Rodentia

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Rongeurs, Rodentiens

Les rongeurs (Rodentia), ou Rodentiens, forment un ordre de mammifères placentaires. Ces animaux se caractérisent par leur unique paire d'incisives à croissance continue sur chacune de leurs mâchoires, qui leur servent à ronger leur nourriture, à creuser des galeries ou à se défendre. Le reste de leur morphologie est relativement variable, mais la majorité des espèces sont de petite taille, avec un corps trapu, des pattes courtes et une longue queue. La plupart des rongeurs se nourrissent de graines ou d'autres matières végétales, mais d'autres ont des régimes alimentaires plus variés. Ce sont souvent des animaux sociaux et beaucoup d'espèces vivent en communauté au sein desquelles les individus interagissent et communiquent entre eux de façon complexe. Le mode de reproduction peut être monogame, polygyne ou avec promiscuité sexuelle. De nombreuses espèces ont des portées de petits peu développés et dépendants, quand d'autres donnent directement naissance à des jeunes déjà relativement bien développés.

Les rongeurs forment un groupe très diversifié, présent sur tous les continents à l'exception de l'Antarctique. C'est le seul ordre de mammifères placentaires a avoir colonisé l'Australie sans l'intervention humaine. Ils se sont adaptés à de très nombreux habitats terrestres, dont ceux anthropisés, et certaines espèces sont arboricoles, fouisseuses ou semi-aquatiques. L'ordre des Rodentia représente près de quarante pourcent des espèces de mammifères, ce qui en fait le plus diversifié devant celui des chauves-souris (Chiroptera). Parmi les espèces les plus connues de ce groupe sont les souris, les rats, les écureuils, les chiens de prairie, les porcs-épics, les castors, les cochons d'Inde et les hamsters. D'autres animaux tels que les lapins, les lièvres et les pikas, qui peuvent être pris pour des rongeurs et qui ont été placés dans cet ordre par le passé, constituent désormais l'ordre des Lagomorpha. Les données fossiles disponibles sur les rongeurs remontent jusqu'au Paléocène en Laurasia. Ce groupe connaît une grande diversification au cours de l'Éocène et se disperse sur tous les continents, parfois même en traversant les océans et rejoignant ainsi l'Amérique du Sud et Madagascar depuis l'Afrique.

Les rongeurs sont utilisés en tant que source de nourriture, pour la confection de vêtements, en tant qu'animaux de compagnie ou de laboratoire. Certaines espèces, comme le Rat d'égout (Rattus norvegicus), le Rat noir (Rattus rattus) ou la Souris grise (Mus musculus) sont de sévères ravageurs, mangeant ou dégradant les stocks de nourriture humains, ou agissant comme vecteurs de maladies. Les espèces de rongeurs introduites par accident deviennent souvent envahissantes, menaçant la survie d'espèces indigènes. C'est notamment le cas de nombreux oiseaux insulaires, auparavant privés de prédateurs et dont les couvées peuvent être prédatées.

Description[modifier | modifier le code]

Crâne[modifier | modifier le code]

Dessin d'un crâne en coupe longitudinale
C'est principalement leurs grandes incisives à croissance continue qui caractérisent les rongeurs.

Les rongeurs se caractérisent par l'existence d'une unique paire d'incisives, acérées et à croissance continue, sur chacune de leurs mâchoires[1]. Ces dents sont munies d'épaisses couches d'émail sur l'avant, mais le sont peu sur l'envers[2]. Leur croissance ne cessant jamais, c'est leur usure perpétuelle qui leur évite de ne trop croître, et ainsi d'atteindre ou même de percer le crâne. Comme les incisives s'aiguisent les unes contre les autres, la dentine à l'arrière des dents s'use, ne laissant que l'émail, solide, taillé comme un ciseau[3]. La plupart des espèces ont jusqu'à 22 dents, sans canines ni prémolaires antérieures. Il y a un écart, ou diastème, entre les incisives et les molaires chez la plupart des espèces. Cela leur permet d'aspirer leurs joues ou leurs lèvres et protéger leur cavité buccale de copeaux de bois ou d'autres matières non comestibles, et de se débarrasser de ces déchets par les côtés de leur bouche[4]. Les chinchillas et les cobayes ont une alimentation riche en fibres, et leur molaires n'ont pas de racines mais ont une croissance continue comme les incisives[5].

