Clitoris

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Clitoris
Description de cette image, également commentée ci-après
Schéma du clitoris (en rose) et structures adjacentes.
Données
Système Appareil génital
MeSH A05.360.319.887.436

Le clitoris (du grec κλειτορίς, kleitorís, dérivé de κλειτύς, kleitús, pente, flanc de coteau), ou selon les travaux anatomiques récents organe bulbo-clitoridien ou complexe clitoridien[1], est un organe érectile de la vulve observé chez les femelles des Mammifères (excepté les échidnés) et chez deux espèces d'oiseaux (le casoar et l'autruche, mais seulement chez un petit nombre d'individus).

Ses principales parties externes sont le gland et le capuchon du clitoris. Il se prolonge à l'intérieur du corps, par les piliers du clitoris, le corps caverneux du clitoris et les bulbes du vestibule qui sont parfois considérés comme faisant partie du clitoris. Il est situé à l'intérieur de la vulve, protégé sous les grandes lèvres et positionné au bas du mont du pubis. Il est rejoint par les petites lèvres.

Le clitoris humain est l'organe le plus sensible du corps humain, avec plus de 8000 terminaisons nerveuses, soit le double du pénis[source insuffisante].

Longtemps considéré comme ayant une fonction uniquement de l'ordre du plaisir sexuel, il est maintenant avéré que le clitoris sert à la reproduction. L'excitation provoquée par la stimulation du clitoris entraine de multiples changements: position du col de l'utérus, PH du vagin, lubrification, oxygénation, et température, ce qui permet une meilleure capacité de reproduction[2],[3],[4]. La modification du PH peut à la fois permettre une meilleure reproduction dans le cas de l'excitation; mais peut aussi être un moyen de contraception dans le cas d'un gel à appliquer dans le vagin pour modifier le PH avant un rapport sexuel[5].

Cet organe joue un rôle important dans l’excitation sexuelle et le plaisir sexuel, participant en particulier au désir sexuel et à l'orgasme[pertinence contestée][6].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot clitoris trouve probablement son origine dans le grec ancien κλειτορίς (kleitoris), peut-être dérivé du verbe κλείειν (kleiein), "fermer"[7]. En grec, clitoris signifie également "clé", "indiquant que les anciens anatomistes le considéraient comme la clé" de la sexualité féminine. D'autres candidats grecs pour l'étymologie du mot incluent un nom signifiant «verrou» ou «crochet»; un verbe signifiant "toucher ou titiller lascivement", "chatouiller" (un synonyme allemand du clitoris est der Kitzler, "le chatouilleur"), bien que ce verbe soit plus probablement dérivé de "clitoris"; et un mot signifiant "flanc de colline"[8].

Anatomie[modifier | modifier le code]

Anatomie chez les mammifères[modifier | modifier le code]

Extrémité visible du clitoris
1 : prépuce - 2 : gland

Le clitoris possède une vascularisation abondante qui le rend érectile. Lorsqu’il est stimulé, il procure du plaisir ; « Au-delà de sa complexité, cet organe essentiel de la sexualité n’a qu’une seule et unique fabuleuse fonction : le plaisir ! »[source insuffisante][9].

