Abri antiatomique

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Porte en béton d'un abri anti-atomique à Berneck, en Suisse.
Dortoir dans un abri anti-atomique de la protection civile à Vernayaz en Suisse.

Un abri antiatomique est destiné à protéger ses occupants des effets mécaniques et thermiques d'une explosion nucléaire (et accessoirement d'un accident nucléaire), ainsi que des retombées radioactives, en leur permettant de survivre un certain temps jugé suffisant pour pouvoir en sortir sans danger.

On peut diviser les abris en deux types : l'abri anti-retombée simple (fallout shelter) et l'abri anti-retombée résistant aussi au souffle d'une explosion proche (blast shelter)[1]. Les seconds correspondent généralement à des installations militaires stratégiques (postes de commandement en particulier) d'une construction « lourde » et on n'en compte que quelques-uns par pays. Les premiers sont plutôt destinés aux civils qui, même très loin des cibles, seraient exposés au risque mortel des retombées. Ce risque diminuerait de façon sensible en quelques jours à quelques semaines[2]. Les abris civils sont mis en œuvre à la suite d'une initiative personnelle, par exemple dans le jardin ou au sous-sol d'une maison privée, mais aussi par un État, qui dans le cadre d'une politique de sécurité civile, prend en charge la construction ou l'aménagement d'abris collectifs.

Historique[modifier | modifier le code]

Inhérent à la guerre froide et au développement de l'arme nucléaire, l'abri antiatomique est une des composantes de la défense passive des deux superpuissances devant permettre à la fois la continuité du gouvernement et la préservation d'une partie de la population.

L'URSS aurait construit des abris antiatomiques dès le début des années (p. 15)[3]. Ces structures s'inscrivaient dans une politique de défense civile, considérée comme faisant intégralement partie des capacités de défense soviétiques au sens large et qui comprend par exemple des projets d'évacuation des villes, la formation de groupes chargés de la protection civile ou contre les attaques bactériologiques et chimiques[3],[4]. En , dans un document alors classé « top secret », la CIA décrit les capacités de défense passive de l'union soviétique[5] et notamment ses abris antiatomiques « durcis » destinés aux dirigeants y compris au niveau local, avec postes de commandement alternatifs en dehors des villes. Le document fait aussi état des réseaux de métro des grandes villes conçu pour servir d'abri antiatomique et où sont construit des abris adjacents aux quais, restreints à « des groupes spécifiques » (p. 82)[5]. Les structures industrielles importantes pour la vie ou la reprise de l'économie sont également incluses dans les plans soviétiques ; par exemple, la centrale électrique de Kharkov pouvait être opérée à distance à partir des abris destinés au personnel (p. 73)[5].

La documentation soviétique en définit l'abri antiatomique de la façon suivante : le toit doit être résistant au feu et à l'onde de choc thermique d'une explosion nucléaire, il doit être sous la surface du sol et assurer une protection contre les radiations et l'écroulement des bâtiments de surface, au-dessus de lui. L'abri est pourvu d'une sortie de secours ne pouvant pas être encombrée par des débris et enfin, si construit dans une zone présumée comme étant une cible directe, être étanche et équipé afin de permettre une occupation sur le long terme[4]. Les manuels décrivent cinq types d'abris antiatomiques[4] :

Abri lourd 
enterré profondément sous terre, murs en béton armé et équipé de systèmes de communication, d'une réserve d'oxygène et d'autres moyens techniques sophistiqués. Il était estimé que certains de ces abris pouvaient résister à une onde de choc de 200 à 300 psi.
Abri dit « à couches » 
partiellement ou totalement souterrain, le toit est en béton recouvert d'une épaisse couche de terre et pouvant résister à une pression d'au moins 100 psi. Lui aussi équipé d'un système de filtration d'air, il est destiné à abriter plusieurs milliers de personnes.
Métro 
les quais et tunnels du métro de Kiev, Leningrad et Moscou devaient abriter une grande partie de la population (20 à 40 % de la population pour Moscou).
Abri en sous-sol 
sous les bâtiments publics ou immeubles résidentiels ; pouvant abriter 100 à 150 personnes, il doit répondre aux spécifications énumérées plus haut. Capable de résister à une pression d'au moins 10 psi ou, selon les manuels de l'époque, à une explosion située à « une certaine distance ».
Abri de campagne ou d'urgence 
de type « abri anti-retombées », il est construit par la population lorsqu'une alerte de « menace imminente » est déclenchée. Creusé rapidement à flan de montagne ou dans le sol, il protège temporairement 25 à 60 personnes.

Les conditions dans les abris soviétiques sont spartiates. La surface par occupant est au minimum de 0,5 à 0,8 m2 et seuls les abris destinés à une longue occupation sont équipés de lits superposés de 46 cm de largeur[4].

Écoliers accroupis sous leurs bureaux durant un exercice de protection civile en 1962
Enfants d'une école de New York pratiquant l'exercice Duck and Cover (1962).

Aux États-Unis durant les années , les pouvoirs publics n'ont pas trouvé l'intérêt d'une défense civile structurée et organisée au niveau de l'État et concentrent leurs efforts par des campagnes éducatives sur les gestes à tenir en cas d'attaque et à la promotion de l'abri (privée) anti-retombées[6],[7]. C'est à cette époque que les organismes gouvernementaux consacrés à la protection civile publient un grand nombre d'affiches de sensibilisation[8] et même des films comme le notoire Duck and Cover destiné aux écoles. À la fin de la décennie, l'Office of Civil and Defense Mobilization (en) distribue à plusieurs millions d'exemplaires un livret intitulé The familly fallout shelter (« L'abri familial anti-retombées »). L'ouvrage est destiné à inciter les familles à construire des abris en brique dans leur sous-sol ou en terre dans leurs jardins. Il contient aussi des plans détaillés d'abris à réaliser soi-même ainsi que des conseils allant du contenu de la trousse de premiers secours aux choses à faire pour éviter l'ennui et s'occuper l'esprit[9].

démonstation d'un abri antiatomique lors d'une foire
Tente de la Office of Civil and Defense Mobilization présentant un abri anti-retombée lors d'une foire (1960).

Cette période représente « l'âge d'or » des articles publiés dans les revues et magazines mais aussi des opportunités commerciales. Ainsi, l'Association nationale des fabricants de bois d'œuvre promeut la construction d'abris en bois ; l'Institut américaine du fer et de l'acier vante les abris en métal et l'Association nationale de la maçonnerie produit un film (Walt Builds a Family Fallout Shelter) montrant le présentateur d'une célèbre émission de bricolage en train de monter un abri en brique dans son sous-sol[10].

Écriteau indiquant l'entrée d'un abri anti-retombée
Pancarte du Programme d'abri communautaire apposée aux bâtiments pouvant abriter au moins 50 personnes.

Par ailleurs, en , le « rapport Gaither » conclut que les Soviétiques avaient pris de l'avance en matière d'armement, mais aussi de protection contre les attaques nucléaires[11], ce qui incite le président Kennedy à créer en le Community Shelter Program (« Programme d'abri communautaire ») dont le but est de trouver les moyens d'abriter 180 millions d'Américains. Steuart Pittman, qui fut conseiller en chef du plan Marshall, est chargé de réaliser l'inventaire de tous les bâtiments public des États-Unis qui pourraient être converti en abri et d'en assurer l'approvisionnement (en eau et nourriture) mais il démissionne en face à l'indifférence ou l'hostilité parfois farouche du public et le refus du Congrès d'allouer un budget supplémentaire au projet[12]. L'abri civil, sera donc individuel et anti-retombées, tel que l'avait déclaré en Dwight D. Eisenhower qui ne croyait pas qu'il soit possible de protéger la population des effets directs des explosions atomiques[10] :

The National fallout shelter policy is based firmly on the philosophy of the obligation of each property-owner to provide protection on his own premises.

