Flûte de Pan

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Pan (homonymie) et Syrinx.
Flûtes de Pan roumaines.

La flûte de Pan est un instrument de musique composé d'un ensemble de tuyaux sonores assemblés.

Elle appartient au groupe des aérophones, le matériau vibrant produisant le son est donc l'air. Et plus précisément, puisqu'il s'agit d'une flûte, le son est obtenu par la rupture d'une lame d'air sur un biseau.

Il existe dans le monde une grande variété de formes et d'organisations spatiales de cette flûte. Les matériaux utilisés sont aussi très variés. Mais quelle que soit la forme ou l'époque, elles dérivent d'un archétype commun : quelques chaumes (roseaux, bambous, etc.) rassemblés[1].

On trouve des flûtes de Pan en Europe, en Asie, en Amérique, en Océanie et en Afrique. Ces flûtes portent naturellement de nombreux noms différents et « flûte de Pan » est en somme le nom générique français pour l'ensemble des flûtes appartenant à cette famille d'instruments. On utilise aussi en français, dans l'usage poétique ou didactique, le mot de « syrinx », qui rappelle l'origine mythologique, dans la sphère gréco-latine, de la flûte de Pan occidentale :

Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne
Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m'attends !

(Mallarmé, L'Après-midi d'un faune)

Histoire[modifier | modifier le code]

L'ancienneté de l'instrument est attestée par diverses découvertes archéologiques. « Les plus anciennes flûtes de Pan découvertes en Europe sont originaires des régions orientales du continent : d’une nécropole néolithique (2000 av. J.-C.) d’Ukraine méridionale et d’un site de la région de Saratov. Chacune se compose de sept à huit tuyaux en os creux d’oiseau… »[2].

Cependant, il serait vain de vouloir préciser la date ou le lieu de sa naissance. Considérons donc simplement que l'on peut fabriquer une flûte de Pan en roseau (ou en chaume) sans aucun outillage, ce qui accrédite sensiblement son extrême ancienneté.

Par ailleurs, l'ethnomusicologue André Schaeffner propose une théorie essentielle sur sa genèse, laquelle serait très progressive. Il faut, si on veut le suivre, imaginer des personnes portant chacune un tuyau, et c'est l'ensemble de ces personnes qui constitue la flûte de Pan originelle[3],[4],[5]. Cette théorie s'appuie notamment sur les travaux des archéologues P. Girod P. et E. Massenat, qui ont découvert un ensemble de sifflets reliés entre eux par un lien lâche[6].

Grèce ancienne[modifier | modifier le code]

Flûte de Pan

La flûte de Pan, ou syrinx, est un attribut du dieu Pan. Toutefois, il faut se garder de traduire systématiquement syrinx par « flûte de Pan ». En effet, syrinx signifie « flûte », c'est donc aussi un nom générique. On précisait ainsi : syrinx polycalame pour désigner une flûte de Pan[7], syrinx monocalame, une flûte droite[8]. Le mot syrinx provient du grec ancien σύριγξ, signifiant « roseau taillé et creusé » et, par extension, « flûte », le mot a été repris par le latin syrinx, syringis qui signifie « roseau » ou « flûte »[9].

Statuette du dieu Pan donnant une leçon de musique au berger Daphnis, Ier siècle av. J.-C., Musée national archéologique de Naples.

On attribue à Pan différents pères et mères selon les récits que l'on consulte. Cependant, le lien avec Hermès/Mercure est toujours fort et Pan est souvent présenté comme étant le fils d'Hermès. Ainsi le chant XVIII[10] des Hymnes homériques, sans doute un des textes occidentaux les plus anciens où la flûte de Pan soit évoquée, précise bien la généalogie de Pan et rapporte déjà l'existence de l'instrument de musique qui est son attribut. Toutefois, il n'est alors jamais précisé que Pan en est l'inventeur. En fait, dans ces temps anciens, c'est Hermès qui est donné comme l'inventeur de cette flûte[11].