Selon certaines études[10], les « bulbes du vestibule » — structures symétriques autour du vagin et de l’urètre — appartiennent également au clitoris. De même origine embryonnaire que le pénis, le clitoris présente une structure identique. Les piliers du clitoris (crus clitoridis en latin ou encore Clitoris crus), sont deux structures symétriques du tissu érectile qui forment ensemble un V et qui convergent vers le corps du clitoris (Corpus clitoridis), impair et médian, qui se porte ventro-caudalement dans la paroi ventrale du vestibule et se termine par un renflement : le gland du clitoris (Corpus clitoridis constitué d'une partie proximale, du coude — appelé aussi genou qui est occupé par le plexus veineux de Kobelt (en) — et de la hampe, partie distale appelée aussi tige ou tronc, le vocabulaire anatomique n'étant pas encore fixé)[11]. À chaque point de divergence se trouve un corps caverneux du clitoris. Les piliers sont attachés à l'arc pubien et sont adjacents aux bulbes vestibulaires. Le pilier flanque l'urètre, l'éponge urétrale et le vagin et s'étend en arrière vers le pubis. Chaque pilier clitoridien se connecte aux branches ischio-pubiennes et il est recouvert d'un muscle bulbo-caverneux. Au cours de l'excitation sexuelle, le pilier est engorgé de sang, de même que tout le tissu érectile du clitoris[12]. Le corps spongieux correspondant aux bulbes vestibulaires qui mesurent en moyenne de trois à cinq centimètres de longueur. Le corps est long et fort chez les Lagomorphes (lapin, lièvre) et à peine moins développé chez les Carnivores, épais mais bien plus court en proportion chez les équidés (chevaux, ânes, zèbres), grêle mais relativement long chez les Ruminants (bovins, ovins, caprins…) et les Porcins (porc, sanglier…)[13]. Il est volumineux chez la chienne et la jument mais beaucoup plus faible chez les autres espèces[13].
Ce corps se termine par un renflement, le gland du clitoris (Glans clitoridis) logé dans la commissure ventrale de la fente vulvaire, et qui est recouvert par un prépuce (appelé aussi capuchon, il est formé par la partie antérieure des petites lèvres, tandis que la partie postérieure forme le frein).

La similitude avec le pénis est particulièrement visible chez la hyène tachetée, chez qui le clitoris prend les proportions et la forme d’un pénis, est complété par des grandes lèvres gonflées par deux boules graisseuses, et constitue un ensemble ressemblant alors tout à fait au sexe du mâle, rendant ainsi la distinction très difficile entre les sexes de cette espèce[14].

Le clitoris humain fait partie de l'appareil génital féminin externe. Selon une revue de la littérature effectuée par Ginger et al, le clitoris est en moyenne long de 10 à 12 cm dont 5 à 7 cm pour son corps (gland compris), 6 cm pour les piliers, 4,5 cm pour les bulbes et 5 mm pour le gland[15]. Cependant, de nombreuses femmes ont un clitoris plus grand que la moyenne, par exemple celles qui ont une variation du développement sexuel comme l'hyperplasie congénitale des surrénales, ou une partie des femmes ayant un syndrome des ovaires polykystiques. Certaines peuvent avoir un clitoris qui a l'aspect d'un petit pénis. Le fait d'avoir un clitoris plus grand que la moyenne est une variation saine du développement sexuel et n'occasionne pas de problème de santé[16].

Chez certaines espèces de mammifères appartenant aux ordres des chiroptères, primates, rongeurs et carnivores, le clitoris de la femelle renferme un os clitoridien, équivalent à l'os pénien mâle[17].

Représentation anatomique en 3D du clitoris humain[modifier | modifier le code]

En 2016, la chercheuse française en sociologie des sciences et vulgarisation scientifique Odile Fillod crée une représentation en trois dimensions de l'organe bulbo-clitoridien. S'appuyant sur la littérature scientifique disponible, elle réalise un premier modèle avec l'aide du fab lab Carrefour numérique de la Cité des sciences [18]. L'objet est d'abord destiné à apparaître dans une vidéo de la plateforme pédagogique Matilda[19] au sein d'un cours de Sciences et Vie de la Terre.

Par la suite, Odile Fillod met à disposition le fichier permettant la reproduction du modèle par imprimante 3D. Son intention est de favoriser une représentation égalitaire des corps et des sexualités[20].

Représentation 3D créée à partir du modèle d'Odile Fillod[21]

En 2017 est édité en France le premier manuel scolaire présentant un schéma anatomique correct du clitoris[22]. C'est la maison d'édition Magnard, dans le manuel de Sciences de la Vie et de la Terre s'adressant aux classes de 4e qui propose pour la première fois une représentation complète de l'organe.

