Bel-Ami

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Bel-Ami
Auteur Guy de Maupassant
Genre Roman réaliste
Éditeur Ollendorf
Date de parution 1885
Lieu de parution Paris
Pays d'origine Drapeau de la France France

Bel-Ami est un roman réaliste de Guy de Maupassant (1850-1893), dont l'action se déroule à Paris au XIXe siècle, publié en 1885 sous forme de feuilleton dans Gil Blas.

Le roman retrace l’ascension sociale de Georges Du Roy de Cantel (ou Georges Duroy), homme ambitieux et séducteur sans scrupule (arriviste - opportuniste), employé au bureau des chemins de fer du Nord, parvenu au sommet de la pyramide sociale parisienne grâce à ses maîtresses et à la collusion entre la finance, la presse et la politique. Sur fond de politique coloniale, Maupassant décrit les liens étroits entre le capitalisme, la politique, la presse mais aussi l’influence des femmes, privées de vie politique depuis le code Napoléon et qui œuvrent dans l’ombre pour éduquer et conseiller. Satire d'une société d'argent minée par les scandales politiques de la fin du XIXe siècle, l’œuvre se présente comme une petite monographie de la presse parisienne dans la mesure où Maupassant fait implicitement part de son expérience de reporter. Ainsi l’ascension de Georges Duroy peut être comparée à la propre ascension de Maupassant[1]. En effet, Bel-Ami est la description parfaite de l'inverse de Guy de Maupassant, Georges Duroy devenant une sorte de contraire de l'auteur, dont Maupassant se moquera tout au long du roman.

Bel-Ami est l'une des œuvres romanesques qui a le plus séduit scénaristes et réalisateurs internationaux.

Résumé[modifier | modifier le code]

George Duroy est un ancien sous-officier du 6e régiment des hussards ayant passé des années en Algérie, qui travaille dorénavant dans les chemins de fer à Paris. Très dépensier, il peine à joindre les deux bouts, mais retrouve par hasard un ancien camarade de régiment, Charles Forestier. Attristé par la situation de Duroy, Forestier, rédacteur au journal La Vie Française, l'engage comme journaliste et l'invite à une soirée mondaine chez lui. Duroy s'y fait remarquer par ses récits sur la vie en Algérie, en particulier par Clotilde de Marelle, une amie de Forestier. Étant incapable d'écrire le jour suivant un article sur l'Algérie comme requis, il va demander de l'aide à Forestier, qui le fait aider par sa femme, Madeleine Forestier.


George gravit peu à peu les échelons et débute une relation avec Clotilde de Marelle, dont le mari est presque toujours absent. Trouvant que Charles Forestier ne le traite pas avec suffisamment de respect, Duroy commence à le haïr et souhaite le faire cocu. Cependant, Madeleine Forestier le rejette, et ils concluent un simple pacte d’amitié. La santé de Charles Forestier se détériore rapidement, et il meurt peu après avoir invité George à le rejoindre dans le sud de la France. Celui-ci demande alors la veuve en mariage. Après un long temps de réflexion, Madeleine Forestier accepte, en insistant pour garder son indépendance.

La carrière de Duroy décolle, mais ses collègues ne cessent de l'appeler Forestier, ce qui le rend furieux. Il insiste alors pour que sa femme reconnaisse qu'elle ait fait Forestier cocu, ce qu'elle refuse de faire, et recommence sa liaison avec Clotilde de Marelle. Pensant que Mme Walter, la femme du directeur du journal, est attirée par lui, il lui fait une déclaration d'amour passionnée, et elle finit par reconnaître son amour pour lui. Cependant, Duroy se lasse très vite d'elle, la jugeant immature et tente de rompre. Pour le garder, elle lui révèle un délit d'initié orchestré par Laroche-Matthieu, le ministre des Affaires étrangères, et son mari : la France va coloniser le Maroc d'ici peu, alors que Duroy vient de rencontrer le ministre qui lui a certifié le contraire. M. Walter, ayant acheté auparavant une grande partie de la dette du Maroc, devient immensément riche, contrairement à Duroy, qui n'a pas pu en profiter outre mesure.

