Langues au Concours Eurovision de la chanson

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Le Concours Eurovision de la chanson est un événement annuel organisé par l’UER, l’Union européenne de radio-télévision. Il réunit les membres de l’Union dans le cadre d’une compétition musicale, diffusée en direct et en simultané par tous les diffuseurs participants[1]. Les règles relatives aux langues dans lesquelles les chansons en compétition doivent être interprétées, ont évolué au fil des éditions et des développements musicaux.

Historique[modifier | modifier le code]

Le tout premier règlement du concours ne comportait aucune disposition sur l'emploi des langues. Il était alors admis implicitement que chaque pays recourrait à une de ses langues nationales. Ce fut le cas en 1956, lors de la première édition du concours. Fortuitement, la moitié des chansons (sept sur quatorze) furent interprétées en français[2].

En 1965, pour la toute première fois, un participant interpréta sa chanson dans une langue autre qu'une des langues nationales de son pays. Il s'agit du représentant suédois, Ingvar Wixell, qui chanta en anglais. Cette démarche, toujours non prévue par le règlement, suscita une très vive controverse[3]. Par conséquent, l'UER introduisit de nouvelles règles, à valoir dès 1966. Les participants eurent dès lors l'obligation de chanter dans l'une des langues nationales de leur pays[4].

En 1973, l'UER décida de mettre fin à cette obligation. Désormais, les artistes purent interpréter leur chanson dans la langue de leur choix[5]. Cette année-là, seules la Finlande, la Norvège et la Suède profitèrent du changement de règlement et chantèrent en anglais[6].

En 1974, pour la toute première fois, un pays remporta le concours dans une langue autre qu'une de ses langues nationales. Il s'agit de la Suède, avec la chanson Waterloo, interprétée par le groupe ABBA. Deux ans plus tard, en 1976, un tiers des participants chantèrent en anglais, désirant par là accroître leur chance de remporter le concours[7].

Par conséquent, en 1977, l'UER décida de réinstaurer la règle obligeant les pays participants à chanter dans une de leurs langues nationales. L'Allemagne et la Belgique reçurent une dispense spéciale pour cette édition. Ces deux pays avaient en effet déjà sélectionné leur chanson, avant la ré-instauration officielle de la règle[8].

En 1997, le chef de la télévision publique allemande, Jürgen Meier-Beer, frustré de ses mauvais résultats et persuadé que cette règle pénalisait l'Allemagne, demanda sa suppression. Pour appuyer son exigence, il menaça l'UER d'un retrait définitif de son pays[9]. Malgré une forte opposition de certains télédiffuseurs et des fans, Jürgen Meier-Beer obtint deux ans après la suppression de la règle[10].

En 1999, l'obligation de chanter dans l'une de ses langues nationales fut définitivement abolie. Les artistes furent à nouveau libres d'interpréter leur chanson dans la langue de leur choix[11].

En 2002, dans une interview, Jürgen Meier-Beer expliqua : « Il était devenu évident que pour une réussite commerciale du concours en Allemagne, les règles devaient changer : la règle de la langue devait disparaître; les jurés devaient partir. Et finalement, l'orchestre devait s'en aller, puisque la plupart des musiques pops d'aujourd'hui peuvent difficilement être reproduites à l' aide d' un orchestre (...). J'ai découvert plus tard que les personnes bloquant ces changements étaient principalement des hommes âgés appartenant à des petits pays européens qui voulaient utiliser le Concours Eurovision de la chanson pour améliorer la culture européenne (...). La seule option était l'exercice de la contrainte - je fis de la réforme des règles, une condition de la participation de l' Allemagne au Concours Eurovision de la chanson[12]

Règles actuelles[modifier | modifier le code]

Le règlement actuel du concours dispose que les diffuseurs participants sont entièrement libres de choisir la langue dans laquelle les artistes les représentant, chanteront au concours[13].

La seule restriction prévue porte sur le contenu des textes. Les paroles des chansons ne peuvent porter atteinte, ni au concours, ni à l’UER. Il est interdit d’inclure tout mot de nature politique ou assimilable. Il est interdit d’inclure toute insulte ou tout langage inacceptable. Il est enfin interdit d’inclure tout message publicitaire d’aucune sorte. Tout manquement à ces règles peut entraîner une disqualification[13].

Faits notables[modifier | modifier le code]

Seules deux éditions du concours ne virent participer aucune chanson en anglais : 1956[14] et 1958[15].

