Shakespeare sont faites dans le roman, une ville porte même le nom "Shakespeare". Par exemple au moment de mourir, Quilty cite un extrait de Macbeth, mais on trouve également des passages d'Hamlet, de Roméo et Juliette, de La Mégère apprivoisée...
  • Charlie Holmes, et plus particulièrement sa mère, Shirley Holmes, font penser à Sherlock Holmes d'Arthur Conan Doyle, et rappellent que le roman est aussi un roman policier.
  • Humbert offre la petite Sirène d'Hans Christian Andersen à Lolita, car, comme une sirène, elle séduit les mortels. La raison cachée est peut-être que la morale du conte est qu'il faut obéir à ses parents.
  • Humbert cite un passage de Lénore, de Gottfried August Bürger, (« Hop Hop Hops, Lénore »), au moment de reprendre la route pour un second voyage. Cette citation est ironique car Lénore pleure son amant mort, lors de ce passage.
  • Humbert dit de Lolita qu'elle « ressemblait à la Vénus rousse de Botticelli, même nez souple, même beauté floue ».

Le terme Lolita[modifier | modifier le code]

La Lolita de Lichberg et les Lolita avant Lolita[modifier | modifier le code]

Michael Maar, un universitaire allemand, redécouvrit en 2004 une nouvelle intitulée Lolita, écrite par l'auteur allemand Heinz von Lichberg (de) et publiée à Berlin en 1916. Il affirme dans son essai Lolita und der deutsche Leutnant, traduit en français sous le titre D'une Lolita l'autre, que cette nouvelle a probablement influencé l’œuvre de Nabokov. Édité à Berlin en 1916, le livre aurait pu être lu par Nabokov, qui vécut dans la capitale allemande de 1922 à 1937. Rien ne vient confirmer ni infirmer cette hypothèse. Michael Maar ne parle pas de plagiat mais avance le terme de cryptomnésie : la mémoire de Nabokov aurait enregistré puis masqué à sa conscience l’existence d’une jeune héroïne du nom de Lolita.

Le diminutif de Lolita est cependant loin d’être rare dans la littérature de la première moitié du XXe siècle. Maurice Couturier cite un texte d’Isidore Gès, En villégiature, Lolita de 1894, Les Chansons de Lolita de René Riche (1920) ou un troublant passage de Valery Larbaud (Des prénoms féminins, 1927)[19] : « Lolita est une petite fille. Lola est en âge de se marier. Dolorès a trente ans…Un jour, inspiré par l’amour, je murmurerai : Lola. Et le soir de mes noces, j’aurais Lolita dans mes bras[20] ». On note aussi la présence d’une jeune héroïne prénommée Lolita dans un roman de Myriam Harry, Le Premier baiser[21], daté de 1927, ainsi qu'un roman français intitulé Lolita, de Henry Houssaye, paru en 1945[22].

Passage dans le vocabulaire[modifier | modifier le code]

Le terme de « lolita » est employé par antonomase pour désigner certaines filles adolescentes ou préadolescentes (entre la puberté et la majorité sexuelle), aussi bien que nymphette. Le mot d'origine japonaise lolicon, mot-valise pour lolita complex, désigne l'attirance d'un adulte pour une lolita, éphébophilie ou pédophilie, puis par association les arts graphiques (manga, anime) mettant en scène cette attirance.

Le terme Lolita a subit un glissement de sens qui est dénoncé par des associations de victimes de viols, notamment lorsque l'on compare la description de Dolorès faite par Humbert[Lo 13] où il présente son désir sur le fait qu'elle soit « une enfant, une simple enfant », avec l'acception de Lolita, qui décrit une fillette aguicheuse[23].

D'après le Newyorker[24], Nabokov ne voulait pas de jeune fille sur la couverture de son roman pour éviter de donner corps à cette image de fille sexuellement précoce. Cependant, l'affiche du film de Stanley Kubrick en 1962 ancre l'idée d'une jeune fille aux lunettes en cœur et une sucette à la bouche. Le glissement de sens est associé à cette image, ainsi qu'à l'éditeur initial du roman.

