Biomimétisme

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L'« avion-chauvesouris » de Clément Ader est un exemple d'engin bioinspiré.

Le biomimétisme désigne un processus d'innovation et une ingénierie. Il s'inspire des formes, matières, propriétés, processus et fonctions du vivant. Il peut concerner des échelles nanométriques et biomoléculaires avec par exemple l'ADN et l'ARN, et jusqu'à des échelles macroscopiques et écosystémiques, incluant donc les services écosystémiques. Il cherche ainsi des solutions soutenables produites par la nature, sélectionnées parmi de nombreuses autres, éprouvées par l'évolution au sein de la biosphère[1].

C'est un domaine encore émergent de la recherche et des domaines techniques, médicaux, industriels et de la bioéconomie, incluant des sous-domaines tels que la bionique, la bioassistance et l'architecture biomimétique[2]. Certains auteurs y voient une voie nouvelle de développement soutenable et intégré dans la biosphère[3]

En France, un Centre européen d'excellence en biomimétisme (Ceebios) est installé à Senlis depuis 2015.

Sémantique, éléments de définitions[modifier | modifier le code]

Étymologie : Le terme vient du grec, βίος bíos (vie) et μίμησις mímêsis (imitation).

C'est Otto Schmitt (universitaire et inventeur américain) qui aurait forgé le néologisme anglais biomimetics (biomimétisme pour les francophones) pour décrire la notion de transfert de processus de la biologie à la technologie. Janine Benyus l'a ensuite vulgarisée, notamment dans son livre de 1997 où elle invite à considérer la nature comme « modèle, mesure et mentor », en insistant sur l'importance d'associer la soutenabilité à l'utilisation du biomimétisme ;

Vers une normalisation du vocabulaire et des concepts ?[modifier | modifier le code]

Dans le domaine en partie émergeant des solutions inspirées de la nature, y compris pour lutter contre le dérèglement climatique[4], le vocabulaire (mots, expressions) et ses traductions d'une langue à l'autre ne sont pas encore fixés, c'est notamment le cas selon l'AFNOR pour les mots « bioinspiration », « biomimétique », « biomimétisme », « bionique », « biotechnologie », « bioingénierie » qui peuvent prêter à confusion, et on pourrait ajouter à cette liste le mot écomimétisme.

Un double projet de normalisation industrielle des notions de biomimétique et de biomimétisme a été lancé en 2011 (notamment poussée par l'Allemagne et portée par la France), par une « commission de normalisation AFNOR Biomimétique » présidée par Thibault Prévost avec pour mission de clarifier ces termes pour faciliter la communication entre les développeurs, concepteurs, utilisateurs, ingénieurs et techniciens, finançeurs, etc. (« Classification, définition et développement de la terminologie de la biomimétique » au travers de deux axes :

  • « Description des potentiels et des limites de la biomimétique en tant que système d’innovation ou de stratégie de soutenabilité (durabilité) ».
  • « Description et normalisation des méthodes biomimétiques, des matériaux biomimétiques, de procédés et de produits à travers le cycle de vie complet »

En mai 2013, l'AFNOR a accueilli 2 jours de réunion du Secrétariat international sur la biomimétique, en défendant plusieurs propositions d’élaboration de normes sur le sujet ; Deux projets de « normes d'application volontaire » internationales concernant la biomimétique (et non le biomimétisme pour le quel un autre projet de norme est à l'étude depuis 2011 [5]) sous l'égide de l'ISO[6] ;

Pour Thibault Prévost, « la normalisation dans le domaine de la biomimétique est importante et innovante » car « les travaux normatifs visent le développement d'approches de recherche industrielle directement fondées sur la richesse intrinsèque des systèmes vivants, à la fois "vivier" potentiel de solutions nouvelles pour l'homme et modèle éprouvé de durabilité ». Deux projets de normes AFNOR ont été publiés en 2014, respectivement sur :

  1. la terminologie et les concepts[7] ;
  2. les méthodes d'optimisation[8]. Selon l'AFNOR, cette norme doit familiariser les concepteurs avec la biomimétique comme outils efficaces permettant par exemple (selon le projet de norme) d' « allonger la durée de vie de composants et réduire leur poids. Ainsi l’optimisation structurale permet d’améliorer une ou plusieurs des propriétés d’un composant (poids, charge, rigidité, durée de vie…), en augmentant au maximum ou en réduisant au minimum leurs valeurs ».