En 1958, Lys Assia, la première gagnante de l'histoire du concours, devint la toute première participante à interpréter une chanson recourant à deux langues : l'allemand et l'italien[16].

En 1962, pour la première fois, les chansons ayant terminé aux trois premières places étaient des chansons en français. Cela ne se produisit qu’à deux reprises dans l'histoire du concours, la seconde fois en 1986[17].

En 1973, la chanson norvégienne It's Just a Game, interprétée par les Bendik Singers, recourut à douze langues : l'allemand, l'anglais, l'espagnol, le finnois, le français, l'hébreu, l'irlandais, l'italien, le néerlandais, le norvégien, le serbo-croate et le suédois. Ce record demeure toujours inégalé[18].

En 1978, la chanson gagnante, A-Ba-Ni-Bi, interprétée par Izhar Cohen et The Alphabeta pour Israël, était partiellement rédigée dans un langage imaginaire, appelé Code B. Celui-ci avait été inventé par des enfants hébreux pour communiquer entre eux, sans être compris de leurs parents. Son principe fondamental consiste à ajouter systématiquement un « B » après chaque syllabe, en répétant la voyelle de la syllabe[19].

Toujours en 1978, le représentant suédois, Björn Skifs, se montra particulièrement mécontent du changement de règlement opéré en 1977 et de l’obligation désormais faite de chanter dans sa langue nationale. Il décida de passer outre et d’interpréter sa chanson en anglais. Il changea cependant d’avis au dernier moment et du coup, oublia les paroles des premières strophes. Il marmonna un instant, avant de se reprendre. Il termina malgré tout quatorzième[19].

Le groupe suisse Peter, Sue et Marc, seul groupe de l'histoire du concours à avoir participé à quatre reprises, demeure les seuls participants à avoir interprété leurs quatre chansons dans quatre langues différentes : le français en 1971, l'anglais en 1976, l'allemand en 1979 et l'italien en 1981[20].

En 1982, lassée de ses mauvais résultats, la télévision publique norvégienne engagea un professeur d'anglais, René Herail, et lui demanda d'analyser les raisons de ces échecs à répétition. Il parvint à la conclusion que les intonations particulières de la langue norvégienne rebutaient les auditeurs étrangers. Sur base de ce rapport, Jahn Teigen et Herodes Falsk écrivirent une chanson conceptuelle, au titre français et ne comportant que des sons doux. Jahn Teigen l'interpréta en duo avec son épouse de l'époque, Anita Skorgan. Ils remportèrent la finale nationale norvégienne et terminèrent à la douzième place du concours, le meilleur résultat obtenu par la Norvège depuis 1973[21].

En 1994, un incident se produisit lors de la dernière répétition générale : la représentante polonaise, Edyta Gorniak, interpréta sa chanson en anglais. Or cette répétition était celle montrée aux jurys nationaux, celle qui leur permettait d’établir leurs notations. Six pays introduisirent une plainte officielle auprès de l’UER et demandèrent la disqualification immédiate de la Pologne. Cependant, pour que pareille demande aboutisse, il fallait qu’elle soit signée par treize pays. La plainte fut donc classée sans suite par l’UER[22].

En 2001, ce fut la toute première fois que la chanson représentant la France fut interprétée dans une langue étrangère. En effet, Natasha Saint-Pier décida de passer à l’anglais pour la seconde partie de son interprétation[23].

En 2003, la chanson belge, Sanomi, interprétée par le groupe Urban Trad, fut la première chanson de l’histoire du concours à être écrite dans un langage imaginaire[24]. Deux autres chansons suivirent cet exemple : Amambanda, interprétée par le groupe Treble pour les Pays-Bas en 2006, et O Julissi, interprétée par le groupe Ishtar pour la Belgique en 2008[25].

En 2008, ce fut la toute première fois qu’une finale ne vit concourir aucune chanson en français. Même la chanson représentant la France était rédigée quasi intégralement en anglais. Cela avait suscité une telle controverse lors de sa sélection, que son auteur et interprète, Sébastien Tellier, avait dû ajouter deux phrases supplémentaires en français[26].

