Géorgien

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne la langue géorgienne. Pour le peuple géorgien, voir Géorgiens.

Géorgien
ქართული
Pays Géorgie
Nombre de locuteurs 4 237 710 (1993)[1]
Typologie agglutinante
SVO + SOV + OSV
à fracture d'actance
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Drapeau de la Géorgie Géorgie
Codes de langue
ISO 639-1 ka
ISO 639-2 geo, kat
ISO 639-3 kat
IETF ka
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)
  • ყველა ადამიანი იბადება თავისუფალი და თანასწორი თავისი ღირსებითა და უფლებებით. მათ მინიჭებული აქვთ გონება და სინდისი და ერთმანეთის მიმართ უნდა იქცეოდნენ ძმობის სულისკვეთებით.
  • Translittération : Qvela adamiani ibadeba tʻavisupʻali da tʻanascori tavisi ġirsebitʻa da uplebebitʻ. Matʻ miničebuli akʻvtʻ goneba da sindisi da ertʻmanetʻis mimartʻ unda ikʻcʻeodnen żmobis suliskvetʻebitʻ.

Le géorgien (en géorgien : ქართული ენა, romanisation : kartuli ena /kʰɑrtʰuli ɛnɑ/) est la langue officielle de la Géorgie, un pays dans le centre du Caucase.

Le géorgien est la langue maternelle d’environ 3,9 millions d’individus en Géorgie (soit 83 % de la population du pays) et celle d’environ 500 000 Géorgiens à l’étranger (particulièrement en Turquie, en Iran, en Russie, aux États-Unis et en Europe).

Le géorgien est également la langue littéraire de tous les groupes ethniques habitant sur le sol géorgien, spécialement pour ceux qui parlent une autre langue du Caucase central (langues kartvéliennes) telle que le svane, le mingrélien et le laze. Le géorgien moderne s’écrit à l’aide d’un alphabet de 33 lettres appelé mkhedruli.

La grammaire géorgienne est caractérisée par des déclinaisons (sept cas), l’absence de genres, un système verbal particulièrement complexe et une syntaxe à fracture d’actance. Le géorgien possède des consonnes éjectives typiques des langues caucasiennes et des suites de consonnes complexes.

Classification[modifier | modifier le code]

Répartition des langues kartvéliennes.

Le géorgien fait partie des langues kartvéliennes, comme le svane et le mingrélien (parlés dans le nord-ouest de la Géorgie) et le laze (langue parlée sur la côte orientale de la Mer Noire, particulièrement de Trabzon à la frontière géorgienne).

Certains chercheurs émettent l'hypothèse que la structure grammaticale du géorgien ressemblerait à celle du sumérien et que les deux langues seraient apparentées[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

La langue géorgienne appartient au groupe kartvélien, qui fait partie de la famille des langues caucasiennes. De cette famille, le géorgien est la seule langue qui a un alphabet ancien et une vieille tradition littéraire. Les plus anciens textes connus rédigés en géorgien datent de la seconde moitié du IVe siècle. Selon les chroniques grecques, le géorgien était parlé en Colchide et dans l’Ibérie caucasienne dans les temps anciens.

L’ancienne littérature géorgienne est une importante partie du christianisme orthodoxe. La plus ancienne période littéraire géorgienne (Ve au VIIIe siècle) est très riche en hymnographie et dans les travaux hagiographiques. Les chroniques historiques de la Géorgie ont également leur importance dans l’étude de l’histoire et des cultures caucasiennes, aussi bien du nord que du sud. Elles sont aussi importantes pour l’étude de régions voisines, comme le Proche-Orient. En raison de sa position stratégique entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, la Géorgie devint un des centres de la traduction durant le Moyen Âge. Ces traductions étaient alors effectuées aussi bien dans le pays (comme aux académies de Pharissi[3], de Gélati[4] et d’Iqalto[5]) que dans les monastères géorgiens situés à l’étranger, dont ceux situés en Syrie, sur le mont Sinaï en Égypte, ou bien Olympie et Athos en Grèce, et d’autres en Europe de l’Est. Les travaux littéraires traduits en géorgien ajoutèrent plusieurs importantes informations aux études des histoires et des cultures des pays du Proche-Orient et aidaient à reconstituer certains écrits originaux perdus en grec, syriaque, persan et arabe.