Fou de jalousie et constatant que Suzanne Walter, la fille cadette, n'aime que lui, il échafaude un plan pour l'épouser. S'étant rendu compte que sa femme le trompe avec le ministre des Affaires étrangères, Laroche-Matthieu, il appelle la police et les mène à l'appartement dans lequel ils se retrouvent. Un constat d'adultère est fait, ce qui lui permet de divorcer. Suzanne fugue ensuite de chez ses parents, et Duroy leur écrit qu'elle ne reviendra que s'ils acceptent leur union. Mme Walter, furieuse, refuse catégoriquement mais son mari accepte, craignant pour sa réputation si on apprenait que sa fille s'est enfuie. Duroy épouse alors Suzanne Walter, acquérant ainsi une grande fortune et un poste prestigieux au sein du journal. Il est néanmoins insatisfait, et, comme Clotilde de Marelle lui chuchote qu'elle le pardonne et l'attend à l'appartement où ils se retrouvaient jadis, il songe à recommencer sa relation avec elle.

Les personnages de Bel-Ami[modifier | modifier le code]

  • Georges Duroy, surnommé Bel-Ami, est issu de la classe moyenne normande, ses parents sont tenanciers d'une auberge à Canteleu, à côté du Petit-Quevilly, en Haute-Normandie. Il est un ancien sous-officier des hussards et a fait « deux années d’Afrique » en Algérie en tant que sous-officier du 6e régiment de hussards et en a conservé son « chic de beau soldat tombé dans le civil ». « Il [porte] beau par nature » et a une moustache qui « s’ébouriffait sur sa lèvre, crépue, frisée, jolie, d’un blond teinté de roux avec une nuance plus pâle dans les poils hérissés des bouts » qui plait beaucoup aux femmes. Il aime séduire les femmes. Il est au début du roman employé depuis six mois « au bureau des Chemins de fer du Nord, à quinze cents francs par an ». Il retrouve ensuite à Paris Charles Forestier, un ancien camarade de régiment, rédacteur à "La Vie Française" et qui va lui permettre de rentrer dans le milieu du journalisme. La première femme qu'il connaît est Rachel, une prostituée qui travaille aux Folies-Bergères. Il devient ensuite l'amant d'une amie de Forestier, Madame de Marelle. Après la mort de Forestier, Georges Duroy épouse Madeleine, la femme de Forestier, et prend ainsi la place de ce dernier à "La Vie Française". Il devient alors l'amant de madame Virginie Walter, la femme du propriétaire du journal. Il finit par surprendre sa femme en flagrant délit d'adultère et divorce donc de celle-ci. Il épouse enfin, à la fin du roman, Suzanne, la fille des Walter. Alors rédacteur en chef de "La Vie Française", c'est un homme influent avec les femmes.
  • Mme de Marelle (ou Clotilde de Marelle), première maîtresse importante de Georges, elle aime s'amuser et aimer. C'est une bourgeoise bohème qui ne se soucie pas de l'argent qu'elle dépense par exemple pour Georges Duroy. Elle aime celui-ci profondément et son amour est réciproque. Ils rompront quatre fois mais la fin laisse à supposer que leur idylle n'est pas terminée. Clotilde est mariée à Monsieur de Marelle, qui, compte tenu de ses absences fréquentes, permettra à sa femme de prendre beaucoup d'amants.
  • Charles Forestier, ancien camarade de Duroy et mari de Mme Forestier avant son décès. Homme qui a réussi dans la presse et qui aide Georges à trouver du travail dans un journal.