Présence des principales langues au Concours Eurovision[modifier | modifier le code]

L'anglais[modifier | modifier le code]

Pendant les périodes où le règlement imposait aux pays participants de chanter dans une de leurs langues officielles, seuls le Royaume-Uni et l'Irlande utilisaient l'anglais ainsi que Malte irrégulièrement. En revanche, lorsque le règlement permettait le libre choix de la langue, l'anglais se retrouvait utilisé par la majorité des participants. Ainsi, depuis 1999, à chaque édition du concours, plus de la moitié des chansons en compétition sont entièrement en anglais. Tous les pays participants depuis cette année-là ont concouru au moins une fois avec une chanson entièrement en anglais à l'exception de la France, de l'Italie, du Portugal, d'Andorre et de Monaco. Cependant, tous ont déjà présenté au moins une fois une chanson contenant au moins quelques mots d'anglais (Monaco uniquement en 1970).

Outre les pays de langue anglaise, le Royaume-Uni, l'Irlande, Malte et l'Australie, seuls deux pays ont systématiquement et intégralement chanté en anglais depuis 1999 : le Danemark et l'Azerbaïdjan.

Voici un tableau récapitulatif de l'usage de l'anglais dans les chansons présentées au concours de l'Eurovision depuis 1999, demi-finales et finale comprises.

Année Nombre de pays

participants

chansons entièrement

en anglais

chansons partiellement

en anglais

Total des chansons

utilisant l'anglais

1999 23 52.2% 8.6% 60.8%
2000 24 54.2% 16.7% 70.9%
2001 23 60.9% 26.1% 87%
2002 24 66.7% 12.5% 79.2%
2003 26 61.5% 19.2% 80.7%
2004 36 63.9% 11.1% 75%
2005 39 59% 15.4% 74.4%
2006 37 56.7% 21.7% 78.4%
2007 42 52.4% 26.2% 78.6%
2008 43 53.5% 11.6% 65.1%
2009 42 54.8% 21.4% 76.2%
2010 39 59% 10.2% 69.2%
2011 43 60.5% 23.2% 83.7%
2012 42 54.8% 19.1% 73.9%
2013 39 56.4% 2.6% 59%
2014 37 75.7% 13.6% 89.3%
2015 40 82.5% 2.5% 85%
2016 42 81% 11.9% 92.9%
2017 42 83,3% 7,1% 90.5%

Au regard du très haut taux d'anglophonie, chaque année largement voire très largement majoritaire, il n'est pas étonnant que depuis 1999, toutes les chansons gagnantes aient été au moins partiellement en anglais, à l'exception de la chanson serbe qui remporta le concours en 2007, mais aussi la chanson portugaise en 2017. Ainsi, depuis 1999, 13 pays ont gagné le concours avec une chanson au moins partiellement en anglais : la Suède (1999, 2012, 2015), le Danemark (2000, 2013), l'Estonie (2001), la Lettonie (2002), la Turquie (2003), l'Ukraine (2004, 2016), la Grèce (2005), la Finlande (2006), la Russie (2008), la Norvège (2009), l'Allemagne (2010), l'Azerbaïdjan (2011) et l'Autriche (2014).

Le français[modifier | modifier le code]

Lors des périodes où les participants avaient l'obligation de chanter dans une des langues de leur pays, le français était une langue très présente au concours de l'Eurovision. En effet, ce concours se faisait essentiellement avec des participants d'Europe occidentale où le français est traditionnellement plus présent qu'en Europe centrale et orientale. Cinq pays chantaient donc très régulièrement en français : la France, la Suisse, la Belgique, le Luxembourg et Monaco. Tous ont d'ailleurs remporté au moins une fois le concours grâce à une chanson en français. On notera par ailleurs que la forte présence du français fit que pendant les trente premières années du concours, une chanson francophone gagnait en moyenne une année sur deux. Depuis la fin des années 1980, suite à l'élargissement du concours aux pays d'Europe centrale et orientale et suite à l'abandon de tout règlement linguistique à partir de 1999, le français est en forte régression. Depuis 1988 et la victoire de Céline Dion, aucune chanson en français n'a remporté le concours.