Attis jouant de la syrinx à boîte carrée. Terre cuite macédonienne, 200 av. J.-C. Musée du Louvre.

Le traducteur parle de chalumeaux et non de syrinx. Il ne faut pourtant pas voir dans ces chalumeaux l'ancêtre organologique de la clarinette, mais bien une flûte de Pan (dont le caractère polycalame est confirmé par l'usage du pluriel dans « chalumeaux »)[12].

Ces hymnes furent certainement écrits entre le VIIIe siècle av. J.-C. et le IVe siècle de notre ère sans qu'on puisse les dater avec une grande précision. Il faut aussi dire qu'ils ne doivent rien à Homère, si ce n'est le recours à un mètre poétique aussi utilisé par lui. Cette première association Pan–flûte de Pan, relatée par le chant XVIII des Hymnes homériques, ne nous permet donc pas de remonter au-delà du VIIIe siècle av. J.-C..

Cette première évocation de la relation Pan–flûte de Pan — la plus ancienne connue de nous — ne fait cependant pas de Pan l'inventeur de la flûte qui porte aujourd'hui son nom. C'est plus tard, avec les Métamorphoses d'Ovide[13], que Pan devient enfin l'inventeur de sa flûte. Pour résumer la métamorphose de syrinx : Pan, poussé par le désir, pourchasse la nymphe Syrinx, mais elle se dérobe finalement sur les berges du fleuve Ladon. Son souhait d'échapper à Pan est exaucé et elle est transformée en roseaux, lesquels bruissent doucement sous le souffle de Pan déçu. Il décide alors d'assembler quelques roseaux pour entretenir sa mémoire et invente ainsi la syrinx. Platon, par ailleurs, évoque la syrinx en ces termes : « Il te reste […] la lyre et la cithare, utiles à la ville ; aux champs, les bergers auront la syrinx[14] ». Cette citation est importante pour situer la flûte de Pan dans son contexte. Il s'agit d'un instrument de pasteurs, fortement associé à une économie où la fertilité des troupeaux est le centre d'intérêt premier.

Dans ce cadre, la flûte de Pan a pu opérer par ses vertus symboliques, vertus largement partagées par l'ensemble des flûtes puisqu'elles sont liées au matériau mis en œuvre bien plus qu'à la forme spécifique de la flûte de Pan[15].

Acoustique[modifier | modifier le code]

On trouve des flûtes de Pan dont les tuyaux sont fermés à une extrémité et d'autres qui sont ouvertes aux deux extrémités. Ces dernières sont très rares dans le monde, et en voie de disparition ; le peuple 'Are'are (en) des îles Salomon joue encore de la seconde variété[16] et il existe aussi au Viêt Nam une flûte de Pan de ce type, jouée par les jeunes filles.

Sauf mention contraire, les flûtes présentées dans cet article sont de type à tuyaux bouchés à une extrémité.

Tuyaux bouchés à une extrémité[modifier | modifier le code]

L'air est soufflé, légèrement en biais, sur la face opposée interne du tube en faisant le son « te »[17] et à la manière d'un pépin qu'on expulse à travers l'extrémité ouverte du tuyau sur le biseau opposé aux lèvres, créant les vibrations régulières de la colonne d'air qui produisent les ondes sonores dans les tubes.

Le résultat est assez analogue pour chaque tube à celui d'une bouteille plus ou moins remplie dans laquelle on souffle en biais par le goulot.

La différence avec une flûte à bec ou traversière est que la hauteur des sons n'augmente plus en débouchant au fur et à mesure des trous percés le long d'un tuyau ou tube unique, puis en ajoutant un octave par la puissance du souffle.