Isabelle Magnard, la directrice adjointe de la maison d'édition explique que le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes avait attiré son attention sur cette lacune, en 2014[23]. Avant 2017, le clitoris était soit absent des schémas, soit représenté uniquement par son gland. Le collectif SVT égalité, composé de professionnels de l'éducation luttant contre les représentations discriminatoires salue l'initiative[22]. De son côté, la maison d'édition Magnard assure que ce choix n'est pas militant[23]. À la rentrée 2019, à l'occasion de la refonte des programmes de SVT de Seconde et de Première, cinq éditeurs sur sept représentent le clitoris dans son intégralité dans leur manuel de Seconde[24].

Au Québec, aucun manuel scolaire ne reproduit correctement l'organe[25] et le clitoris ne fait pas partie des cours d'éducation sexuelle[26].

Développement embryonnaire[modifier | modifier le code]

Etapes du développement de l'appareil génital féminin externe (Gray1119)

Chez les mammifères, la différenciation sexuelle est déterminée par le sperme qui porte un chromosome X (femelle) ou Y (mâle). Le chromosome Y contient un gène déterminant le sexe (gène SRY) qui code la protéine FDT (Facteur déterminant des testicules), un facteur de transcription de la famille des protéines SOX. La synthèse de cette protéine active sa propre expression et celle d'autres gènes notamment le gène SOX9 qui induit alors l'expression des gonades en testicules.[pertinence contestée] Cette différenciation commence environ huit ou neuf semaines après la conception[27].

Le clitoris se développe à partir d'une excroissance phallique dans l'embryon appelée tubercule génital. Initialement indifférencié, le tubercule se développe soit en clitoris soit en pénis au cours du développement du système reproducteur en fonction de l'exposition aux androgènes. Le clitoris se forme à partir des mêmes tissus qui deviennent le gland et la tige du pénis et cette origine embryonnaire partagée rend ces deux organes homologues (versions différentes de la même structure)[28].

En l'absence de testostérone, le tubercule génital permet la formation du clitoris. La croissance initialement rapide du phallus ralentit progressivement et le clitoris se forme. Le sinus urogénital persiste comme vestibule du vagin, les deux plis urogénitaux forment les petites lèvres et les gonflements labioscrotaux s'élargissent pour former les grandes lèvres, complétant les organes génitaux féminins[29].


Physiologie[modifier | modifier le code]

La physiologie détaillée du clitoris est actuellement mal connue[30]. Les réactions physiologiques du clitoris dépendent du système nerveux autonome, qui est activé par les stimuli sexuels. Le système nerveux sympathique entraîne une constriction des vaisseaux sanguins du clitoris, tandis que le système nerveux parasympathique entraîne la dilatation de ces vaisseaux. L'engorgement sanguin durant l'excitation sexuelle provoque la dilatation des parties internes et externes du clitoris[31]. Durant l'intumescence, le clitoris est plus sensible aux stimuli érotiques[32].

Chez les mammifères (y compris ceux à œstrus), la période d’excitation de la femelle en relation avec son ovulation s’accompagne d’une émission de phéromones rendant la région génitale attirante. L’attrait de ces phéromones ayant rapproché le mâle (parfois de très loin), celui-ci y porte sa langue pour récupérer les informations phéromonales. Léchant la région génitale, il lèche le clitoris[33] et l’effet provoqué favorise, par intumescence des bulbes du vestibule, l’ouverture du vagin que le mâle pourra alors pénétrer.

Clitoris humain[modifier | modifier le code]

Il est l'organe le plus sensible du corps humain, avec plus de 8000 terminaisons nerveuses, soit le double du pénis[source insuffisante][34].

Clitoris et comportement sexuel[modifier | modifier le code]

Chez les mammifères, le clitoris et le pénis ont une fonction importante dans le comportement de reproduction. Les récepteurs sensoriels clitoridiens et péniens transmettent les sensations de la copulation vers le système de récompense[35] (flèches bleues, schéma ci-dessous), ce qui favorise le développement de la motivation sexuelle[6].

