El cóndor pasa

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El cóndor pasa est d'abord une œuvre théâtrale musicale classée traditionnellement comme zarzuela, d'où est extraite la célèbre chanson du même nom.

La musique a été écrite par le compositeur péruvien Daniel Alomía Robles sur un livret original de Julio de La Paz (Julio Baudouin) en 1913. Mais la pièce ne fut publiée par Robles qu'en 1933 aux Etats-Unis.

Rappelons que la découverte du Machu Picchu par Hiram Bingham, en 1911, était encore toute neuve ǃ Même si le livre de Bingham ː La cité perdue des Incas, ne sera publié à New-York qu'en 1948, l'article qui en fit part au monde entier parut dans le magazine National Geographic d'avril 1913 ; les péruviens intéressés par l'archéologie et l'histoire précolombienne comme Robles furent donc nécessairement informés de cette découverte et impressionnés par elle. Le Machu Picchu fut à l'origine d'un regain d'intérêt pour le passé inca du Pérou, y compris sur le plan politique pour l'affirmation de l'identité nationale, malgré les risques de tension avec les populations amérindiennes.

Nul doute que cette découverte du Machu Picchu n'ait influencé l'atmosphère de la pièce de Daniel Alomía Robles et Julio de la Paz, d'autant que son argument repose sur un conflit, à l'aube du XXe siècle, entre les mineurs autochtones et maltraités d'une mine de la région du Yápac et les patrons coloniaux et nord-américains de la mine. On pourra lire en ligne de larges extraits en espagnol du livre où les dialogues de la pièce de théâtre, soit le livret de Julio Baudouin, ont été republiés récemment à Lima (Pérou), à l'occasion du centenaire de la pièce d'El cóndor pasa et de la musique qui l'accompagne[1].

Historique[modifier | modifier le code]

La toute première version d'El cóndor pasa enregistrée en France date de 1958. Elle est l'œuvre de Ricardo Galeazzi, co-fondateur en 1956 avec Carlos Benn-Pott, de l'ensemble Los Incas. Ricardo Galeazzi enregistre, avec son Ensemble Achalay, cette version interprétée pour la première fois avec la kena (flûte des Andes à encoche), d'El Condor Pasa sur disque microsillon 33 tours 25 cm, pour la firme BAM, que dirige Albert Lévy Alvarez à Paris.

Ricardo Galeazzi tient cette version — en deux mouvements (andante) Yaravi-Pasacalle - (allegro) Kashua (ou Huayno)— d'un ensemble équatorien composé de solistes de l'orchestre national de Quito, Los Incaicos, lesquels interprètent l'œuvre essentiellement avec des instruments à cordes pincées (bandolas et guitares) dans un disque microsillon 33 tours 25 cm édité à New York au début des années 1950.

Elle était déjà la chanson péruvienne la plus célèbre au monde lorsqu'elle fut présentée à Paris par Los Incas au début des années 1960, et publiée par eux en 1963 dans un nouvel arrangement, là encore uniquement instrumental, toujours en deux mouvements, et encore une fois avec des instruments autochtones des Andes ː duo de Kenas, Charangos, Guitare, Harpe andine, Tinya (es)(petit tambour andin précolombien) ; ce thème est alors le deuxième titre de leur album (33 tours LP) ː « Amérique du Sud (chants et danses par Los Incas) » dans la collection « Voyages autour du monde » chez Philips (Mercury France), lequel sera réédité tel quel en CD en 2000 (Mercury France, Universal Music). C'est sous cette forme, initiée par Achalay et Los Incas, que la renommée de ce thème du Condor va encore changer d'échelle grâce à des rencontres opportunes.