« La politique nationale de l'abri anti-retombée est fermement fondée sur le principe d'obligation de chaque propriétaire d'assurer la protection de ses propres bâtiments. »

Le nombre d'abris individuels vendus aux États-Unis est estimé à environ 200 000 jusqu'au début des années , un chiffre à mettre en rapport à la population de cette époque (environ 180 millions d'habitants)[13]. La « folie du bunker » qui se serait emparée de la société américaine durant ces années est donc à relativiser car à cette époque et contrairement à la croyance populaire, les Américains sont, dans l'ensemble, récalcitrants à toute forme de défense civile, mais surtout à l'idée même de l'abri antiatomique[13],[14]. L'opposition vient d'horizons très variés, les arguments le sont tout autant : coûts élevés, défaitisme face à l'ennemi, futile à l'heure des bombes thermonucléaires et de l'ICBM, militarisation de la famille, moyen détourné pour rendre une guerre nucléaire acceptable, jusqu'aux questions existentielles (pourquoi survivre dans un monde dévasté) et même religieuses (p. 43 à 50)[14]. De fait, dès sa première année en fonction, Steuart Pittman déplore[12] :

« Je déteste entendre les gens dire qu'ils préféreraient mourir dans une attaque nucléaire plutôt que d'affronter les horreurs de la survie. »

Ainsi, dans l'esprit du public, le concept de l'abri antiatomique en tant qu'élément protecteur contre la guerre nucléaire s'est érodé globalement à partir des années mais connaît parfois un regain d'intérêt - pas uniquement en Amérique - au grès des tensions entre les pays détenteurs de l'arme nucléaire, comme dans les années entre les États-Unis et la Corée du Nord[15],[16].

Composition d'un abri[modifier | modifier le code]

Filtres du système de ventilation dans un abri anti-atomique de la protection civile suisse.

Éléments de base[modifier | modifier le code]

Un abri doit comporter les éléments suivants :

  • Réserves d’eau potable (2 litres par jour et par personne) et de vivres (0,5 kg par jour et personne, prévoir de l'eau complémentaire si les vivres sont déshydratées) [17] pour une durée minimum de 14 jours.
  • Médicaments et trousses de premiers secours avec traitements préventifs contre les éventuels radioisotopes : comprimés d'iodure de potassium[18] (KI) ou d'iodate de potassium (KIO3), ou à défaut de bétadine iodée en application[19],[20].
  • Éclairage, avec une grosse provision de piles. Par exemple des lampes à DEL. Les DEL présentent l’avantage d’être plus économes en énergie et plus résistantes, tout en chauffant peu. L'inconvénient c'est que leur électronique est nettement moins résistante à l'IEM qu'une ampoule à filament.
  • Un récepteur radio afin de connaître la conduite à tenir (présence de retombées ? possibilité d'évacuer ? vers quelles zones ?)[21]. Bien que de moins en moins présente, la capacité à recevoir aussi bien les grandes ondes, ondes moyennes, que les ondes courtes est un plus indéniable. En France, par exemple, en cas de catastrophe nationale, l’émetteur d’Allouis est l’émetteur officiel pour obtenir des informations sur la fréquence 162 kHz en modulation d’amplitude. De plus, après une explosion nucléaire, les stations radio à proximité, majoritairement dans le spectre VHF, peuvent être momentanément ou définitivement indisponibles du fait de l’impulsion électromagnétique accompagnant l’explosion nucléaire. La zone d’impact peut, selon certains scénarios, s’étendre sur un rayon de plusieurs milliers de kilomètres. Dans cette situation, seules les émissions radio lointaines seront encore en fonction, d’où les spectres radio cités ci-dessus. Le récepteur lui-même peut éventuellement être endommagé par l’IEM s’il n’est pas protégé par une cage de Faraday.
  • Une grosse réserve de sacs plastiques étanches (type sac poubelles) et de l’adhésif. En raison du risque des retombées les premiers jours, il vaut mieux stocker les déchets à l’intérieur de l’abri. Cela permet aussi d'improviser avec un seau des toilettes de fortune. De même, en cas de décès d'un des occupants, les sacs plastiques et adhésifs permettent de disposer du corps jusqu'à ce que la décroissance permette de sortir[21].
  • Des vêtements de rechange et adaptés à différentes saisons.
  • Des bottes qui seraient laissées à l'entrée de l’abri de façon à ne pas rapporter de poussière radioactive lors des sorties.
  • Moyen de couchage (du simple matelas gonflable/sac de couchage au lit à sommier/matelas et couvertures).
  • Divertissements (jeux de carte, lecture, etc.).

Éléments complémentaires[modifier | modifier le code]

Sortie de secours d'un abri anti-atomique de protection civile.

Il est conseillé qu'un abri soit équipé des éléments suivants pour un séjour plus long ou pour s'y abriter plus confortablement :

  • Système de chauffage.
  • Combinaisons imperméables et équipements pour les sorties hors de l'abri, exemple un compteur Geiger et système de protection respiratoire individuel.
  • Douche de décontamination, conseillée pour les sorties hors de l'abri, afin d'éviter d'introduire des particules radioactives en rentrant à l'intérieur de l'abri. La douche se présente généralement sous la forme d'une douche classique et le principe consiste à faire couler de l'eau sur la personne ou les objets à décontaminer. Les particules radioactives sont évacuées avec l'eau en coulant. La douche doit être placée à l'extérieur de l'abri, le plus commode étant dans un sas d'entrée. L'eau ainsi contaminée doit être évacuée vers l'extérieur.
  • Système sanitaire, par exemple une douche à pompe en circuit fermé (un réservoir de 20 litres d'eau par personne).
  • Toilettes, par exemple des toilettes chimiques avec récupérateur d'eau (les seuls déchets sont alors de l'acide urique solide et des excréments déshydratés).
  • Système de traitement de l'eau.
  • Énergie et si possible un moyen de la renouveler, par exemple un ou plusieurs accumulateurs électriques et un générateur électrique.
  • Moyen de télécommunication, un émetteur radio par exemple.

Un abri antiatomique n'est pas nécessairement enfoui profondément dans le sol, il n'a pas nécessairement des murs de plusieurs mètres d'épaisseur ni une lourde porte blindée. Il doit au minimum offrir une protection contre les effets mortels d'une explosion nucléaire. À ce titre, une simple construction de quelques mètres carrés, éventuellement sous la surface du sol et ayant des cloisons n'offrant qu'une épaisseur de quelques dizaines de centimètres, peut être très efficace pourvu qu'elle soit équipée d'un système de filtration de l'air entrant.

Les abris construits avec des cloisons de fortes épaisseurs ne se justifient qu'en cas de frappe directe, ils sont bien souvent destinés à un usage militaire. Les abris des particuliers (civils donc) ne sont généralement pas concernés, à moins d'être situés à proximité de cibles potentielles (base militaire, grande ville, raffinerie, zone industrialo-portuaire, etc.).

Protection[modifier | modifier le code]

L'énergie soudainement dégagée par une explosion nucléaire a plusieurs effets, la moitié prenant la forme d'un souffle puissant avec effet de surpression atmosphérique, le reste étant partagé par le dégagement d'énergie thermique (35 %) et de radiation (15 %)[22]. Par ailleurs, la capacité de destruction d'une arme atomique dépend de plusieurs facteurs tels que l'altitude à laquelle elle explose, sa puissance (exprimée en kt ou Mt), la distance entre l'explosion et la population, mais aussi d'autres facteurs comme la météo au moment et après la déflagration.

Par conséquent, un abri antiatomique peut prendre plusieurs formes, de la simple tranchée à la casemate enterrée profondement ; en fonction des effets et du « scénario » envisagé.

Contre les effets mécaniques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Effet de souffle.