Schéma simplifié des circuits neurobiologiques qui contrôlent le comportement de reproduction chez les mammifères femelles non-primates[36]. En simplifiant, les hormones contrôlent l'activité de ces circuits innés. Elles activent la sécrétion des phéromones et désinhibent le réflexe de lordose[37]. Les phéromones du mâle (1) sont détectées et traitées par les circuits olfactifs (2 - flèches rouges). Elles déclenchent l'excitation sexuelle chez la femelle et, via l'hypothalamus, la facilitation du réflexe de lordose[38]. La monte du mâle stimule la croupe de la femelle (3) ce qui déclenche le réflexe de lordose (4 - flèches orange)[37]. La courbure du dos induit la présentation du vagin au mâle (5). Puis les sensations clitoridiennes lors de la pénétration (6) activent le système de récompense (7 - flèches bleues), induisant l'apprentissage de motivations sexuelles[35] et à rester à proximité du partenaire de copulation (attachement)[39].
Évolution des principaux facteurs neurobiologiques qui contrôlent le comportement sexuel des mammifères.

Chez les hominidés, au cours de l’évolution, la sexualité s'est progressivement dissociée des cycles hormonaux[40],[41], 90 % des gènes des récepteurs aux phéromones ont été altérés[42],[43] et le réflexe sexuel de la lordose n'est plus fonctionnel. En raison de ces modifications et altérations du système nerveux, le circuit du système de récompense relié au clitoris (ou au pénis) est le seul circuit qui reste complètement fonctionnel, d'où les informations sensorielles clitoridiennes (et péniennes) deviennent plus importantes[36]. Pour ces raisons, on observe que les activités sexuelles des hominidés changent : elles ne sont plus limitées à la copulation[44],[45], mais se développent autour de la stimulation des régions externes ou internes[46],[47] du clitoris (ou du pénis). Le comportement de reproduction a évolué vers un comportement érotique où le clitoris (ou le pénis chez l'homme) joue un rôle majeur[36],[note 1].

Chez l'être humain, les chercheurs Masters et Johnson ont observé et mesuré avec des appareils spécialisés plus de 10 000 réponses sexuelles auprès de 694 femmes et hommes. Ils ont montré que le clitoris de la femme (et le pénis de l'homme) étaient les principales régions à l'origine du plaisir sexuel, et les principales à procurer l'orgasme[48]. Le clitoris (et le pénis) sont également les principales régions du corps à l'origine des apprentissages du comportement sexuel. C'est pour ces raisons que le clitoris est la région du corps la plus stimulée au cours des activités sexuelles[49].

Les activités sexuelles stimulant le clitoris font partie des activités préférées des femmes fréquemment citées[50] (cunnilingus, pénétration vaginale, masturbation…), et qui procurent un maximum de stimulations intenses (tactiles, pression, chaleur) sur l'ensemble du clitoris (partie externe (gland du clitoris) et parties internes[51]). Ces activités sexuelles procureraient le maximum de plaisir érotique[52].

Cette préférence pour les activités érotiques génitales, tant chez les femmes que chez les hommes, favorise les activités qui permettent la fécondation et la reproduction[52].

De plus, l’orgasme féminin, induit par la stimulation externe ou interne du clitoris, provoque des contractions utérines qui faciliteraient la « remontée » des spermatozoïdes vers l’ovule, ce qui faciliterait la fonction reproductrice. [réf. nécessaire]

Pathologies[modifier | modifier le code]

Certaines femmes seraient atteintes d’une maladie rare connue sous le nom de « syndrome d’excitation génitale persistante » (SEGP) ou PSAS pour « Persistent Sexual Arousal Syndrome ». Ce syndrome fait que ces femmes éprouvent régulièrement des excitations à point de départ génital de façon inopinée, et nécessitant parfois plusieurs orgasmes pour être soulagées[53].