Cependant, depuis 1999, le français est quand même régulièrement présent. Six pays ont concouru au moins une fois avec une chanson intégralement en français : la France (1999, 2000, 2002, 2003, 2005, 2006, 2009, 2010, 2013, 2014, 2015), la Belgique (2000, 2005), la Suisse (2004, 2010), Monaco (2004, 2005), Chypre (2007) et l'Autriche (2016). À noter que le Luxembourg s'est retiré du concours depuis 1994. De plus, un certain nombre de pays ont présenté des chansons bilingues impliquant le français (et l'anglais sauf indication contraire) : la Bosnie (1999 français-bosniaque), la France (2001, 2004 français-espagnol, 2007, 2012, 2016, 2017), Monaco (2006 français-tahitien) et la Suède (2009). Enfin, dans un cadre bilingue ou multilingue, d'autres pays ont présenté des chansons contenant au moins deux ou trois phrases en français : la France (2008), la Lituanie (2006, 2011), l'Islande (2010), le Portugal (2007), la Roumanie (2007) et Israël (2007).

L'italien[modifier | modifier le code]

L'italien est une langue régulièrement présente au concours de l'Eurovision, la Suisse et l'Italie l'utilisant volontiers et ce dès la première édition du concours en 1956. Son succès est cependant limité car seules deux chansons italiennes, toutes deux présentées par l'Italie ont gagné le concours en 1964 et 1990. Depuis 1999, d'autres pays se sont ouverts à la langue italienne, même dans la période où l'Italie s'était retirée du concours (1997-2011). Ce sont donc désormais quatre pays qui ont concouru au moins une fois avec une chanson entièrement en italien : la Suisse (2000, 2008), la Lettonie (2007), Saint-Marin (2008, 2013) et bien sûr l'Italie (2013, 2014, 2015). Quatre pays ont en outre intégré l'italien dans une chanson bilingue (avec l'anglais sauf indication contraire) : Chypre (2000 grec-italien), la Roumanie (2006, 2008), la Croatie (2017) et l'Italie (2011, 2012, 2016). Enfin, la Roumanie utilisa aussi l'italien en 2007 comme l'Italie en 2017 dans une chanson multilingue.

L'espagnol[modifier | modifier le code]

Au concours Eurovision, l'espagnol est très lié à l'Espagne, seul pays participant dans lequel cette langue est officielle. L'Espagne participant sans interruption depuis 1961, sa langue est présente au concours chaque année depuis cette date, à l'exception de 2016 et 2017 où l'Espagne décida de concourir avec une chanson entièrement en anglais. C'est donc logiquement à l'Espagne que l'on doit les deux chansons en espagnol ayant gagné le concours en 1968 et en 1969.

Même depuis 1999, l'Espagne est le seul pays à avoir présenté des chansons entièrement en espagnol. En revanche, l'espagnol a plus de succès dans les chansons bilingues. Outre l'Espagne (2008, 2009 et 2014), la France (2004), la Pologne (2004), l'Autriche (2005) et la Roumanie (2012) ont combiné l'espagnol avec une autre langue, l'anglais dans tous les cas à l'exception de la France qui a préféré le français. Enfin, l'espagnol est apparu aussi dans deux chansons multilingues, celles du Portugal et de la Roumanie, toutes les deux en 2007.

Le russe[modifier | modifier le code]

Le russe n'apparait que tardivement à l'Eurovision, en 1994 avec la première participation de la Russie. Depuis, cette langue s'est imposé comme une langue régulière sur la scène du concours, bien que la Russie ne l'utilise que très rarement. En effet, depuis l'abandon de l'obligation de chanter dans une des langues officielles, la Russie n'a chanté qu'une seule fois entièrement en russe, en 2003 et à deux reprises dans une chanson bilingue russe-ukrainien en 2009 et en russe-anglais en 2011. Cependant, d'autres pays utilisent le russe occasionnellement: la Lettonie dans une chanson entièrement russe en 2009, l'Ukraine et la Lituanie en combinaison avec l'anglais respectivement 2007 et en 2009, la Pologne en combinaison avec le Polonais en 2005, dans des chansons multilingues en 2003 et 2006 de même que la Roumanie en 2007.

Présence des dialectes et des langues minoritaires ou régionales[modifier | modifier le code]

Quelle qu'ait été la règle en vigueur sur l'usage des langues, la scène de l'Eurovision a souvent accueilli des interprètes chantant dans un dialecte ou dans une langue régionale ou minoritaire. On appelle dialecte une variété non-standardisée d'une langue standardisée jouissant d'un statut officiel (qu'il soit national ou régional), cette variété étant liée à un espace géographiquement restreint ainsi qu'à un usage réduit le plus souvent aux situations informelles. Une langue régionale est une langue standardisée ayant un statut officiel limité à une région d'un Etat ayant une autre langue nationale. De même, une langue minoritaire est la langue d'une communauté minoritaire dans un Etat dont la majorité de la population utilise une autre langue. Une langue minoritaire dans un pays donné peut être majoritaire dans un autre pays (hongrois en Roumanie / hongrois en Hongrie, croate en Autriche / croate en Croatie), tandis qu'une langue régionale est circonscrite à une région d'un seul pays (Breton, Sarde etc.).