Ces deux projets en ont été présentés pour avis en 2014 par l'AFNOR (consultation publique close au 30/06/2014)[9].

L'expression « bio-inspiration » n'est pas une traduction ni une adaptation française du terme biomimicry[10] (bio-mimétisme, expression proche mais inventé par des chercheurs nord américains (dont Janine Benyus). Bio-inspiration et Bio-mimétisme seraient donc deux termes et concepts ayant de nombreux points communs, sans être synonymes.

  • La bio-inspiration serait un terme plutôt global et généraliste désignant les démarches (y compris culturelles, musicales, esthétiques) qui s'inspirent du vivant.
  • Le bio-mimétisme serait (pour l'AFNOR qui travaille encore à préciser sa définition) une méthode et une « aproche scientifique » consistant à plus directement s'inspirer du vivant pour créer des systèmes artificiels, et des solutions techniques compatibles avec la biosphère (répondant donc mieux aux exigences du développement soutenable, sous forme de services, d'organisation, de produits, d'architecture, de structure, etc.) Cette notion englobe en Allemagne la biomécanique.
  • Les technologies biomimétiques s'inspirent d'organismes vivants, de propriétés de leurs tissus, de leur génome, etc. Elles sont par exemple utilisées dans un grand nombre de domaines industriels, et semblent avoir un bel avenir dans les secteurs agricole, forestier, de la construction[2].
  • L’écomimétisme s'appuie plus largement sur l'étude de fonctionnements écosystémiques permettant de reproduire les conditions et avantages de systèmes souvent écologiquement très efficients[2], par exemple et notamment en s'appuyant sur les services écosystémiques[11],[4].
  • En 1960 le mot « bionique » existait déjà, associé à des parties du corps humain actionnées par des moyens électroniques ;

Enjeux[modifier | modifier le code]

Face à la crise tant économique qu'écologique liée à la surexploitation des ressources naturelles, de nombreux chercheurs, architectes, industriels, prospectivistes et certains gouvernements estiment que le biomimétisme pourrait aussi être un vecteur de mutation, d'une économie « carbonée » polluante et consommatrice d'espace, d'énergie et de ressources naturelles minérales vers une « économie verte » s'appuyant sur des technologies simples, propres, sûres et sobres, une transition énergétique, voire vers la transition écologique et sociale[2].

Les enjeux sont aussi économiques (un rapport américain évalue à 1000 milliards de dollars en 2025 ce que pourrait être le marché du biomimétisme[2]). La bioinspiration permet souvent de « repenser le système de production » en le rendant plus efficace, moins coûteux et moins nuisant vis-à-vis de l'environnement[12], mais en France, le CESE estime qu'il est trop tôt et que l'on manque d'outils appropriés pour faire des évaluations économiques précises des bénéfices attendus.

Le biomimétisme est un processus neutre : il peut être source de progrès, mais pourrait aussi servir à produire de nouvelles armes militaires ou économiques, ou contribuer à de nouveaux gaspillages de ressources. Et quand les transferts se font vers l'industrie des nanotechnologies ou des biotechnologies, des risques nouveaux ou émergents en termes de santé environnementale et/ou pour les écosystèmes sont à prendre en compte. Des problèmes complexes d'éthique environnementale se posent, avec notamment

  • le partage des connaissances et des bénéfices face aux récentes possibilités de brevetage du vivant. Ce brevetage peut déposséder les populations autochtones et les détenteurs de savoirs traditionnels au profit de quelques grandes multinationales ; il peut aussi priver des populations pauvres des retours de certaines inventions s'inspirant de la nature, mais brevetées.
  • la bionique n'est pas en soi gage de soutenabilité ou de paix dans le monde. Comme le souligne le rapport du CGDD (2012), une « invention de la nature » isolée de son contexte peut perdre son intérêt écosystémique, voire être contreproductive, surtout si elle n'est pas inscrite dans un processus « circulaire » où la matière n'est pas intégralement recyclée. Chaque invention dans ce domaine devrait faire l'objet d'une ACV affinée[2]. En France le CESE propose que la notion de biomimétisme intègre systématiquement les principes et critères de la soutenabilité.