Chez beaucoup de rongeurs les molaires sont relativement grosses, très structurées et avec des cuspides ou des sillons très marqués, bien que chez d'autres, comme les espèces du genre Pseudohydromys, elles sont plus petites et plus simples. Les dents sont bien adaptées à broyer les aliments en petits morceaux[1]. La musculature de la mâchoire est forte. La mandibule est poussée vers l'avant pour ronger, et tirée vers l'arrière lors de la mastication[2]. Les différents groupes de rongeurs diffèrent, à la fois des autres mammifères et entre eux, par l'arrangement des muscles de leur mâchoire et par les structures du crâne associées à cette musculature. Les Sciuromorpha, qui comprennent les écureuils typiques, ont le faisceau profond de leur masséter particulièrement puissant, qui les rend efficaces pour mordre avec les incisives. Les Myomorpha, qui comprennent les souris, ont un muscle temporal élargi, qui leur permet de mastiquer puissamment avec les molaires. Le Hystricomorpha, comme les cochons d'Inde ou les porcs-épics, ont un faisceau superficiel de leur masséter plus grand et un faisceau profonde plus petit que les souris ou les écureuils, les rendant peut-être moins efficace à mordre avec les incisives, mais leur muscle ptérygoïdien intérieur plus puissant leur permet de bouger davantage leur mâchoire sur les côtés lors de la mastication[6].

Taille[modifier | modifier le code]

famille de Capybaras au bord d'une route
Le Capybara est le plus gros des rongeurs.

Le plus petit rongeur existant est la gerboise Salpingotulus michaelis, qui mesure en moyenne 4,4 cm de longueur (tête et corps), avec des femelles adultes ne pesant que 3,75 g. La plupart des espèces de rongeurs pèsent moins de 100 g, mais le plus grand rongeur actuel, le Capybara (Hydrochoerus hydrochaeris), peut peser jusqu'à 66 kg. Du côté des taxons éteinte, les ossements fossiles ont montré qu'il y a environ trois millions d'années vivait au sud de l'Amérique un rongeur bien plus grand (plus grand encore que Eumegamys paranensis ou que Phoberomys pattersoni précédents records en taille chez les rongeurs fossiles, découvert au Venezuela et pouvant peser de 436 à 741 kg[7]) : Josephoartigasia monesi était aussi haut qu'un bison et pesait jusqu'à une tonne environ[8]. C'est le plus grand des rongeurs connus ayant vécu sur la terre[9]. Plusieurs indices laissent à penser que sa mâchoire était dotée d'une force exceptionnelle[10],[11] (plus encore que celle du tigre ou du crocodile[12]). Ce rongeur géant pourrait avoir ressemblé au cochon d'Inde, mais de la taille d'un hippopotame[13].

La diversité des caractéristiques des rongeurs est grande, parfois même entre des espèces étroitement apparentées. Les caractéristiques de quelques espèces de rongeurs typiques sont données dans le tableau ci-dessous[14] :

Espèce Record de longévité
(en années)
 : en captivité
Poids de l'adulte
(en grammes)
Durée de
la gestation
(en jours)
Nombre de
portées
par an
Nombre moyen
de petits par
portée (et extrêmes)
Souris grise (Mus musculus)[15] 4,0 20 19 5,4 5,5 (3 à 12)
Rat-taupe nu (Heterocephalus glaber)[16] 31,0 35 70 3,5 11,3
Rat noir (Rattus rattus)[17] 4,0 200 21 4,3 7,3 (6 à 12)
Rat brun (Rattus norvegicus)[18] 3,8 300 21 3,7 9,9 (2 à 14)
Écureuil roux (Sciurus vulgaris)[19] 14,8 600 38 2,0 5,0 (1 à 10)
Chinchilla à longue queue (Chinchilla lanigera)[20] 17,2 642 111 2,0 2,0 (1 à 6)
Cochon d'Inde (Cavia porcellus)[21] 12,0 728 68 5,0 3,8 (1 à 8)
Ragondin (Myocastor coypus)[22] 8,5 7 850 131 2,4 5,8 (3 à 12)
Capybara (Hydrochoerus hydrochaeris)[23] 15,1 55 000 150 1,3 4,0 (2 à 8)

De nombreuses espèces de rongeurs présentent un dimorphisme sexuel. Chez certaines, les mâles sont plus gros que les femelles tandis que chez d'autres c'est l'inverse. Les gros mâles sont typiques chez les écureuils terrestres, les rats kangourous, les rats-taupes solitaires et les gaufres à poche, et ce dimorphisme est probablement apparu par sélection sexuelle et par l'existence de combat entre mâles. Les grosses femelles sont trouvées chez les tamias et les souris sauteuses. On ne sait pas pourquoi ce phénomène se produit, mais chez le Tamia amène (Tamias amoenus) il se pourrait que les mâles choisissent les femelles plus grosses qui auraient un meilleur succès reproducteur. Chez certains rongeurs, comme les campagnols, le dimorphisme sexuel peut varier d'une population à une autre. Chez le Campagnol roussâtre (Myodes glareolus), les femelles sont généralement plus grosses que les mâles, mais c'est l'inverse qui se produit chez les populations alpines, peut-être en raison du manque de prédateurs et des compétitions plus marquées entre mâles[24].