Cette fois ce sont des tuyaux successifs non percés alignés de gauche à droite, de longueur décroissante, donc aussi la longueur d'onde du déplacement d'air. Le son produit est donc grave quand le tuyau est long et aigu quand le tuyau est court, l'ensemble formant ainsi la suite des notes de la gamme diatonique des basses aux aiguës, selon le même principe que les tuyaux d'un orgue d'église ou même d'un orgue limonaire ou de Barbarie.

Les tuyaux composant ce type de flûte de Pan étant bouchés à leur extrémité inférieure, les ondes sonores doivent parcourir deux fois la longueur du tuyau et produisent donc une note une octave plus basse que si elle était produite par une flûte ouverte de longueur égale.

La loi des tuyaux bouchés précise que seuls les harmoniques impairs sont théoriquement audibles, mais la pratique montre que les harmoniques pairs sont aussi présents, toutefois en proportion bien moindre[18].

Ce qui en résulte, c'est bien sur le timbre caractéristique de la flûte de Pan, sans redondance d'octave, mais avec une composante forte de quinte. Le sonagramme est caractéristique : harmoniques pairs très faibles ; de même la sinusoïde est remarquable.

L'altération[19] inférieure d'un demi-ton (ou autre) est obtenue par divers procédés[20], lesquels permettent d'obturer légèrement le tuyau et d'abaisser la fréquence du tuyau.

L'altération supérieure est impossible. On procède donc par enharmonie pour produire les notes diésées.

En fournissant une plus grande pression de souffle et avec une tension importante des lèvres, des harmoniques[21] sont produites.

Tuyaux ouverts aux deux extrémités[modifier | modifier le code]

Dans ce cas le tuyau n'agit pas comme un résonateur. Le son est faible, subtil ; l'adjectif qui le définit le mieux serait « éolien ». À noter que les flûtes de ce type sont plutôt disposées en fagot, contrairement à celles dont les tuyaux sont fermés à une extrémité et qui le plus souvent ont une disposition en radeau.

Modèles et compositions selon les pays[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, cet instrument était appelé par son nom latin : fistula Panis, ce qui a donné frestel. En Provence, une flûte de Pan est connue sous le nom de fresteu, et dans les Pyrénées on en trouve une sous le nom de fioulet (qui signifie par ailleurs sifflet).

La flûte de Pan provençale était sans conteste une flûte de bergers, alors que la flûte pyrénéenne était maniée par les castreurs de cochon[22] (qui jouait une ritournelle pour faire connaitre leur passage dans les villes et villages).

Une fouille sur le site d'Alésia a révélé une flûte de Pan monoxyle[23], en assez bon état de conservation. Une flûte très semblable à la flûte d’Alésia a été découverte en Angleterre lors de fouilles sur le site viking de Jorvik (York)[24]. Une flûte de même type est aussi conservée au Musée archéologique des cantons Thurgau, en Suisse.

Par ailleurs, de nombreuses flûtes de Pan sont représentées par les sculpteurs médiévaux. Ces flûtes sont le plus souvent monoxyles comme celle d’Alésia.

Il est certain que ces flûtes peuvent être associées principalement au monde rural, pastoral, mais il existe cependant une flûte de Pan fabriquée au XIXe siècle qui montre une finition particulièrement soignée[25], et qui nous révèle qu'elle a pu sortir de son monde originel et se faire entendre dans une société plus fortunée.

Naï folklorique roumain[modifier | modifier le code]

Le naï roumain est une flûte diatonique, à l'origine en ré (donc avec le fa# et le do#) puis en sol (donc avec un fa#), et aujourd'hui souvent en do. Il y a donc 7 notes différentes dans l'octave. Cependant, il est possible de jouer tous les chromatismes.

Courbure caractéristique du naï (flûte de Pan roumaine)

Au XXe siècle, la flûte de Pan roumaine, naï, a pu être entendue entre 1910 et 1939 dans tous les hauts lieux musicaux du monde, jouée par Fănică Luca[26]. Plus récemment, cette flûte de Pan a été à nouveau rendue populaire par le musicien roumain virtuose Gheorghe Zamfir[27], qui s'est souvent produit[28] et a enregistré de nombreux albums de musique de flûte de pan. Zamfir excelle à interpréter le répertoire traditionnel roumain et tzigane, tour à tour virtuose et effréné, comme celui plus intime des doinas, complaintes profondes, voire lamentos.