La conception la plus efficace contre les effets mécaniques d'une explosion nucléaire, (principalement le souffle), est de placer l'abri sous la surface du sol. En effet, alors que l'onde de choc est principalement propagée dans l'air, elle est relativement mieux absorbée par le sol[23]. À titre d'exemple, le complexe militaire de Cheyenne Mountain, aux États-Unis, est creusé dans une montagne, sous 600 m de granite et ses structures sont montées sur des ressorts afin d'absorber les secousses sismiques, qu'elles soient naturelles ou provoquées par une explosion nucléaire[24]. Au Canada, le Diefenbunker près d'Ottawa est enterré sous 22 m de terre et devait résister à une explosion nucléaire de cinq mégatonnes à moins de deux kilomètres[25].

La qualité mécanique d'un abri est évaluée selon sa capacité à résister à l'onde de choc, c'est-à-dire à la surpression engendrée par une explosion. La plupart des bâtiments civils en surface étant détruits lorsqu'ils subissent une pression de cinq à dix psi, on estime qu'un abri antiatomique devrait être en mesure de résister à une pression supérieure[1].

abri en béton armé détruit par le souffle d'une explosion nucléaire.
Une des structures en béton armé détruite par l'onde de choc de l'essai Priscilla (États-Unis, 24 juin 1957)

La résistance à l'onde de choc d'une dizaine de structures est testée lors d'un essai nucléaire de 37 kt dans le cadre de l'opération Plumbbob. Cinq de ces structures sont construites en forme de dôme en béton armé de quinze mètres de diamètre, d'une épaisseur de plus de 15 cm (6 in) pour le Projet 30.1 de l'OCDM (en) et de 61 cm (24 in) pour le Projet 3.6 de l'armée de l'air (p. 5)[26]. Placés à environ 360 m, 490 m et 620 m de l'explosion afin de les soumettre à une pression de respectivement 70, 35 et 20 psi, seuls les deux abris du Projet 30.1 les plus proches de la détonation sont détruits (p. 34 et 70)[26] :

Résistance des dômes en béton lors de l'essai nucléaire Priscilla de 37 kt
Pression (psi) Distance de l'explosion (m) Épaisseur des murs (cm) Observations
70 360 15 Détruit
70 360 61 Joints de fondation déplacé de plus d'un millimètre ; fissures fines dans la structure.
35 490 15 Détruit
35 490 61 Joints de fondation déplacé de plus d'un millimètre.
20 620 15 Aucun dommage.

Même lorsqu'un abri de surface est structurellement intact, les résultats ci-dessus ne présument pas de la capacité des occupants potentiels à survivre aux autres effets d'une explosion nucléaire. Durant ce même essai, le Projet 3.1 consiste à évaluer les effets de l'explosion (à 213 m d'altitude) sur quatre structures en béton enterrées pour l'occasion. La paroi des abris a une épaisseur de 20 cm et un toit en forme d'arc dont la partie haute est située à 1,5 m sous la surface, le plancher étant à trois mètres sous la surface (p. 18)[27]. Les quatre abris situés à une certaine distance de l'explosion afin de les soumettre à des pressions de l'onde de choc de 56, 124 et 199 psi ont résisté au choc, bien que les parois montrent de nombreuses fissures (p. 5)[27]. La surprise des scientifiques est de découvrir que la pression exercée par le sol au moment de l'explosion est par endroit supérieure à celle constatée en surface et, dans le sens horizontal, bien supérieur à ce qui était anticipé (p. 83)[27]. Par ailleurs, le plancher de la structure soumise à une pression de 199 psi a subi une accélération de plus de 13 g, ce qui représenterait un danger pour les occupants (p. 5)[27].

L'abri rectangulaire français après l'explosion
L'abri rectangulaire dit structure II-1 après l'explosion. Le bâtiment a souffert de dégâts mineurs, mais ses conduits d'aération ont été soufflés par l'onde de choc de l'essai Smoky (Nevada, août 1957).

Toujours dans le cadre de l'opération Plumbbob, l'essai Smoky du de 43 kt à 213 m d'altitude permet d'évaluer la résistance de cinq structures souterraines de conception française[note 1], dont deux abris antiatomiques complets (système de ventilation, portes et valves anti-souffle, générateur électrique) (p. 5-6 et 19)[28]. L'un est rectangulaire et l'autre cylindrique, réalisé grâce à douze anneaux de béton préfabriqués maintenus en tension par la méthode Freyssinet (p. 20-22)[28].

Description technique des deux abris français évalués lors de l'essai Smoky de 43 kt
Désignation Dimensions (m) Capacité Épaisseur des murs (cm) Couverture de terre (m)
Structure II-1 - rectangulaire 15 x 4 x 3,45 50 personnes 60 1,20
Structure II-2 - cylindrique 6 x ⌀ 2,50 32 personnes 25 (cylindres) 1,45
Construction d'un abri antiatomique en anneaux cylindrique de béton
L'abri aux anneaux de béton, dit « structure II-2 », une des cinq testés par les Français lors de l'essai nucléaire Smoky dans le Nevada (1957).

Les abris, situés à environ 300 m du point de l'explosion (p. 30)[28] subissent une surpression extérieure d'environ 118 à 132 psi due à l'onde de choc, soit bien moins que la pression maximum de 147 psi pour laquelle ils sont conçus (p. 142)[28]. Ils ont plutôt bien résisté au choc et même si de nombreuses fentes sont apparues dans les murs, seuls les anneaux en béton de la structure II-2 ont été lourdement endommagés ; leurs segments supérieurs ont été laminés et enfoncés de presque deux centimètres au point le plus atteint (p. 64 et 142-143)[28]. Si les dommages de la structure cylindrique n'ont pas provoqué l'effondrement de l'abri, dix-neuf des vingt souris présentes ont été retrouvées mortes (p. 71)[28] (afin de tester les effets de l'explosion sur l'organisme, vingt souris sont déposées dans chacune des cinq structures testées par les Français lors de cet essai nucléaire). Enfin, dans le rapport réalisé après l'essai, il est souligné que malgré la valeur des données obtenues, les effets des « petites armes nucléaires » sont différents de ceux des « grandes armes thermonucléaires » et que l'environnement physique du site d'essai du Nevada n'est pas typique de la plupart des zones peuplées (p. 144)[28].

À la fin des années , dans une première édition de son célèbre document Nuclear War Survival Skills (en) (Habiletés de survie dans une guerre nucléaire), Cresson Kearny (en) présente les plans et les techniques pour construire à peu de frais un abri antiatomique enterré sous plus de 1,80 m de terre et pouvant résister, selon lui, à une pression de 50 psi[29]. Toujours selon Kearny, il serait possible, même avec un abri enterré, réalisé en rondins de bois et résistant à 15 psi; de survivre à une explosion de 1 Mt à une distance d'un peu plus de 3,5 km[29].

Le point faible d'un abri est constitué par sa porte d'entrée qui devra être tout aussi résistante à l'effet de souffle que le reste de la structure. Elle ne devra pas être positionnée « en cul-de-sac », à la fin du couloir d'accès, mais parallèlement à celui-ci afin que l'onde de choc « glisse » sur la porte plutôt que la frappe de plein fouet. L'idéal étant que l'ouverture de l'abri soit réalisée verticalement (de l'abri vers la surface), ce qui élimine le besoin d'un couloir d'accès tout en donnant à la porte un profile bas face à l'effet de souffle[30]. Dans les années , le Corps des ingénieurs de l'armée des États-Unis a réalisé un essai sur une porte anti-souffle qui résista à un pic de pression de 159 psi en son centre, ce qui pour les ingénieurs, signifiait qu'elle pourrait résister sans problème à une explosion nucléaire de 1 Mt à 50 psi[31].