Morphologie générale[modifier | modifier le code]

Le Rat-taupe nu (Heterocephalus glaber) est presque aveugle et glabre.

Les différents groupes de rongeurs ont des morphologies très variables, mais ont généralement des corps massifs, trapus avec des pattes courtes[1]. Les membres antérieurs ont généralement cinq doigts, dont un pouce opposable, tandis que les membres postérieurs ont trois à cinq doigts. Le coude donne à l'avant-bras une grande flexibilité[3]. La ​​majorité des espèces sont plantigrades, marchant sur la sole de leurs pattes, et ont des ongles semblables à des griffes. Les ongles des espèces fouisseuses ont tendance à être longs et forts, tandis qu'ils sont plus courts et plus pointus chez les rongeurs arboricoles[25]. Les différentes espèces de rongeurs utilisent une grande variété de modes de locomotion, dont la marche quadrupède, la course, l'usage de galeries souterraines, la grimpe, le saut bipède (gerboises, rats-kangourous et souris sauteuses d'Australie), la natation ou même le vol plané. Les espèces de la famille des Anomaluridae et celles de la sous-famille des Pteromyinae, toutes appelées « écureuils volants », peuvent en effet planer d'arbre en arbre en utilisant des membranes qui s'étendent entre les membres antérieurs et postérieurs[26]. Les agoutis (Dasyprocta) sont des animaux rapides, étant munis d'ongles semblables à des sabots qu'ils utilisent en course digitigrade. La majorité des rongeurs sont munis de queues, qui peuvent être de formes et tailles variées. Certaines sont préhensiles, comme celle du Rat des moissons (Micromys minutus), et leur fourrure peut être touffue ou au contraire très réduite. Cet organe sert parfois à la communication, comme chez le castor qui claque sa queue sur la surface de l'eau ou la souris domestique qui l'ébranle pour signaler un danger. D'autres espèces ont des queues rudimentaires, ou pas de queue du tout[1]. Chez certaines espèces enfin, la queue est capable de régénération si elle est en partie coupée[3].

Sens et physiologie[modifier | modifier le code]

Les rongeurs ont généralement les sens de l'odorat, de l'ouïe et de la vision bien développés. Les espèces nocturnes ont souvent de grands yeux et certaines sont sensibles à la lumière ultraviolette. De nombreuses espèces ont de longues vibrisses, qui leur servent à balayer l'environnement lors de la locomotion (avec des mouvements d'avant en arrière, le whisking). Certains rongeurs ont des abajoues, qui peuvent être doublées de fourrure. Chez de nombreuses espèces, la langue ne peut pas aller plus loin que les incisives. Le système digestif des rongeurs est efficace, absorbant près de 80 pourcent de l'énergie ingérée. Lorsqu'un rongeur consomme de la cellulose, la nourriture est d'abord prédigérée dans l'estomac puis passe dans le cæcum, où des bactéries la réduisent en glucides. Le rongeur pratique alors la coprophagie, consommant ses propres pelotes fécales, de sorte que les nutriments peuvent ensuite être absorbés par l'intestin. Ils produisent donc souvent des crottes dures et sèches[1]. Chez de nombreuses espèces, le pénis contient un os, le baculum. Les testicules peuvent être situés sur l'abdomen ou à l'aine[3].

Écologie et comportement[modifier | modifier le code]

Alimentation[modifier | modifier le code]

Deux capybaras broutant.

