Crime et Châtiment

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Crime et Châtiment
Auteur Fiodor Dostoïevski
Pays Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Genre Roman
Version originale
Langue Russe
Titre Преступление и наказание
Éditeur Le Messager russe
Lieu de parution Moscou
Date de parution 1866
Version française
Traducteur Victor Derély
Éditeur Plon
Date de parution 1884
Lieu de parution Paris
Chronologie
Précédent Le Crocodile Le Joueur Suivant

Crime et Châtiment (en russe : Преступление и наказание) est un roman de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski publié en feuilleton en 1866 et en édition séparée en 1867.

Le roman dépeint l'assassinat d’une vieille prêteuse sur gage et de sa sœur par un étudiant de Saint-Pétersbourg (Raskolnikov), et ses conséquences émotionnelles, mentales et physiques sur le meurtrier. Cette œuvre est l'une des plus connues du romancier.

Genèse du roman[modifier | modifier le code]

La place des Foins à Saint-Pétersbourg, l'un des lieux majeurs de l'action de Crime et Châtiment, vers 1900.

L’idée de traiter certains thèmes de ce qui deviendra Crime et Châtiment remonte à la période où Dostoïevski était au bagne (1850-1854), en particulier la découverte de certains traits psychologiques particuliers des bagnards[1]. C'est dans une lettre à son frère Mikhaïl le que Fiodor Dostoïevski en ferait pour la première fois explicitement mention :

« En décembre, je commencerai un roman... Tu te souviens peut-être que je t'avais parlé d'un roman-confession que je voulais écrire après tous les autres, en disant qu'il me fallait encore vivre cela moi-même. Maintenant, j'ai décidé de l'écrire sans retard... Je mettrai mon cœur et mon sang dans ce roman. Je l'ai projeté au bagne, couché sur les bats-flancs, en une minute douloureuse de chagrin et de découragement... Cette Confession assoira définitivement mon nom. »

— Fiodor Dostoïevski, Lettre à Mikhaïl Dostoïevski du 9 octobre 1859[2],[3].

Cette idée d'une gestation précoce du roman n'est toutefois pas unanimement admise. Appuyée par le fait que Dostoïevski avait d'abord conçu son récit comme une confession à la première personne par le criminel lui-même - une idée qu'il a tardivement abandonnée -, et défendue par certains biographes[4], la liaison directe du roman avec la katorga est remise en question par d'autres[5], voire totalement ignorée[N 1].

En décembre 1859, Dostoïevski rentre à Saint-Pétersbourg après dix ans de relégation en Sibérie. Au début des années 1860, l'écrivain développe une intense activité littéraire (rédaction de Souvenirs de la maison des morts), éditoriale (préparation d'une édition de ses œuvres, dont Humiliés et offensés) et journalistique (rédacteur et codirecteur du Temps). En juin 1862, Dostoïevski part en voyage en Europe occidentale ; en août 1863, il effectue deuxième voyage. Aucun signe cependant d'un travail autour d'un roman ressemblant à Crime et Châtiment. En 1864, plusieurs deuils frappent l'écrivain : le 14 avril, sa femme, Marie Dmitrievna ; le , son frère Mikhaïl ; le , son ami Apollon Grigoriev. La situation financière de l'écrivain, déjà précaire, empire et devient intenable ; il risque la prison pour dettes[6].

En 1865, Dostoïevski tente par tous les moyens d'obtenir un peu d'argent et d'apaiser ses créanciers. Il vend ses droits sur des œuvres non encore écrites. C'est ainsi de l'été que date son contrat léonin avec l'éditeur Stellovski[N 2].

À partir du 7 août, il travaille à un projet de roman intitulé Les Poivrots[7],[8],[N 3]. Le de Wiesbaden, il écrit une lettre[N 4] à Mikhaïl Katkov, rédacteur du Messager russe, dans laquelle il lui propose une nouvelle, qu'il pense pouvoir lui livrer dans les trois semaines : « le compte rendu psychologique d'un crime ».