Racines historiques[modifier | modifier le code]

Dès la Préhistoire, les humains, en observant le monde vivant ont probablement trouvé de nombreuses réponses à des problèmes simples et complexes. La nature a en effet par le jeu de l'évolution et de la sélection naturelle résolu de nombreux problèmes de bioingénierie, tels que l'hydrophobicité (repoussée de l'eau), la résistance au vent, le stockage de l'énergie, la biosynthèse à froid et à pression ambiante, l'autoassemblage et la capture de l'énergie solaire grâce aux mécanismes produits et sélectionnés par l'évolution.

Un exemple souvent cité du biomimétisme est l'étude des oiseaux faite pour permettre aux humains de voler ou planer. Il n'a pas créé de machine volante, mais Leonardo da Vinci (1452-1519) observait l'anatomie et le vol des oiseaux, avec maintes notes et esquisses, qui ont inspiré ses machines volantes. Les frères Wright, pionniers du premier aéronef plus lourd que l'air en 1903, se sont inspirés des pigeons en vol. D'autres inventeurs ont fait de la chauve-souris leur modèle.

Otto Schmitt, qui aurait inventé le mot biomimétisme (en anglais: biomimetics) pour décrire le transfert des processus de la biologie vers la technologie a inventé la bascule de Schmitt en tentant d'imiter la transmission des signaux par les nerfs.

Le CESE note en 2016 que la différence entre la simple imitation de la nature et le biomimétisme est l'exigence de soutenabilité et que « de récentes avancées technologiques, notamment l’observation à l'échelle nanométrique nous a ouvert un champ considérable d'investigations prometteuses »[13].

Principes et méthodes[modifier | modifier le code]

Ce lichen du genre Xanthoria (X. polycarpa probablement) survit en milieu très sec et à une exposition intense aux UV grâce à l'association entre l'algue unicellulaire et le champignon qui le constituent. Il est une source d'inspiration pour le biomimétisme. De plus, dans le cas présent, il pourra être transporté sur de grandes distances par la propagule de bardane qu'il a colonisée. Ce sont les crochets de cette bardane qui ont inspiré l’inventeur du Velcro

Le biomimétisme cherche à :

  • comprendre et reproduire les mécanismes sous-jacents à la biodiversité en jeu en termes de résilience écologique, robustesse, productivité, efficacité énergétique, stabilité, auto-organisation, communication intracellulaire, intercellulaire, interorganisme, intrapopulationnelle, etc.[2], pour innover de façon soutenable;
  • reproduire en laboratoire des comportements qui, autrement, resteraient noyés dans la complexité du réel. De telles études s'appuient notamment sur la biophysique ;
  • mieux accéder aux échelles microscopiques et nanoscopiques, pour observer et reproduire de nouvelles structures et interfaces moléculaires capables de reproduire certaines fonctions de l’organisme pour le soigner, le commander, au moyen de nanosondes ou nanovecteurs intelligents. Il s'agit aussi, dans ce cadre, d'améliorer l'imagerie moléculaire, produire des matériaux biocompatibles, développer de nouvelles interfaces homme-environnement (NBIC), pour une réalité augmentée, etc.
  • s'inspirer de l'organisation des écosystèmes et des interactions entre des êtres vivants, pour améliorer les technologies et leurs interfaces avec l'Homme.

Biomimétisme à échelle nanométrique[modifier | modifier le code]

L'imitation des structures biologiques à l'échelle microscopique ou nanométrique est le « nanobiomimétisme ». La nature fournit une vaste gamme de structures à cette échelle qui peuvent servir de modèle pour la création de nouveaux matériaux. Par exemple, Spongilla lacustris éponges d'eau douce capables de filtrer l'eau (70 fois son poids en eau chaque minute) tout en l'oxygénant grâce à une symbiose avec des micro-algues, alors qu'une autre éponge (éponge marine) produit spontanément des fibres optiques siliceuses bien plus souples que celles produites par l'Homme, et à basse température. Grâce aux études du nanobiomimétisme, on a pu produire des composants clés d'appareils nains comme les nanofils, les boîtes quantiques et les nanotubes d'une manière efficace et simple par rapport aux techniques lithographiques conventionnelles. Beaucoup de ces structures inspirées par la nature se retrouvent déjà dans les détecteurs, les panneaux photovoltaïques, les systèmes de filtrage, l'isolement et des utilisations médicales. Le nanobiomimétisme implique une étroite collaboration entre biologistes, écologues, ingénieurs, physiciens et experts en nanotechnologies.

