Le Temple du Soleil

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Le Temple du Soleil
14e album de la série Les Aventures de Tintin
Image illustrative de l'article Le Temple du Soleil

Auteur Hergé
Genre(s) Drapeau de la Belgique Belge
Aventure

Personnages principaux Tintin
Milou
Capitaine Haddock
Professeur Tournesol
Lieu de l’action Drapeau du Pérou Pérou

Éditeur Casterman
Première publication 1949
Nb. de pages 62

Prépublication Tintin
Albums de la série Les Aventures de Tintin
Précédent Les Sept Boules de cristal Tintin au pays de l’or noir Suivant
« Viracocha, le Dieu Créateur », tiré de Hergé dans Le Temple du Soleil, page de garde et dernière page (édition française)

Le Temple du Soleil est le quatorzième album de bande dessinée des aventures de Tintin, prépublié du 26 septembre 1946 au 22 avril 1948 dans les pages du journal Tintin. L’album est paru en 1949.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le temple du Soleil de Písac (Pérou)
Les éléments de l'intrigue décrits ci-dessous concernent l'édition en couleur du Temple du Soleil.

L’aventure amorcée dans Les Sept Boules de cristal se poursuit ici. Tintin et le capitaine Haddock se trouvent à Calao au Pérou à la recherche du professeur Tournesol. Ayant pris un hydravion, ils sont arrivés sur place avant le professeur et ses ravisseurs dont ils pensent qu'ils se trouvent à bord d'un cargo, le Pachacamac[1]. Malgré une maladie signalée par le médecin du port interdisant toute inspection du navire par la police[2], Tintin se rend à son bord et y retrouve effectivement le professeur[3]. Il apprend que ce dernier a été enlevé pour avoir (dans l'album précédent) commis le sacrilège aux yeux de ses ravisseurs d'avoir porté le bracelet de la momie de Rascar Capac et qu’il devra pour cela être mis à mort[4]. Mais les ravisseurs parviennent de nouveau à s'échapper avec le professeur[5]. Tintin et le capitaine Haddock se lancent de nouveau à leur poursuite, non sans avoir échappé à un accident de train qui était en fait une tentative de meurtre déguisée[6]. Ils arrivent dans une petite ville de la Cordillère des Andes, Jauga, qui menace d'être une impasse dans leur enquête, la population locale refusant tout à fait de les aider[7]. Heureusement, un jeune indien quechua, Zorrino, dont Tintin a pris la défense, se propose de les aider[8]. Celui-ci leur apprend l’existence d'un Temple, dernière retraite de la civilisation inca, où l'immolation de Tournesol est censée avoir lieu[9]. Ils entreprennent donc un périlleux voyage en compagnie de Zorrino à travers les Andes et la forêt amazonienne[10]. Ils aboutissent finalement au temple, mais ils sont faits à leur tour prisonniers par les Incas[11]. Bien que Zorrino échappe à tout châtiment[12], Tintin et Haddock sont eux-mêmes condamnés à être sacrifiés aux côtés de Tournesol[13]. Heureusement, les trois compagnons sont sauvés grâce à une éclipse de soleil providentielle, connue de Tintin et qui, surprenant les Incas, fait croire à ces derniers que le jeune homme commande au soleil[14]. Ils quittent le temple en promettant de ne jamais en révéler l’existence, après avoir obtenu du chef des Incas qu’il mette fin à la malédiction jetée sur les sept explorateurs dans Les Sept Boules de cristal. Et en effet, ceux-ci sortent un à un de leur léthargie[15].

Création[modifier | modifier le code]

La spécificité de l'album au sein du diptyque[modifier | modifier le code]

Le Temple du Soleil, bien qu'appartenant à un diptyque formé avec Les 7 Boules de cristal, a sa spécificité visuelle et narrative propre, qualifié par Philippe Goddin de « plus solaire »[16], ne serait-ce que parce qu'il est paru d'emblée en couleurs, ce qui n'avait pas été le cas pour Les 7 Boules de cristal[17].

Origines[modifier | modifier le code]

Un jeune compagnon de Hiram Bingham dans le temple du Soleil du Machu Picchu (1911)

L’intrigue du Temple du Soleil provient largement du roman de Gaston Leroux, L’Épouse du soleil[18].

Pré-publication[modifier | modifier le code]

La prépublication connut une interruption du 19 juin au 14 août 1947 en raison de la dépression d’Hergé. Les planches sont parues au format « italien » créant un aspect panoramique valorisant pour cette aventure à grand spectacle. Une bonne dizaine de planches ont été supprimées entre la parution dans le journal et celles parues en album.