A noter que la situation linguistique de l'ex-Yougoslavie, participante au concours, pose problème pour être intégrée dans ce paragraphe. En effet, si la Yougoslavie utilisait le serbe, le croate ou le bosnien dans les années 1960, il s'agissait à l'époque de variétés d'une même langue; pour le slovène d'une langue régionale (de même que le monténégrin utilisé par la Serbie-et-Monténégro, éphémère Etat de 2003 à 2006). Or aujourd'hui, ces entités ont volé en éclats et chaque variété a obtenu entretemps le statut de langue nationale. De plus et par conséquent, la sociolinguistique semble se diriger progressivement vers une reconnaissance du serbe, du croate et du bosnien comme langues à part entière.

Les dialectes[modifier | modifier le code]

Ce sont logiquement les pays dans lesquels les dialectes sont les plus vivants qui concourent à l'Eurovision avec des chansons en dialecte. L'Italie se fit représenter en 1991 par Peppino di Capri, natif de Naples, qui chanta dans le dialecte de sa ville natale. L'Autriche est sans doute le pays qui mise le plus sur les dialectes, symboles d'un sentiment d'appartenance régionale très fort chez les Autrichiens. Ainsi, le dialecte de Vienne (1971), celui du Vorarlberg (Ouest du pays, 1996), de la Styrie (Sud, 2003) et du Mühlviertel (Nord, 2012) ont tous connu trois minutes de gloire musicale internationale en ayant accès à la scène de l'Eurovision.

Comme l'Autriche, depuis l'abandon de toute règle linguistique restrictive en 1999, d'autres pays ont tout de même tenté leur chance avec des chansons en dialecte, à l'exemple de la Lituanie dès 1999 qui utilisa le samogitien, dialecte de l'ouest du pays. Les années 2000 virent aussi la participation de l'Estonie avec le dialecte Võro (sud) en 2004 et de la Grèce avec le dialecte pontique, parlé à l'origine sur les rives sud de la Mer Noire (Nord de la Turquie).

Les langues minoritaires et/ou régionales[modifier | modifier le code]

A partir des années 1990, de nombreux pays ont fait honneur à leur propre diversité linguistique en présentant des chansons dans des langues présentes sur leur territoire sans avoir le statut de langue nationale. C'est particulièrement le cas de la France qui substitue occasionnellement le français par une langue régionale: créole en 1992, corse en 1993 et 2011, breton en 1996. Monaco présenta une chanson partiellement en tahitien en 2006 sans que cette langue puisse être considérée comme régionale sur le Rocher; l'explication est à chercher dans les liens culturels et linguistiques de la Principauté avec la France, pays dont le tahitien est langue régionale. La République Tchèque en 2009, la Macédoine en 2013 et la Hongrie en 2017 ont eu recours au romani, langue de la communauté rom. Enfin, on notera deux exemples de chansons partiellement en langue régionale qui connurent un grand succès: l'oudmourte, langue de Russie, apparu sur la scène de l'Eurovision en 2012; et le tatar de Crimée, langue de la Crimée utilisée dans la chanson ukrainienne en 2016. La Russie a fini seconde en 2012 tandis que l'Ukraine a remporté le concours en 2016; il est à préciser que ces deux chansons étaient présentées dans des versions bilingues mêlant l'anglais.

On notera aussi l'usage de langues ayant dans leur pays le statut de langue nationale mais qui dans les faits ne sont parlées que par une minorité de la population ou ne sont employées que dans des contextes informels évoquant l'usage d'un dialecte. L'itlandais utilisé par l'Irlande en 1972; le luxembourgeois, langue officielle du Luxembourg, utilisée par ce pays en 1960, 1992 et en alternance avec le français en 1993 et le romanche, une des quatre langues officielles de la Suisse, utilisé cependant qu'une seule fois en 1989.

Le catalan n'entre pas dans cette catégorie, car s'il est langue régionale en Espagne, il n'a jamais été utilisé par ce pays à l'Eurovision. Seul Andorre s'est présenté avec des chansons en catalan lors de ses 6 participations entre 2004 et 2009 (les trois dernières années dans des versions bilingues impliquant l'anglais). Or, le catalan est la seule langue officielle et la langue majoritaire de la Principauté.