Le thème est repris par Marie Laforêt[2] accompagnée par Los Incas, sous deux versions différentes en 1966 et 1968, le mouvement lent seul sans le Huayno ou Kashua final, avec des paroles en français et les titres ː « Sur le chemin des Andes » (1966), puis « La Flûte magique » (1968). D'après le journal péruvien La República, le duo de folk song américain Simon and Garfunkel[3], et notamment Paul Simon, en avait entendu en 1965 une version interprétée à Paris au Théâtre de l'Est parisien par le groupe Los Incas (en première partie d'un de leurs concerts) ; à l'époque Jorge Milchberg, charanguiste, arrangeur, directeur musical du groupe, et surnommé El Inca sur les pochettes de disques, leur présente, probablement de bonne foi, le chant comme une complainte populaire péruvienne remontant au XVIIIe siècle et à la grande révolte indienne de Túpac Amaru II. L'hypothèse n'était pas absurde, car le compositeur Daniel Alomía Robles lui-même était un ethnomusicologue savant qui avait collecté infatigablement dans les villages les plus reculés des Andes péruviennes, boliviennes et équatoriennes, un grand nombre de mélodies ancestrales héritées des peuples précolombiens et de l'époque coloniale, qui ont été pour lui une source d'inspiration inépuisable. Toujours est-il que lors de la rencontre entre Los Incas et Paul Simon, le nom d'Alomía Robles ne fut apparemment pas prononcé, le thème présenté comme traditionnel sous arrangement de Jorge Milchberg avec une légère modification de la mélodie et l'adjonction d'une introduction inédite. Simon and Garfunkel enregistrent alors une version en 1970 sous le titre El Cóndor Pasa (If I Could), avec des paroles entièrement différentes de la version originale, mais sur la même mélodie et sur l'harmonisation de Los Incas qui les accompagnent sur le disque. Ils deviennent amis et feront même des tournées avec le duo et avec Paul Simon seul, dont témoigne son disque en public Paul Simon in Concert: Live Rhymin'. Paul Simon d'ailleurs, la même année 1974, produira lui-même le disque éponyme Urubamba du groupe Los Incas rejoint par Uña Ramos et reformé sous le nom d'Urubamba. Mais fin 1970, Armando Robles Godoy, le fils du compositeur, poursuit en justice Simon and Garfunkel pour faire reconnaître le droit d'auteur de son père, qui avait officiellement déposé sa composition aux États-Unis en 1933. Simon et Garfunkel n'ayant aucun désir de faire du tort à l'auteur et manifestant un grand respect pour les musiques autochtones, l'affaire judiciaire « s'est résolue sans problèmes majeurs », d'après Armando Robles Godoy[4], et en conclusion la non-attribution a été considérée comme une erreur de bonne foi ("honest mistake") et un malentendu ("misunderstanding"), et les droits d'auteur de Daniel Alomía Robles reconnus. Il est d'ailleurs aujourd'hui crédité au générique des innombrables versions que ce standard mondial a connues.

D'autres interprétations reprennent le même air, mais les textes sont souvent très variés (par exemple le chanteur russe Valery Leontiev, la chanteuse Esther Ofarim[5] ou le groupe israélien Parvarim, la chanteuse italienne Gigliola Cinquetti[6] ou la version instrumentale de Paul Mauriat[7]). Il existe également une interprétation du même air avec un texte différent de Dana Winner qui, en néerlandais chante Jij en ik (« toi et moi »).

L'ensemble Los Chacos fondé en 1953 par Jean-Jacques Cayre et Jean Bessalel, premier groupe français interprétant la musique andine et circum andine, enregistre en février 1968 El condor pasa sur microsillon 33 tours 30 cm, phonogramme dont ils sont alors les seuls producteurs. Ils reçoivent avec le disque « éponyme » la récompense la plus enviée du monde discographique : Le Grand Prix International du Disque de l'Académie Charles Cros 1970.

On estime à plus de 4 000 les interprétations à travers le monde, et à 300 les textes différents.

Au Pérou, elle a été déclarée comme appartenant au patrimoine culturel de la nation en 2004[8].

Les paroles de la version originale[modifier | modifier le code]

Texte en quechua 1913 Version en espagnol Sens des paroles en français

Yaw kuntur llaqtay urqupi tiyaq
maymantam qawamuwachkanki,
kuntur, kuntur
apallaway llaqtanchikman, wasinchikman
chay chiri urqupi, kutiytam munani,
kuntur, kuntur.
Qusqu llaqtapim plazachallanpim
suyaykamullaway,
Machu Piqchupi Wayna Piqchupi
purikunanchikpaq.

Oh majestuoso Cóndor de los Andes,
llévame, a mi hogar, en los Andes,
Oh Cóndor.
Quiero volver a mi tierra querida y vivir
con mis hermanos Incas, que es lo que más añoro
oh Cóndor.
En el Cusco, en la plaza principal,
espérame
para que a Machu Picchu y Huayna Picchu
vayamos a pasear.

Ô majestueux condor des Andes,
Ramène-moi à la maison, dans les Andes
Ô condor.
Je veux revenir à ma terre chérie et vivre
avec mes frères Incas, ce que je désire le plus,
Ô condor.
À Cusco, sur la place principale,
Attends-moi,
Afin que, au Machu Pichu et au Huyana Pichu,
Nous puissions nous promener.

Les paroles des adaptations en français pour Marie Laforêt[modifier | modifier le code]

♪Sur le chemin des Andes (El Cóndor Pasa, 1ère version) 1966 ♪La Flûte Magique (El Cóndor Pasa, 2ème version ː Michel Jourdan /

Jorge Milchberg / Daniel Alomía Robles / Paul Simon / A. Canfora) 1968

Sur les chemins des Andes, il s'en va
Chantant, dans le soir, ses douleurs et ses joies
Et l'aigle noir qui vole dans le ciel
S'arrête un instant ébloui de soleil
 
La terre qui s'endort en bas
En refermant les bras
Lui renvoie l'écho de sa voix
Sans comprendre pourquoi
Elle s'éteint au loin, au loin

«Mon bel oiseau, je t'en prie, apprends-moi
La joie d'accrocher le ciel à mes doigts »
Mais l'aigle, jamais, ne lui répondit
Son cri se perdit au sommeil de la nuit
 
(vocalises) La la hala hala…
 
Sur les chemins des Andes, il repartit
La nuit engloutit ses chansons et ses cris
 
La la halala…

Une flûte magique j'ai trouvé
C'est vrai
Regardez et surtout écoutez
La la la la la ....