La plupart des rongeurs sont herbivores, se nourrissant exclusivement de graines, de tiges, de feuilles, de fleurs ou de racines. D'autres sont omnivores, et quelques uns sont prédateurs[2]. Le Campagnol agreste (Microtus agrestis) est un exemple typique d'espèce herbivore, se nourrissant d'herbe, de tubercules, de mousses et d'autres végétaux. Il ronge de l'écorce au cours de l'hiver, et consomme occasionnellement des invertébrés comme des larves d'insectes[27]. Le Gaufre brun (Geomys bursarius) mange des végétaux trouvés sous terre lorsqu'il creuse des galeries, et collecte aussi de l'herbe, des racines et des tubercules dans ses abajoues et qu'il cache dans des chambres souterraines[28]. Le gaufre à poche Geomys personatus évite de sortir à la surface pour se nourrir, attrapant les racines de plantes avec ses mâchoires et les tirant vers le bas creusé dans son terrier. Il pratique aussi la coprophagie[29]. Le Cricétome de forêt (Cricetomys emini) cherche sa nourriture à la surface, collectant tout ce qui est comestible dans ses grosses abajoues, et ramène le tout dans son terrier pour le consommer[30].

Un Tamia rayé (Tamias striatus) avec de la nourriture dans ses abajoues.

Les agoutis (Dasyprocta sp.) sont des rares animaux qui arrivent à ouvrir les fruits du Noyer d'Amazonie (Bertholletia excelsa). Chaque fruit contenant de nombreuses noix, l'animal ne les consomme pas en une fois mais les transporte et les cache, aidant à la dispersion des graines qu'il ne retrouve pas. D'autres arbres à noix produisent de très nombreux fruits en automne, qui sont stockés dans des trous ou des crevasses par les écureuils. Dans certaines régions arides, les graines sont souvent disponibles pour de courtes périodes, et les rats-kangourous en collectent autant qu'ils peuvent pour les stocker dans des chambres souterraines[30]. Une autre stratégie pour tirer partie des abondances saisonnières sont les réserves de graisse. Elle est par exemple utilisée par les marmottes (Marmotta sp.), qui peuvent être de 50 % plus lourdes à l'automne qu'au printemps, utilisant leurs réserves durant leur longue hibernation[30]. Les castors se nourrissent de feuilles, de bourgeons et de l'écorce interne des arbres en croissance, ainsi que de plantes aquatiques. Durant l'automne, ces rongeurs coupent de petits arbres et des branches feuillues, et les immergent dans leur étang en plantant une extrémité dans la boue pour les fixer. L'hiver, ils peuvent accéder à ces réserves, même lorsque l'eau est gelée en surface[31].

Bien que les rongeurs ont par le passé été considérés comme des herbivores, un certain nombre d'espèces se montrent opportunistes et consomment à l'occasion des insectes, du poisson ou de la viande, et d'autres plus spécialiséesont besoin de ces resources dans leur régie alimentaire. Une étude morphologique et fonctionnelle de la dentition des rongeurs suggère que les rongeurs primitifs étaient omnivores plutôt qu'herbivores. D'autres études montrent que de nombreuses espèces des sous-ordres des Sciuromorpha et des Myomorpha, et quelques membres des Hystricomorpha, incorporent naturellement de la matière animale dans leur régime alimentaire ou la consomme volontiers si ces aliments leur sont donnés en captivité. L'examen du contenu stomacal de Souris à pattes blanches (Peromyscus leucopus) en Amérique du Nord, espèce normalement considérée comme herbivore, a montré que la matière animale constituait 34 % de l'alimentation[32]. Parmi les rongeurs carnivores plus spécialisés, on compte les espèce du genre Rhynchomys aux Philippines, qui se nourrissent d'insectes et d'invertébrés mous, et le Rat d'eau australien (Hydromys chrysogaster), qui consomme des insectes aquatiques, des poissons, des crustacés, des moules, des escargots, des grenouilles, des œufs d'oiseaux et des oiseaux aquatiques[32],[33]. La Souris sauterelle (Onychomys leucogaster), qui peuple les régions sèches de l'Amérique du Nord, se nourrit d'insectes, de scorpions ou d'autres petites souris, et seulement un peu de matière végétale. Son corps est trapu et ses pattes et queue courtes, mais elle est agile et peut facilement maîtriser des proies aussi grandes qu'elle[34].

Comportement social[modifier | modifier le code]

Un groupe de Chiens de prairie à queue noire (Cynomys ludovicianus).

Les rongeurs présentent une multitude d'organisations sociales, allant du système de castes du Rat-taupe nu (Heterocephalus glaber), un des seuls cas connus d'eusocialité chez les mammifères[35], aux colonies denses des chiens de prairie partageant de grands réseaux de galeries (appelés « villes »)[36], en passant par les groupes familiaux ou le mode de vie solitaire du Loir gris (Glis glis). Si les loirs adultes peuvent avoir des zones d'alimentation se chevauchant, ils vivent dans des nids différents et se nourrissent séparément, les rencontres n'ayant lieu que pour la reproduction. Les gaufres à poche (Geomyidae) mènent aussi une vie solitaire en dehors de la saison de reproduction, chaque individu creusant son propre réseau de galerie et défendant son territoire[25].