Techniques d'affichage[modifier | modifier le code]

Morpho butterfly.
Le papillon Morpho doit son bleu vif à la couleur structurelle.

Les structures ténues de la surface de certains organismes qui leur donnent leur texture ou coloration peuvent être empruntées par des écrans, carrosseries, camouflage, fenêtres ou circuits optiques... Ces couleurs structurales sont dues au brouillage des ondes de lumière frappant la surface, plutôt qu'aux pigments[14]. Ces surfaces comprennent des crêtes, nervures, lamelles et côtes, parfois disposées sur plusieurs couches que l'on cherche à imiter dont pour créer des affichages à haute résolution et basse consommation.

Modèles biomimétiques en biophysique moléculaire[modifier | modifier le code]

Il s'agit souvent de reconstituer un système biologique microscopique à partir de ses composantes élémentaires, pour reproduire tout ou partie du comportement réel. Les composantes couramment utilisées sont :

  • Des protides, nucléotides, glucides et lipides auparavant isolés et purifiés ;
  • Des solutions salines caractéristiques du milieu étudié (intérieur d'une cellule par exemple) ;
  • Des éléments permettant l'observation (marqueurs fluorescents par exemple) ;
  • Des surfaces (éventuellement superficiellement traitées, ou structurées dans la masse) ;
  • Des composantes inorganiques utilisées pour leurs propriétés géométriques ou mécaniques (billes de latex par exemple).

Construire un modèle biomimétique peut permettre de valider des hypothèses sur le fonctionnement d'un système. Mais l'extrême complexité des systèmes en biologie cellulaire ou moléculaire les limitent la modélisation à des cas particuliers. Le biomiméticien reste assujettis à des expériences menées sur les systèmes réels.

En biophysique moléculaire, les expériences de biomimétique se font in vitro (par opposition aux expériences menées dans des cellules vivantes (in vivo) mais toutes les expériences sur cellules uniques sont, d'un certain point de vue menées in vitro.

Voici quelques exemples d'expériences relevant de la biomimétique :

Biomimétique des écosystèmes[modifier | modifier le code]

Cette approche est axée non sur l'utilisation des ressources naturelles, ou la copie d'éléments naturels, mais plus profondément sur ce que l'on peut apprendre du fonctionnement de la biosphère, de ses réseaux trophiques et de l'évolution et de l'adaptation des espèces et des écosystèmes[15]. L'approche est plus holistique. Elle implique une nouvelle approche dans la façon de voir, et suscite de nouveaux modes d'estimation de la « valeur » de la nature, de la valeur de la biodiversité et des services qu'elle fournit.

La biologiste Janine Benyus au début des années 1990 propose cette nouvelle approche dans son ouvrage Biomimicry: Innovation Inspired by Nature. Selon elle les leçons que nous donne la nature sont notamment qu'elle [16] :

Janine Benyus insiste sur la capacité de la nature à biosynthétiser et structurer la matière organique ou minérale (ex : coquille) via des processus d'autoassemblage moléculaire auxquels le vivant intègre de l'information[15]

Exemples d'utilisation[modifier | modifier le code]