Lolita au cinéma[modifier | modifier le code]

Le roman a fait l'objet de deux adaptations cinématographiques :

Une des principales différences entre les deux films réside dans la place donnée au personnage de Clare Quilty :

Nabokov dans son roman traite le personnage de Quilty en filigrane, suggéré, jamais décrit, jamais clairement identifié, jusqu'à son apparition finale (en dire plus révélerait l'intrigue). À l'inverse, Kubrick fait de Quilty un personnage de premier plan, nommé à de nombreuses reprises, et véritablement au-devant de la scène. Non seulement l'apparition finale de Quilty est déplacée en début du film, mais le personnage lui-même est placé au tout premier plan, juste devant la caméra, pendant que Humbert est relégué au fond du décor ou dans des plans de coupe.

Cette approche de Kubrick tient peut-être au fait que Quilty était joué par Peter Sellers, son acteur fétiche qu'il réutilisera dans trois des principaux rôles dans son film suivant Docteur Folamour, et qu'il aurait naturellement mis en valeur par rapport à James Mason, qui interprétait Humbert. Il n'est pas impossible aussi que le jeu fantasque et la personnalité ingouvernable de Peter Sellers aient influencé Kubrick.

L'appréciation du film est une pomme de discorde entre les défenseurs de Kubrick et ceux de Nabokov[25],[26].

La deuxième version avec Jeremy Irons tente de se rapprocher du roman, notamment en replaçant Quilty au second plan et en rendant plus explicite la relation sexuelle mais surtout en évoquant le passé pré-Lolita d'Humbert (qui avait été occulté par Kubrick mais qui joue un rôle essentiel dans le roman de Nabokov).

Lolita dans la musique[modifier | modifier le code]

  • La chanson Petite de Léo Ferré (album Amour Anarchie, 1970), reprend l'archétype de la nymphette sans se référer à Nabokov, en explorant le trouble amoureux d'un homme adulte pour une jeune fille.
  • Le concept-album de Serge Gainsbourg, Histoire de Melody Nelson (1971) semble avoir été fortement inspiré par l'œuvre de Nabokov, ne serait-ce que sur son thème, celui d'un adulte, le narrateur, amoureux d'une « nymphette ».
  • La chanson Don't Stand So Close to Me du groupe anglais The Police est inspirée du roman et y fait explicitement référence.
  • La chanson Moi... Lolita écrite par Mylène Farmer pour Alizée évoque clairement le roman de Nabokov : « Lo, ou bien Lola, du pareil au même » dans la chanson.
  • La chanson Hyvästi, Dolores Haze (Adieu, Dolores Haze, 2010) de Johanna Kurkela, dans l'album du même nom, fait également référence à l'héroïne du roman.
  • La chanson My Heart Belongs to Daddy, interprétée par Marilyn Monroe, comporte une référence à Lolita au premier couplet de la chanson : « My name is… Lolita, and i'm not supposed to… play with boys » (« Mon nom est Lolita et je ne suis pas censée jouer avec les garçons »).
  • Dans la chanson One of the Boys de Katy Perry, la chanteuse dit dans un couplet: « I studied Lolita religiously » (J'ai étudié Lolita religieusement).
  • Plusieurs chansons de l'album Born to die, de la chanteuse américaine Lana Del Rey ont été inspirées par le roman de Nabokov. On retrouve en effet la première phrase du roman « Lolita, light of my life, fire of my loins » (Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins) dans la chanson Off to the Races. Une autre chanson de l'album s'appelle Lolita.
  • La chanson Lolita du groupe Kinito (album Kinito, 2004) fait référence à une nymphette cherchant à séduire des hommes âgés pendant les vacances d'été.
  • La chanson Lolita nie en bloc du groupe Noir Désir (album Tostaky) est dédiée à ce personnage.
  • Le chanteur Antoine sort Lolita, Lolita en 1967[27].
  • En 1987, Céline Dion chante Lolita (Trop jeune pour aimer)[27]
  • Daniel Balavoine affirme que l'on peut « les trouver à cinq heures devant les écoles, les Lolita » dans la chanson Les Petits Lolos (1983)[28].