Bien d'autres artistes, hors Roumanie et en Roumanie ont aussi enregistré. Souvent moins connus que Zamfir, ils sont néanmoins très estimables. Il faut signaler que l'ex-URSS avait aussi une paire de virtuoses, originaires d'une province roumanophone (aujourd'hui en Ukraine).

Le renouveau de cette flûte de Pan roumaine, donné par les élèves de Fănică Luca, a fait naître une plus grande reconnaissance de cet instrument presque oublié, et c'est maintenant une troisième génération de musiciens qui émerge ; le répertoire virtuose roumain est toujours joué par ces musiciens roumains et non roumains, mais tous s'emparent des répertoires classiques, baroques et anciens, avec un savoir-faire, une connaissance du contexte de création et un respect des œuvres, inconnus de la génération précédente.

Aujourd'hui, les meilleurs interprètes sont capables de jouer dans des genres aussi bien d'origine populaire, du XIXe et XXe siècles, que les formes très classiques du XVIIIe siècle. La transposition des danses hongroises[réf. nécessaire] de Brahms surprend par sa fidélité mélodique et rythmique. Et la flûte de Pan rend parfaitement l'impressionnisme d'Ibert ou de Fauré.

Le répertoire écrit pour la flûte de Pan reste par contre encore relativement limité. La flûte de Pan a été utilisée dans quelques chansons des Beatles, Bee Gees, Agustín Lara, Luis Miguel et Céline Dion. On l'entend de plus en plus fréquemment dans des musiques de film, comme aussi dans le jingle annonçant la météo sur la radio France Inter[29]. Aujourd'hui on l'enseigne dans des écoles de musique, et même dans certains conservatoires, en Hollande, Allemagne, Suisse. Un festival réunit tous les ans au mois de juillet des centaines de flûtistes à Arosa en Suisse.

Instruments d'accompagnement roumains[modifier | modifier le code]

Les principaux instruments composant un orchestre folklorique roumain, soit accompagnant la flûte de Pan, soit jouant eux-même en solistes totalement ou en alternance, souvent de manière virtuose, sont :

  • Le cymbalum, à cordes frappées par des maillets, soliste ou syncopé sur les rythmes de doïnas,
  • Le taragot, ressemblant à une clarinette de sonorité proche du hautbois,
  • Le(s) violon(s), à l'instar de celui des tziganes magyares hongrois,
  • L'accordéon à touches piano,
  • La contrebasse à cordes frottées

Compositions célèbres[modifier | modifier le code]

  • L'alouette (Ciocîrlia), pièce virtuose jouée aussi au violon en czardas par les tziganes magyares hongrois
  • Sanie cuu zurgalai, "la luge aux cloches", chanson reprise par Edith Piaf sous le titre "Johnny tu n'es pas un ange", est une carte de visite du folklore chanté tzigane et roumain de Bucarest, et fut repris avec flûte de Pan et orgue par Horea Crisan et Marcel Cellier en 1976[30].

Les rythmes principaux typiques du folklore roumain sont horăs, doïnas, briul et geamparalele.

Flûtes indiennes d'Amérique latine (Cordillère des Andes)[modifier | modifier le code]

Zampoña, une flûte de pan d'origine Inca

Dans les Andes, les flûtes polycalames (c'est-à-dire à plusieurs roseaux) jouent un rôle important dans tous les ensembles traditionnels.

On trouve des ensembles de flûtes de Pan avec toutes les tailles en Amérique du Sud, les troppas, pouvant, lorsque les artistes les jouent ensemble, recouvrir plusieurs octaves, soit à l'unisson, soit en alternance de notes.

