Zarzuela

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Affiche de la zarzuela Doña Francisquita (créée en 1923).

La zarzuela[1],[2] (prononcer [sarsuɛla]) est un genre théâtral lyrique espagnol né au XVIIe siècle.

Par sa formule, qui associe action théâtrale, orchestre, chants et dialogues parlés, elle s’apparente à l’opéra-comique français ou au singspiel allemand, genres qui, eux, n’apparaîtront qu’un siècle après. Il a été recensé quelque 20 000 zarzuelas, depuis la naissance du genre jusqu’au XXe siècle[3].

Historique[modifier | modifier le code]

L’appellation « zarzuela » provient du nom d’un lieu de villégiature royal au nord de Madrid, le Palacio de la Zarzuela (litt. « palais de la ronceraie »)[4] où furent données au XVIIe siècle les premières soirées théâtrales et musicales dites Fiesta de la zarzuela ; un intitulé rapidement abrégé et simplifié en zarzuela, sous l’influence de Pedro Calderón de la Barca, grand librettiste alors de ce genre lyrique.

La zarzuela avait cependant été en Espagne précédée vingt ans plus tôt de pièces entièrement chantées qu'on n'appelait pas encore « opéras », telles La gloria de Niquea (1622) et La selva sin amor (1627), sur un livret de Félix Lope de Vega, à la façon de ce qu’il en était depuis peu en Italie[5]. L'opéra espagnol va ainsi désormais poursuivre son chemin, à côté de son dérivé : la zarzuela.

La zarzuela aux XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

Ramón de la Cruz (1731-1794).

La première œuvre de zarzuela répertoriée est El jardín de Falerina, datée de 1648. À l'origine spectacle de cour, la zarzuela va ensuite essaimer dans les théâtres ouverts à tous, essentiellement à Madrid avant de se répandre dans toute l’Espagne, puis, dès la fin du XVIIe siècle, dans les Amériques et jusqu’aux Philippines, à travers des ouvrages et des compositeurs aux styles très différents. Parmi les compositeurs majeurs et les œuvres importantes des XVIIe et XVIIIe siècles, il convient de mentionner : Juan Hidalgo, auteur de Celos aun del aire matan (1660) et Los celos hacen estrellas (1672) ; Sebastián Durón, auteur de Salir el amor del mundo (1696) et El imposible mayor en amor le vence Amor (vers 1700) ; Antonio Literes, auteur de Acis y Galatea (1708) et Júpiter y Semele (1718) ; José de Nebra, auteur de Viento es la dicha de amor (1743) et Ifigenia en Tracia (1747) ; Antonio Rodríguez de Hita, auteur de Briseida (1768) et Las labradoras de Murcia (1769) ; Luigi Boccherini, auteur de Clementina[6] (1786)...

Jusqu’à la moitié du XVIIIe siècle, les thèmes des livrets sont exclusivement mythologiques (cas de Júpiter y Semele et Ifigenia en Tracia, par exemple), pour ensuite s’infléchir vers des sujets les plus divers et souvent avec des personnages de tous les jours (cas de Las labradoras de Murcia et Clementina). Cette évolution doit beaucoup au librettiste Ramón de la Cruz, principal instigateur de ce renouvellement du genre. Le style musical quant à lui s’apparente à celui de l’art lyrique baroque dans le reste de l’Europe, avec toutefois des traits propres (que l’on trouverait dans la musique religieuse espagnole de l’époque) ; puis, à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, prenant un caractère davantage symphonique dans l’orchestration, de plus en plus mêlé de formes typiquement espagnoles (passacailles, fandangos, sarabandes, chaconnes)[7],[8].

Relief en bronze représentant une scène de Pan y toros (1864). Détail d'un monument à Madrid (L. Coullaut, 1913).

La zarzuela aux XIXe et XXe siècles[modifier | modifier le code]

Au début du XIXe siècle, le genre connaît une renaissance, prenant parfois un ton léger que l’on pourrait rapprocher de l’opérette (apparue en France vers 1840), surtout vers la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle. Mais la très grande majorité des zarzuelas possèdent une tonalité dramatique, rarement portée à l’amusement et conduisant souvent à des fins tragiques (la meilleure correspondance esthétique serait plutôt l’opéra-comique français ou le singspiel allemand, en raison notamment de la présence de dialogues parlés).

Relief en bronze représentant une scène de La verbena de la Paloma (1894). Détail d'un monument à Madrid (L. Coullaut, 1913).