La littérature évoque souvent des valeurs de 15 et 50 psi, non sans raison. 15 psi est le seuil à partir duquel il est observé de sérieux dommages aux poumons et 50 psi provoque la mort de la moitié de la population exposée à ce niveau de pression[32]. C'est aussi une garantie de destruction des bâtiments en surface, y compris ceux en béton armé (une surpression de cet ordre provoque des vents d'une vitesse pouvant aller jusqu'à près de 1 500 km/h)[33] et éventuellement, endommage gravement les structures souterraines[34].

L'abri sous-terrain semble en théorie offrir la meilleure protection contre une onde de choc et par le fait même, contre les autres effets d'une explosion nucléaire, il peut cependant être gravement endommagé ou totalement détruit si l'explosion est suffisamment puissante et proche de la surface, à plus forte raison si l'abri n'est pas enterré profondément. Si la plupart des bombes nucléaires sont prévues pour exploser en altitude, souvent à plus de 1 000 m, afin de maximiser l'effet de souffle en surface, une explosion nucléaire au sol a généralement pour but de détruire un abri ou complexe sous-terrain[23],[1].

Contre les radiations thermiques[modifier | modifier le code]

35 % de l'énergie dégagée par une explosion est constituée de radiations thermiques susceptibles de causer des brûlures de la peau et d'enflammer les matériaux secs et légers (papier, carton) et les liquides inflammables (carburants) sur une distance relativement élevée à partir du lieu de la détonation d'une bombe nucléaire. Cependant, cette distance décroît rapidement ; précisément à l'inverse du carré de la distance à partir de l'explosion ; ainsi, à 3,2 km du point central de la détonation, l'énergie thermique reçue n'est que le quart de celle à 1,6 km[35]. Les effets du rayonnement thermique seront aussi atténués si l'explosion a lieu au-dessus de la couche nuageuse ou lorsque la visibilité est réduite à cause de la pluie, du brouillard, et même de la pollution atmosphérique. En d'autres termes, plus le temps est sec et la visibilité importante, plus l'onde de chaleur pourra de propager loin[35].

Se protéger du rayonnement de chaleur nécessite simplement d'être dans un abri (maison) ou derrière un écran quelconque (mur). Si le flux thermique présente un niveau d'énergie élevé (plus de 1 000 W/cm2, à comparer à 0,14 W/cm2 exposé au soleil), son effet est relativement court dans le temps, de l'ordre du dixième de seconde à plusieurs secondes, selon la puissance de la bombe[36]. Par conséquent, un mur en bois d'au moins 13 mm et peint en blanc de façon à refléter la chaleur, est suffisant pour se protéger de l'onde de chaleur ainsi que le montre la célèbre séquence de la maison en bois filmée lors d'un essai atomique en dans le désert du Nevada : la façade carbonise mais ne s'enflamme pas[37],[note 2].

L'explosion d'une bombe de 1 Mt peut provoquer, jusqu'à une distance de 12 km, des brûlures au troisième degré sur les personnes qui ne sont pas adéquatement protégées par un abri[36]. À Hiroshima et Nagasaki, les brûlures ont été subies à une distance considérablement plus grande des explosions que tout autre type de blessure ; jusqu'à plus de 4 km à Nagasaki alors que la bombe était d'une puissance « que » d'environ 21 kt[38]. Cependant, chercher à se protéger contre l'effet thermique est évidemment futile si l'onde de choc (qui vient juste après) détruit l'abri : à Hiroshima, la population qui était dans une maison en bois a souffert de blessures dues à l'onde de choc dans un rayon bien plus grand que les blessures dues aux radiations thermiques[39].

Contre les rayonnements[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Rayonnement et Syndrome d'irradiation aiguë.

Il convient de distinguer deux formes d'irradiations consécutives aux explosions nucléaires[40]. Elles n'ont pas la même intensité, ne se produisent pas au même moment et nécessitent donc des approches différentes pour s'en protéger :

  1. l'irradiation spontanée relative au rayonnement intrinsèque à la détonation
  2. l'irradation due aux retombées radioactives éventuelles

Irradiation spontanée[modifier | modifier le code]

Article connexe : Bombe à neutrons.

Des rayons gamma et des neutrons sont émis instantanément lors de la détonation[41]. Leur « durée de vie » est courte (de l'ordre de la minute) mais ils voyagent loin, sont très pénétrants et peuvent, pour une explosion de 1 Mt à près de 1,5 km, provoquer la mort de personnes entourées par des murs en béton de 60 cm (p. 324 à 325)[42].

Il est à noter que la relation entre la dose de rayonnement reçue et la distance est la même que celle du rayonnement thermique ; c'est-à-dire inversement proportionnelle au carré de la distance par rapport à l'explosion (p. 333)[42].

À distance plus raisonnable de la détonation, seules d'épaisses parois aux matériaux très dense comme le plomb ou le fer permettent de se protéger efficacement du rayonnement gamma et, dans une moindre mesure, des neutrons. Les parois constituées de terre, de sable humide, d'argile ou de béton sont aussi d'excellents matériaux mais doivent être d'une épaisseur plus conséquente. Plus un abri est enterré profondément, plus il protège des rayonnements. Ainsi, 15 cm de terre multiplient le facteur de protection par douze, comparativement à une exposition hors abri. Chaque couche d'argile ou de sable, plus dense, peut offrir jusqu'à 66 % de protection supplémentaire contre les rayonnements par rapport à une couche de terre de même épaisseur[43].

En théorie, il est possible pour une épaisseur donnée d'évaluer l'efficacité d'un blindage en termes d'atténuation du rayonnement en utilisant la règle « du dixième de valeur ». Ainsi, pour une source initiale de 500 rads, l'épaisseur d'un blindage quelconque diminue le niveau de rayonnement jusqu'à environ 50 rads puis à 5 rads en ajoutant une épaisseur supplémentaire de blindage de même nature. Dans la pratique, la nature complexe d'une explosion nucléaire fait que ce calcul n'a pu être réalisé qu'à l'aide d'ordinateurs et quelques ordres de grandeur ont pu être avancées ; ci-dessous exprimés en centimètres (p. 336 à 337)[42] :

illustration de la capacité des rayons ionisants à traverser différents matériaux
Capacité des différents rayons ionisants à traverser les matériaux.
Épaisseurs du « 1/10 de valeur » en fonction des matériaux
Matériaux gamma neutrons
Acier 7,6 10,1
Béton 28 40,5
Terre 40,6 61

En prenant l'exemple du béton, les résultats montrent que chaque nouvelle couche de 28 cm fera baisser le niveau de rayonnement gamma jusqu'au dixième de la valeur initiale (ou celle mesurée après la couche précédente).

Notons qu'il faudra une épaisseur 50 % plus importante afin d'obtenir une baisse de même ampleur du flux de neutrons. Cette composante du rayonnement est celle qui pose le plus de difficulté, car les neutrons très rapides doivent d'abord être ralenti à un niveau « modérément rapide » à l'aide d'un blindage contenant du fer. Ensuite, ces neutrons devront à nouveau être ralentis à l'aide d'une matière constituée d'éléments légers comme l'eau, d'où la présence de piscine dans les centrales nucléaires. Le problème qui survient alors est que ce processus de « capture de neutrons » s'accompagne d'une émission de rayons gamma qu'il conviendra donc de neutraliser à son tour (en d'autres termes, le barrage anti-neutrons émet lui-même des rayons gamma). Un bon compromis sera un abri réalisé avec des murs de terre humide ou de béton ; ces matériaux contenant une grande proportion d'hydrogène (élément léger contre les neutrons), ainsi que d'oxygène contre les rayons gamma. Ainsi, construire un abri avec des murs en béton de 30 cm peut ralentir d'un facteur 10 le flux de neutron émanant d'une explosion nucléaire et en y ajoutant une grande proportion de limonite (oxyde de fer), seulement 18 cm seront nécessaires pour atteindre le même résultat (p. 346 à 348)[42].