« L'action est actuelle, de cette année même. Un jeune homme, exclu de l'Université, de modeste origine et vivant dans une extrême pauvreté, par légèreté. par manque de fermeté dans les principes et sous l'influence de ces « idées mal digérées », bizarres qui sont dans l'air, a résolu de sortir d'un coup de sa triste situation. Il a décidé de tuer une vieille femme, veuve d'un conseiller titulaire, faisant métier d'usurière. La vieille est bête, sourde, malade, avide, elle pratique des taux de juifs, elle est mauvaise et dévore son prochain, tourmente et exploite sa propre sœur cadette. « Elle ne sert à rien », « pourquoi vit-elle ? » « est-elle utile à quiconque ? », etc. Ces questions font perdre la raison au jeune homme. Il décide de la tuer, de la dévaliser ; [...] »

— Fiodor Dostoïevski, Lettre à Mikhaïl Katkov[9].

En décembre 1865, il écrit une nouvelle fois à Katkov[N 4] dans laquelle Dostoïevski accuse réception de 300 roubles, mais il semble douter de la volonté de Katkov de vouloir le publier. Très embarrassé, il lui demande alors de ne pas toucher au texte qu'il lui a fait parvenir[10].

Dans une lettre ultérieure[N 5] à Alexandre Wrangel, Dostoïevski explique ses difficultés financières et raconte qu'à la fin novembre 1865, alors qu'il avait déjà beaucoup écrit, mécontent de son travail pour Le Messager russe, il a tout brûlé et tout recommencé de zéro[N 6],[11].

Publication[modifier | modifier le code]

Crime et Châtiment apparaît au sommaire (chapitre VIII) du Messager russe en juin 1866.

Crime et Châtiment paraît d'abord en feuilleton dans Le Messager russe durant toute l'année 1866[12].

  • janvier : première partie
  • février : deuxième partie
  • avril : troisième partie[N 7],[N 8]
  • juin : début de la quatrième partie
  • juillet : fin de la quatrième partie et début de la cinquième partie[N 9],[13],[N 10]
  • août : fin de la cinquième partie
  • novembre : début de la sixième partie
  • décembre : fin de la sixième partie et épilogue.

En 1867, Dostoïevski en publie une première édition séparée et légèrement remaniée à Saint-Pétersbourg. le roman connaîtra quatre éditions du vivant de l'écrivain. La situation financière de Dostoïevski est si préoccupante qu'il doit céder les droits de la seconde édition de Crime et Châtiment à ses créanciers[14].

Réception[modifier | modifier le code]

Dès février 1866, dans une lettre à Wrangel, Dostoïevski confie : « Il y a quinze jours, la première partie de mon roman est parue dans le numéro de janvier du Messager russe. Il s'appelle Crime et Châtiment. J'ai déjà entendu beaucoup d'opinions enthousiastes. Il y a là des choses hardies et nouvelles[15]. »

Le roman fut un grand succès dès sa parution :

« Crime et châtiment assura la popularité de l’écrivain. On ne parla que de cet événement littéraire durant l’année 1866 ; toute la Russie en fut malade. À l’apparition du livre, un étudiant de Moscou assassina un prêteur sur gages dans des conditions de tout point semblables à celles imaginées par le romancier[N 11]. »

— Eugène-Melchior de Vogüé, Le Roman russe, 1886, p. 254

.

Seul Le Contemporain (concurrent du Messager russe) adressa quelques critiques visant le manque supposé de vraisemblance du roman : « A-t-on jamais vu un étudiant tuer quelqu'un pour commettre un vol ? », s'interroge par exemple le critique Grigori Elisseïev[16].

D'autre témoignages vont dans le même sens :

« En 1866, on ne lisait que Crime et Châtiment. Les passionnés de littérature ne parlaient que de ce roman, et se plaignaient souvent qu'il causait une pénible impression d'étouffement, au point que les lecteurs nerveux en tombaient quasiment malades et que les flegmatique étaient forcés d'abandonner totalement sa lecture. »

— Nicolaï Strakhov[17].

Dans son introduction au roman, Pierre Pascal précise toutefois : « On a d'abord d'abord accueilli Crime et Châtiment comme un récit policier : le plus terrifiant de tous, expliquait E.-M. de Vogüé dans le Roman russe ; comparable encore à ceux d'Émile Gaboriau prononce encore Jules Legras dans sa Littérature en Russie. [...] C'est aujourd'hui seulement qu'est apparue la richesse extraordinaire, quasi inépuisable, de l'œuvre[18]. »