Les gros rongeurs ont tendance à vivre en groupes familiaux au sein desquels les parents vivent avec leur progéniture jusqu'à ce que celle-ci se disperse. Les castors vivent en familles élargies, comptant généralement avec un couple d'adultes, les jeunes de l'année, ceux de l'année précédente et parfois d'années antérieures[37]. Le Rat brun vie généralement en petites colonies, avec jusqu'à six femelles partageant un terrier et un mâle défendant un territoire autour de celui-ci. Quand les densités de rats sont élevées, ce système est abandonné et les mâles utilisent un système hiérarchique de domination, avec des territoires qui se chevauchent. La progéniture femelle reste dans la colonie tandis que les jeunes mâles se dispersent[38]. Le Campagnol des Prairies (Microtus ochrogaster) est monogame et forme un couple uni pour la vie. En dehors de la saison de reproduction, il vit en proximité d'autres congénères en petites colonies. Un mâle n'est pas agressif envers les autres mâles jusqu'à ce qu'il se soit accouplé, après quoi il défend un territoire, une femelle et un nid contre les autres mâles. Les deux partenaires se blottissent l'un contre l'autre, se toilettent mutuellement, et participent ensemble à l'élevage des jeunes[39].

Communication[modifier | modifier le code]

Stratégies reproductrices[modifier | modifier le code]

Naissance et élevage des jeunes[modifier | modifier le code]

Cognition[modifier | modifier le code]

Distribution et habitat[modifier | modifier le code]

Aire de répartition des rongeurs (sans les populations introduites).

Les rongeurs sont l'un des groupes de mammifères les plus répandus, étant présents sur tous les continents à l'exception de l'Antarctique. Ils sont les seuls mammifères placentaires terrestres qui aient colonisé l'Australie et la Nouvelle-Guinée sans l'intervention humaine. L'humain a cependant introduit des espèces, comme le Rat polynésien (Rattus exulans), sur de nombreuses îles océaniques isolées[3]. Les rongeurs se sont adapté à presque tous les habitats terrestres, de la toundra froide (où ils peuvent vivre sous la neige) aux déserts chauds. Certaines espèces comme les écureuils et les porcs-épics du Nouveau Monde sont arboricoles, tandis que d'autres, tels que les gaufres à poche et les rats-taupes, mènent une vie presque entièrement souterraine, où ils construisent des réseaux de galeries complexes. D'autres vivent sur la surface, mais ont un terrier dans lequel ils peuvent se retirer. Les castors et les rats musqués sont semi-aquatiques[1], mais le rongeur le plus adapté à la vie aquatique est probablement le rat Crossomys moncktoni de Nouvelle-Guinée[40]. Les rongeurs prospèrent également dans certains environnements créés par l'homme, tels que les zones cultivées et urbaines[41].

Certains rongeurs, comme ce Castor du Canada (Castor canadensis) sur le barrage et le lac de retenue qu'il a créés, sont considérés comme des « espèces ingénieures ».

Bien que certaines espèces soient des nuisibles pour l'humain, les rongeurs jouent aussi un rôle écologique important[1], et certains rongeurs sont considérés comme des espèces clé de voûte ou ingénieures de leurs habitats respectifs. Dans les Grandes Plaines d'Amérique du Nord, les terriers des chiens de prairie jouent un rôle important dans l'aération du sol et dans la redistribution des éléments nutritifs, augmentant la teneur en matière organique du sol ainsi que l'absorption d'eau. Ils maintiennent ces prairies[42], et quelques grands herbivores comme le Bison d'Amérique du Nord (Bison bison) et l'Antilope d'Amérique (Antilocapra americana) préfèrent paître près des colonies de chiens de prairie en raison de la qualité nutritionnelle accrue des pâturages[43]. Les chiens de prairie peuvent toutefois également contribuer à la perte de la biodiversité locale et régionale, par leur déprédation des semences et la création et la propagation d'arbustes envahissants[42]. Les terriers des rongeurs peuvent manger les sporophores de champignons et propager leurs spores dans leurs excréments, ce qui permet aux champignons de se disperser et de former des relations symbiotiques avec les racines des plantes (qui, généralement, ne peuvent pas prospérer sans eux). Ainsi, ces rongeurs peuvent jouer un rôle dans le maintien de forêts saines[44]. Dans de nombreuses régions tempérées, les castors jouent un rôle essentiel pour l'hydrologie, leurs constructions de barrages et huttes modifiant le cours des ruisseau et rivières[45], et en générant de grande zones humides. Une étude a estimé que l'action des castors augmentait d'un tiers le nombre d'espèces de plantes herbacées à proximité des rivières[46], une autre que la présence des castors augmentait les effectifs de populations de saumons sauvages[47].