Citons, parmi les compositeurs remarquables et les œuvres célèbres des XIXe et XXe siècles : Emilio Arrieta, auteur de Marina (1855) ; Francisco Asenjo Barbieri, auteur de Los diamantes de la corona (1854), Pan y toros (1864) et El barberillo de Lavapiés (1874) ; Federico Chueca, auteur de La Gran Vía (1886) dont Friedrich Nietzsche se fera l'écho élogieux (lettre à Peter Gast du 16 décembre 1888[9]) ; Ruperto Chapí, auteur de La bruja (1887), La revoltosa (1897), Curro Vargas (1898) et El barquillero (1900) ; Tomás Bretón, auteur de La verbena de la Paloma (1894), qualifiée de chef-d’œuvre par Camille Saint-Saëns (lettre du 13 juin 1913 de Saint-Saëns à Tomás Bretón[10]) et l'une des plus célèbres zarzuelas ; Gerónimo Giménez, auteur de La tempranica (1900) ; José María Usandizaga, auteur de Las golondrinas (1914) ; Amadeo Vives, auteur de la fameuse zarzuela Doña Francisquita (1923) ; Federico Moreno Torroba, auteur de Luisa Fernanda (1932), autre zarzuela fameuse ; Pablo Sorozábal, auteur de La tabernera del puerto (1935) ; ou Ernesto Lecuona, compositeur cubain auteur de la célèbre María la O[11] (1930)...

Carlos Arniches (1866-1943)

Pour ces deux siècles considérés, la zarzuela peut se partager en deux familles principales : la zarzuela « grande » et la zarzuela « chica » (petite). La première, généralement en trois actes, est destinée à occuper une soirée entière de représentation, sur des sujets historiques (cas de Pan y toros et de La bruja) ou dramatiques (cas de Curro Vargas et de Las golondrinas). Musicalement, elle porte tout d’abord l’influence du bel canto, pour peu à peu s’en libérer par des formes de chant qui lui sont propres, tout en restant parfois sensible aux courants lyriques du reste de l’Europe (Grand Opéra à la française, wagnérisme, vérisme…). La seconde catégorie, généralement en un acte et d’une durée d’environ une heure, revêt un caractère plus spécifique : avec des intrigues et personnages contemporains, issus du petit peuple et des prolétaires, de Madrid en particulier, notamment pour le género chico (« genre petit »), sous-genre de la zarzuela chica ; et des rythmes musicaux très souvent puisés aux sources espagnoles (cas de La Gran Vía et de La verbena de la Paloma). Carlos Arniches figure alors l’un des florissants librettistes de ces sujets gouailleurs mais non nécessairement joyeux. Il en serait de même pour les zarzuelas des Amériques hispaniques, qui régulièrement s’inspirent de thèmes autochtones et du folklore local[12],[13],[14],[15].

Postérité de la zarzuela[modifier | modifier le code]

Depuis la fin des années 1970, le goût pour les spectacles lyriques a entraîné un nouvel intérêt pour les Espagnols envers la zarzuela. Les maisons de disques créent des collections dans lesquelles les disques sont accompagnés de fascicules : livret, synopsis, études sur l'œuvre, biographie du compositeur y sont exposés. En Espagne, le programme diffusé par la TVE intitulé Antología de la zarzuela a connu un franc succès. En 2006, la SGAE (équivalant à la SACEM en France) a enregistré une augmentation d'environ 4 % relative aux droits d'auteur.

Il convient aussi de noter que les plus grands chanteurs espagnols, à la renommée mondiale, se sont illustrés dans la zarzuela ; dont, ces quarante dernières années : Pilar Lorengar, Victoria de los Ángeles, Teresa Berganza, Montserrat Caballé, María Bayo ; ou Alfredo Kraus, José Carreras, Plácido Domingo...

La réputation de la zarzuela a néanmoins rarement dépassé les frontières du monde hispanophone (Espagne, Amérique hispanique, Philippines...) ; en raison peut-être de la langue espagnole des livrets, et d’autant plus pour leurs dialogues parlés qui peuvent aussi constituer un frein à une expansion internationale ; voire aussi en raison des sujets de ces livrets, souvent se rapportant à des thèmes hispanisants, bien que cela ne soit pas une règle générale loin s’en faut. La zarzuela commence toutefois à essaimer au-delà de ce monde, comme le montreraient ces dernières années des représentations en France, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Italie, aux États-Unis, ou d’autres pays de tradition lyrique non hispanophone.