Interventions non médicales[modifier | modifier le code]

Piercing[modifier | modifier le code]

Certaines femmes se font percer le capuchon recouvrant le clitoris ou encore le clitoris lui-même.

Excision[modifier | modifier le code]

La clitoridectomie ou ablation du clitoris est une mutilation pratiquée en Occident principalement depuis le XVIIIe siècle[54], et de nos jours sur 100 à 140 millions de femmes dans une grande partie du continent africain. Elle se pratique par cautérisation du gland clitoridien. D’une partie du clitoris à l’ablation totale de celui-ci et des petites lèvres jusqu’à d’autres pratiques avec sutures et pose d’un anneau. L'excision est défendue principalement au nom de l’amélioration du plaisir sexuel masculin et la protection contre le désir féminin, afin que la femme ne ressente plus aucun plaisir sexuel, cela afin qu’elle n’aille pas chercher le plaisir sexuel avec d’autres hommes. L'excision est illégale dans la plupart des pays du monde[55].

Historique[modifier | modifier le code]

Antiquité et Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Les textes savants de l'antiquité et du Moyen Âge ne mentionnent pas le clitoris de façon précise. L'anatomie génitale externe féminine est négligée sous l'autorité « masculine » des grands auteurs tels qu'Aristote ou Galien. L'homme est l'être de référence, parfait et complet, tendu vers l'extérieur par ses genitalia, alors que la femme est inférieure par ses parties génitales incomplètes et intériorisées. De plus les organes génitaux ne sont pas décrits en eux-mêmes, mais toujours selon une finalité ou une utilité. Pour les savants de cette période, le grand problème est celui de la « génération » (la reproduction du vivant), et pour cela trois mots principaux d'anatomie génitale féminine sont utilisés : matrix, vulva, semen[56].

Le plaisir ou la jouissance sont mentionnés, mais de façon marginale (en tant qu'appétit servant à la génération). Hippocrate, dans De la génération, évoque le plaisir féminin par « frottement des parties génitales » pour dire que, dans le coït, le plaisir féminin est moins intense que celui de l'homme, mais qu'il dure plus longtemps[57].

Le savoir antique, transmis en Occident médiéval par les textes arabes, reste imprécis, avec des mots dont le sens est variable selon les auteurs. Dans la mentalité médiévale, le sens ou la réalité d'un mot est dans son étymologie symbolique (selon Isidore de Séville) pas dans son rapport à une réalité précise. Par exemple, selon les auteurs, le terme matrix peut désigner l'utérus, ou l'ensemble ovaires-utérus, ou le col utérin-vagin. Il s'agit d'expliquer le mécanisme de la génération, et non de donner une description anatomique précise[58].

Chez Soranos d'Éphèse, le terme landica, et dans des textes arabes le terme bazr (transcrit en badadera ou batharum) pourraient renvoyer au clitoris (par exemple chez Albucasis mentionnant l'hypertrophie clitoridienne), mais selon le contexte ils pourraient aussi renvoyer aux petites lèvres[58].

En Occident médiéval, à partir du XIIe siècle, l'idée-force d'Aristote et de Galien, clairement énoncée dans le Canon d'Avicenne s'impose : il existe une similitude inverse des organes mâles et femelles. L'homme est la norme positive externe, et la femme sa valeur négative imparfaite interne. Les « testicules de la femme » (appellation des ovaires jusqu'au XVIIe siècle) sont plus petits que ceux de l'homme, l'enveloppe de la matrice est l'équivalent du scrotum, le col utérin et le vagin sont la verge, et des éléments de la vulve l'équivalent du prépuce[59].