Tableau chronologique[modifier | modifier le code]

Le tableau chronologique indique l'année du concours où une langue ou un dialecte a été employé pour la première fois. Sont également indiqués le pays l'ayant utilisée, ainsi que l'interprète et la chanson concernée.

Ordre Langue Premier emploi Pays Artiste(s) Chanson Traduction française
1 Néerlandais 1956 Drapeau : Pays-Bas Pays-Bas Jetty Paerl De vogels van Holland Les oiseaux de Hollande
2 Allemand 1956 Drapeau : Suisse Suisse Lys Assia Das alte Karussell Le vieux carrousel
3 Français 1956 Drapeau : Belgique Belgique Fud Leclerc Messieurs les noyés de la Seine -
4 Italien 1956 Drapeau : Italie Italie Franca Raimondi Aprite le finestre Ouvrez les fenêtres
5 Anglais 1957 Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni Patricia Bredin All Tout
6 Danois 1957 Drapeau : Danemark Danemark Birthe Wilke et Gustav Winckler Skibet skal sejle i nat Le bateau va prendre la mer ce soir
7 Suédois 1958 Drapeau : Suède Suède Alice Babs Lilla stjärna Petite étoile
8 Luxembourgeois 1960 Drapeau : Luxembourg Luxembourg Camillo Felgen So laang we's du do bast Tant que tu es là
9 Norvégien 1960 Drapeau : Norvège Norvège Nora Brockstedt Voi-voi -
10 Espagnol 1961 Drapeau : Espagne Espagne Conchita Bautista Estando contigo Quand je suis avec toi
11 Finnois 1961 Drapeau : Finlande Finlande Laila Kinnunen Valoa ikkunassa Les lumières à la fenêtre
12 Serbe 1961 Drapeau : République fédérative socialiste de Yougoslavie Yougoslavie Ljiljana Petrović Neke davne zvezde Quelques anciennes étoiles
13 Croate 1963 Drapeau : République fédérative socialiste de Yougoslavie Yougoslavie Vice Vukov Brodovi Des bateaux
14 Portugais 1964 Drapeau : Portugal Portugal António Calvário Oração Prière
15 Bosnien 1964 Drapeau : République fédérative socialiste de Yougoslavie Yougoslavie Sabahudin Kurt Život je sklopio krug La vie forme une boucle
16 Slovène 1966 Drapeau : République fédérative socialiste de Yougoslavie Yougoslavie Berta Ambrož Brez besed Sans mot
17 Viennois 1971 Drapeau : Autriche Autriche Marianne Mendt Musik Musique
18 Maltais 1971 Drapeau : Malte Malte Joe Grech Marija l-Maltija Marie la maltaise
19 Irlandais 1972 Drapeau : Irlande Irlande Sandie Jones Ceol an Ghrá La musique de l'amour
20 Hébreu 1973 Drapeau : Israël Israël Ilanit Ey Sham Quelque part
21 Grec 1974 Drapeau : Grèce Grèce Marinella Krasi, Thalassa Kai T'Agori Mou Du vin, la mer et mon amoureux
22 Turc 1975 Drapeau : Turquie Turquie Semiha Yankı Seninle bir dakika Une minute avec toi
23 Arabe 1980 Drapeau : Maroc Maroc Samira Bensaid Bitakat hob Message d'amour
24 Islandais 1986 Drapeau : Islande Islande ICY Gleðibankinn La banque du plaisir
25 Romanche 1989 Drapeau : Suisse Suisse Furbaz Viver senza tei Vivre sans toi
26 Napolitain 1991 Drapeau : Italie Italie Peppino di Capri Comme è ddoce 'o mare Comme la mer est douce
27 Créole 1992 Drapeau : France France Kali Monté la rivié` Monter la rivière