Le velcro est inspiré de plantes disposant de propagules munies de crochets menus et souples comme ici la « benoîte commune » (Geum urbanum). Mais d'autres plantes produisent des crochets plus grands et plus durs (ex: bardane). Ces crochets leur permettent de faire transporter leurs graines par des animaux (ou nos vêtements)
  • Les plantes sont une source importante d'inspiration[17]La phytoépuration (et la fongoremédiation) ou la plupart des stations d'épuration s'inspirent des écosystèmes pour épurer l'eau, l'air et les sols. Des projets de hardwares, softwares, senseurs, actuateurs et robots cherchent à s'inspirer du monde végétal et en particulier de ses capacités de phototactisme, chimiotactisme, photosynthèse et biosynthèse. Leurs systèmes racinaires pourraient inspirer des systèmes robotiques d'exploration[18],[19], monitoring ou exploitation des sols et sédiments ou réseaux faillés, dont en en utilisant éventuellement la force osmotique[20], en y détectant des ressources ou conditions particulières[21],[22],[23].
  • L'aquaculture multi-trophique intégrée (ou IMTA :Integrated multi-trophic aquaculture pour les anglophones) est notamment testée en Norvège et au Canada[24]. Elle s'inspire du fait qu'en mer, algues, filtreurs et animaux sont complémentaires, les uns consommant les déchets des autres, les filtreurs épurant l'eau. Elle pourrait être associée à un récif artificiel et/ou à un dispositif de concentration du poisson ;
  • Le velcro est inspiré des crochets de la propagule renfermant les graines de la bardane ;
  • La soie d'araignée est un polymère dont la configuration moléculaire peut varier et rapidement s'adapter à la température et l'humidité. Elle est notamment capable de « Supercontraction » (de 10 à 140 MPa de tension) quand elle s'humidifie (en plusieurs minutes quand l'hygrométrie dépasse 70 %), et plus rapidement quand elle est subitement mouillée[25] ;
  • Les turboréacteurs créés sur le modèle du nautile ;
  • Les parois de douche, les fenêtres auto-nettoyantes et certains revêtements de l'industrie aéronautique[26] ont été créées grâce à la découverte de "l'effet lotus" ;
  • Certains types d'éco-habitat empruntent aux termitières des modèles de matériaux, architecture et/ou système passif de climatisation, qui pourraient dans bientôt aussi bénéficier des principes de construction par fabrication additive (« architecture imprimée ») ;
  • En créant des pantographes en formes d'ailes reproduisant la structure de celles du hibou, le bruit du Shinkansen est diminué, pour le confort des passagers de ce train dont l'avant s'inspire du bec du martin-pêcheur pour gérer au mieux les surpressions en entrée de tunnel ;
  • la robotique bioinspirée teste des robot-calmars[27], robot-poissons ou robot-méduses[28] capables de se déplacer dans l'eau, des robots disposants de tentacules souples (comme ceux d'une pieuvre)[29] ou bien plus fins[30], éventuellement munis d'un sonar imitant (en eau peu profonde) celui des dauphin. D'autres robots pouvant ramper, voler marcher ou courir comme un animal (en portant de lourdes charges, parfois), ou étant capables d'explorer des environnements radioactifs ou extraplanétaire sont mis au point par divers acteurs (ex : JPL, SCHAFT Inc, CMU NREC, l'Université de Drexel, le RoMeLa[31] de Virginia Tech[32] pour le compte de la Nasa/JPL et/ou l'armée (via le DARPA) et en lien avec le MIT (MIT Robot Locomotion Group[33]) des spécialistes de l'intelligence artificielle et des interfaces homme-machine (ex : « Florida Institute for Human and Machine Cognition » ou IHMC). La plupart des prototypes de ces robots sont plus ou moins inspirés d'organismes animaux ou de l'organisme humain) ;
  • des nano- ou micro-robots apparaissent. L'un marche sur l'eau comme les gerris, en exploitant la tension superficielle de l'eau, d'autres volent comme des insectes ; des chercheurs du CNRS ont créé des « micro-nageurs artificiels »[34], laissant entrevoir de possibles innovations dans le domaine de la nanomédecine (ces micro-nageurs peuvent transporter de petites quantités de médicaments dans les vaisseaux sanguins) ;
  • Un système (Wi track) évoquant d'écholocation, mais basé sur des ondes radio passant à travers les murs mais réfléchie par le corps humain, permet de repérer la position et les mouvements du corps humain "à travers les murs" et de commander des objets à distance, dont au travers d'un mur[35]
  • La structure métallique de la tour Eiffel présente des analogies avec celle du fémur[36][réf. insuffisante] ; Des architectes s'inspirent de divers types de squelettes et structures naturelles
  • La combinaison de natation Fastskin s'inspire de l’épiderme du requin mako ;
  • Les essais de la compagnie Lufthansa pour améliorer le glissement dans l'air[37] du fuselage des Airbus A340-300 grâce à un vernis à effet "peau de requin" ;
  • La carapace chitineuse des scarabées Stenocara a inspiré des systèmes de récupérateur d'eau dans l'air (collecteur de rosée) ;
  • Après plusieurs décennies de recherche sur le traitement du signal d'écholocation chez les cétacés et les chauves-souris les neurosciences comprennent mieux comment ces animaux différencient des objets d'intérêt dans un environnement et un arrière-plan complexes, via les échos qu'ils reçoivent (par l'ouïe) et un processus dit « temporal binding ». Ces mécanismes pourraient « conduire à des technologies sonar et radar intelligents »[38] ;
  • nouvelles voies catalytiques : des chercheurs étudient des biocatalyseurs permettant la production de protéines, de polymères minéraux (biominéralisation) à froid, à pression ambiante et dans de l'eau, de manière plus économes en matière et/ou en énergie.
  • On tente aussi de créer des systèmes délocalisés de production d'hydrogène et/ou d'électricité imitant le processus de photosynthèse.
  • Un filtre à eau ultra-pure pourrait être constitué de membranes et portes protéiques imitant les systèmes à l'œuvre dans la nature[39].