Le niveau de protection que permettent différents matériaux peut être donné sous la forme d'un ratio qui représente la dose de radiations reçue derrière un blindage par rapport à celle reçue au même endroit sans protection adéquate. Étant donné la complexité des calculs (et des contextes) en jeu, les valeurs de ce « ratio de transmission de dose » sont des estimations représentées par des plages (p. 348 à 349)[42].

Facteur de transmission de doses pour différentes structures
Structure gamma neutrons
91 cm sous terre 0,002-0,004 0,002-0,01
Maison à ossature en bois 0,8-1 0,3-0,8
Sous-sol 0,1-0,6 0,1-0,8
Appartement (étages du bas) 0,3-0,6 0,3-0,8
Abri en béton, murs de 23 cm 0,1-0,2 0,3-0,5
Abri en béton, murs de 30 cm 0,05-0,1 0,2-0,4
Abri en béton, murs de 61 cm 0,007-0,02 0,1-0,2
Abri en partie au-dessus du niveau du sol, couvert de 61 cm de terre 0,03-0,07 0,02-0,08
Abri en partie au-dessus du niveau du sol, couvert de 91 cm de terre 0,007-0,02 0,01-0,05

Retombées radioactives[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Retombée radioactive.

Les retombées sont constituées d'une poussière fine, à l'aspect de cendre, mais aussi souvent invisible car pouvant être microscopiques. Elles sont constituées par des particules radioactives issues de l'explosion nucléaire, dont les débris de la bombe, des produits de fission ainsi que des débris du sol si la détonation a lieu en surface. Il y a très peu de retombées radioactives dangereuses à court terme si l'explosion a lieu à une altitude suffisamment élevée pour que la boule de feu n'atteigne pas le sol[44].

Dans le cas contraire, c'est-à-dire si l'explosion a lieu proche du sol, les retombées peuvent être localement importantes en termes de quantité et de dangerosité. Il est toutefois difficile d'évaluer les risques avec précision puisque de nombreux facteurs entrent en jeu, tels que la nature du sol, les conditions météorologiques pendant et après la détonation ainsi que la puissance de la bombe ; cette variable est déterminante au regard de l'étendue géographique des retombées, notamment en ce qui concerne les éléments à longue vie comme le césium 137 ou le strontium 90 qui persistent des années après l'explosion[45]. Par exemple, il a été calculé en considérant des vents soufflant à 24 km/h de façon stable, qu'une explosion atomique de 1 Mt sur Détroit provoquerait un panache radioactif qui s'étendrait sur près de 400 km (pour une trentaine de kilomètres de largeur) et que les deux premiers tiers de cette surface serait dangereusement contaminé durant une dizaine d'années et deux à trois ans pour le dernier tiers le plus éloigné[46].

Les abris antiatomiques destinés aux opérations militaires jugées cruciales et aux gouvernements, sont généralement conçus dans le cadre de la continuité du gouvernement et par conséquent, sont techniquement équipés pour fonctionner durant plusieurs jours ou plusieurs mois en autonomie complète (vivres, eau, énergie) et possèdent des systèmes de filtration d'air ou de surpression afin de minimiser, voir empêcher, l'introduction de particules radioactives.

Pour la population civile, le rôle de l'abri anti-retombées ne s'inscrit pas dans la durée. Si le niveau local de radioactivité décroît très rapidement après l'explosion[47], le principal objectif d'un abri anti-retombées est plutôt de fournir une protection temporaire avant une éventuelle évacuation. Suivant le principe de « la dose évitée plutôt que la dose projetée », évacuer un abri ne veut pas dire que la radioactivité extérieure est alors descendue à un niveau sans danger pour la population mais selon les estimations de l'AIEA, les inconvénients à rester dans un abri plus de 24 heures peuvent surpasser les avantages initiaux puisque les poussières radioactives finiront par pénétrer les bâtiments[48].

Là encore, l'abri le plus adéquat est constitué de briques ou de béton. L'idée étant d'être le plus loin possible de l'extérieur ; les sous-sols ou les appartements situés au milieu d'un immeuble résidentiel offrent la meilleure protection[49].

Contre les effets d'impulsion électromagnétique[modifier | modifier le code]

Une détonation nucléaire produit une onde de choc électromagnétique pouvant se propager sur de grandes distances et suffisamment puissante pour endommager, ou même détruire, les dispositifs électriques comme les câbles et les transformateurs ainsi que tout appareil électronique comme les ordinateurs ou les postes de radio qui se comportent alors comme autant d'antennes réceptrices de l'onde électromagnétique[50],[51].

Contrairement aux autres types d'ondes ou radiations émises lors d'une explosion nucléaire, ni la profondeur, ni l'épaisseur des murs de l'abri sont en mesure de protéger les appareils et les circuits électriques contre les surtensions provoquées par les trois types d'IEM[52] induites par une explosion nucléaire. Essentiellement, les meilleurs gestes sont de déconnecter les appareils du réseau électrique (mesure contre le type E3 des IEM) et de conserver les plus importants, notamment les récepteurs radios, dans une cage de Faraday (contre le type E1)[53].

Il est toutefois nécessaire de souligner que les dégâts causés par les impulsions électromagnétiques sont d'autant plus probables et importants que l'explosion a lieu à très haute altitude (HEMP), entre 40 et 400 km, c'est-à-dire à une distance telle que les autres effets de l'explosion (souffle, radiation et chaleur) n'ont aucun effet au sol[54]. Dans le cadre d'une explosion nucléaire plus proche de la surface terrestre (SREMP), l'impulsion électromagnétique est considérablement réduite et ne dépasse pas de façon significative la zone des dégâts causés par les autres effets de la détonation. En d'autres termes, si l'abri est suffisamment éloigné du lieu de l'explosion pour que ses occupants survivent à l'onde de choc, à la chaleur et aux radiations, les IEM ne sont pas un facteur d'inquiétude[55].

Défense passive par pays[modifier | modifier le code]

Corée du Sud[modifier | modifier le code]

La Corée du Sud a un important réseau d'abris antiaériens pour faire face à la menace conventionnelle et, depuis les années 2000, nucléaire que fait peser la Corée du Nord depuis la guerre entre ces deux pays entre 1950 et 1953.

En mai 2017, elle dispose de 17 501 abris dont 3 321 installations d'évacuation de la sécurité civile tels stations de métro et abris dans les immeubles de bureaux et bâtiments officiels ayant une superficie totale de 23,69 km2 pour la seule ville de Séoul[56].

Suède[modifier | modifier le code]

Au temps de la guerre froide, le gouvernement suédois craint une attaque nucléaire contre le pays, et a du reste pour ambition la construction de sa propre bombe atomique. Or, il n'y a que peu d'abris antiatomiques à Stockholm. Dans le même temps, la capitale manque de places de stationnement pour accueillir un nombre toujours croissant de véhicules à moteur.

C'est ainsi que dans les années 1950 et 1960 voient le jour à Stockholm plusieurs grands abris antiatomiques destinés à la population civile, qui sont utilisés en temps de paix comme parkings souterrains. Il s'agit par exemple de l'abri de Klara (superficie 6 650 m2) et de l'abri de Johannes (sv) (superficie 7 400 m2). Avec ses 15 900 m2, l'abri de Katarinaberget inauguré en 1957 et toujours en activité en 2017 est toutefois le plus grand de tous[57].

Des installations de taille plus modeste sont également créées, et ce sont en tout 14 500 abris qui voient le jour avant le début des années 1990, pour une capacité d'accueil totale d'environ 1,7 million de places[58]. Chaque projet de construction ou de rénovation d'un immeuble s'accompagne d'une étude de la commune qui décide du nombre de places d'abri à y créer. Au centre-ville, où la pénurie est la plus forte, dix-huit stations de métro sont également aménagées pour pouvoir être rapidement transformées en centres d'accueil d'urgence.