Les traductions françaises[modifier | modifier le code]

La première traduction en français de Lolita fut réalisée par Éric Kahane, le frère de Maurice Girodias, et publiée par Gallimard en 1959.

En 2001, le roman a été réédité avec une nouvelle traduction de Maurice Couturier et un avant-propos expliquant que la première traduction différerait considérablement du texte original, le rendant parfois incompréhensible, et aurait été désavouée par Nabokov lui-même. Parlant couramment le français, Nabokov aurait en effet exprimé son désir de retravailler la traduction de Lolita, mais n'aurait jamais trouvé le temps de s'y atteler. Cette affirmation, que Couturier fonde sur des lettres de Nabokov, est remise en cause par d'autres spécialistes qui affirment que la première version publiée par Gallimard avait été corrigée et approuvée par Nabokov[29].

Les deux versions ont leurs forces et leurs faiblesses. La seconde gagne en fidélité mais pas forcément en fluidité ni en poésie, la première ayant, pour certains, tous les attributs d'une adaptation plus que d'une véritable traduction (ce qu'on appelle également une « belle infidèle »).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Allusion au naturaliste anglais John Ray (1627-1705), peut-être pour son ouvrage Historia Insectorum, anagramme de Historia Incestorum. Nabokov était un lépidopériste passionné.
  2. Allusion à Annabel Lee d'Edgar Allan Poe. Par ailleurs, Poe a épousé sa cousine, Virginia Clemm, âgée de 13 ans lors de son mariage.

Références issues de Lolita[modifier | modifier le code]

  1. « [...] we who are in the know, we lone voyagers, we nympholepts [...] » : « nous qui avons vu la lumière, nous les errants solitaires, nous les nympholeptes. » (Ire partie, ch. 5 ; traduction E. H. Kahane).
  2. Lolita, 1re partie, chapitre 3.
  3. (en) « a certain initial girl-child » (Chapitre 1, (p. 9).
  4. Lolita 1re partie, chapitre 6.
  5. L’expression française « pot-au-feu » revient à plusieurs reprises pour le qualifier. (Lolita, 1re partie, chapitre 7 et 8.
  6. « Nymphets do not occur in polar region. » (Lolita, 1re partie, chapitre 9).
  7. Lolita, 1re partie, chapitre 10.
  8. Lolita, 1re partie, chapitre 1.
  9. Acte manqué, Humbert Humbert révèle au début du roman qu'il a failli s'orienter vers des études en psychiatrie, avant de se tourner vers la littérature anglaise. (Lolita, 1re partie, chapitre 5).
  10. Par exemple, 1re partie, chapitre 5 : « Taboos strangulated me. Psychoanalysts wooed me with pseudoliberations of pseudolibidoes. », ou 1re partie, chapitre 9.
  11. Note : « J'aimerais maintenant introduire l'idée suivante. On peut trouve parfois des pucelles, âgées au minimum de neuf et au maximum de quatorze ans, qui révèlent à certains voyageurs ensorcelés, comptant le double de leur âge, et même bien d'avantage, leur nature véritable, laquelle n'est pas humaine mais nymphique (c'est-à-dire démoniaque) ; et ces créatures élues, je me propose de les appeler nymphettes »
  12. p150
  13. Note : « Pourquoi sa façon de marcher – ce n’est qu’une enfant, notez bien une simple enfant ! m’excite-t-elle si abominablement ? Analysons-la. Les pieds légèrement rentrés. Une sorte de tortillement élastique en dessous du genou qui se prolonge jusqu’à la chute de chaque pas. Une démarche un tantinet traînante. Très infantile, infiniment racoleuse. »