  • Mme Forestier (ou Madeleine Forestier), personnage original du journalisme moderne, elle est l'épouse d'un ami du héros, Charles Forestier. Femme blonde et séduisante, elle est un double ambitieux du héros. Dotée et mariée à Forestier par un vieil ami de sa famille, elle sait se procurer des informations intéressantes et les mettre en forme pour son mari journaliste. Après la disparition de ce dernier, Madeleine épouse Duroy dont elle devient le pygmalion. Ils connaissent une passion intense et brève, se trompent mutuellement puis divorcent. À la fin du livre, Madeleine vit « une vie très retirée dans le quartier Montmartre ». Selon le collègue de Bel-Ami, de Varenne, elle s'est amourachée d'un autre arriviste. Madeleine Forestier est le personnage le plus moderne du roman, décrite comme une femme séduisante et déterminée. Manipulatrice et indépendante, elle choisit ses relations, se sert des hommes pour réussir et accèdera au monde de la politique grâce à Laroche Mathieu. Elle garde pourtant une part de mystère car elle cachera jusqu'à la fin la véritable nature de sa relation avec le comte de Vaudrec qui lui léguera toute sa fortune.
  • M. Walter, directeur du journal La Vie française et puissant financier. Il s'enrichira en faisant des placements boursiers au Maroc à bas prix, avant l'annexion du pays, afin de les revendre beaucoup plus cher une fois le pays devenu français. Sa fortune nouvelle participera au rachat d'un hôtel luxueux où il résidera et à l'achat de la peinture Jésus marchant sur les flots que toute la bourgeoisie voudra observer. Il devient par cet événement un des riches hommes d'affaires du moment.
  • Laroche-Mathieu, ministre des Affaires étrangères et amant de Madeleine Forestier.
  • Saint-Potin, le reporter sous les ordres de Forestier, qui sera son fidèle serviteur. Il apprend le métier de journaliste à Georges Duroy à ses débuts au journal La Vie française
  • Rival, le chroniqueur parisien, incarnation du Paris des apparences.
  • Norbert de Varenne, poète pessimiste, solitaire, hanté par la mort, l'un des masques de Maupassant.
  • Mme Walter (ou Virginie Walter), Fille de banquier, elle est mariée avec M. Walter, le patron du journal La Vie Française où travaille George Duroy. Elle est dépeinte comme «une grande belle femme aux manières distinguées et aux allures graves». Puis Bel-Ami, aux débuts de son amour la peint « belle et jeune », parle du « soulèvement gras des seins », « une certaine allure de maman tranquille ». Folle amoureuse, elle devient la maîtresse de Bel-Ami et fait de lui le chef des Échos du journal. Puis, lorsqu’il veut la quitter, elle s’y refuse et elle lui offre de l’argent. Meurtrie dans sa passion, elle ne peut supporter par la suite de le voir partir avec sa fille.
  • Suzanne Walter, une adolescente romanesque et naïve, victime désignée de l'arriviste. Elle est décrite comme une « frêle poupée blonde, trop petite mais fine, avec la taille mince ». Bel-Ami l'épouse à la fin du roman, au désespoir de sa mère, beaucoup trop attachée à Bel-Ami. La vie bourgeoise l'a enfermée dans ses rêveries, dans ses poétiques fictions vécues comme d'heureux mensonges. C'est une jeune fille naïve au cœur tout neuf, sans défense, avec sa fantaisie et sa fragilité.
  • Laurine, la « femme-enfant » et fille de Mme de Marelle, qui donne à Georges Duroy le surnom de Bel-Ami.
  • Rachel, la prostituée qui ne fait pas payer Bel-Ami et qui, plus tard, le ridiculise devant Mme de Marelle, mais qui continuera toujours à le porter dans son cœur après ses diverses déceptions.
  • Louis Langremont, journaliste pour La Plume qui se battra plus tard en duel contre Georges Duroy.

