Fascia

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En gris à droite, fascia thoracolombaire.

Un fascia (prononciation : \fa.sja\) est une membrane fibro-élastique qui recouvre ou enveloppe une structure anatomique. Il est composé de tissu conjonctif très riche en fibres de collagène. Les fascias, de par leurs propriétés visco-élastiques notamment[1], jouent un rôle biomécanique essentiel[2] ; ils sont aussi connus pour être des structures passives de transmission des contraintes générées par l'activité musculaire ou des forces extérieures au corps.

Il a également été montré qu'ils sont capables de se contracter et d'avoir une influence sur la dynamique musculaire[3],[4] et que leur innervation sensitive participait à la proprioception et à la nociception (ils sont plus riches que le muscle en terminaisons nerveuses impliquées dans la sensation de douleur)[5].

La teneur en eau des fascias et l'acide hyaluronique jouent un rôle dans leur souplesse et fonctionnalité.

Historique[modifier | modifier le code]

Le nom fascia, en latin, signifie « bandelette ». En 1799 Xavier Bichat publie une première étude anatomique des fascia sous le nom de membranes[6]. Dans son introduction, il constate : « les membranes n'ont point été jusqu'ici un objet particulier de recherche pour les anatomistes ».

En 1858, Henry Gray propose la définition suivante du fascia : « une masse de tissu conjonctif assez importante, visible à l'œil nu et dont les fibres sont entrelacées »[7].

La technique chirurgicale du lambeau permet d'utiliser certains fascias en chirurgie. Des fascias peuvent aussi être utilisés pour reconstruire un tympan crevé dans l'oreille (myringoplastie)[8]. Des fascias peuvent aussi être greffés, avec un coeur par exemple[9].

Plus récemment, on a montré que certains messages biochimiques (hormonaux, y compris émis en condition de stress émotionnel), provoquent la contraction des fascias de manière indépendante des stimuli musculaires ou nerveux[10].

Éléments de définition[modifier | modifier le code]

Le terme fascia est assez polysémique[11], désignant toute les sortes de lames de tissu conjonctif, pouvant être disséquées macroscopiquement. Le Fascia Research Congress qui s'est tenu à Washington, du 17 au 21 septembre 2015 était consacré à la terminologie relative aux fascias car une utilisation indiscriminée du mot « fascia » pour désigner divers types de tissu conjonctif a pu prêter à confusion et rendre difficile la comparaison des résultats entre les études de recherche et la conclusion générale[12].

On peut distinguer[13] :

  • le fascia superficiel (ou tissu sous-cutané), qui constitue la couche profonde de la peau ;
  • le fascia profond, une lame fibreuse sur laquelle repose le fascia superficiel et qui sépare les muscles superficiels du tissu sous-cutané[14] ;
  • les fascias internes, qui comblent les espaces entre divers organes ;
  • les fascias viscéraux, qui correspondent à la tunique externe de certains viscères, sur les surfaces non recouvertes de séreuse[15].

Le fascia superficiel et les fascias internes sont constitués de tissu conjonctif lâche, tandis que le fascia profond et les fascias viscéraux sont composés de tissu conjonctif dense[13].

On peut également distinguer le fascia musculaire, qui est une formation de tissu conjonctif dense entourant un muscle, et qui est au contact de l'épimysium[14].

Plus restrictivement, le mot fascia peut désigner la membrane de tissu conjonctif fibreux séparant les plans tégumentaires des plans profonds d'un segment du corps[16] : fascia profond ; portant le nom de la partie du corps concernée (ex : fascia brachial)[14].