Une flûte magique m'a donné
La clé des secrets
Que longtemps j'ai cherchés
La la la la la ....

Une flûte magique a tout changé
Oui mais je me suis tout à coup
Réveillée
J'entends à nouveau je n'ai pas rêvé
Je n'ai pas rêvé
Je n'ai pas rêvé

Les paroles de l'adaptation en anglais par Paul Simon[modifier | modifier le code]

El Cóndor pasa (If I could) 1970 Sens des paroles en français ː

Passe le Condor (Si je pouvais)

I'd rather be a sparrow than a snail
Yes I would, if I could, I surely would
I'd rather be a hammer than a nail
Yes I would, if I only could, I surely would

Away, I'd rather sail away
Like a swan that's here and gone
A man gets tied up to the ground
He gives the world its saddest sound
Its saddest sound

I'd rather be a forest than a street
Yes I would, if I could, I surely would
I'd rather feel the earth beneath my feet
Yes I would, if I only could, I surely would


[Original English lyrics by Paul Simon, 1970. Arrangement of 18th Century melody, notated in 1913 and published in 1933 by Daniel Alomía Robles. Arranged by Jorge Milchberg in 1963. (Peruvian folk)]

Je préférerais être un colibri* plutôt qu'un limaçon
Oui je le ferais, si je le pouvais, assurément je le ferais
Je préférerais être un marteau plutôt qu'un clou
Oui je le ferais, si seulement je le pouvais, j'en serais un sans nul doute

Au loin, je préférerais naviguer loin
Tel un cygne s'éclipsant promptement
Un homme est arrimé à la terre [/Un homme appartient à sa terre]
Il transmet au monde sa mélodie la plus mélancolique
Son chant le plus triste

Je préférerais être une forêt plutôt qu'une rue
Oui j'en serais une, si je le pouvais, j'en serais une assurément
Je préférerais sentir la terre sous mes pieds
Oui je le ferais, si au moins je le pouvais, je le ferais sans nul doute


(*Sparrow, comme gorrión en espagnol, signifient « moineau » en Europe, mais ils prennent le sens de « colibri » en Amérique du Sud. Ce "faux-sens" est ici volontaire, donc, pour affirmer le caractère andin de ce thème).

Les paroles de l'adaptation en espagnol pour Esther Ofarim[modifier | modifier le code]

Esther Ofarim - El Cóndor Pasa, 1972 Traduction en français

des paroles d’Esther Ofarim :

El cóndor de los Andes despertó
Con la luz de un feliz amanecer.
Sus alas lentamente desplegó
Y bajó al río azul para beber.

Tras él la Tierra se cubrió
De verdor, de amor y paz.
Tras él la rama floreció
Y el sol brotó en el trigal, en el trigal.
 
El cóndor de los Andes descendió
Al llegar un feliz amanecer.
El cielo, al ver su marcha sollozó
Y volcó su llanto gris cuando se fue.

Tras él la Tierra se cubrió
De verdor, de amor y paz.
Tras él la rama floreció
Y el sol brotó en el trigal en el trigal...

Le Condor des Andes s’est éveillé
Avec la lumière d’une aube heureuse.
Ses ailes lentement a dépliées
Puis est descendu au fleuve bleu pour boire.

Derrière lui la Terre s’est recouverte
De verdure, d’amour et de paix.
À sa suite, la branche a fleuri
Et le soleil a jailli dans le champ de blé, dans le champ de blé.
                                                                                                               
Le Condor des Andes est descendu [/s'est sacrifié]
Pour faire advenir une aube heureuse.
Le ciel, voyant son départ, s’est mis à sangloter
Et a répandu ses larmes grises quand il est parti.
                                                                                                
Derrière lui la Terre s’est recouverte
De verdure, d’amour et de paix.
À sa suite, la branche a fleuri
Et le soleil a jailli dans le champ de blé, dans le champ de blé...

Musique[modifier | modifier le code]


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  }
>>

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (es) Julio Baudouin, El cóndor pasa..cien años después..., Colectivo Cultural Centenario "El Cóndor Pasa", (ISBN 9786124647208, lire en ligne)
  2. https://www.youtube.com/watch?v=1Gvboa1IumA
  3. https://www.youtube.com/watch?v=pey29CLID3I
  4. (es) « El cine, los libros, la muerte » - Interview d'Armando Robles Godoy, Juan Carlos Bondy, La Primera, 6 juillet 2008 [PDF].
  5. https://www.youtube.com/watch?v=-F2XKf7nHFY
  6. https://www.youtube.com/watch?v=3taClBTAHTU
  7. https://www.youtube.com/watch?v=IxAtwqy7e4Y
  8. (es) "El cóndor pasa" declarada Patrimonio Cultural de Perú - Latinoamerica-online, 13 avril 2004

Liens externes[modifier | modifier le code]