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Rodion Romanovitch Raskolnikov : le personnage principal du roman.
  • Avdotia Romanovna Raskolnikova, appelée aussi Dounia ou Dounietchka : la sœur de Raskolnikov.
  • Poulkheria (Pulchérie) Alexandrovna Raskolnikova : mère de Raskolnikov et de Dounia.
  • Semion Zakharovitch Marmeladov[N 12] : mari de Katerina Ivanovna et le père de Sonia.
  • Sofia Semionovna Marmeladova, souvent appelée Sonia ou Sonietchka : fille de Semion Zakharovitch Marmeladov. Elle se prostitue pour subvenir aux besoins de sa famille.
  • Katerina (Catherine) Ivanovna Marmeladova[N 13] : seconde femme de Marmeladov, donc la belle-mère de Sonia.
  • Dimitri Prokovitch Razoumikhine : ami dévoué de Raskolnikov.
  • Arkadi Ivanovitch Svidrigaïlov : ancien employeur d'Advotia Romanovna.
  • Piotr Petrovitch Loujine : fiancé d'Advotia Romanovna.
  • Andreï Semionovitch Lebeziatnikov : compagnon de chambre de Loujine.
  • Aliona Ivanovna : usurière.
  • Lizaveta (Élisabeth) Ivanovna : sœur de l'usurière.
  • Nikodim(e) Fomitch : chef de la police.
  • Ilia Petrovitch, appelé aussi « Poudre »  : lieutenant de Fomitch.
  • Porphiri (Porphyre) Petrovitch : juge d'instruction chargé de l’enquête du meurtre de l'usurière.
  • Alexandre Grigorievitch Zamiotov : ami de Razoumikhine travaillant pour la police.
  • Nastassia Petrovna : servante dans l'immeuble de Raskolnikov.
  • Zossimov : médecin et ami de Razoumikhine.

Résumé[modifier | modifier le code]

Rodion Romanovitch Raskolnikov est un ancien étudiant en Droit âgé de 23 ans, sans le sou. Par manque d'argent, il a dû abandonner ses études et vit dans un quartier mal famé de Saint-Pétersbourg. Rongé par la pauvreté, il s'isole du reste du monde. Après qu'il vend son dernier bien, la montre de son père, à une usurière, une idée lui vient à l'esprit : un meurtre est-il moralement tolérable s'il conduit à une amélioration de la condition humaine ? Il a décidé d'assassiner l'usurière depuis quelque temps, mais son plan ne se déroule pas comme prévu et il commet un double meurtre. Pris de remords et de culpabilité, il se rend compte qu'il ne peut être pardonné et qu'il ne sera jamais un grand homme, comme il l'espère tant. Raskolnikov passe du crime au châtiment.

Après être tombé malade et être resté au lit, cloué par la fièvre, pendant plusieurs jours, Raskolnikov s’imagine que tous ceux qu’il rencontre le suspectent du meurtre ; la conscience de son crime le rend presque fou. Mais il rencontre Sonia Semionovna, une jeune prostituée dont il tombe amoureux. Dostoïevski utilise cette relation comme une allégorie de l’amour de Dieu pour l’humanité déchue et du pouvoir de rédemption de l’amour. Mais Raskolnikov n’est racheté que par l’aveu du meurtre et la déportation en Sibérie.

Analyse[modifier | modifier le code]

Au-delà du destin de Raskolnikov, le roman, avec sa grande galerie de personnages variés, traite de sujets tels que la charité, la vie de famille, l’athéisme, l’alcoolisme, et de la recherche identitaire avec le regard aigu que Dostoïevski portait sur la société russe de son temps. Même si Dostoïevski rejetait le socialisme, le roman est aussi une critique du capitalisme qui se mettait en place dans la société russe de cette époque.

Raskolnikov pense être un « surhomme », et qu’avec une bonne raison, il pourrait exécuter un acte ignoble — le meurtre de l’usurière — si cela peut l’amener à faire le bien. Il cite souvent Napoléon, estimant qu’il a eu raison de répandre autant de sang : « Si un jour, Napoléon n’avait pas eu le courage de mitrailler une foule désarmée, nul n’aurait fait attention à lui et il serait demeuré un inconnu. » Raskolnikov estime qu’il peut transcender les limites morales en tuant l’usurière, en volant son argent et en l’utilisant pour faire le bien. Il soutient que si Isaac Newton ou Johannes Kepler avaient dû tuer une ou même cent personnes pour éclairer l’humanité de leurs idées, cela en aurait valu la peine. Le vrai châtiment de Raskolnikov n’est pas le camp de travail auquel il est condamné, mais le tourment qu’il endure tout au long du roman. Ce tourment se manifeste sous la forme d’une paranoïa, autant que de la prise de conscience qu’il n’est pas « surhomme », puisqu’il est incapable de supporter ce qu'il a fait.