Dans le monde[modifier | modifier le code]

Le biomimétisme - Architecture influencé par les « systèmes de la nature ». Exposition des bâtiments et projets de l'architecte Moti Bodek, Potsdam Allemagne 2014

Le Biomimicry Institute créé par Janine Benyus a beaucoup contribué à diffuser ce concept, de même qu'en Europe le Biomimicry Europa et l'ICDD. Ainsi que pour des réunions internationales telles qu'à Boston en 2011[40]. Un journal scientifique international est dédié au sujet : Bioinspiration & Biomimetics

Quelques pays semblent plus avancés dans ce domaine, tels l'Allemagne (base du réseau BIOKON International), le Royaume-Uni, les États-Unis et le Japon[2]. Autour d'eux la R&D et l'enseignement s'organisent, avec :

Architecture et urbanismes :
Des architectes s'intéressent au sujet, la nature étant l'une des sources de certains architectes et décorateurs (avec l'Art nouveau par exemple) Biomimétisme - Architecture influencé par les systèmes de la nature, exposition des bâtiments et projets de l'architecte Moti Bodek, Potsdam, Allemagne. Mai 2014.
Des urbanistes se saisissent aussi du sujet, avec par exemple le projet de la ville nouvelle de Mugaon à Lavasa en Inde, le premier à intégrer les principes du biomimétisme à une ville entière[46].

En France[modifier | modifier le code]

C'est une piste proposée en 2012 par le Commissariat général au développement durable et le Ministère chargé de l'écologie [2]. En 2007, un rapport du Sénat y voit « l'une des boîtes à outils de la quatrième révolution industrielle »[47]. Et en 2012-2013, ce thème a été sous la houlette de Dominique Dron l'une des actions des 5 chantiers transversaux du CGDD et de 3 de ses entités (DDD, DRI, SEEID), visant une « économie verte, résiliente et équitable »[2]. Il intéresse certains pôles de compétitivité, dont naturellement le Pôle Fibres.

Depuis fin 2011, l'AFNOR travaille sur un projet international de normalisation du biomimétisme, à la suite d'une demande de l'Institut allemand de normalisation (DIN) faite en mai 2011 à l'Organisation internationale de normalisation (ISO). L'ISO 18459:2015 spécifie déjà « les fonctions et domaines d'application des méthodes d'optimisation biomimétique » quand elles portent des problèmes de résistance de structures porteuses sous des charges statiques et de fatigue. ISO/DIS 18457 porte sur le biomimétisme appliqué à certains matériaux, structures et composants biomimétiques alors que la norme ISO/TC 266 classifie et définit le domaine et cadre la terminologie relative à la biomimétique « à des fins scientifiques, industrielles et éducatives »[48],[49].

En 2013, avec l'aide de l'Union européenne[50], la CCI région Nord de France a décidé d'aider 20 PME (via un accompagnement gratuit, après sélection de réponses à un appel à candidatures) à augmenter leur résilience en tant qu'atout « pour s’adapter, anticiper et apprendre afin de trouver des réponses favorables face à l’évolution de son environnement. Pour cela, l’entreprise s’inspirera, dans la mesure du possible, des modèles mis en œuvre par la Nature, ses écosystèmes faisant preuve d’une grande capacité d’adaptation depuis des millions d’années… »[51].