28 Corse 1993 Drapeau : France France Patrick Fiori Mama Corsica -
29 Estonien 1994 Drapeau : Estonie Estonie Silvi Vrait Nagu merelaine Comme une vague
30 Roumain 1994 Drapeau : Roumanie Roumanie Dan Bittman Dincolo de nori Par delà les nuages
31 Slovaque 1994 Drapeau : Slovaquie Slovaquie Tublatanka Nekonečná pieseň Chanson sans fin
32 Lituanien 1994 Drapeau : Lituanie Lituanie Ovidijus Vyšniauskas Lopšinė mylimai Berceuse pour ma bien-aimée
33 Hongrois 1994 Drapeau : Hongrie Hongrie Friderika Bayer Kinek mondjam el vétkeimet? À qui puis-je confesser mes péchés ?
34 Russe 1994 Drapeau : Russie Russie Youddiph Vyechniy stranik Errance éternelle
35 Polonais 1994 Drapeau : Pologne Pologne Edyta Górniak To nie ja! Ce n'est pas moi !
36 Vorarlbergeois 1996 Drapeau : Autriche Autriche George Nussbaumer Weil's dr guat got Parce que tu te sens bien
37 Breton 1996 Drapeau : France France Dan Ar Braz et l'Héritage des Celtes Diwanit Bugale Puissiez-vous fleurir, enfants
38 Macédonien 1998 Drapeau : Macédoine Macédoine Vlado Janevski Ne zori, zoro Aube, ne te lève pas
39 Samogitien 1999 Drapeau : Lituanie Lituanie Aistė Strazdas La grive musicienne
40 Styrien 2003 Drapeau : Autriche Autriche Alf Poier Weil der Mensch zählt Parce que l'être humain compte
41 Imaginaire 2003 Drapeau : Belgique Belgique Urban Trad Sanomi -
42 Letton 2004 Drapeau : Lettonie Lettonie Fomins et Kleins Dziesma par laimi Une chanson sur le bonheur
43 Catalan 2004 Drapeau : Andorre Andorre Marta Roure Jugarem a estimar-nos Nous jouerons à nous aimer
44 Ukrainien 2004 Drapeau : Ukraine Ukraine Ruslana Wild Dances Danses sauvages
45 Võro 2004 Drapeau : Estonie Estonie Neiokõsõ Tii Le chemin
46 Monténégrin 2005 Drapeau : Serbie-et-Monténégro Serbie-et-Monténégro No Name Zauvijek moja À moi pour toujours
47 Albanais 2006 Drapeau : Albanie Albanie Luiz Ejlli Zjarr e ftohtë Le feu et le froid
48 Tahitien 2006 Drapeau : Monaco Monaco Séverine Ferrer La coco-dance -
49 Bulgare 2007 Drapeau : Bulgarie Bulgarie Elitsa Todorova et Stoyan Yankulov Water (Voda) Eau
50 Tchèque 2007 Drapeau : République tchèque République tchèque Kabát Malá dáma Petite dame
51 Arménien 2007 Drapeau : Arménie Arménie Hayko Anytime You Need Dès que tu en as besoin
52 Romani 2009 Drapeau : République tchèque République tchèque Gipsy.cz Aven Romale Venez, les Roms
53 Swahili 2011 Drapeau : Norvège Norvège Stella Mwangi Haba Haba Petit à petit
54 Oudmourte 2012 Drapeau : Russie Russie Buranovskie Babuški Party for Everybody La fête pour tous
55 Mühlviertlerisch 2012 Drapeau : Autriche Autriche Trackshittaz Woki mit deim Popo Remue ton popotin
56 Géorgien 2012 Drapeau : Géorgie Géorgie Anri Jokhadze I'm a Joker Je suis un blagueur
57 Grec pontique 2016 Drapeau de Grèce Grèce Argo Utopian land Terre utopique
58 Tatar de Crimée 2016 Drapeau d'Ukraine Ukraine Jamala 1944 -
59 Biélorusse 2017 Drapeau de Biélorussie Biélorussie NAVI Historyja majho žyccja L'histoire de ma vie