La douleur psychologique qui poursuit Raskolnikov est une thématique chère à Dostoïevski et se retrouve dans d’autres de ses œuvres, comme Les Carnets du sous-sol et Les Frères Karamazov (son comportement ressemble beaucoup à celui d’Ivan Karamazov). Il se fait souffrir en tuant la prêteuse sur gages et en vivant dans la déchéance, alors qu’une vie honnête mais commune s'offre à lui. Razoumikhine était dans la même situation que Raskolnikov et vivait beaucoup mieux, et quand Razoumikhine lui propose de lui trouver un emploi, Raskolnikov refuse et convainc la police qu’il est le meurtrier, alors qu’elle n’avait aucune preuve. Tout au long des quatre dernières parties, la souffrance toujours accrue qu'éprouve Rodion Romanovitch semble autant provenir de la culpabilité du crime propre que de la prise de conscience du héros que ce qu'il perpétrait selon lui pour le bien (enlever au monde un individu vivant sur l'usure des pauvres, et que la société ne prévoit pas de punir, à savoir par le droit) s'efface devant la victime innocente qui résulte du méfait (la sœur de l'usurière, que Raskolnikov avait pris en empathie et qui avait provoqué son indignation), se confronte à sa propre nullité envers les maux sociétaux qu'il croyait symboliquement combattre, ne fait de lui en rien un prophète d'une morale du surhumain, un Napoléon ou un Mahomet ; le crime se confronte au jugement outré du corps social, au désaveu d'autrui comme de lui-même envers l'éthique qu'il défend, à sa propre anodinité dès lors qu'il prend conscience des malheurs des Marmeladov ou des propres mères et sœurs de Raskolnikov ou de la banale malveillance de Loujine ou Svidrigaïlov. Alors que Raskolnikov semble vouloir soumettre l'illusion de sa toute-puissance individuelle (tandis qu'il se sait faible, pauvre et désespéré) au reste du monde lorsqu'il commet le double-meurtre, c'est sa propre prise de conscience en tant qu'un individu parmi d'autres dans l'immensité du corps social et de ses situations, lequel ne sait exprimer rien d'autre qu'incompréhension, tristesse ou indifférence face au méfait, qui rend nulle sa tentative de changer le monde, ne lui laissant que le seul choix de se rendre pour exister socialement. Il essaye en permanence de franchir les frontières de ce qu’il peut ou ne peut pas faire (tout au long du récit, il se mesure à la peur qui le tenaille, et tente de la dépasser), et sa dépravation (en référence à son irrationalité et sa paranoïa) est souvent interprétée comme une expression de sa conscience transcendante et un rejet de la rationalité et de la raison. C’est un thème de réflexion fréquent de l’existentialisme.

Raskolnikov pense que les grands hommes peuvent se permettre de défier la moralité et la loi, comme il le fait en tuant quelqu’un. Dostoïevski utilise aussi Sonia pour montrer que seule la foi en Dieu peut sauver l’homme de sa dépravation, ce en quoi Dostoïevski diffère de nombreux autres existentialistes. Bien que cette philosophie particulière soit propre à Dostoïevski, parce qu’elle insiste sur le christianisme et l’existentialisme (le point de savoir si Dostoïevski est un vrai existentialiste est débattu), des thèmes comparables peuvent être trouvés dans les écrits de Jean-Paul Sartre, d'Albert Camus, Hermann Hesse et de Franz Kafka.

Un roman polyphonique[modifier | modifier le code]

En 1929, l'historien et théoricien de la littérature, Mikhaïl Bakhtine publie à Léningrad un important[21] ouvrage analytique, Problèmes de l'œuvre de Dostoïevski[N 17] dans lequel il défend l'idée que :

« Dostoïevski est l'inventeur du roman polyphonique. Il a inventé un genre romanesque fondamentalement nouveau. C'est pourquoi son œuvre ne se laisse enfermer dans aucun cadre, n'obéit à aucun des schémas connus de l'histoire littéraire, que nous avons pris l'habitude d'appliquer au roman européen. »

— Mikhaïl Bakhtine, La Poétique de Dostoïevski, chap. 1[22].