Certaines flûtes de Pan ont leurs gammes sur une seule rangée tandis que certaines autres, comme le siku bolivien, ont la gamme répartie alternativement sur deux rangées de tuyaux qu'un seul musicien autonome (pratique moderne) ou que deux musiciens interdépendants (pratique traditionnelle) peuvent faire sonner.

En les regroupant avec toutes les autres sortes de flûtes d'Amérique latine telles que la "quena", on appelle l'ensemble communément Flûtes indiennes ou Flûtes andines, sur les disques ou lors de concerts pour les touristes notamment.

Instruments d'accompagnement andins[modifier | modifier le code]

Les flûtes de pan indiennes sont jouées en alternance avec d'autres flûtes, et accompagnées d'instruments typiques folkloriques principalement à cordes pincées ou grattées avec un plectre-médiator, tels que :

  • Le charango, genre de petite guitare en peau de tatou,
  • Le quattro, petite guitare à quatre cordes d'accords spéciaux
  • Les guitares traditionnelles,
  • Les maracas, colliers d'os ou coquillages, et percussions diverses,
  • Les tambours en peau de tous genres et dimension donnant les basses, tels que le bombo-siku

D'autres instruments peuvent jouer en alternance, comme :

Les compositions peuvent être purement instrumentales, mais le refrain est aussi très souvent chanté en chœurs par les musiciens eux-mêmes.

Compositions célèbres[modifier | modifier le code]

  • El cóndor pasa, ou l'envol du Condor, joué par deux flûtes à la tierce, est une mélodie qui a fait le tour du Monde, et est devenue l'un des standards de base popularisant la flûte indienne.
  • "Que nadie sepa a mi suffrir", valse péruvienne qui fut reprise par Edith Piaf à l'occasion d'une tournée en Argentine sous le titre "La Foule"[31]
  • La Misa Criolla, est une messe typiquement adaptée à Noël, chantée par une chorale et accompagnée par un ensemble andin, popularisée par l'ensemble Los Fronterizos sur un disque paru en 1964. La chorale Vent d'Est l'interpréta aussi avec Los Calchakis en 1978 au Pavillon Baltard de Nogent sur Marne. Elle comporte 5 parties : Kyrie, Gloria (carnavalito), Credo, Sanctus et Agnus Dei.

Firlinfeu italien[modifier | modifier le code]

Ces flûtes sont toujours jouées en ensemble. Plusieurs villages de Lombardie possèdent leur ensemble de firlinfeu. Par exemple, l'ensemble "I Bej", créé en 1927, joue un répertoire de danses (mazurkas, valses, marches…), tandis que les costumes sont des créations du costumier Caramba de la Scala de Milan, imitant les costumes du XVIIe en usage dans des vallés de la Brianza.

Paixiao chinois[modifier | modifier le code]

Le Paixiao[32] est un instrument dont l'histoire semble parallèle à la création de la théorie musicale chinoise. En effet, les lyus sont des tuyaux étalons, tout à fait comparables aux tuyaux de la flûte de Pan, qui ont permis par le jeu de la superposition des quintes de créer la gamme diatonique chinoise de référence[33].

Il semble que la flûte de Pan connaisse actuellement un regain d'intérêt en Extrême-Orient. En Corée par exemple, il existe plusieurs associations actives de joueurs de flûte de Pan, mais la forme traditionnelle de ces flûtes n'est plus appréciée, puisque les flûtes utilisées sont des répliques parfaites, au moins par leur forme, des flûtes de Pan roumaines (naï).

Flûte de Pan de Mélanésie[modifier | modifier le code]

Îles Salomon, XIXe siècle, MHNT.