Compositeurs de zarzuelas[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « zarzuela » (sens I) du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales [consulté le 15 juin 2016].
  2. Entrée « zarzuela » [html], sur Dictionnaires de français (en ligne), larousse [consulté le 15 juin 2016].
  3. Pierre-René Serna, Guide de la Zarzuela : la zarzuela de Z à A, Paris, Bleu Nuit, , 336 p., 16,8 x 24 cm (ISBN 2-913575-89-7 et 978-2-913575-89-9, OCLC 816686632, notice BnF no FRBNF42768392, présentation en ligne), p. 9 [lire en ligne (page consultée le 15 juin 2016)]. À titre de comparaison, l’opéra, tous pays et époques confondus, accumule environ 40 000 titres.
  4. Nommé ainsi en raison des ronces (zarzas, en espagnol) qui autrefois parsemaient les parages, ce palais existe toujours, bien que très modifié.
  5. Pierre-René Serna, Guide de la Zarzuela : La zarzuela de Z à A, op. cit., p. 16-17.
  6. Il est courant de citer cette œuvre sous le titre La Clementina, or cela puise son origine dans les traductions en italien (postérieures à Boccherini). Le titre d'origine de l'œuvre, tel qu'il fut créé et attribué en Espagne, est bel et bien Clementina, sans l'article défini. Voir pour cela les notices officielles de la Bibliothèque nationale d'Espagne sur l'édition critique du livret (1992) ou le double disque de 2009 de Música Antigua Aranjuez Ediciones
  7. Pierre-René Serna, « Une brève histoire de la zarzuela : Floraison baroque », Concertclassic.com, 31 janvier 2014
  8. Manuel García Franco et Ramón Regidor Arribas, La zarzuela, Acento Editorial, Madrid, 1997 (ISBN 84-483-0111-0), p. 9-39
  9. Friedrich Nietzsche, Lettres à Peter Gast, traduction de l'allemand vers le français par Louise Servicen. Introduction et notes par André Schaeffner. Éditions du Rocher, 1957 (réédition de 1981 par Christian Bourgois éditeur, où la lettre du 16 décembre 1888 se trouve sur les pages 564 et 565).
  10. Pierre-René Serna, Guide de la Zarzuela : La zarzuela de Z à A, op. cit., p. 111.
  11. Œuvre aussi connue sous le titre María de la O, du nom d'une vierge. Les deux titres, successivement, furent attribués par Lecuona lui-même.
  12. Pierre-René Serna, « Une brève histoire de la zarzuela : Renaissance éclatante au XIXe siècle », Concertclassic.com, 30 mars 2014
  13. Pierre-René Serna, « Une brève histoire de la zarzuela : Apogée et fin : le XXe siècle », Concertclassic.com, 19 mai 2014
  14. Manuel García Franco et Ramón Regidor Arribas, La zarzuela, op. cit., p. 42-61 et p. 70-84.
  15. Emilio Casares Rodicio, Diccionario de la Zarzuela, España e Hispanoamérica (2 vol.), ICCMU, Madrid, 2002-2003, 962 et 1084 pages (ISBN 84-89457-22-0 et 84-89457-23-9), vol. 2 : p. 1018-1035.
  16. Le nom de famille de ce compositeur s'écrit Moreno-Buendía, avec trait d'union entre «Moreno» et «Buendía». Voir vol. 2, pages 356-357 in Emilio Casares Rodicio, Diccionario de la Zarzuela, España e Hispanoamérica (2 vol.), ICCMU, Madrid, 2002-2003, 962 et 1084 pages (ISBN 84-89457-22-0 et 84-89457-23-9). Et aussi, par exemple : efe, «Manuel Moreno-Buendía: un compositor para "todos los públicos"», ABC, 24/11/2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sélection discographique des œuvres citées[modifier | modifier le code]

  • Salir el amor del mundo, de Sebastián Durón (disque Dorian, par l’ensemble El Mundo) ;
  • Júpiter y Semele, d’Antonio Literes (disque Harmonia Mundi, direction Eduardo López Banzo) ;
  • Acis y Galatea, d’Antonio Literes (disque Harmonia Mundi, direction Eduardo López Banzo) ;
  • Viento es la dicha de Amor, de José de Nebra (disque Auvidis, direction Christophe Coin) ;
  • Ifigenia en Tracia, de José de Nebra (disque Glossa, direction Emilio Moreno) ;
  • Clementina, de Luigi Boccherini (disque Música Antigua Aranjuez, direction Pablo Heras-Casado) ;
  • Marina, d’Emilio Arrieta (disque Naïve, direction Pablo Pérez) ;
  • Los diamantes de la corona, de Francisco Asenjo Barbieri (disque BMG, direction Ataúlfo Argenta) ;
  • Pan y toros, de Francisco Asenjo Barbieri (disque Novoson, une sélection dirigée par Indalecio Cisneros) ;
  • El barberillo de Lavapiés, de Francisco Asenjo Barbieri (disque Auvidis, direction Pablo Pérez) ;
  • La Gran Vía, de Federico Chueca (disque DG, direction Pablo Pérez) ;
  • La bruja, de Ruperto Chapí (disque DG, direction Miguel Roa) ;
  • La revoltosa, de Ruperto Chapí (disque Novoson, direction Ataúlfo Argenta) ;
  • La verbena de la Paloma, de Tomás Bretón (disque Novoson, direction Ataúlfo Argenta) ;
  • La tempranica, de Gerónimo Giménez (disque DG, direction Pablo Pérez) ;
  • Las golondrinas, de José María Usandizaga (disque EMI, direction Federico Moreno Torroba) ;
  • Doña Francisquita, d’Amadeo Vives (disque Naïve, direction Antoni Ros Marbà) ;
  • Luisa Fernanda, de Federico Moreno Torroba (disque Auvidis, direction Antoni Ros Marbà) ;
  • La tabernera del puerto, de Pablo Sorozábal (disque Auvidis, direction Pablo Pérez) ;
  • María la O, de Ernesto Lecuona (disque Zafiro, direction Félix Guerrero).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]