Un album redessiné[modifier | modifier le code]

Ce récit fut le premier à être entièrement publié dans le journal Tintin. Hergé y testa une nouvelle mise en page à l’italienne. La raison était que Tintin devait occuper les pages centrales du journal portant son nom. Toutefois, les contraintes liées à la publication hebdomadaire de deux planches en couleur étaient trop grandes pour Hergé qui commençait à ressentir les premiers symptômes de la dépression qui l’affecta pendant les quinze années suivantes. Ce nouveau format à l’italienne impliqua que, lors de la mise en album, certaines séquences furent supprimées, comme celle où le Capitaine trouve de l’or, et certaines cases redessinées. Edgar P. Jacobs a aidé Hergé à réaliser cet album.

Analyse[modifier | modifier le code]

Lieux visités[modifier | modifier le code]

Carte du Pérou dans laquelle un chemin est tracé selon un code couleur (« réalisé à pied » et « réalisé en train »)
Trajet hypothétique de Tintin dans l'histoire du Temple du Soleil[19].

Tintin et le capitaine Haddock partent du port de Callao où ils sont arrivés d'Europe en hydravion dans le but d'y retrouver le professeur Tournesol. Ce n'est qu'à partir de Jauja, mal orthographiée en Jauga dans l'album, qu'ils sont accompagnés de celui qui sera désormais leur guide vers le temple du Soleil, Zorrino. Les recherches documentaires montrent que le paysage entourant le temple correspond à celui de Machu Picchu. Enfin, laissant Zorrino au Temple du Soleil, Tintin et le capitaine Haddock prennent en charge le professeur Tournesol vers la dernière étape de leur périple, la ville de Cuzco, même si le décor de la rue visible en vignette correspondrait à la ville de La Paz.

Le problème de l’éclipse[modifier | modifier le code]

  • Hergé a commis une erreur en prétendant que les Incas n’étaient pas capables de prévoir les éclipses. Cette erreur est d’autant plus incompréhensible que ceux qu’il décrit sont en contact avec le reste du monde et ne pouvaient donc ignorer l’événement. Il résuma la chose par une boutade : Je reconnais que c’est un « point noir » dans cette affaire. En revanche, ses illustrations des temples et des costumes sont extrêmement fidèles, s’inspirant en particulier de l’œuvre du chroniqueur indigène Felipe Guaman Poma de Ayala.
Éclipse de Christophe Colomb.
  • Prévoir une éclipse pour faire peur à une civilisation ancienne est devenu un cliché des récits d’aventure, popularisé dans la culture américaine par le roman Un Yankee à la cour du roi Arthur de Mark Twain. Cette idée a probablement été suggérée par son ami de l’époque et rédacteur en chef clandestin du Journal de Tintin Jacques Melkebeke. Cet homme au passé sulfureux était passionné par l’œuvre de Jules Verne ; or on retrouve cette même anecdote dans Les enfants du Capitaine Grant.
  • Ce cliché remonte à une aventure réelle qui arriva à Christophe Colomb le 29 février 1504, lors de son quatrième voyage au Nouveau Monde. Le navigateur, qui se trouvait en Jamaïque dans une situation difficile face à des indigènes hostiles, profita de sa connaissance d’une éclipse totale de lune imminente pour leur faire la prédiction qu’il ferait disparaître la lune du ciel s’ils ne collaboraient pas. Terrorisés par l’éclipse, les indigènes acceptèrent de lui venir en aide[20].
  • Quelque temps après la publication du Temple du Soleil, Hergé reçut une lettre d’un enfant l’informant qu’il avait commis une erreur lors de la scène de l’éclipse. En effet, compte tenu du fait que les personnages étaient dans l’hémisphère sud et non dans l’hémisphère nord, l’éclipse aurait dû se dérouler dans le sens inverse à celui montré dans l’album.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Ayant obtenu un bon succès commercial avec la production de sept dessins animés pour la télévision, la société Belvision se lança dans la production de deux longs-métrages pour le cinéma[21]. Pour le premier film, datant de 1969, le choix se porta sur Le Temple du Soleil qui semblait bien se prêter au passage à l’écran. Le contenu des Sept Boules de cristal fut condensé en début de film et présenté par un personnage ressemblant à Hergé.

D’importants moyens techniques furent déployés et Jacques Brel écrivit deux chansons spécialement pour le film, qui sont chantées par le personnage de Zorrino. Cependant, d’importantes transformations furent apportées par Greg au scénario original d'Hergé, comme par exemple l’ajout du personnage de la fille du chef des Incas.

L’album a été adapté à nouveau dans la série animée de 1992.

Les Sept Boules de cristal et Le Temple du Soleil ont été adaptés en comédie musicale en 2001, Tintin, le Temple du Soleil.

Une adaptation en film est envisagée pour la trilogie Tintin. Ce serait le deuxième des trois, et Peter Jackson sera aux commandes contrairement au premier, Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne, qui a été réalisé par Steven Spielberg.