Il existe de grands ensembles de flûte de Pan dans les îles Salomon. Par exemple, le peuple 'Are 'are vivant sur l'ile Malatai (Salomon) utilise pour différents rituels, ou circonstances, quatre formations musicales distinctes de flûtes de Pan, comportant 4, 6, 8 ou 10 musiciens. Dans tous les cas le répertoire est exclusivement fait de compositions savamment codifiées. L'improvisation dans ce cadre est proscrite ; à peine accepte-t-on quelques ornements dans les voix intermédiaires dans certains ensembles. Mais pour l'ensemble « 'au Tahana », requis pour les rituels les plus importants et considéré comme le plus pur, aucune modification des œuvres n'est tolérée.

À noter l'usage de gammes remarquables, comme cette gamme équiheptaphonique[34] employée dans l'ensemble « 'au tahana ». Ou encore la gamme pentatonique anhémitonique tempérée[35] de l'ensemble « 'au Paina »[36].

À noter encore, l'usage de deux flûtes de Pan en fagot dont les tuyaux sont ouverts aux deux extrémités. Ces flûtes se jouent en "solo" et hors tout cadre cérémoniel.

La pratique musicale des 'Are 'are a été étudiée par le musicologue Hugo Zemp (en) dans les années 1970. Un double CD, entièrement consacré à leurs flûtes de Pan, et complété d'un important livret, a été réalisé et publié par le CNRS[37].

Mozambique[modifier | modifier le code]

Il existe des flûtes de Pan dans différentes régions d'Afrique, mais il y a peu de documents, peu d'enregistrements, à l'exception de la flûte de Pan « Nyanga » du Mozambique[38].

Quelques flûtistes de renom[modifier | modifier le code]

Le dieu Pan et Peter Pan sont les flûtistes les plus connus. Parmi les interprètes — réels — les plus renommés de l'époque contemporaine on peut mentionner (par ordre alphabétique) :

Roumanie[modifier | modifier le code]

Gheorghe Zamfir[modifier | modifier le code]

Gheorghe Zamfir fut l'un des principaux artistes ayant popularisé la flûte de Pan roumaine en France à partir de 1969, en contribution avec le suisse Marcel Cellier qui par suite l'accompagna à l'orgue d'église, en enregistrant plusieurs disques chez les firmes Arion, Déesse ou Festival, typiquement folkloriques dans un style souvent virtuose sur des rythmes de doïnas par exemple, accompagné de l'orchestre Florian Economu et effectuant de nombreux concerts.

Il joua en 1971 le célèbre thème de la musique du film incarné par Pierre Richard, "Le grand blond avec une chaussure noire", composé par Vladimir Cosma, puis avec l'orchestre de James Last, le berger solitaire (der Heisame Hirte).

A partir des années 1980, il changea de style de répertoire, en reprenant des compositions classiques puis de nombreuses mélodies romantiques.

Autres artistes[modifier | modifier le code]

  • Simion Stanciu (en), baptisé "Syrinx", [39] (Roumanie, Suisse), effectua aussi de nombreux disques importés en France notamment et concerts dans plusieurs styles d'interprétations, et lança de nombreux jeunes artistes tels que la jeune Dalila, en donnant des cours.

France[modifier | modifier le code]

Georges Schmitt[modifier | modifier le code]

Georges Schmitt Randal fit connaître la flûte de Pan à partir des années 1970 sous cette fois l'aspect musique d'ambiance proche de l'easy-listening, à l'instar du pianiste Richard Clayderman, du guitariste Nicolas de Angelis (en) et du trompettiste Jean-Claude Borelly, accompagné des mêmes orchestres d'Olivier Toussaint et Hervé Roy arrangés par Paul de Senneville.

Il effectua également de nombreux disques inspirés de diverses musiques folkloriques dans un style divertissant. Il interpréta aussi plusieurs Noëls à la flûte de Pan accompagné de l'orgue d'église ou de chœurs.