Certains travaux orientaux furent ainsi introduits en Europe grâce aux traductions géorgiennes. Par exemple, le géorgien Visramiani (XIIe siècle) est la traduction de l’indien Ramayana, tandis que la Sagesse de Balahvar (XIe siècle) est la version chrétienne de l’histoire de Bouddha.

Après l'arrivée du christianisme en Géorgie (en 337), les pensées religieuses et théologiques se développèrent dans un nouveau niveau. Plusieurs de ces pensées sont considérées comme des grandes œuvres de la civilisation orthodoxe. En plus de ces travaux, on peut trouver ceux du fameux philosophe géorgien Pierre l’Ibère, datant du Ve siècle. Aujourd’hui, la Géorgie est considérée comme le berceau de la Renaissance orientale (du IXe au XIIe siècle). Le poème philosophique et allégorique de Chota Roustaveli, Le Chevalier à la peau de panthère est la plus grande œuvre littéraire de cette période.

Chota Roustaveli, un des plus grands écrivains du Moyen Âge.

La langue géorgienne est caractérisée par plusieurs emprunts à plusieurs autres langues avec lesquelles elle entra en contact au cours de l’histoire. La langue est donc très riche en vocabulaire, aussi bien qu’en dialectes. Toutefois, la structure grammaticale ne reflète pas ces emprunts et ne ressemble à aucune autre langue du monde. Seules trois langues non écrites du groupe des langues kartvéliennes sont quelque peu semblables au géorgien. Toutefois, le géorgien parlé actuellement par la population de la Géorgie ne date que du XIXe siècle lorsqu’elle reçut ses dernières modifications dans le vocabulaire, s’inspirant ainsi de mots russes ou persans afin de s’enrichir linguistiquement. Mais la Géorgie avait perdu son indépendance depuis 1801 et en 1921, la République socialiste soviétique de Géorgie fut créée. Joseph Staline, chef de l’URSS et lui-même né en Géorgie, avait autorisé les pays caucasiens à garder leur identité nationale, mais, après sa mort, la politique de déstalinisation de Nikita Khrouchtchev entraîna l’entrée de la Géorgie dans une longue période de russification qui atteignit son apogée en 1978 lorsque le président du Soviet suprême de la RSS de Géorgie Edouard Chevardnadze décida de changer l’article 75 de la Constitution géorgienne (concernant le statut officiel du géorgien) afin d’adopter le russe comme langue officielle. Cela provoqua une révolte des Géorgiens qui atteignit son point culminant le 14 avril ; à la suite de cette révolte, de nombreux Géorgiens furent assignés à domicile à Moscou. Toutefois, le gouvernement soviétique dut alors s’avouer vaincu, et Chevardnadze ne changea jamais la langue officielle de la Géorgie. Le 14 avril est le jour de la langue nationale.

Littérature[modifier | modifier le code]

L’œuvre la plus ancienne de la littérature géorgienne qui subsiste encore est le Martyre de la sainte reine Chouchanik (rédigé entre 474 et 484), et des centaines de palimpsestes datant des Xe, XIe et XIIe siècles indiquent qu’à cette époque, les évangiles, les épîtres de saint Paul et les Psaumes avaient déjà été traduits. Il subsiste également plusieurs traductions de la Bible dans sa totalité, qui datent des VIIIe et IXe siècles.

Le roi Artchil Ier d’Iméréthie fut également un célèbre poète de son siècle.

La littérature géorgienne connut son âge d’or sous le règne de la reine Tamar de Géorgie (1184–1212) durant lequel la Géorgie atteignit également son apogée dans les domaines politique et culturel. L’œuvre la plus célèbre issue de cette époque reste Le Chevalier à la peau de panthère, du poète Chota Roustaveli, qui vécut à la fin du XIIe siècle et est toujours considéré comme le poète épique national de la Géorgie. À cette période, les récits et les mythes persans commencèrent à exercer une influence littéraire prépondérante : c’est dans les écrits du poète royal Théimouraz de Kakhétie, qui seront condamnés par l’un de ses successeurs, et du poète royal Artchil de Karthlie, que cette influence fut la plus marquante. Elle resta forte jusqu’à la montée du nationalisme géorgien, qui naquit au XVIIIe siècle.