Cette « polyphonie » que Bakhtine oppose au roman « monophonique » » (ou « homophonique ») est une dimension essentielle pour apprécier Dostoïevski sur le plan artistique. Bakhtine récuse ainsi comme incomplètes les lectures idéologiques que l'on fait traditionnellement de Dostoïevski. Selon lui, la polyphonie traverse toute l'œuvre de Dostoïevski (à l'exception des tout premiers romans).

« La pluralité des voix et des consciences indépendantes et distinctes, la polyphonie authentique des voix à part entière, constituent en effet un trait fondamental des romans de Dostoïevski. Ce qui apparaît dans ses œuvres ce n'est pas la multiplicité des caractères et de destins, à l'intérieur d'un monde unique et objectif éclairé par la seule conscience de l'auteur, mais la pluralité des consciences « équipollentes » et de leur univers qui, sans fusionner, se combinent dans l'unité d'un événement donné. Les héros principaux de Dostoïevski sont, en effet, dans la conception de l'artiste, non seulement objets de discours de l'auteur, mais sujets de leur propre discours immédiatement signifiant. Le mot de ces héros n'est pas épuisé parses fonctions habituelles : caractérologiques, « anecdotes », pragmatiques, mais il ne se réduit pas davantage à l'expression de la position idéologique personnelle de l'auteur. »

— Mikhaïl Bakhtine, La Poétique de Dostoïevski, chap. 1[22].

Crime et Châtiment ne fait évidemment pas exception. Parmi de nombreux autres exemples[23] que donne l'analyste :

« Le merveilleux juge d'instruction de Crime et Châtiment, Porphyre Petrovitch (c'est lui, précisément, qui qualifie la psychologie d'« arme à double tranche ») ne s'appuie pas sur une psychologie judiciaire mais sur une intuition dialogique particulière qui lui permet de pénétrer dans l'âme inachevée et sans solution de Raskolnikov. Les trois rencontre de Porphyre et de Raskolnikov ne sont pas des interrogatoires policiers classiques, non pas du fait qu'elles ne se déroulent « pas dans les règles » (ce que Porphyre souligne continuellement), mais parce qu'elles rompent avec les fondements mêmes des rapports psychologiques traditionnels entre le juge d'instruction et le criminel (ce que souligne Dostoîevski). Ces trois rencontres sont d'authentiques et de merveilleux dialogues polyphoniques. »

— Mikhaïl Bakhtine, La Poétique de Dostoïevski, chap. 2[24].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

À la télévision[modifier | modifier le code]

Au théâtre[modifier | modifier le code]

Manga[modifier | modifier le code]

Une adaptation moderne intitulée Syndrome 1886 de Naoyuki Ochiai a été éditée chez Futabasha Publishers, et est parue en 2007.

Éditions en français[modifier | modifier le code]