En 2015, avec près de 100 projets de recherche en cours[52] et alors qu'une cinquantaine d'entreprises seraient déjà engagées dans cette approche[52], un Centre européen d’excellence en biomimétisme (Ceebios) s'est implanté à Senlis en Picardie[53]. Ce centre est présidé par Gilles Bœuf (également président du Muséum national d'histoire naturelle). Il vise à associer la recherche fondamentale d’État, la recherche appliquée, des entreprises et des ONG intéressées par le sujet, au sein d'un projet de développement économique et scientifique de cette science et technique émergente, en favorisant la transdisciplinarité[53]. Il organise aussi des formations[54]. Il est organisé en 4 pôles (Recherche, Congrès/conférences, formation et « Business Campus » (ouvert aux Start Up, PME et TPE, avec des bureaux, services associés et centre de télétravail)[54].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) lizabeth A. Bella, Patrick Boehnkea, T. Mark Harrisona et Wendy L. Maob, « « Potentially biogenic carbon preserved in a 4.1 billion-year-old zircon » », Proceedings of the National Academy of Sciences,‎ (DOI 10.1073/pnas.1517557112)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j [CGDD] (2012), Étude sur la contribution du biomimétisme à la transition vers une économie verte en France : état des lieux, potentiel, leviers ; Études et documents - Numéro 72 - Octobre 2012 ; PDF, 160 p (résumé)
  3. Williams M, Zalasiewicz J, Haff P.K, Schwägerl C, Barnosky A.D & Ellis E.C (2015) The Anthropocene biosphere. The Anthropocene Review, 2(3), 196-219.
  4. a et b UICN France (2015) Des solutions fondées sur la nature pour lutter contre les changements climatiques. Paris, France
  5. projet de norme AFNOR : Biomimétisme -- Matériaux, structures et composants biomimétiques- ISO 18457 Internationale
  6. Biomimétique : prise de position des experts français dans l’élaboration des futures normes internationales , consulté 2016-07-03
  7. projet Pr NF ISO 18458
  8. Projet Pr NF ISO 18459
  9. AFNOR : Découvrez les deux premiers projets de norme sur la biomimétique et donnez votre avis jusqu’au 30 juin, consulté 2016-07-03
  10. http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.biomimicry.net/&title=http%3A%2F%2Fwww.biomimicry.net
  11. UICN France (2014) Panorama des services écologiques fournis par les écosystèmes français – étude de cas : les écosystèmes marins et côtiers d’Aquitaine. Paris, France
  12. Lovins, L. H. (2008). Rethinking production. State of the World, 2008, 34.
  13. Le biomimétismme : s'inspirer de la nature pour innover durablement (p 6), Rapport du CESE
  14. Ball, Philip, « Scientific American », Nature's Color Tricks, vol. 306,‎ , p. 74–79 (DOI 10.1038/scientificamerican0512-74, lire en ligne)
  15. a et b TEED, Janine Benyus shares nature's designs (vidéo tournée en février 2005, mise en ligne en 2007, en anglais, avec sous-titrage à la demande), et biographie
  16. Wanderings Biomimicry - Innovation Inspired by Nature - by Janine Benyus, consulté 2012-06-17
  17. B. Mazzolai, S. Mancuso, "Smart Solutions from the Plant Kingdom", Bioinspiration and Biomimetics, 8(2): 020301 doi:10.1088/1748-3182/8/2/020301 (2013).
  18. A. Sadeghi, A. Tonazzini, L. Popova, B. Mazzolai (2013) "Soil Explorer Robot Inspired by Plant Roots", Softrobot 2013, July 2013, Monte Verità, Switzerland
  19. A. Sadeghi, A. Tonazzini, L. Popova, B. Mazzolai (2013) "Robotic Mechanism for Soil Penetration Inspired by Plant Root", ICRA 2013, doi: 10.1109/ICRA.2013.6631060 Karlsruhe, Germany
  20. E. Sinibaldi, G. L. Puleo, F. Mattioli, V. Mattoli, F. Di Michele, L. Beccai, F. Tramacere, S. Mancuso, B. Mazzolai*, "Osmotic actuation modelling for innovative biorobotic solutions inspired by the plant kingdom", Bioinspiration and Biomimetics, 8(2): 025002 doi:10.1088/1748-3182/8/2/025002 (2013).
  21. STREP PLANTOID Project, voir aussi la vidéo Plantoid Project
  22. C. Lucarotti, M. Totaro, A. Sadeghi, B. Mazzolai, L. Beccai "Revealing bending and force in a soft body through a plant root inspired approach", Scientific Reports, doi:10.1038/srep08788 (2015).
  23. A. Sadeghi, A. Tonazzini, L. Popova, B. Mazzolai, "A Novel Growing Device Inspired by Plant Root Soil Penetration Behaviors", PLoS ONE, 9(2): e90139 doi:10.1371/journal.pone.0090139 (2014).
  24. Torkil Marsdal Hanssen, Thomas Keilman. Nutrients from farmed salmon waste can feed new marine industry (Integrated multi-trophic aquaculture (IMTA))
  25. Ingi Agnarsson, Cecilia Boutry, Shing-Chung Wong, Avinash Baji, Ali Dhinojwala, Andrew T. Sensenig et Todd A. Blackledge ; Supercontraction forces in spidernext term dragline silk depend on hydration, doi:10.1016/j.zool.2008.11.003 (Résumé)
  26. Quand la NASA s'inspire de la sagesse du lotus , novembre 2009
  27. Owano nancy (2014) Robotic swimmer with supple silicone web mimics octopus News du 24-09-2014, sur Phys.org
  28. Robot-méduse pour la Navy (Virginia Tech: Autonomous Robotic Jellyfish from virginiatech on Vimeo)
  29. Kaspar Althoefer (2015) How we made an octopus-inspired surgical robot using coffee, 18 mai 2015, avec vidéos
  30. Nancy Owano (2015) Robot wind-around tentacle can grab, hold ant and egg, avec vidéo
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  54. a et b Portail internet [Ceebios], et membres fondateurs