Les écrivains marquants de ce dit siècle du patriotisme furent le roi Vakhtang VI de Karthli, son fils Vakhoucht Bagration et le moine catholique Saba Soulkhan Orbéliani, auteur d’un recueil de contes moraux et d’un dictionnaire géorgien, ainsi que de poèmes et d’un journal narrant ses grands voyages en Europe de l’Ouest. Les poètes David Gouramichvili et Bessarion Gabachvili sont aussi de grands auteurs de l’époque.

Le XIXe siècle fut marqué par la forte influence de l’Europe de l’Ouest. Parmi les poètes de cette époque, Alexandre Tchavtchavadzé et Grigol Orbéliani figurent en bonne place. Leur art est resté célèbre pour ses thèmes patriotiques et son éloge exagéré du vin et des femmes. Quant à Nicolas Baratachvili, il fut fortement influencé par cette Europe de l’Ouest qui lui fit rédiger des poèmes lyriques de style byronien. À la fin du XIXe siècle, l’homme de lettres géorgien le plus influent était le patriote Ilia Tchavtchavadzé, qui sera assassiné par des militants socialistes puis vénéré comme saint de l’Église orthodoxe géorgienne.

De 1921 à 1991, la Géorgie fut rattachée à l’Union soviétique et, même si la plupart des œuvres littéraires continuèrent à être écrites en géorgien, elles relevaient de la tradition culturelle de l’Union des républiques socialistes soviétiques et, de ce fait, étaient souvent propagandistes et moralistes. Aujourd’hui, l’art de l’écriture géorgienne est quelque peu délaissé par les grands du pays, mais on peut toutefois encore entendre parler de fameux auteurs, tels qu'Aka Mortchiladzé ou Irina Assatiani.

Emprunts[modifier | modifier le code]

Comme indiqué plus haut, le géorgien est une langue au vocabulaire très riche. Une grande partie en fut directement empruntée à des langues étrangères, voisines ou non. On retrouve des similitudes entre le vocabulaire fondamental de la langue géorgienne et certaines langues indo-européennes anciennes dans les domaines de l’élevage, de l’agriculture, des parties du corps humain et des chiffres. Les emprunts aux langues iraniennes, anciennes (Scythes, Alains, Ossètes, Parthes), moyennes et nouvelles sont patents, en particulier dans les prénoms. La langue grecque a enrichi la langue géorgienne dans le domaine de la terminologie religieuse. Les emprunts à l'araméen (langue officielle de l’ancienne Ibérie), l'hébreu (ზეთი, zet'i pour huile), l'assyro-babylonien (თარგმანი, t'argmani pour interprète), le syriaque (კუპრი, koupri pour goudron), l'arabe (დავა, dava pour discussion), l'azéri (თოხლი, t'okhli pour agneau) et l'arménien sont complètement assimilés. Plus récemment, aux XIXe et XXe siècles, les langues russe et anglaise ont apporté leurs lots de mots nouveaux et parfois de « doublons ».

Prononciation[modifier | modifier le code]

Les tableaux ci-dessous donnent les phonèmes en alphabet phonétique international ainsi que leur écriture en mkhedruli et leur translittération en système national de romanisation du géorgien.

Voyelles[modifier | modifier le code]

Le géorgien a un système vocalique simple avec cinq voyelles orales sans distinction de longueur[6].

  Antérieures Postérieures
Fermées /i/ ი i /u/ უ u
Moyennes /ɛ/ ე e /ɔ/ ო o
Ouverte /ɑ/ ა a

Consonnes[modifier | modifier le code]

Le géorgien possède 28 consonnes, dont 6 éjectives[7],[8].