Andes et Amérique latine[modifier | modifier le code]

Dans plusieurs pays d'Amérique du Sud proches de la Cordillère des Andes, tels que Pérou, Bolivie, Argentine, Chili, Paraguay, Équateur, ce sont plutôt des ensembles instrumentaux qui sont renommés, parmi lesquels figure en bonne place la ou les flûtes de Pan jouant souvent la mélodie principale. Parmi les groupes les plus célèbres :

  • Los Calchakis, dirigé par Hector Miranda, popularisa les flûtes indiennes, par leurs concerts en tournée en France, ainsi que leurs nombreux disques chez la firme Arion. Ils reçoivent le Grand Prix du Disque de l’Académie Charles-Cros en 1970.
  • Uña Ramos est célèbre pour ses interprétations en soliste, mais surtout à la quena. Il a même participé en 1980 à la « Symphonie celtique » du festival de Lorient, présentée par Alan Stivell, associant les cultures andine, berbère, indienne, tibétaine… et était ami du bandonéoniste compositeur de tangos argentins Astor Piazzola.
  • Los Maracaïbo effectua également de nombreux disques chez Arion.
  • Los Quetchas
  • Bien d'autres ensembles plus récents modernisèrent leur style pour l'adapter à la danse voire l'easy-listening, en rajoutant l'accompagnement d'un synthétiseur, basse et batterie, tout en conservant l'aspect folklorique d'origine, comme parmi les premiers, l'ensemble Cochacamba en 1976.
  • Plusieurs ensembles et musiciens français et de toutes origines, s'inspirèrent de ces musiques folkloriques pour constituer de nouveaux groupes, en enregistrant plusieurs disques, ou en tant qu'ensembles ambulants jouant souvent dans le métro ou dans les rues pour les touristes, tels que l'ensemble Wayra.

Autres pays[modifier | modifier le code]