Classification[modifier | modifier le code]

De nombreux rongeurs ont une fourrure avec des piquants pour se protéger. Les plus spectaculaires sont les porc-épics, mais les hérissons font partie d'un autre ordre.
Protégé par sa fourrure exceptionnellement épaisse, le Chinchilla à queue courte vit entre 3 500 et 4 500 m d'altitude.
un tout petit rat grimpé dans les herbes
Le Rat des moissons est l'un des plus petits rongeurs au monde et le plus petit d'Europe.
Certains rongeurs sont des commensaux de l'homme.
Petit hamster dans une main
Certains rongeurs comme ce Hamster doré sont utilisés comme animaux de compagnie.

D'après Carleton (1984), il existe plus de 2000 espèces vivantes classées en 30 familles, mais aujourd'hui au XXIe siècle, il n'y en a plus qu'un peu plus de 1700[48].

Classification selon Mammal Species of the World[modifier | modifier le code]

Liste de sous-ordres et familles selon Mammal Species of the World (8 octobre 2012)[49] :

Groupes fossiles[modifier | modifier le code]

Selon Fossilworks Paleobiology Database (20 mars 2015)[50], l'ordre contient les groupes fossiles suivants :

Les rongeurs et l'homme[modifier | modifier le code]

De par leurs préférences alimentaires et leurs mode de vie (souvent fouisseurs), les rongeurs sont en concurrence avec l'homme pour une partie de ses activités (culture, sylviculture[51]). Certaines espèces introduites hors de leur milieu sont devenues invasives et sources de dégâts (rat musqué, ragondin, écureuil gris par exemple, quand ils ont été introduits en Europe). Les rongeurs sont aussi vecteurs de nombreux parasites ou pathogènes zoonotiques pouvant affecter l'Homme ou ses animaux de rente (ex : échinococcose alvéolaire, leptospirose...)[51]. Le gros rongeurs ne sont pas sources de pullulations, mais en raison de leur taille font des dégâts parfois spectaculaires. Les petits rongeurs qui se reproduisent très rapidement peuvent périodiquement pulluler et alors causer des dommages importants dans les champs, forêts, entrepôts alimentaires[51].

Pour ces raisons les humains cherchent à en contrôler les populations - depuis la préhistoire probablement - par la chasse, le piégeage, l'empoisonnement, le maintien de chiens et chats au foyer ou dans les fermes. Les rongeurs sont parfois aussi des animaux de compagnies (souris blanche, rat, hamster, cochon d'Inde...) ou utilisés comme animaux de laboratoire ou ont été recherchés pour leur fourrure ou certaines sécrétion, ce qui failli faire disparaître certaines espèces (Castor fiber dans toute l'Eurasie par exemple).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Zoologie, ostéologie, anatomie comparée 
Références taxinomiques
Autres liens externes

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  2. a, b et c (en) Waggoner, Ben, « Introduction to the Rodentia », University of California Museum of Paleontology,‎ 15 août 2000 (consulté le 4 juillet 2014)
  3. a, b, c, d et e (en) Nowak, R. M., Walker's Mammals of the World, Johns Hopkins University Press,‎ 1999 (ISBN 0-8018-5789-9), p. 1244
  4. (en) Blashfield, Jean F., « Rodents », Science Encyclopedia (consulté le 14 juillet 2014)
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  8. (en) V. Millien, « The largest among the smallest: the body mass of the giant rodent Josephoartigasia monesi », Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, vol. 275, no 1646,‎ 2008, p. 1953–1955 (ISSN 0962-8452, DOI 10.1098/rspb.2008.0087)
  9. (en) A. Rinderknecht et R. E. Blanco, « The largest fossil rodent », Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, vol. 275, no 1637,‎ 2008, p. 923–928 (ISSN 0962-8452, DOI 10.1098/rspb.2007.1645)
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  12. (en) Sid Perkins, « Ratzilla: Ancient giant rodent chomped like a crocodile », Science,‎ 2015 (ISSN 0036-8075, DOI 10.1126/science.aaa7792, lire en ligne)
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