Pour clarifier et unifier le vocabulaire relatif aux fascias, une Fascia Research Society s'est constituée en 2014. Les auteurs qui avaient déjà contribué à améliorer la terminologie dans le Journal of Bodywork and Movement Therapies représentaient l'ostéopathe, la chiropratique, la médecine, les chercheurs en sciences fondamentales et praticiens du mouvement. Fin 2014, ils ont utilisé la méthode Delphi pour obtenir un consensus d'experts sur la question de savoir quelles structures anatomiques inclure dans cette définition, notant que la nomenclature la plus appropriée dépendait du type d'investigation ou de perception du fascia. Une approche morphologique implique une définition plus étroite telle que celle proposée par le Comité fédératif de terminologie anatomique (FCAT) alors qu'une approche des aspects fonctionnels s'intéressant par exemple à la transmission de force ou aux capacités sensorielles des fascias plaide pour une définition plus large. Ce travail a conclu qu'il fallait différencier deux notions[12] :

  • « le fascina » , mot qui décrit « une gaine, une feuille ou un certain nombre d'autres agrégats pouvant être disséqués, tissu conjonctif qui se forme sous la peau, pour attacher, enfermer, séparer les muscles et autres organes internes » ; cette définition est uniquement anatomique, elle permet notamment d'isoler ces couches parmi les tissus d'un cadavre et d'y effectuer des analyses histologiques et morphologiques, elle permet aussi de prélever des échantillons de fascias lors d'une chirurgie afin d'évaluer si elles sont pathologiquement altérées, ou de les étudier chez des sujets vivants par l'imagerie. Les résultats d'études anatomiques faites par des auteurs différents seront plus comparables[12].
  • « le système fascial » ; notion nécessaire pour les cliniciens étudiant ou manipulant les fonctions du réseau fascial global lors du mouvement. Ces derniers ne se contentent pas de la définition du fascia, car celle-ci exclut des tissus jouant un rôle dans les interconnexions entre fascias, tels les capsules articulaires, aponévroses, tendons, ligaments et tissus conjonctifs intramusculaires (Schleip et al., 2012). Myers en 2014 notait aussi que la distinction palpatoire entre par ex. le fascia transversalis et le péritoine pariétal intéresse la recherche mais sont en réalité unis ; ils bougent et réagissent ensemble. Le second terme (« système fascial ») permet d'inclure les notions de transmission de force, de fonctions sensorielles ou encore de gestion de la cicatrisation qui sous-tendent des interactions entre réseaux de tissus interdépendants et formant un tout complexe, tous collaborant pour effectuer un mouvement[12].

Formation embryonnaire[modifier | modifier le code]

Les fascias sont issus d’un même feuillet embryonnaire : le mésoderme.

Pathologie[modifier | modifier le code]

  • Le fascia peut s’enflammer, entraînant une fasciite voire une fibrose ;
  • Une déchirure des fascias est possible à l'occasions d'un effort intense (sportif notamment) Leach R, JonesR & Silva T (1978). Rupture of the plantar fascia in athletes. JBJS, 60(4), 537-539.
  • Hypothèse est faite que les fascia pourraient présenter des contractures[17].
  • Les fascia joueraient un rôle primordial dans l'apparition du mal de dos[18].

Classification[modifier | modifier le code]

Tête[modifier | modifier le code]

Membres supérieurs[modifier | modifier le code]

Membres inférieurs[modifier | modifier le code]

Dos[modifier | modifier le code]

Abdomen[modifier | modifier le code]