Références issues de David Rampton[modifier | modifier le code]

  1. (en) David Rampton, Vladimir Nabokov: A Critical Study of the Novels, Cambridge, Cambridge University Press,‎ (ISBN 0521257107, lire en ligne), p. 112

Références[modifier | modifier le code]

  1. Lolita est aussi cité dans La Bibliothèque idéale (La Pochothèque, p. 25 Le Livre de Poche, 1992).
  2. Intégré dans le recueil L'Extermination des tyrans, Éditions 10/18, Julliard, 1975.
  3. Viking, Simon & Schuster, New Directions, Farrar, Straus, et Doubleday. Boyd, Vladimir Nabokov: The American Years, p. 255, 262–63, 264.
  4. « Lolita et M. Girodias » in Partis pris, coll. « 10/18 », 1985, Nabokov.
  5. « Lolita et M. Girodias », op. cit., p. 307.
  6. À propos de Lolita, Nabokov.
  7. Arrêté du 20 décembre 1956 du ministre de l'Intérieur français, Maurice Bokanowski.
  8. L'article du journal Le Monde, « Les sortilèges de Lolita », donné dans la bibliographie parle de 50 millions d'exemplaires vendus.
  9. Article « Lolita, Vladimir Nabokov », dans Encyclopædia Universalis.
  10. Humbert Humbert est un nom d'emprunt de l'auteur de la confession : « Its author's bizarre cognomen is his own invention; [..] » (Foreword).
  11. (en) Foreword.
  12. https://lisa.revues.org/7182
  13. (en)'Guilty of Killing Quilty': The Central Dilemma of Nabokov's Lolita? Barbara Wyllie sur academia.edu
  14. Mireille Dottin-Orsini, « Lilith », dans Dictionnaire des mythes féminins, sous la dir. de Pierre Brunel, éd. du Rocher, Paris, 2002 (ISBN 2-268-04383-5), p. 1155–1157.
  15. Mireille Dottin-Orsini, op. cit., p. 1156.
  16. Nabokov utilise l'expression « Freudian voodooism » dans À propos de Lolita.
  17. Lolita ou le concept de l’adolescente fatale, Alexander María Leroy sur revue-rita.com
  18. L'Amour et l'Occident, de Denis de Rougemont, p45
  19. Un texte que Nabokov prétendait n'avoir pas connu au moment de la rédaction du roman. (Source)
  20. Maurice Couturier, Lolita et la France, Conférence au musée Nabokov, 2001
  21. l'éditeur singulier
  22. Enquête d'Alain Chevrier
  23. L'éternel détournement de Dolorès, Discours de madame Sokhna Fall en novembre 2010 lors d'un colloque organisé par l'association Mémoire Traumatique
  24. (en)The New Yorker, Rachel Arons, 31 juillet 2013
  25. Aude Lancelin, « Comment on a lancé les livres cultes : 1955 Lolita », dans Le Nouvel Observateur, no 1918, 9 août 2001.
  26. Critique défendant Kubrick.
  27. a et b Modèle:YouTube.com
  28. http://www.dbalavoine.com/discographie/paroles/occident/petits_lolos.php
  29. Michael Oustinoff, « Les Lolita de Vladimir Nabokov : traductions ou adaptations ? », dans Palimpsestes, Presses de la Sorbonne Nouvelle, Paris, no 16 « De la lettre à l'esprit : traduction ou adaptation ? », 2004, p. 117–135 (ISSN 1148-8158).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Vladimir Nabokov & Alfred Appel Jr, The Annotated Lolita, Penguin Classics, 1991 (ISBN 978-0-14-118504-0) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Lila Azam Zanganeh, Les sortilèges de Lolita, article paru dans Le Monde le Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Yannicke Chupin, Vladimir Nabokov. Fictions d’écrivains, préface de Michael Wood, Paris, PUPS, 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]