La plupart des descriptions s'arrêtent à « l'ouverture vers l'extérieur », car l'extérieur est le propre du mâle. Ce n'est pas le clitoris, mais l'hypertrophie du clitoris qui apparait dans les textes chirurgicaux (Guy de Chauliac, Henri de Mondeville) notamment sous le terme de tentigo, ce qui peut correspondre à des cas d'hermaphrodisme ou d'intersexuation. Dans d'autres contextes, le terme tentigo parait correspondre aussi bien au clitoris qu'au passage de l'urine[60],[61].

Selon Danielle Jacquart, il serait naïf de déduire de l'absence d'une description du clitoris ou de son imprécision, une ignorance totale de la sensibilité féminine, de la part des médecins, « mais il est vrai que pendant des siècles la science anatomique et l'expérience vécue ne se sont pas rencontrées »[62].

Cette expérience vécue se trouverait dans des textes non médicaux mentionnant la masturbation féminine, des pratiques homosexuelles, par exemple dans les pénitenciels[63] ou des passages allusifs d'amour courtois comme l'assag[64].

De la Renaissance au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

C’est au XVIe siècle que la littérature médicale reconnaît l’existence du clitoris pour la première fois. En 1545 Charles Estienne identifie le clitoris auquel il attribue des fonctions urinaires[65]. Il donne lieu à des querelles : Realdo Colombo[66], qui enseigne la chirurgie à l’université de Padoue en Italie, publie en 1559 un ouvrage intitulé De re anatomica dans lequel il décrit le « siège du plaisir féminin », « un organe si joli et tellement utile ». Son successeur à Padoue, Gabriele Falloppio (qui donnera son nom aux trompes de Fallope) affirme qu’il était le premier à découvrir le clitoris en 1561[67]. À la même époque, le réputé Vesalius (prédécesseur de Colombo et de Falloppio) décrit les organes reproducteurs des femmes, mais est opposé à la normalité du clitoris, qu'il attribue à une déformation hermaphrodite[68]. En 1573, Jacques Daléchamps, médecin français justifie la clitoridectomie par une malformation hermaphrodite, à laquelle il faut ajouter sa lecture d'Aétios d'Amida et la confusion entre les mots : nymphe, nymphotomia et clitoris[69]. Le mot cleitoris apparaît en 1575 dans la langue française sous la plume d'Ambroise Paré dans la première édition de ses Œuvres[70]. Il sera ensuite supprimé dans la réédition de 1585[71].

Au XVIIe siècle, un anatomiste danois (Bartholin ?) réfute les deux déclarations de découverte du clitoris, en avançant que celui-ci était déjà bien connu par la médecine depuis le IIe siècle. En 1668, Regnier de Graaf, médecin anatomiste de Delft croit être le premier à se pencher sur la chose. Il décrit la prostate féminine et les bulbes clitoridiens du vestibule[72],[73]. À partir de Regnier de Graaf, le mot « clitoris » s'impose pour désigner cet organe[72],[74],[75],[76].

Caspar Bartholin le Jeune (1655-1738), médecin anatomiste de l'université de Copenhague détaille les glandes de Bartholin appelées maintenant glandes vestibulaires[77].

En 1751, Julien Offray de La Mettrie, médecin philosophe français, écrit L'Art de jouir, une apologie de la volupté, évoquant le bouton de rose. En 1760, Samuel Tissot, médecin suisse, dénonce vigoureusement la masturbation clitoridienne dans L'Onanisme. Dissertation sur les maladies produites par la masturbation.

Robert Bourguignon, chirurgien assistant de Dominique-Jean Larrey, lui-même chirurgien de Napoléon, exécute plusieurs ablations de clitoris le considérant comme une excroissance tumorale bénigne.[réf. nécessaire]

En 1828, le docteur Doussin-Dubreuil publie Des égaremens secrets ou de l’onanisme chez les personnes du sexe[78], dans lequel il réprouve la masturbation féminine.