Bilabiales Labio-dentale Dentales Alvéolaires Post-alvéolaires Vélaires Uvulaire Glottale
Occlusives Aspirées // ფ p // თ t // ქ k
Éjectives /p’/ პ p’ /t’/ ტ t’ /k’/ კ k’ /q’/ ყ q’
Sonores /b/ ბ b /d/ დ d /ɡ/ გ g
Affriquées Aspirées /t͡sʰ/ ც ts /t͡ʃʰ/ ჩ ch
Éjectives /t͡s’/ წ ts’ /t͡ʃ’/ ჭ ch’
Sonores /d͡z/ ძ dz /d͡ʒ/ ჯ j
Nasales /m/ მ m /n/ ნ n
Roulée /r/ რ r
Fricatives Sourdes /s/ ს s /ʃ/ შ sh /x/ ხ kh /h/ ჰ h
Sonores /v/ ვ v /z/ ზ z /ʒ/ ჟ zh /ɣ/ ღ gh
Latérale /l/ ლ l
  • Les sons /t͡sʰ/ et /t͡ʃʰ/ sont transcrits par certains auteurs comme /t͡s/ et /t͡ʃ/, sans aspiration[7].
  • La prononciation exacte de /q’/ varie entre [q’], [χ’], [q’χ] et [ʔ][9].
  • r est souvent prononcé battu ([ɾ]) plutôt que roulé ([r])[6].
  • La prononciation de ვ v varie entre [v] et [w]. Il se dévoise devant les consonnes sourdes : ვჭამ vch’am (« je mange ») [ft͡ʃ’am][6],[10].

Alphabet[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Alphabet géorgien.
« Géorgien » écrit en géorgien

Le géorgien s’écrit selon un alphabet dit mxedruli qui a remplacé l’asomtavruli, probablement inventé par Pharnabaze Ier, le premier roi du pays. L’alphabet actuel comporte 33 lettres : 28 consonnes et 5 voyelles. Étant unicaméral, il ne distingue pas de majuscules et minuscules.

Les 33 lettres modernes de l’alphabet mkhredruli sont les suivantes :


ani

bani

gani

doni

eni

vini

zeni

tani

ini

k’ani

lasi

mani

nari

oni

p’ari

zhani

rae

sani

t’ari

uni

pari

kani

ghani

q’ari

shini

chini

tsani

dzili

ts'ili

ch’ari

khani

jani

hae

Grammaire[modifier | modifier le code]

La grammaire du géorgien comporte de nombreuses difficultés. Le système de déclinaison compte sept cas et des désinences personnelles verbales d'une rare complexité morphologique (en).

Noms[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Déclinaisons en géorgien.

Déclinaison[modifier | modifier le code]

Les sept cas du géorgien sont[11] :

Les terminaisons des cas sont similaires pour tous les noms. On distingue trois types de noms[12] :

  • les mots à thème consonantique, dont le radical se termine par une consonne et qui prennent -i au nominatif,
  • les mots à thème vocalique dont la voyelle s’élide devant certaines terminaisons (généralement, les noms en -a et -e),
  • les mots à thème vocalique dont la voyelle ne s’élide pas (généralement, les noms en -o et -u).

Pour quelques rares mots en -i, souvent empruntés (par exemple ჩაი chai « thé »), et la plupart des prénoms (ex. გიორგი Giorgi, შოთა Shota), la dernière voyelle ne s’élide pas.

Exemples de déclinaison
Cas « femme » « mois » « chouette »
Nominatif ქალი kal-i თვე tve ბუ bu
Datif ქალს kal-s თვეს tve-s ბუს bu-s
Ergatif ქალმა kal-ma თვემ tve-m ბუმ bu-m
Génitif ქალის kal-is თვის tv-is ბუს bu-s
Instrumental ქალით kal-it თვით tv-it ბუთი bu-ti
Adverbial ქალად kal-ad თვედ tve-d ბუდ bu-d
Vocatif ქალო kal-o თვეო tve-o ბუვ bu-v

Dans les mots à thème vocalique, le vocatif peut prendre la terminaison -o ou -v. Avec ces mots, le vocatif est plutôt littéraire, et dans la langue parlée on préférera le nominatif.

Quand la dernière voyelle d’un radical consonantique est a, e ou o suivi de l, m, n ou r, la voyelle peut être supprimée par l’ajout d’une désinence (syncope) : წყალი ts’q’ali (« eau ») et მგელი mgeli (« loup ») donnent respectivement წყლის ts’q’lis et მგლის mglis au génitif. Avec certains noms, en particulier ceux dont le radical est monosyllabique, la syncope n’a pas lieu : ხელი kheli → ხელის khelis (« main »). En revanche, certains noms sont sujets à la syncope alors que leur consonne finale n’est pas dans la liste ci-dessus : სომეხი somekhi → სომხის somkhis (« Arménien »). Enfin, avec les noms en -o-, celui-ci peut être remplacé par -v- au lieu de disparaître : პამიდორი p’amidori → პამიდვრის p’amidvris (« tomate »)[13].