À partir de et durant une quinzaine d'années, le pays ne fera pratiquement plus construire d'abris[59]. En , alors qu'on en dénombre 65 000 pouvant recueillir sept millions de personnes, l'Agence suédoise de protection civile (sv) dans un rapport au gouvernement, recommande la mise à niveau des anciens abris ainsi que la construction de nouveaux afin de protéger 50 000 personnes supplémentaires contre « toutes les armes qui pourraient être utilisées ». Le projet doit débuter en et s'étaler sur dix ans pour un coût estimé de 238 millions de dollars[59].

L'agence de protection civile (MSB) maintient une carte en ligne permettant de localiser tous les abris en Suède[60].

Suisse[modifier | modifier le code]

Le Tunnel du Sonnenberg était aussi conçu pour pouvoir servir d'abri pour 20 000 personnes en cas d'attaque conventionnelle, atomique ou chimique. C'était le plus grand abri anti-atomique civil du monde jusqu'à son démantèlement en 2006[61].
Article connexe : Protection civile en Suisse.

En Suisse, selon la loi fédérale sur la protection de la population et sur la protection civile : « Chaque habitant doit disposer d'une place protégée dans un abri situé à proximité de son lieu d'habitation et atteignable dans un délai raisonnable » (article 45) et « Lors de la construction de maisons d'habitation, de homes et d'hôpitaux, les propriétaires d'immeubles doivent réaliser des abris, les équiper et, par la suite, les entretenir » (article 46)[61]. On trouve de tels abris dans la plupart des bâtiments construits dès les années 1960 et encore aujourd'hui[61].

La construction obligatoire d'abris antiatomiques depuis la Guerre froide a été encouragée par les pressions menées par l’industrie du ciment sur les parlementaires suisses[62].

En , la Suisse comptait 300 000 abris dans des habitations, institutions et hôpitaux ainsi que 5 100 abris de protection civile publics[61]. Cela correspond à 8,6 millions de places pour une population de 7,5 millions d'habitants, c'est-à-dire un degré de couverture de 114 % sur l'ensemble du pays[61], bien que dans les faits, ce taux soit inégalement réparti ; certaines communes étant en deçà de 100 %. Au début des années , la loi a donc été modifiée ; la construction d'abris est désormais obligatoire uniquement dans les zones déficitaires et l'accent est mis sur des abris plus grands, plutôt que sur les abris individuels[63].

Limites et controverses[modifier | modifier le code]

Face à la puissance destructive considérable d'une bombe atomique et à plus forte raison dans le contexte d'une guerre nucléaire massive, l'efficacité et la pertinence de l'abri antiatomique sont souvent remises en cause, pas uniquement d'un point de vue technique ou scientifique ; mais aussi sur des questions d'ordre politique et même moral[64].

Limites dues aux doctrines politiques et militaires[modifier | modifier le code]

Les guides gouvernementaux destinés au public minimisent parfois l'ampleur d'une guerre nucléaire en assumant que l'ennemi restreindrait ses attaques aux cibles militaires et à quelques explosions au niveau du sol et que les villes seraient normalement épargnées[65]. Hors, d'après la Fédération des scientifiques américains, les circonstances dans lesquelles un abri antiatomique civil pourrait offrir une protection sont très limités ; telles que décrites par le journal Commonweal , « des conditions pathétiquement peu probables » qui se résument à « sous certaines conditions (improbables) - impliquant un modèle particulier (improbable) d'attaque nucléaire, au moyen d'un certain nombre (minimal) de bombes, explosant d'une certaine manière (relativement inefficace), sur certaines cibles (extrêmement limitées) - une sorte de programme d'abri contre les retombées, si ce n'est les efforts confus actuels, pourrait en effet sauver des millions de vies qui autrement seraient perdues. »[66]

De leur côté, dès , des scientifiques soviétiques mettent en garde le Comité central sur l'augmentation de la puissance des armes nucléaires qui rend les protections contre leurs effets virtuellement impossibles, ceci notamment durant le régime de Nikita Khrouchtchev alors qu'une partie des autorités civiles et militaires de l'URSS pensent qu'il n'est pas possible d'éviter les dommages inacceptables résultant d'une guerre nucléaire[67],[68].

De fait, la stratégie américaine à la fin des années consiste en une attaque massive sur l'Union soviétique et le bloc de l'Est, visant dans un premier temps la « destruction systématique » des cibles militaires (dont les aéroports, souvent situés en zone urbaine), puis si nécessaire, la population civile en cas de non-reddition de l'URSS après la première vague d'attaque[69]. À Moscou seulement, 179 cibles avaient été identifiées, 145 à Leningrad ou encore 91 à Berlin-Est[note 3].

Par ailleurs, en , Robert McNamara, alors secrétaire à la défense du président Kennedy, défend l'idée que pour être efficace, la doctrine de dissuasion doit permettre la destruction de 25 % de la population russe et présente des estimations du nombre de morts possibles en fonction de l'avancé des programmes d'abris anti-retombées en Union soviétique, en comparant le cas de mesures de protections limitées en zone urbaine uniquement et celui d'un programme d'envergure contre les retombées à l'échelle nationale[70].

Plus tard, en , un prestataire du Pentagone écrit un rapport, alors confidentiel, pour la Defense Threat Reduction Agency et Intitulé The Feasibility of Population Targeting (« La faisabilité du ciblage de la population »). Ce rapport souligne que dans le but de la destruction assurée (de l'URSS), la capacité des États-Unis d'absorber une première frappe doit être conservée, ainsi que celle de détruire au minimum 200 villes importantes de l'Union soviétique et que si le ciblage de la population est un objectif, alors le plan de guerre des États-Unis devrait aussi cibler les évacués[70].

Par conséquent, dans le contexte d'attaques massives prévues par les belligérants quels qu'ils soient, la puissance des armes en jeux et l'emplacement des abris antiatomiques, notamment des abris anti-retombées, ces derniers ne sont pas en mesure d'offrir une protection efficace de la population civile, y compris lorsqu'ils sont situés en périphérie des villes, voire même en zone rurale[65],[71].

Limites techniques et organisationnelles[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, le concept de l'abri antiatomique se développe lors de l'avènement de l'arme thermonucléaire, bien plus puissante que la bombe A, mais surtout à l'apparition des missiles balistiques sur la scène stratégique et dont la rapidité d'action (pas plus de 30 minutes entre les États-Unis et la Russie) rend caduc tout espoir d'évacuer les villes à temps[72]. Cependant, l'abri antiatomique ne résout pas mieux ce problème si on considère que dans les faits, la population est « mécaniquement » la dernière entité prévenue. Le délai pour se rendre à l'abri, dans le cas d'une attaque surprise, est alors drastiquement réduit.

En , l’opération Fourmi est un exercice général impliquant la population au tunnel du Sonnenberg en Suisse et pouvant illustrer les lacunes potentielles d'un système d'abri public. L'ensemble de l'équipement n'a pu être entré dans l'abri et on a découvert qu'aucun emplacement n'était prévu pour le stockage des vivres destinés à la cuisine qui prépare la nourriture uniquement pour le personnel (devant l'impossibilité de cuisiner pour les 20 000 personnes que pouvait contenir l'abri, la population devait apporter ses propres vivres pré-cuisinés). Parmi les problèmes rencontrés, les plus graves ont été d'une part l'impossibilité de fermer convenablement une des quatre lourdes portes du tunnel qui dès lors, ne pouvait plus remplir son rôle et d'autre part le délai considérable de 15 jours, nécessaire pour transformer le tunnel routier en abri antiatomique de grande capacité[73],[74].

Dans les années , des abris collectifs du Community Shelter Program (« Programme d'abri communautaire ») initié par le président Kennedy (voir section Historique) souffrent rapidement de lacunes importantes. Parmi les milliers ou dizaines de milliers d'abris dotés du strict minimum avec des barils d'eau potable, des biscuits au blé provenant du gouvernement, d'une trousse de premier secours et de papier toilette mais sans latrines (les abris sont souvent des sous-sols), certains ne recevront jamais ces fournitures ou seront équipés avec des barils d'eau qui fuient[65].