  • Horéa Crishan accompagné du grand orchestre de James Last, effectua un disque sur des mélodies romantiques dont le "Paradis des oiseaux" (Paradies Vogel)
  • Douglas Bishop[41] (États-Unis)
  • Kevin Budd[42] (Canada)
  • Dimo Dimov[43] (Bulgarie, Allemagne)
  • Noortje van Middelkoop[44] (Pays-Bas)
  • Konstantin Moskovich[45] (Moldavie)
  • Joeri Murk[46] (Suisse)
  • Claire Smoorenburg[47] (Pays-Bas)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Il ne semble pas douteux que la syrinx soit née d’un assemblage de roseaux inégaux ». André Schaeffner, Origines des instruments de musique, 1968, Paris, Mouton, 1980, p. 282.
  2. A. Buchner, Encyclopédie des instruments de musique, Paris, Gründ, 1980, p. 20.
  3. « … elles nous suggèrent qu’avant que la syrinx ait été disposée soit en forme de galette soit en faisceau les tuyaux ont peut-être été retenus par un lien assez lâche. » A. Schaeffner, Origine des instruments de musique, 1968, Paris, Mouton, 1980, p. 280.
  4. « … le lien le plus subtil qui se conçoive est une chaîne de danse : danse de flûtiste, chacun porteur d’une flûte ou d’un sifflet produisant un son unique ; l’ensemble des instruments individuels donnant une suite de sons comparable à la gamme d’une Syrinx. » A. Schaeffner, ibid., p. 280.
  5. « … cette syrinx humaine dont les tuyaux étaient distribués entre les danseurs. » A. Schaeffner, Origine des instruments de musique, p. 282.
  6. « Ces phalanges réunies entre elles, à l’aide de courroies, ont pu former de véritables flûtes de Pan… » Les stations de l’âge du renne dans les vallées de la Vézère et de la Corrèze, Laugerie et Basse, p. 79.
  7. Πολυκάλαμος σύριγξ / polykálamos sýrinx, syrinx à plusieurs roseaux.
  8. Μονοκάλαμος σύριγξ / monokálamos sýrinx, syrinx à un seul roseau.
  9. C'est également l'origine du mot français « seringue ».
  10. Aussi considéré parfois comme le XVIIe.
  11. Voir le chant XVIII des Hymnes homériques.
  12. Il faut se souvenir que les traductions sont le fait souvent de poètes, de lettrés ; ici le recours au vocable chalumeau fait référence au mot grec kalamos (roseau, chaume), les chaumes étant les matériaux mis en œuvre pour la fabrication de la syrinx archétypale.
  13. (la) (fr) [1], et Ovide, Métamorphoses [détail des éditions] [lire en ligne], Livre I, 691 sqq.
  14. Platon, La République [détail des éditions] [lire en ligne] livre III, 399 d lire en ligne).
  15. Gilles Patrat, « « La symbolique originelle de la flûte de Pan » », publié par la Romanian Society for Ethnomusicology (Bucarest, Roumanie), en 1999, dans le no 6 de son bulletin international East European Meetings in Ethnomusicology fondé et dirigé par Marin Marian-Bălaşa.
  16. [2]
  17. « Te » est une des attaques utilisées pour initier fermement le son… Mais on articule le Te avec le Ke pour obtenir des successions rapides de sons. En fait la palette des attaques utilisées aujourd'hui est assez importante…
  18. Sur ce sujet, voir un sonagramme sur le site flute-de-pan.fr.
  19. La plupart des flûtes de Pan ont un jeu strictement diatonique, sans altérations. Par contre la flûte de Pan roumaine, bien qu'elle aussi soit diatonique, joue dans différentes tonalités et passe des chromatismes.
  20. Mouvement de tête, mouvement de flûte, mouvement du maxillaire inférieur, mouvement de la lèvre supérieure et combinaison de ces procédés.
  21. Dans le cas du tuyau bouché, on trouve seulement les harmoniques impairs.
  22. Ces castreurs n'utilisaient pas une lame d'acier pour leur office, mais un éclat de roseau, tranchant comme un rasoir.
  23. Construite dans une seule pièce de bois, une planchette avec des forages borgnes.
  24. Photo d'une flûte trouvée sur le site, et comparaison avec le registre d'autres flûtes.
  25. Toutes les extrémités supérieures sont en ivoire.
  26. Fănică Luca (ro), 1894-1968, de son vrai nom : Ştefan Luca Iordache.
  27. Qui fut un élève de Fănică Luca, comme tous les maîtres de sa génération.
  28. Et se produisait encore en 2007.
  29. janvier 2009
  30. http://www.vitrifolk.be/cd/cd-cd-105.html
  31. http://www.musiqueenligne.com/work.php?id=3041
  32. Ou pai-hsiao. Nom chinois pour la flûte de Pan… Attention paixiao est une translittération, toujours difficile depuis le chinois, et peut connaitre d'autres orthographes.
  33. Gamme strictement identique à l'accord pythagoricien.
  34. Où le ton vaut sensiblement 171 cents.
  35. La base de cette dernière est le penta anhémitonique connu partout dans le monde, produit par empilement de 5 quintes justes, mais dont deux degrés sont tempérés pour reproduire des intervalles caractéristiques de l'échelle heptaphonique.
  36. Extraits
  37. Le chant du monde LDX 274 961.62 Collection Musée de l’homme – CNRS
  38. [3]
  39. http://www.syrinx.ch/franz-index-syrinx.htm
  40. http://www.radunechifor.com
  41. http://www.panflutejedi.com
  42. http://www.panflute.ca
  43. http://www.dimodimov.de
  44. [4]
  45. http://festival.vitebsk.by/en/contest/pop09/juri/?id=227&theme=popup
  46. http://www.panfloeten.ch
  47. http://www.panfluit.net
  48. http://www.micheltirabosco.ch/
  49. http://www.pan-flute.com
  50. Aussi : Michael Dinner, Ulrich Herkenhoff, Petruța Küpper, Juan Leonardo Santillia Rojas, Daniela dé Santos, Matthias Schlubeck, Edward Simoni.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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