Médecines non conventionnelles[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) L.H. Yahia, P. Pigeon et E.A. DesRosiers, « Viscoelastic properties of the human lumbodorsal fascia », Journal of Biomedical Engineering, vol. 15, no 5,‎ , p. 425–429 (ISSN 0141-5425, DOI 10.1016/0141-5425(93)90081-9, lire en ligne, consulté le ).
  2. (en) « The biomechanics of the thoracolumbar fascia », Clinical Biomechanics, vol. 2, no 2,‎ , p. 78–83 (ISSN 0268-0033, DOI 10.1016/0268-0033(87)90132-X, lire en ligne, consulté le ).
  3. (en) Schleip R, W. Klingler et F. Lehmann-Horn, « Fascia is able to contract in a smooth muscle-like manner and thereby influence musculoskeletal mechanics », Journal of Biomechanics, vol. 39, no S488,‎ (lire en ligne [PDF], consulté le )
  4. (en) « Muscle fascia and force transmission », Journal of Bodywork and Movement Therapies, vol. 14, no 4,‎ , p. 411–417 (ISSN 1360-8592, DOI 10.1016/j.jbmt.2010.01.005, lire en ligne, consulté le ).
  5. (en) F. H. Willard, A. Vleeming, M. D. Schuenke, L. Danneels et R. Schleip, « The thoracolumbar fascia : anatomy, function and clinical considerations », Journal of Anatomy, vol. 221, no 6,‎ , p. 507-536 (PMID 22630613).
  6. Xavier Bichat, Traité des membranes en général et de diverses membranes en particulier, Richard, Caille et Ravier (Paris),1re éd., 1799.
  7. Henry Gray, Descriptive and Surgical Anatomy, Première édition (1858) - Illustrée par Henry Vandyke Carter - généralement connue sous le nom de "Gray's Anatomy".
  8. (en) L. A. Storrs, « Myringoplasty with the Use of Fascia Grafts », Archives of Otolaryngology - Head and Neck Surgery, vol. 74, no 1,‎ , p. 45–49 (ISSN 0886-4470, DOI 10.1001/archotol.1961.00740030048010, lire en ligne, consulté le ).
  9. (en) Foad Nahai, John S. Silverton, H. Louis Hill et Luis O. Vasconez, « The Tensor Fascia Lata Musculocutaneous Flap », Annals of Plastic Surgery, vol. 1, no 4,‎ , p. 372–379 (ISSN 0148-7043, DOI 10.1097/00000637-197807000-00003, lire en ligne, consulté le ).
  10. « Les alliés cachés de notre organisme - Les fascias », ARTE, Kirsten Esch, Allemagne, 2017.
  11. (en) « What is ‘fascia’? A review of different nomenclatures », Journal of Bodywork and Movement Therapies, vol. 16, no 4,‎ , p. 496–502 (ISSN 1360-8592, DOI 10.1016/j.jbmt.2012.08.001, lire en ligne, consulté le ).
  12. a b c et d (en) Carla Stecco et Robert Schleip, « A fascia and the fascial system », Journal of Bodywork and Movement Therapies, vol. 20, no 1,‎ , p. 139–140 (DOI 10.1016/j.jbmt.2015.11.012, lire en ligne, consulté le ).
  13. a et b Pierre Kamina, Anatomie clinique - Anatomie générale, membres - tome 1, 4e édition, 2009, chapitre 1 « Introduction »
  14. a b et c Pierre Kamina, Anatomie clinique - Anatomie générale, membres - tome 1, 4e édition, 2009, chapitre 4 « Système musculaire ».
  15. (en) Robert Schleip et Thomas W. Findley, « Fascia : The Tensional Network of the Human Body : The science and clinical applications in manual and movement therapy », Elsevier Health Sciences, (ISBN 978-0-7020-5228-6, consulté le ).
  16. « Fascia », sur le dictionnaire de l’Académie nationale de médecine .
  17. (en) R. Schleip, F. Klingler et F. Horn, « Active fascial contractility : Fascia may be able to contract in a smooth muscle-like manner and thereby influence musculoskeletal dynamics », Medical Hypotheses, vol. 65, no 2,‎ , p. 273–7 (PMID 15922099, DOI 10.1016/j.mehy.2005.03.005).
  18. « Fascinants fascia » [vidéo] durée 46 min / 52", sur Arte, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Serge Paoletti, Les Fascias : rôle des tissus dans la mécanique humaine, Vannes, Sully, , 245 p. (ISBN 978-2-35432-021-8).
  • Myers, T. W., & Hillman, S. K. (2004). Anatomy trains. Primal Pictures Limited. [lire en ligne]
  • (en) Mike Benjamin, « The fascia of the limbs and back - a review », Journal of Anatomy, vol. 214, no 1,‎ , p. 1–18 (ISSN 0021-8782 et 1469-7580, PMID 19166469, PMCID PMC2667913, DOI 10.1111/j.1469-7580.2008.01011.x, lire en ligne, consulté le )
  • (en) Robert Schleip, Thomas W. Findley, Leon Chaitow, Peter Huijing, Fascia: The Tensional Network of the Human Body, Elsevier Health Sciences, , 566 p.
  • Carla Stecco, Atlas fonctionnel du système fascial humain - Grand Format, Tita Éditions, , 289 p.

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]