Pluriel[modifier | modifier le code]

Le pluriel se forme au moyen du suffixe -ebi, qui entraîne généralement les mêmes changements que l’ajout des désinences de cas (le -e final ne s’élide pas)[14] :

  • წიგნი ts’igni → წიგნები ts’ignebi (« livre »),
  • მწერალი mts’erali → მწერლები mts’erlebi (« écrivain »),
  • მუშა musha → მუშები mushebi (« ouvrier »),
  • მოწაფე mots’ape → მოწაფეები mots’apeebi (« élève »).

Le pluriel se décline régulièrement comme les noms à radical consonantique au singulier.

Il existe un deuxième pluriel issu du vieux géorgien, appelé pluriel ancien, formé au moyen des désinences -ni au nominatif, -no au vocatif et -ta ou -t aux autres cas. Celui-ci appartient au langage soutenu, mais il est aussi employé dans des expressions figées, en particulier au génitif, par exemple dans საბჭოთა კავშირი sabch’ota k’avshiri (« Union soviétique »), alors que le génitif pluriel usuel de საბჭოების sabch’o (« conseil, soviet ») est საბჭოების sabch’oebis[15],[16].

Adjectifs[modifier | modifier le code]

Les adjectifs, comme les noms, ont un radical qui se termine soit par une voyelle, soit par une consonne, auquel cas ils prennent -i au nominatif. Les adjectifs épithètes précèdent habituellement le nom auxquel ils se rapportent.

Un adjectif qui n’est pas suivi par un nom (utilisé de manière substantivée ou mis après le nom qu’il qualifie, ce qui est rare) se décline de la même manière qu’un nom. Suivis par un nom, les adjectifs avec un radical consonantique se déclinent au singulier et au pluriel comme dans le tableau ci-dessous, et ceux avec un radical vocalique sont invariables[17],[18].

Exemples de déclinaison
Cas « grand homme » « théorie intéressante »
Nominatif დიდი კაცი did-i k’atsi საინტერესო თეორია saint’ereso teoria
Datif დიდ კაცს did k’atss საინტერესო თეორიას saint’ereso teorias
Ergatif დიდმა კაცმა did-ma k’atsma საინტერესო თეორიამ saint’ereso teoriam
Génitif დიდი კაცის did-i k’atsis საინტერესო თეორიის saint’ereso teoriis
Instrumental დიდი კაცით did-i k’atsit საინტერესო თეორიით saint’ereso teoriit
Adverbial დიდ კაცად did k’atsad საინტერესო თეორიად saint’ereso teoriad
Vocatif დიდო კაცო did-o k’atso

Pronoms[modifier | modifier le code]

Pronoms personnels[modifier | modifier le code]

Les pronoms personnels sont les suivants :

Déclinaison des pronoms personnels géorgiens[19],[20]
Nombre Singulier Pluriel
Personne 1re 2e 3e 1re 2e 3e
Nominatif მე me შენ shen ის is / იგი igi ჩვენ chven თქვენ tkven ისინი isini
Datif მე me შენ shen მას mas ჩვენ chven თქვენ tkven მათ mat
Ergatif მე me შენ shen მან man ჩვენ chven თქვენ tkven მათ mat
Génitif ჩემ chem შენ shen მის mis ჩვენ chven თქვენ tkven მათ mat
Instrumental - - - - - -
Adverbial - - - - - -
Vocatif - შე she - - თქვე tkve -

Le tutoiement et le vouvoiement existent en géorgien et fonctionnent comme en français : შენ shen correspond à « tu » et თქვენ tkven à « vous ».

Pronoms possessifs[modifier | modifier le code]

Les pronoms possessifs sont dérivés du génitif des pronoms personnels. Ils servent aussi d’adjectifs possessifs et se déclinent comme les adjectifs.

Pronoms possessifs géorgiens[21]
Personne Singulier Pluriel
1re ჩემი chemi ჩვენი chveni
2e შენი sheni თქვენი tkveni
3e მისი misi მათი mati

Les pronoms de la troisième personne sont à l’origine des pronoms démonstratifs, mais il se déclinent différemment (cf. plus bas).