Analyse[modifier | modifier le code]

Bel-Ami est une œuvre inscrite dans le mouvement du naturalisme. On y remarque ainsi les signes caractéristiques des romans naturalistes de l'époque : un contexte géopolitique réaliste voire réel et un cadre spatio-temporel réel, mais aussi une sorte d'expérience romanesque à la manière de Zola qui montre au lecteur l'évolution sociale du personnage d'une manière presque scientifique, rendu possible grâce au contexte très précis, avec un état initial de pauvreté et un état final de richesse. L'ironie tient une place importante dans le récit. Maupassant l'utilise en effet pour tourner en ridicule Georges Duroy et dénoncer à travers lui les abus des milieux de la politique et du journalisme de son époque. Bel-Ami est aussi un roman d'apprentissage, dans la mesure où le personnage central apprend à mettre de côté ses premiers projets d'avenir (écuyer dans un manège), ses valeurs, ses manières et ses techniques pour en acquérir de nouvelles[réf. nécessaire].

Personnage de Madeleine Forestier[modifier | modifier le code]

Duroy rencontre Madeleine Forestier lors d’un dîner chez Charles, son ami journaliste[2]. Elle est son épouse. C’est la première femme que rencontre Duroy (hormis Rachel, la fille de joie).
Cependant, c'est avec Clotilde de Marelle qu'il a sa première relation. C’est le début de l’ascension sociale de Duroy, qui découvre enfin une femme du monde, plus difficile à séduire mais plus intéressante et surtout plus utile.

Madeleine est décrite comme une « jeune femme blonde très jolie », à la « taille bien souple » avec une « poitrine grasse », « des yeux gris », « un nez mince », « des lèvres fortes », et un « menton un peu charnu » à « la figure irrégulière et séduisante, pleine de gentillesse et de malice ».

En plus de sa jeunesse et de sa beauté, elle est intelligente et vive d’esprit. C’est elle qui écrit en majeure partie les articles de son mari et elle se passionne pour la politique. Mme de Marelle dit d’elle : « Elle fait tout. Elle est au courant de tout, elle connaît tout le monde sans avoir l'air de voir personne; elle obtient ce qu'elle veut, comme elle veut et quand elle veut. Oh ! Elle est fine, adroite et intrigante comme aucune, celle-là. En voilà un trésor pour un homme qui veut parvenir ».

Lors de ce premier dîner, elle cerne immédiatement la personnalité de Duroy. Elle sait qu’il ira loin car elle sent son talent de séducteur et de journaliste, notamment lorsqu’il raconte ses voyages en Afrique. Elle le couve d'un regard « protecteur et souriant », d'un regard de connaisseur qui semble dire : « Toi, tu y arriveras ».
Madeleine est une femme calculatrice qui ne se laisse pas leurrer. C’est elle qui pousse Duroy à faire sa cour à Mme Walter, la femme du Patron.

À la mort de son mari, elle accepte Duroy comme second époux, sachant qu’elle pourra toujours mener son ancienne vie avec lui. Elle lui fait aussi comprendre clairement qu’elle tient à sa liberté et à son indépendance « Il faudrait que cet homme s’engageât à voir en moi une égale, une alliée, et non pas une inférieure et une épouse soumise ».
Et, comme beaucoup de femmes et d'hommes du XIXe siècle[réf. nécessaire], elle trompe son conjoint. C’est en compagnie du Ministre des affaires étrangères que Duroy la surprend en flagrant délit d’adultère. Il en profite pour divorcer, car il convoite la fille de son patron.
Madeleine, à partir de ce jour, n’apparaît plus comme une femme irréprochable mais continuera d’écrire pour les journaux, sous le pseudonyme d’un jeune rédacteur, son nouvel amant …

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans la préface de l'ouvrage, publié chez Gallimard en 1973, Jean-Louis Bory indique par exemple : « Bel-Ami retrace la carrière d'un Maupassant qui n'aurait pas eu de talent littéraire »
  2. Ch. 2.

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