Vainqueurs[modifier | modifier le code]

Le tableau des vainqueurs classe les chansons gagnantes selon leur langue d'interprétation. Sont également précisés les années et les pays concernés.

Les premières éditions du concours virent une domination des chansons françaises. Ainsi, de 1956 à 1962, cinq de sept chansons gagnantes furent interprétées en français.

Durant la première abrogation de la règle imposant le recours à une langue nationale, de 1973 à 1976, trois des quatre chansons gagnantes furent interprétées en anglais.

Depuis la seconde abrogation, en 1999, seules quatre chansons gagnantes furent interprétées dans une langue nationale : Wild Dances, pour l'Ukraine en 2004 ; Molitva, pour la Serbie en 2007 ; 1944, pour l'Ukraine en 2016 et Amar pelos dois, pour le Portugal en 2017. Toutes les autres chansons furent interprétées en anglais.

Victoire(s) Langue(s) Année(s) Pays
29 Anglais 1967, 1969, 1970, 1974, 1975, 1976, 1980, 1981, 1987, 1992,
1993, 1994, 1996, 1997, 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2005,
2006, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni, Drapeau : Irlande Irlande, Drapeau : Suède Suède, Drapeau : Pays-Bas Pays-Bas, Drapeau : Danemark Danemark,
Drapeau : Estonie Estonie, Drapeau : Lettonie Lettonie, Drapeau : Turquie Turquie, Drapeau : Grèce Grèce, Drapeau : Finlande Finlande,
Drapeau : Russie Russie, Drapeau : Norvège Norvège, Drapeau : Allemagne Allemagne, Drapeau : Azerbaïdjan Azerbaïdjan, Drapeau : Autriche Autriche
14 Français 1956, 1958, 1960, 1961, 1962, 1965, 1969, 1971, 1972, 1973,
1977, 1983, 1986, 1988
Drapeau : Suisse Suisse, Drapeau : France France, Drapeau : Luxembourg Luxembourg,
Drapeau : Monaco Monaco, Drapeau : Belgique Belgique
3 Hébreu 1978, 1979, 1998 Drapeau : Israël Israël
Néerlandais 1957, 1959, 1969 Drapeau : Pays-Bas Pays-Bas
2 Allemand 1966, 1982 Drapeau : Autriche Autriche, Drapeau : Allemagne Allemagne
Espagnol 1968, 1969 Drapeau : Espagne Espagne
Italien 1964, 1990 Drapeau : Italie Italie
Norvégien 1985, 1995 Drapeau : Norvège Norvège
Suédois 1984, 1991 Drapeau : Suède Suède
1 Danois 1963 Drapeau : Danemark Danemark
Portugais 2017 Drapeau : Portugal Portugal
Serbe 2007 Drapeau : Serbie Serbie
Serbo-croate 1989 Drapeau : République fédérative socialiste de Yougoslavie Yougoslavie
Tatar de Crimée1 2016 Drapeau : Ukraine Ukraine
Ukrainien2 2004 Drapeau : Ukraine Ukraine
  • 1 La chanson fut interprétée en version bilingue, anglais-tatar de Crimée.
  • 2 La chanson fut interprétée en version bilingue, anglais-ukrainien.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Haan Marco, Dijkstra Gerhard et Dijkstra Peter, « Expert Judgment Versus Public Opinion – Evidence from the Eurovision Song Contest », Journal of Cultural Economics, 29, 2005, p. 62.
  2. Kennedy O’Connor John, The Eurovision Song Contest. 50 Years. The Official History, Londres, Carlton Books Limited, 2005, p. 9.
  3. http://www.eurovision.tv/page/history/by-year/contest?event=282#About the show.
  4. Kennedy O’Connor John, op.cit., p. 28.
  5. http://www.eurovision.tv/page/history/by-year/contest?event=289#About%20the%20show.
  6. Kennedy O’Connor John, op.cit., p. 53.
  7. http://www.eurovision.tv/page/history/by-year/contest?event=292#About%20the%20show.
  8. http://www.eurovision.tv/page/history/by-year/contest?event=293#About%20the%20show.
  9. « The history of live music in the Eurovision Song Contest »
  10. « Jürgen Meier-Beer kümmert sich für die ARD um den Grand Prix Eurovision. Er hat aus dem alten Schlagerwettbewerb ein bizarres Ereignis gemacht Kein bisschen Frieden – Quelle: http://www.berliner-zeitung.de/16399662 ©2016 »,
  11. http://www.eurovision.tv/page/history/by-year/contest?event=314#About%20the%20show.
  12. « Zeitreise: Jürgen Meier-Beer erinnert sich an die ESC Jahre von 1995 bis 2005 »,
  13. a et b Règles du Concours Eurovision de la chanson 2013, p. 3, par l'Union européenne de radio-télévision, publié sur le site officiel du concours (www.eurovision.tv/page/baku-2012/about), consulté le 1er mai 2013.
  14. http://www.diggiloo.net/?1956.
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  23. Kennedy O’Connor John, op.cit., p. 166.
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  26. Hautier Jean-Pierre, La folie de l’Eurovision, Bruxelles, Éditions de l’Arbre, 2010, p. 159.