Il existe aussi un pronom possessif réfléchi utilisé à la troisième personne : თავისი tavisi, dérivé de თავი tavi (« tête »).

Les adjectifs possessifs, comme les autres déterminants, se placent normalement avant le nom : ჩემი მეგობარი chemi megobari (« mon ami »). Cependant, avec certains mots de parenté comme დედა deda (« mère ») et მამა mama (« père »), il se met après et le tout s’écrit en un seul mot : დედაჩემი dedachemi (« ma mère »). Seule la dernière partie se décline : au datif, on a დედაჩემს dedachems.

Pronoms démonstratifs[modifier | modifier le code]

Le géorgien a trois pronoms démonstratifs : ეს es (« ceci », proche du locuteur), ეგ eg (« cela », proche de l’interlocuteur) et ის is ou იგი igi (« cela », loin des deux)[22].

Déclinaison des pronoms démonstratifs géorgiens
Nombre Cas ceci cela cela là-bas
Singulier Nominatif ეს es ეგ eg ის is / იგი igi
Datif ამას amas მაგას magas იმას imas
Ergatif ამან aman მაგან magan იმან iman
Génitif ამის amis მაგის magis იმის imis
Instrumental ამით amit მაგით magit იმით imit
Adverbial ამად amad მაგად magad იმად imad
Pluriel Nominatif ესენი eseni ეგენი egeni ისინი isini / იგინი igini
Autres cas ამათ amat მაგათ magat იმათ imat

Ces pronoms peuvent aussi être utilisés en tant qu’adjectifs démonstratifs, mais dans ce cas leur déclinaison est simplifiée :

Déclinaison des adjectifs démonstratifs géorgiens
Nombre Cas ce …-ci ce …-là ce … là-bas
Singulier et pluriel Nominatif ეს es ეგ eg ის is
Autres cas ამ am მაგ mag იმ im

Dialectes[modifier | modifier le code]

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Pour le moment, au moins dix-huit dialectes géorgiens peuvent être identifiés. Ces dialectes peuvent se classifier en deux groupes majeurs : occidental et oriental. Le géorgien classique est largement fondé sur les dialectes karthliens du groupe oriental (ou central).

Le géorgien classique influence énormément, particulièrement par le système d’éducation et par la presse, tous ses dialectes encore, sauf ceux parlés en dehors de la Géorgie. En dépit de variations régionales considérables, certains aspects des dialectes géorgiens tels que la phonologie, la morphologie, la syntaxe et le vocabulaire se ressemblent. Les trois autres langues kartvéliennes (le mingrélien, le laze et le svane) sont sœurs du géorgien, mais elles en sont trop éloignées pour être intercompréhensibles.

Quelques variations de base des dialectes géorgiens concernent :

  • la présence du y (en géorgien : ჲ) et du w (ჳ) avant certaines voyelles ;
  • la présence des sons q (ჴ) et q’ (ყ) ou t (თ) et t’ (ტ) ;
  • une distinction entre les voyelles longues et brèves ;
  • la présence de certains sons inexistants dans le géorgien classique ;
  • l’usage du n (ნ) au pluriel ;
  • la mise au pluriel des adjectifs ;
  • des formes de verbes non classiques ;
  • des archaïsmes et des emprunts aux langues voisines.

Classification[modifier | modifier le code]

Les dialectes géorgiens sont classifiés selon leur répartition géographique. À part les groupes occidentaux et orientaux, certains linguistes y ajoutent une autre catégorie, celle des dialectes du sud. Ainsi, on peut même compter six catégories de dialectes : les dialectes de l’Est, de l’Ouest, du Nord-Est, du Sud-Ouest, du Centre, du Nord-Ouest et les autres.

Dialectes du nord[modifier | modifier le code]

Ces dialectes sont parlés par les habitants des montagnes caucasiennes du nord de la Géorgie :

  • le mokhevouri (მოხევური), parlé dans le Khevi ;
  • le mtioulour-goudamaqrouli (მთიულურ-გუდამაყრული), parlé en Mtiouléti et en Goudouamarqari ;
  • le khevsouri (ხევსურული), parlé en Khevsouréti ;
  • le pchavouri (ფშავური), parlé dans le Pchavi ;
  • le touchouri (თუშური), parlé dans le Touchétie.