  • Fiodor Dostoïevski (trad. du russe par André Markowicz, préf. André Markowicz), Crime et Châtiment. Le Joueur. L'Idiot, Arles, Actes Sud (Anthologie), coll. « Thesaurus »,‎ , 1360 p. (ISBN 978-2-7427-1936-5), partie 1, « Crime et Châtiment ». Document utilisé pour la rédaction de l’article
    (existe aussi dans la collection de poche « Babel »)
  • Crime et Châtiment, traduit par Elisabeth Guertyk, Éd. Le livre de Poche, 2008 (ISBN 978-2-253-08250-7) (1re éd. 1947).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Jacques Catteau, même cette « confession » fait référence à un autre texte.
  2. Voir l'article Le Joueur (roman)
  3. Ce projet est refusé et ne verra jamais le jour ; il sera fondu dans Crime et Châtiment. Le personnage de l'ivrogne Semion Marmeladov en est apparemment issu.
  4. a et b Cette lettre a été perdue. Il n'en reste que le brouillon.
  5. La lettre à Wrangel date du 18 février 1866.
  6. C'est alors qu'il renonce à la narration en première personne, qu'il change le prénom du héros, le plan, etc.
  7. Selon Virgil Tanase 2012, p. 150, Dostoîevski fut très marqué par la tentative d'attentat contre Alexandre II par Dmitri Karakozov le . Son émotion fut telle qu'elle mit en question la publication de la livraison suivante du feuilleton.
  8. Selon Joseph Frank 1998, p. 96, l'annonce de l'événement plongea Dostoïevski dans un état de panique. Mais l'événement eu d'autres conséquences plus graves : instauration d'un période « terreur blanche » dans les mois qui suivent, arrestations d'écrivains et de journalistes, interdiction du Contemporain, etc. Katkov joue un rôle trouble pendant la période...
  9. En juin, Katkov exige une modification du roman, en particulier le chapitre 9 de la deuxième partie (chapitre 4 de la 4e partie dans l'édition définitive) et refuse l'excessive idéalisation de Sonia. Selon Virgil Tanase, c'est probablement plutôt la crainte de la censure qui fait bouger Katkov. Plusieurs demandes modifications de Katkov suivront.
  10. Leonard Grossman 1993, p. 322 donne une description détaillée de l'incident.
  11. Virgil Tanase 2012, p. 149 indique comment l'incident, déjà relevé à l'époque, renforça Dostoïevski dans sa conviction que sa conception « idéaliste » de la littérature était la bonne, puisqu'elle lui avait permis de décrire un crime non encore commis.
  12. Marmeladov serait fortement inspiré d'Alexandre Ivanovich Issaïev, premier mari de la première épouse de Dostoïevski et alcoolique notoire. (Par exemple : Joseph Frank 1998, p. 117).
  13. Selon Jacques Catteau 2005, p. 978, ou Joseph Frank 1998, p. 118, Katerina Marmelodova a beaucoup de traits de la première épouse de Dostoïevski.
  14. 1865, si l'on croit le caractère absolument contemporain que Dostoïevski a voulu imprimer à son roman.
  15. Souvenir personnel de Dostoïevski (p. 87 éd. LGF).
  16. Le coup de sonnette à la porte de l'appartement de l'usurière : moment « sacré » qui sera « revécu » plusieurs fois.
  17. Traduit en français sous le titre La Poétique de Dostoïevski.
  18. Dans la présentation assez complète qu'il donne au roman, Jean-Louis Backès (op. cit.) met à plusieurs reprises les qualités et les défauts de la traduction (légèretés, mots en trop ou manquants, incohérences, etc.).

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Jean-Louis Backès, Fiodor Dostoïevski : Crime et Châtiment, Paris, Gallimard (commentaire), coll. « Foliothèque » (no 40),‎ , 190 p. (ISBN 978-2070386185)
  • Mikhaïl Bakhtine (trad. du russe par Isabelle Kolitcheff, préf. Julia Kristeva), La Poétique de Dostoïevski, Paris, Le Seuil, coll. « Points Essai » (no 372),‎ (1re éd. 1970), 366 p. (ISBN 978-2020353373) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fiodor Dostoïevski (trad. du russe par Anne Coldefy-Faucard, préf. Jacques Catteau), Correspondance, t. 1 : 1832-1864, Paris, Bartillat,‎ , 813 p. (ISBN 978-2841001767) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fiodor Dostoïevski (trad. du russe par Anne Coldefy-Faucard, préf. Jacques Catteau), Correspondance, t. 2 : 1865-1873, Paris, Bartillat,‎ , 908 p. (ISBN 978-2841002412) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Joseph Frank (trad. de l'anglais par Aline Weill), Dostoïevski : Les années miraculeuses (1865-1867), Arles, Actes Sud, coll. « Solin »,‎ , 720 p. (ISBN 2742715460) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Leonid Grossman (trad. du russe par Michèle Kahn, préf. Michel Parfenov), Dostoïevski, Paris, Parangon, coll. « Biographies »,‎ , 520 p. (ISBN 2-84190-096-7) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Karen Haddad-Wotling, Crime et Châtiment : Dostoïevski, Paris, Nathan, coll. « Balises » (no 114),‎ , 128 p. (ISBN 978-2091807249) (Présentation critique) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Virgil Tanase, Dostoïevski, Paris, Gallimard, coll. « Folio biographies » (no 92),‎ , 425 p. (ISBN 978-2070439027) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Efim Etkind, Georges Nivat, Ilya Serman et Vittorio Strada, Histoire de la littérature russe, t. 3 : Le XIXe siècle. Le temps du roman, Paris, Fayard,‎ , 1553 p. (ISBN 978-2-213-01987-1, LCCN 88146549)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

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