Les Choses

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Les Choses
Auteur Georges Perec
Pays France
Genre Roman
Éditeur Julliard
Collection Lettres nouvelles
Date de parution 1965
Nombre de pages 123

Les Choses (originellement sous-titré Une histoire des années soixante) est un roman de Georges Perec publié en 1965 par Maurice Nadeau dans sa collection des Lettres nouvelles, chez Julliard, et ayant reçu le prix Renaudot la même année. C'est le roman de Perec qui a eu le plus grand succès. Georges Perec s'est rendu compte en écrivant son roman (qu'il ne qualifie pas de roman d'ailleurs), que la manière dont il faisait vivre les deux héros n'était ni plus, ni moins que sa propre façon de vivre à lui et à ses amis.

Résumé[modifier | modifier le code]

Georges Perec raconte la vie d'un jeune couple de psychosociologues (pour des enquêtes d'opinions) dans les années 1960, ce couple vit à Paris, mais trouve sa vie monotone et rêve d'avoir toujours plus de choses, de partir en voyage, d'être riche... mais ils ne s'en donnent pas les moyens, essayant vainement de chercher une passion, un but, une idée à défendre pour donner un sens à leur vie. Puis Sylvie et Jérôme partent vivre en Tunisie, à Sfax, afin de tester un nouvel emploi qui leur est proposé. C'est un échec. Ils reviennent donc en France, tout d'abord à Paris puis à Bordeaux où ils finissent par obtenir un poste bien rémunéré, mais les dernières lignes du roman laissent entendre que le confort matériel qu'ils ont enfin obtenu marque aussi le début d'une vie terne.

Analyse[modifier | modifier le code]

Fait particulier de ce roman, ce ne sont pas les personnages qui prennent une grande importance mais ce sont les choses qui sont décrites durant plusieurs pages avec beaucoup de détails et de façon méticuleuse. Mais en vérité, les choses ne sont que des bibelots. L'emploi du conditionnel plonge le lecteur dans le rêve des personnages du roman. Finalement, ce sont eux les choses; ils ne s'attachent qu'à la recherche du bonheur matériel en oubliant la signification de la réelle satisfaction, et ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes.

Ce roman traite aussi de la recherche du bonheur à travers le consumérisme. Les personnages sont matérialistes et leur besoin d'acheter est infini, non pas des objets, mais des marqueurs sociaux qui leur permettrait d'appartenir à une caste supérieure: celle qui permet de jouir du confort avec désinvolture. En définitive, si Pérec ne fait jamais parler ni Jérôme ni Sylvie, c'est parce que les deux personnages ne s'expriment qu'au travers des objets, ceux qu'ils possèdent, ceux qu'ils méprisent, ceux qu'ils désirent posséder. Les objets parlent pour eux. Même leur tentative de déterritorialisation est un échec criant: ils s'avèrent tous les deux incapables de vivre et de goûter cet Ailleurs qu'ils pensaient pouvoir les sauver de l'amertume de "ne pas en être" puisqu'ils ne possèdent pas les objets adéquats. Ailleurs, ils ne sont rien non plus.

Extrait[modifier | modifier le code]

« Ils auraient aimé être riches. Ils croyaient qu'ils auraient su l'être. Ils auraient su s'habiller, regarder, sourire comme des gens riches. Ils auraient eu le tact, la discrétion nécessaires. Ils auraient oublié leur richesse, auraient su ne pas l'étaler. Ils ne s'en seraient pas glorifiés. Ils l'auraient respirée. Leurs plaisirs auraient été intenses. »

« Ils rêvaient, à mi-voix, de divans Chesterfield. L'Express y rêvait avec eux. Ils passaient une grande partie de leurs vacances à courir les ventes de campagne ; ils y acquéraient à bon compte des étains,des chaises paillées, des verres qui invitaient à boire, des couteaux à manches de corne, des écuelles patinées dont ils faisaient des cendriers précieux. De toutes ces choses, ils en étaient sûrs, l'Express avait parlé, ou allait parler. »

« Entre eux se dressait l'argent. C'était un mur, une espèce de butoir qu'ils venaient heurter à chaque instant. C'était quelque chose de pire que la misère : la gène, l'étroitesse, la minceur. Ils vivaient le monde clos de leur vie close, sans avenir, sans autres ouvertures que des miracles impossibles, des rêves imbéciles, qui ne tenaient pas debout. »

Éditions[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

Alain Rémond imagine une suite aux Choses dans le roman Les Images (Seuil, 1997, (ISBN 978-2-02-066395-3)).

Liens externes[modifier | modifier le code]