Dialectes de l'est[modifier | modifier le code]

Deux de ces dialectes, l’Inguiloouri et le Pereïdnouli, sont parlés en dehors de la Géorgie, le premier par les Géorgiens d’Azerbaïdjan et le second par les descendants des Géorgiens déportés en Iran au XVIIe siècle :

  • le kakhouri (კახური), parlé en Kakhétie ;
  • l’inguiloouri (ინგილოური), parlé en Saïnguilo, Azerbaïdjan ;
  • le pereïdnouli (ფერეიდნული), parlé à Fereydoun Chahr, Iran ;
  • le tianetouri (თიანეთური), parlé en Tianeti.

Dialectes du centre de la Géorgie[modifier | modifier le code]

Les dialectes centraux, parfois considérés comme faisant partie des dialectes orientaux, sont parlés dans le centre et le Sud de la Géorgie, et forment les bases du géorgien classique :

  • le karthlouri (ქართლური), parlé en Karthlie ;
  • le djavakhouri (ჯავახური), parlé en Djavakhétie ;
  • le meskhouri (მესხური), parlé en Meskhétie.

Dialectes du sud-ouest[modifier | modifier le code]

  • Le gourouli (გურული), parlé en Gourie ;
  • l’adjarouli (აჭარული), parlé en Adjarie ;
  • l’imerkhevouli (იმერხევული), parlé à Imerkhevi, Turquie ;
  • le laze (ლაზური), parlé au bord de la mer Noir en Géorgie et dans l'actuelle Turquie.

Dialectes du nord-ouest[modifier | modifier le code]

  • L’imérouli (იმერული), parlé en Iméréthie ;
  • le letchkhoumouri (ლეჩხუმური), parlé en Letchkhoumi ;
  • le radjouli (რაჭული), parlé en Radja ;
  • le mingrèle (მეგრული), parlé en Mingrélie ;
  • le svane (სვანური), parlé en Svanétie.

Autres dialectes[modifier | modifier le code]

  • L’ancien kizlyar-mozdoke était un dialecte parlé par les Géorgiens habitant les régions de Kizlyar et de Mozdok, dans le Nord du Caucase. Ces Géorgiens s’y étaient établis au XVIIIe siècle après avoir fui la menace ottomane au sud-ouest ;
  • Le judéo-géorgien (en), ou kivrouli, ou grouzinic, est parlé par les Juifs de Géorgie. Il est parlé par 85 000 personnes en tout, dont 20 000 Géorgiens et 60 000 Israéliens. En raison de ses grandes différences avec le géorgien de base, certains linguistes le considèrent comme une autre langue.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Fiche langue (code «kat») dans la base de données linguistique Ethnologue.
  2. http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2798 [réf. insuffisante]
  3. au IVe siècle.
  4. du IXe au XIIe siècle.
  5. au XIIe siècle.
  6. a b et c Shosted et Chikovani 2006, p. 261
  7. a et b Shosted et Chikovani 2006, p. 255
  8. Aronson 1990, p. 20
  9. Shosted et Chikovani 2006, p. 256
  10. Aronson 1990, p. 17
  11. Vogt 1971, p. 19
  12. Vogt 1971, p. 21
  13. Vogt 1971, p. 21–25
  14. Aronson 1990, p. 88–89
  15. Vogt 1971, p. 30–32
  16. Aronson 1990, p. 118–199
  17. Vogt 1971, p. 34
  18. Aronson 1990, p. 70
  19. Vogt 1971, p. 38, 53
  20. Assatiani et Malherbe 1997, p. 37–38
  21. Vogt 1971, p. 39–40
  22. Vogt 1971, p. 52–54

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Howard I. Aronson, Georgian: A Reading Grammar, Slavica, , 530 p. (ISBN 0-89357-207-1). 
  • (en) Ryan K. Shosted et Vakhtang Chikovani, « Standard Georgian », Journal of the International Phonetic Association, vol. 36, no 2,‎ , p. 255–264 (lire en ligne). 
  • Hans Vogt, Grammaire de la langue géorgienne, Universitetsforlaget, , 279 p. 
  • Irène Assatiani et Michel Malherbe, Parlons géorgien : langue et culture, L’Harmattan, , 284 p. (ISBN 9782738451231). 

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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