Dans tous les cas, la limite physique d'un abri est définie d'abord par son facteur de protection, c'est-à-dire par la capacité des matériaux et des techniques avec lesquels il est construit à protéger ses habitants des effets des explosions nucléaires (voir section Protection). Hors, même en Suisse, pays considéré comme ayant le réseau de protection le plus abouti, on admet qu'aucun abri antiatomique ne peut protéger la population contre une explosion de 1 Mt à une distance de 2,5 km[71],[75].

Une autre limite est constituée par l'autonomie possible en énergie autant pour les équipements que pour les personnes et la capacité à stoker l'alimentation et éventuellement la rationner. Par exemple, le tunnel du Sonnenberg ne pouvait abriter la population que pour une période de deux semaines avant que les réserves d'eau potable s'épuisent[74]. De la même façon, à la fin des années , le Conseil d'État de la défense civile (en) de la Pennsylvanie dénombre 6 669 abris publics anti-retombées, pouvant abriter 7 135 000 personnes durant quatre à cinq jours ou 3 200 000 pendant deux semaines[76].

À l'époque de la guerre froide, cette période de deux semaines est couramment avancée dans les documents gouvernementaux destinés au public, pour les raisons citées, mais aussi parce qu'on considérait que beaucoup de personnes ne pourraient psychologiquement tenir plus de temps en vase clos et que, dans l'intervalle, le niveau de radiation aurait à ce moment-là suffisamment diminué pour permettre à la population de sortir des abris. Le problème qui se pose alors est que l'adversaire peut avoir conservé une force de frappe nucléaire en réserve (un rôle pouvant facilement être rempli par un sous-marin) afin de la lancer, deux ou trois semaines après les hostilités initiales, ce qui réduirait à néant tout espoir de survie de la population ciblée[75].

Limites psychologiques et morales[modifier | modifier le code]

Il est estimé qu'une période de deux semaines ou plus, passée dans un abri, a des conséquences psychologiques dans la population telles que l'irritabilité et la dépression pouvant engendrer des comportements agressifs ou un repli sur soi[77].

Entre et , l'Université de Georgie (États-Unis) a réalisée dix simulations d'occcupation d'abri antiatomique, impliquant 30 participants (Experimental Study I en ) jusqu'à 504 participants représentatifs de la population américaine de l'époque sur une période de trois jours, du 22 au (ES X). Toutes les expériences - sauf une - ont connu des taux de défections (participants quittant l'abri avant la fin de l'expérience) allant de 2,5 % (ES VIII, durée de 3 jours, 321 participants agés de 1 à 67 ans, ayant chacun un espace alloué de 0,92 m2) à 40 % (ES IV, durée de huit jours, 30 participants, principalement des enfants de sept à douze ans, espace alloué de 0,55 m2 par personne) (p. 3)[78]. Les raisons les plus souvent invoquées lors des défections sont le surpeuplement, la chaleur et l'humidité ou le désir d'accompagner un membre de la famille quittant l'abri (ES X, 87 défections) (p. 144)[78]. Ces résultats doivent être mis dans le contexte où les participants étant rémunérés, cela a pu être un facteur motivant de nombreuses personnes à continuer l'expérience jusqu'au bout (p. 123 (f))[78]. En situation réelle, on peut penser que la radioactivité extérieure incite à rester dans un abri quelles que soient les conditions à l'intérieur ; l'étude admet cependant qu'il faut s'attendre à ce qu'un certain nombre de personnes tentent d'abandonner un abri même en cas de désastre nucléaire, dans l'espoir de trouver un refuge offrant de meilleures conditions ou victimes de panique menant à un comportement irrationnel (p. 285)[78].

Par ailleurs, l'effondrement général de la société, avant et surtout après un conflit nucléaire, peut entraver l'accès aux abris, voire mettre en danger ses occupants. Des études psychologiques suggèrent que la population sera moins (ou pas du tout) encline à suivre les directives des autorités[79] comme par exemple lors des bombardements de Paris en alors que des mouvements de panique sont observés, tel que rapporté par le directeur de la CMP : « la frénésie de certain public qui, non satisfait d’envahir les stations classées comme refuges, force l’entrée de stations ordinaires voisines du sol où la protection est à peu près nulle »[80].

Enfin, aux États-Unis, durant la guerre froide, alors que les débats sur la pertinence de l'abri antiatomique font rage, une des questions soulevée est de savoir s'il est moralement acceptable de tirer sur des personnes, même sur ses voisins de quartier, dans le but de défendre son abri privée[81]. Afin de contourner cette question, la construction d'un abri antiatomique privée est de nos jours réalisée dans la plus grande discrétion : contrats secrets, travaux sous couverture (par exemple, prétendre construire un cellier) et exécutés par des équipes provenant de l'extérieur de la ville[82].

Limites dues au rôle ou rang social[modifier | modifier le code]

L'abri antiatomique, et plus généralement les politiques ou moyens de préservation associées (protection civile, continuité du gouvernement), peuvent être vues comme une reproduction de la structure pyramidale de la société. Ainsi les bunkers antinucléaires lourds souterrains visent la survie de l'État en tant qu'entité, et donc de celles et ceux qui le font fonctionner, plutôt que la protection de l'ensemble de sa population qui est, pour des questions de coûts et d'organisation, au mieux dirigée vers des abris anti-retombées[83]. Une protection accrue est donc donnée au personnel ayant un rôle privilégé au sein du gouvernement et dans les industries jugées essentielles[84] ; une organisation qui, en sacrifiant une grande partie de la population, vise à donner aux survivants un gouvernement sur lequel s'appuyer pour la reconstruction de la société[85].

Si les gouvernements fondent leurs politiques de protection sur un compromis entre les coûts des abris et l'utilité sociale des abrités, le secteur privé, dans le cas des abris « individuels », reflète le rang social formée par la capacité financière de chaque individu ou cellule familiale. Dans le premier quart du XXIe siècle, le prix de base d'un abri antiatomique est évalué entre 35 000 et 40 000 dollars pour trois lits ou encore 55 000 euros pour 10 m2 et jusqu'à plusieurs millions de dollars pour des abris visant à conserver le cadre de vie de la population fortunée en étant équipé de piscines, salle de cinéma et de sport[86],[87].

D'autres entreprises misent sur le modèle de la coopérative d'abris pour la classe supérieure, avec un tarif d'entrée situé à 35 000 dollars pour un adulte et 25 000 dollars pour un enfant, après un long processus de sélection, dans des complexes équipés comme des mini-villes avec boulangeries, brasseries, piscines, dentistes, médecins et même des banques d'ADN ainsi que l'eau et la nourriture pour un an[88],[82].

Controverses existentielles : le jour d'après[modifier | modifier le code]

Article connexe : Holocauste nucléaire.

Nonobstant son efficacité réelle ou supposée, l'abri antiatomique fait émerger et subsister de nombreuses interrogations existentielles ou survivalistes sur sa finalité et donc la capacité de vivre dans un monde plus ou moins dévasté après un conflit impliquant des armes nucléaires. Plusieurs « écoles » s'affrontent en théorisant l'état du monde et de la société durant les jours et les mois après les explosions.

Survie alimentaire[modifier | modifier le code]

Article connexe : Famine nucléaire.

Au milieu des années , le Laboratoire national d'Oak Ridge a réalisé un rapport sur les chances de survie de la population américaine après une attaque nucléaire[89]. Les auteurs avancent que les périls concernent essentiellement les retombées radioactives et la pénurie alimentaire pouvant décimer plusieurs millions de personnes si aucune nourriture n'est livrée après deux ou trois semaines passées dans les abris. Ils s'appuient donc sur le postulat que la population est « relocalisée » dans des abris situés loin des cibles des bombes. Les hypothèses avancées sont les suivantes :

  • durant la crise préalable à la guerre nucléaire, 90 % de la population américaine est évacuée dans des abris
  • l'attaque totalise 6 559 Mt dont plus de 90 % sont des explosions au sol, ce qui implique une grande quantité de retombées radioactives
  • 80 % des raffineries sont détruites mais plus de cinq milliards de gallons (19 milliards de litres) de carburants divers restent disponibles dans les dépôts non-touchés.