À partir de 1830 jusqu'aux années 1960, environ, notamment dans les pays protestants (Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis…), inspirés par une prohibition morale (justifiée par des travaux tels ceux de Samuel Tissot), certains médecins pratiquent l'excision pour soigner les glands du clitoris trop proéminents ou des pratiques masturbatoires (jugées déviantes à l'époque), mais également pour lutter contre la lascivité, la nymphomanie ou l'hystérie. Parallèlement, d'autres médecins se contentent de prodiguer la masturbation clitoridienne pour soulager ces trois derniers maux[79]. En France, par exemple, les médecins Thésée Pouillet (1849-1923), Pierre Garnier (1819–1901) ou Paul Broca (1824-1880) préconisent l'excision pour lutter contre l'onanisme[80].

En 1840, le médecin Charles Négrier publie ses Recherches anatomiques et physiologiques sur les ovaires dans l'espèce humaine. Il dissocie l'orgasme féminin de l'ovulation et de la procréation en décrivant le cycle menstruel.

Clitoris disséqué par Kobelt en 1844.

En 1844, le Dr Georg Ludwig Kobelt (en), professeur d'anatomie à l'université de Fribourg-en-Brisgau, publie De l'appareil du sens génital des deux sexes dans l'espèce humaine et dans quelques mammifères[81], où il décrit avec précision les deux sexes, dont le clitoris, y compris ses ligaments suspenseurs[82].

En 1865, Isaac Baker Brown (en), médecin gynécologue anglais, président de la Medical Society of London (en), préconise la clitoridectomie (excision) comme traitement de l'épilepsie, de la catalepsie et de l’hystérie, sans le consentement ou la compréhension de la patiente ou de sa famille[83],[84]. En 1875, Edouard Van Beneden, embryologiste, professeur de zoologie à l'université de Liège, met au jour le mécanisme de la fécondation de l'ovule par les spermatozoïdes. Le clitoris est déclaré « organe inutile ». En 1876, Oskar Hertwig, professeur de zoologie à l'université d'Iéna, publie Das Werden der Organismen, eine Widerlegung der Darwinschen Zufallslehre (L'Évolution des organismes, réfutation des Voyages aléatoires de Darwin), où il décrit la rencontre de l'ovule et du spermatozoïde engendrant le fœtus. Le courant « ovuliste » bannit, quasiment, le clitoris des manuels d’anatomie jusqu'en 1998, et la masturbation clitoridienne, de la bienséance jusqu'à 1968.

En 1880, Alexander Skene, médecin professeur de maladies de la femme au Long Island College Hospital (en), détaille les glandes de Skene[85].

Du XXe siècle à nos jours[modifier | modifier le code]

En 1905, Sigmund Freud, médecin neurologue de Vienne, publie ses Trois essais sur la théorie sexuelle. Il y infantilise une sexualité clitoridienne non organisée. Selon lui, seul un orgasme vaginal serait digne d'une sexualité adulte et structurée.

En 1941, Orson Welles réalise Citizen Kane, insistant sur le « bouton de rose », mais il semble que nombre de ses contemporains n'en aient pas compris l'allusion.

En 1946, Marie Bonaparte, freudienne passionnée, se fait déplacer chirurgicalement le clitoris afin qu’il soit plus facilement excité lors du coït, qui, selon Freud, était le seul acte valable de plaisir : elle n’en a cependant jamais été pleinement satisfaite. Elle écrit d’ailleurs, sous le pseudonyme de A.E. Narjani, un article intitulé « Considérations sur les causes anatomiques de la frigidité chez la femme », dans lequel elle explique la frigidité féminine par une fixation clitoridienne induite par une distance trop grande entre le clitoris et le vagin. Elle appuie sa thèse par la mesure de la distance du clitoris et du méat urétral sur une population de 200 femmes, prises au hasard. Au sujet du clitoris, elle écrit :

« Les hommes se sentent menacés par ce qui aurait une apparence phallique chez la femme, c’est pourquoi ils insistent pour que le clitoris soit enlevé[86]. »

En 1976, Shere Hite, sexologue américaine puis allemande, publie son Rapport Hite, dans lequel elle place le clitoris en bonne place.