À ce jour, c'est l'album de la série qui a été le plus adapté : cinéma, série TV, jeu vidéo et comédie musicale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Temple du Soleil1977, planche 1, ligne 1, case 3.
  2. Le Temple du Soleil1977, planche 5, ligne 2, case 2.
  3. Le Temple du Soleil1977, planche 7, ligne 4, case 3.
  4. Le Temple du Soleil1977, planche 8, ligne 2, case 3.
  5. Le Temple du Soleil1977, planche 10, ligne 2, case 1.
  6. Le Temple du Soleil1977, planches 13 à 16.
  7. Le Temple du Soleil1977, planche 18.
  8. Le Temple du Soleil1977, planche 21.
  9. Le Temple du Soleil1977, planche 22.
  10. Le Temple du Soleil1977, planches 22 à 40.
  11. Le Temple du Soleil1977, planche 47.
  12. Le Temple du Soleil1977, planche 50, ligne 2, case 1.
  13. Le Temple du Soleil1977, planche 50, ligne 2, case 4.
  14. Le Temple du Soleil1977, planches 58 à 59.
  15. Le Temple du Soleil1977, planches 60 à 61.
  16. « Philippe Goddin : C'est un album solaire, vraiment solaire, lumineux dans son coloris, dans son paysage parce qu'on est en pleine nature. Il y a un climat totalement différent entre les deux épisodes. » Entretien avec Philippe Goddin (16'30).
  17. « Interviewer : Il a été créé pour le Journal Tintin qui offrait à Hergé la double page en couleur, ce qui est très différent [pour les 7 Boules de cristal] car dans Le Soir, il paraissait en noir et blanc. » Entretien avec Philippe Goddin (16'50).
  18. Langlois 2013, p. 33
  19. Tracé réalisé notamment à partir des indications de Philippe Goddin dans Le mystère des boules de cristal, p. 122.
  20. Colomb et l'éclipse providentielle.
  21. Le second long-métrage d’animation sera Tintin et le Lac aux requins.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvre d'Hergé[modifier | modifier le code]

Ouvrages consultés[modifier | modifier le code]

  • Pierre Assouline, Hergé, Paris, Gallimard, coll. « Folio »,‎ , 820 p. (ISBN 978-2-07-040235-9).
  • Christophe Barbier, Le rire de Tintin : Les secrets du génie comique d'Hergé, Paris, L'Express et Beaux Arts magazine,‎ , 136 p. (ISSN 0014-5270).
  • Olivier Delcroix, « Le tour du Monde en 24 albums », Le Figaro hors-série,‎ , p. 116 (lire en ligne).
  • Philippe Goddin et Hergé, La malédiction de Rascar Capac : Le mystère des boules de cristal, t. 1, Bruxelles, Casterman, coll. « éditions Moulinsart »,‎ , 136 p. (ISBN 978-2203087774).
  • Philippe Goddin et Hergé, La malédiction de Rascar Capac : Les secrets du temple du soleil, t. 2, Bruxelles, Casterman, coll. « éditions Moulinsart »,‎ , 176 p. (ISBN 9782203088436).
  • Pierre Guicheney (photogr. George Steinmetz), « Pérou : A la poursuite du rêve inca », Géo, Paris « Hors-série », no 1H « Tintin, grand voyageur du siècle »,‎ , p. 24-35
  • Jacques Langlois, Tintin et les forces obscures : Rêve, voyance, hypnose, radiesthésie, télépathie, extraterrestres, superstitions, sociétés secrètes, folie..., Paris, Sophia Publications, coll. « Illustre Histor »,‎ , 130 p. (ISBN 979-1090956186).
  • Jacques Langlois, Tintin et la mer : Explorations, corsaires, trésors, paquebots, yachts, Paris, Historia, coll. « Illustre Histor »,‎ , 129 p. (ISBN 979-1090956292).
  • Roland Lehoucq et Robert Mochhovitch, Mais où est le temple du soleil ? : Enquête scientifique au pays d'Hergé, Flammarion,‎ , 183 p. (ISBN 2-08-210325-0)
  • Dominique Maricq, « Hergé et le Docteur-Fakir », La revue Hergé, Éditions Moulinsart, no 6,‎ , p. 18-19.
  • Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin, Paris, Flammarion, coll. « Champs essais »,‎ , 627 p. (ISBN 9782081234741).
  • François Rivière, « La huitième boule de cristal », (A SUIVRE) hors-série,‎ , p. 60 (lire en ligne).
  • Numa Sadoul, Tintin et moi, entretiens avec Hergé, Bruxelles, Casterman,‎ , 131 p. (ISBN 2203231386).
  • Harry Thompson, Tintin : Hergé and His Creation, Londres, Hachette UK,‎ (ISBN 9781848546738).
  • Marcel Wilmet, « Tintin et Hergé à Ostende », La revue Hergé, Éditions Moulinsart, no 2,‎ , p. 10-21.

Autres supports de documentation[modifier | modifier le code]

  • Goddin, Philippe. Interview par Philippe Garbit. Entretien avec Philippe Goddin. La Nuit rêvée de.... France Culture. 05 juillet 2015. (consulté le 25 juillet 2015).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]