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • CGDD (2012), Biomimétisme, Dossier du CCGG, février 2012, PDF, 7p
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  • Novethic (2011) Le biomimétisme, un concept encore émergent. Novethic, p. 1-2 - 04/07/2011
  • Pauli, Gunter Pauli & Gauthier Chapelle (2011) Et la nature inventa la rupture. Terra eco, p. 29-31 - 01/01/2011
  • Benyus, Janine M. (2011) Biomimétisme. Quand la nature inspire des innovations durables, Paris, éditions Rue de l'échiquier.
  • Bourdet J (2010) A la chasse aux couleurs. Journal du CNRS, p. 16-18 - 01/12/2010
  • Trends (2010) Biomimétisme. Trésors de la nature à l’usage des entreprises. Trends, p. 1-3 – 04/11/2010
  • Le temps (2010) Enquête – Biomimétisme : quand la science s'inspire de la nature. « La nature propose des solutions extraordinaires ». Le Figaro magazine, p. 1-5 - 18/09/2010 Biomimétisme : une nécessité de « réécrire l'histoire des choses ». Le Temps, p. 1-2 - 01/07/2010
  • Chaigne A, Goubet F, Guillon V, Sciama Y (2010) Intelligence de la nature. Les ingénieurs s’y intéressent enfin
  • Arciszewski, T. et Kicinger, R. (2008) La génétique au service des architectes. Pour la science no 363, p. 32-38, schémas -01/01/2008
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  • Laffitte P, Saunier c (2007) Les produits bio-techniques et bio-inspirés. In : http://www.assemblee-nationale.fr/13/dossiers/biodiversite_choc_chance.asp Les apports de la science et de la technologie au développement durable] - Tome II : la biodiversité, l'autre choc, l'autre chance ? OPECST (Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques) ; OPECST, p. 132-137 - 12/12/2007
  • Usine nouvelle Quand la robotique s'inspire de la nature ; article de L'Usine nouvelle, no 2968, p. 1-3 - 16/06/2005
  • Colrat M (2005) Imiter la nature. La biomimétique en Allemagne. Technologies internationales no 112, p. 15-18 - 01/03/2005

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Ressources[modifier | modifier le code]

Laboratoires de recherche[modifier | modifier le code]