En 1998, Helen O’Connell, urologue au Royal Melbourne Hospital (en), publie un article : Anatomical relationship between uretha and clitoris[10] où elle redécouvre et approfondit[65] les travaux oubliés du Dr Georg Ludwig Kobelt (en). En effet, au cours d'une opération de la prostate, ses pairs lui avaient bien montré le nerf érecteur chez l'homme. Mais, elle n'avait pas trouvé de représentation de tels nerfs, chez la femme, dans les manuels d'anatomie à sa disposition[87],[88],[89] (notamment le Gray's Anatomy, édition 1948).

En 2009, Odile Buisson, gynécologue, et Pierre Foldes, urologue à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye, utilisent la sonographie pour explorer le clitoris et l'orgasme féminin[46]. « The G-spot could be explained by the richly innervated clitoris », le point G peut être expliqué par la riche innervation du clitoris […] et ses relations anatomiques avec la paroi antérieure du vagin. Ils montrent également la turgescence des bulbes (clitoridiens) du vestibule (entourant l'entrée du vagin). C'est la première fois que le clitoris est échographié[90].

Cette nouvelle notion anatomique que l’on doit au Dr Helen O’Connell (Royal Melbourne Hospital – Australie) en 1997 remet en cause la classification fort décriée entre femme « clitoridienne » et « vaginale » car la stimulation vaginale entraînerait automatiquement une stimulation des bras profonds du clitoris.

En 2017, en France, le clitoris est enfin correctement représenté dans un manuel scolaire des Editions Magnard[91].

Dans une étude publiée en 2019, un questionnaire a été administré à des étudiants de troisième cycle en sciences de l'éducation afin de retracer le niveau de leurs connaissances concernant les organes du système reproducteur féminin et masculin. Les auteurs ont rapporté qu'environ les deux tiers des étudiants n'avaient pas donné de nom aux organes génitaux féminins externes, comme le clitoris et les lèvres, même après que des photos détaillées leur eurent été fournies[92].

Le clitoris dans les arts et la culture contemporaine[modifier | modifier le code]

Clitoris géant du lancement des Créatives à Genève en 2018.

En 2012, l’artiste conceptuel et photographe américaine Sophia Wallace lance son projet d’exposition virale nommé Cliteracy : 100 Natural Laws, le premier terme étant un mot-valise composé de « clitoris » et « litteracy »[93]. Ce programme artistique pluridisciplinaire vise à une meilleure connaissance du corps féminin et plus particulièrement du clitoris. Les installations comprennent notamment la première sculpture anatomiquement correcte du clitoris. Sophia Wallace souhaite ainsi briser les tabous associés aux organes génitaux féminins et féminisés[94]. En 2016, elle se positionne à nouveau contre l'obscurantisme entourant la sexualité féminine avec le projet Over and Over and Over[95].

En septembre 2017, l'artiste belge Laurence Dufaÿ expose à Bruxelles une sculpture géante d'un clitoris de deux mètres et demi afin de lutter contre son invisibilisation dans l'espace public, que l'artiste assimile à une « excision intellectuelle »[96].

Le clitoris est mis à l'honneur lors du festivulve qui a lieu une fois par an, depuis 2018, à Montréal, au Québec : « La révolution vulvienne est arrivée et elle est clitoridienne ! » [97].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les distinctions entre “comportement sexuel”, “comportement de reproduction” et “comportement érotique” sont expliquées dans les articles Comportement érotique et Comportement de reproduction. Ces expressions ont été proposées par les auteurs Martin H. Johnson et Barry J. Everitt dans leur ouvrage Reproduction, 5e edition, publié chez De Boeck Université en 2001, car les différences neurobiologiques, cognitives et comportementales entre les espèces modifient la dynamique du comportement sexuel. L'ouvrage qui présente le plus de vérifications expérimentales de ces distinctions est Functional and dysfunctional sexual behavior du neurobiologiste Anders Agmo.

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