Il a été calculé que les États-Unis ont (à cette époque) une réserve de céréales suffisante pour plusieurs mois à plus d'un an et que 33 % à 50 % des cultures sont détruites par les rayons ultra-violets (destruction de l'ozone) et les retombées radioactives. Par ailleurs, d'après les calculs effectués, 2 % de la capacité de transport (de ) sur rails et moins de 6 % de celle du transport routier est suffisante pour acheminer la quantité de céréales nécessaires à l'alimentation de la population relocalisée (p. 1)[89].

L'étude conclue que la plupart des évacués peuvent survivre à la guerre nucléaire à condition que soit mis en place un programme intense de distribution alimentaire à destination des abris ; qu'ils soient bien ventilés, pourvus en eau et nourriture pour deux semaines ainsi que de dosimètres et que la population connaisse les recommandations pour contrôler le niveau d'exposition aux rayonnements (p. 11)[89]. Enfin, le rapport suppose que « la structure du gouvernement fédéral reste fermement au pouvoir » afin de rassurer les agriculteurs et de leur garantir « une juste compensation pour leurs efforts et dissiper l'inquiétude pour leur propre futur »(p. 129)[89] et que si les éventuelles perturbations écologiques concernent avant tout les pays ayant une agriculture inadéquate, celle des États-Unis, selon les auteurs, dépend de l'approvisionnement en carburant, engrais et pesticides (p. 131)[89].

Creuser, et après ?[modifier | modifier le code]

Au début des années , Robert Scheer (en) du Los Angeles Times rapporte les propos de Thomas K. Jones, alors Deputy Under Secretary of Defense for Strategic Nuclear Forces (« Sous-secrétaire adjoint à la défense pour les forces nucléaires stratégiques ») dans l'administration de Ronald Reagan ; selon lequel il suffirait de creuser une tranchée, de la recouvrir par des portes de sa maison et d'un tas de terre afin de pouvoir survivre à une attaque nucléaire et conclut que « S'il y a assez de pelles, tout le monde va s'en sortir »[90] ; une phrase qui lui vaudra par la suite quelques problèmes[note 4] et inspirera le titre du livre de Scheer[note 5].

Selon Evan Koslow, un chercheur qui a étudié les effets des rayons ultra-violets après une guerre nucléaire[note 6], « Jones n'est pas complétement fou » puisque si les explosions ont lieu à plus de huit kilomètres, le problème ne réside pas dans l'onde de choc mais dans les retombées radioactives[91]. Toutefois, Koslow admet que les survivants qui sortiront des abris anti-retombées feront face à de graves pénuries alimentaires (liées à une pénurie de carburant et à la dégradation de la couche d'ozone) et découvriront que leur culture a été détruite et qu'il n'est plus possible de se rassembler en tant que groupe socio-économique[91].

Protestations[modifier | modifier le code]

Durant la guerre froide, des actions contre l'arme nucléaire prennent forme, notamment au Royaume-Uni où, afin de dénoncer la futilité des programmes de défense civile face à la puissance destructrice des armes nucléaires, plus de 150 autorités locales (villes, comtés) se déclarent unilatéralement nuclear free zone (« zone exempte d'armes nucléaires ») (p. 170-172)[92]. Dans ce but, les municipalités vont jusqu'à refuser de participer aux exercices de simulation d'attaque nucléaire projetés par le gouvernement central, ce qui contrain le Secrétaire d'État à l'Intérieur à annuler Hard Rock, qui en , devait être le plus grand exercice de ce type depuis la fin des années [93]. Cette fronde oblige le gouvernement à émettre une réglementation dont un des points demande aux autorités locales de « prévoir l'utilisation de bâtiments, structures, cavités et autres caractéristiques du terrain pour les abris publics de protection civile. ». Cependant, le Secrétaire d'État étant peu loquace sur de nombreux points, notamment sur les cibles qui seraient frappées par les bombes soviétiques (l'exercice Hard Rock devait simuler des attaques nucléaires sur des villages et hameaux afin de ne pas dévoiler les (vraies) cibles potentielles), Simon Turney alors conseiller du Grand Conseil de Londres fait une déclaration cinglante au sujet du règlement gouvernemental : « tout le projet est rempli de ce foutu mot « convenable ». Qu'est-ce qu'un abri « convenable» ? » (p. 170-172)[92].

À la même époque, le gouvernement britannique imprime un livret d'instruction décrivant la conduite que doit tenir la population en cas d'attaque nucléaire[94]. Nommé Protéger et survivre (en), le livret est moqué et critiqué par son manque de réalisme face aux explosions nucléaires[95] ; notamment par Edward Palmer Thompson qui à cette occasion écrit à son tour un livret intitulé Protest and survive (« Protester et survivre ») et dans lequel il dénonce le concept même de la dissuasion et la course aux armements nucléaires qui ne laissera aucun vainqueur : « Si la guerre commence, tout est déjà perdu. » [96].

Dévastation[modifier | modifier le code]

Article connexe : Guerre nucléaire.

Dans Protest and survive (« Protester et survivre »), Thompson cite Solly Zuckerman :

« Il n'y a pas de vastes déserts en Europe, pas de plaines ouvertes à l'infinie sur lesquelles transformer en réalité les jeux de guerre dans lesquels les armes nucléaires sont utilisées. Les distances entre les villages ne sont pas plus grandes que le rayon d'effet des armes à faible puissance de quelques kilotonnes ; entre les villes et les villes, disons une mégatonne (p. 12)[96]. »

ainsi que Louis Mountbatten :

« En cas de guerre nucléaire, il n'y aura pas de chances, il n'y aura pas de survivants - tous seront anéantis (p. 19)[96]. »

Il décrit la protection civile comme une vaine mesure puisqu'en sortant des abris, les rescapés trouverons l'eau et la nourriture contaminées, les routes bloquées, le bétail mort, les hôpitaux détruits et afin d'illustrer l'absurdité des conseils du gouvernement britannique, souligne également les propos du vice-président de la défense civile tels que relaté par le journal The Times le (p. 17)[96] : « Si vous avez vu une grenouille courir partout, il faudrait la laver pour la débarrasser de la poussière radioactive, la cuire et la manger. ». Thompson admet que des abris souterrains (avec filtres et réserves de vivres) pourraient sauver un certain nombre vies mais face à la sophistication rapide des bombes nucléaires, les sociétés « avancées » seront vaincues avant qu'elles aient le temps de devenir troglodytes (p. 17-18)[96].

Santé et sécurité[modifier | modifier le code]

Si le délai avant les frappes nucléaires le permet, la plupart des hôpitaux seront probablement évacués (c'est-à-dire vidés de leurs patients actuels) mais ceux situés dans les villes ciblées seraient détruits au même titre que les autres bâtiments [97] ; par ailleurs, il est anticipé une pénurie de moyens (électricité, médicaments, transfusions sanguines) amenant de nombreux spécialistes à dire que la guerre nucléaire est intraitable par la médecine (p. 167)[92],[97]. De plus, les gouvernements mettront en place des mesures de triage en privilégiant les blessés fortement susceptibles de guérir après sept jours mais laissant mourir les victimes jugées trop atteinte, notamment par les radiations (p. 167)[92],[97].

En plus des blessures physiques, les survivants peuvent subir un stress psychologique important (observé après les bombardements atomiques du Japon ou après d'autres grandes catastrophes), victimes du « syndrome du désastre »[note 7] lorsqu'une partie importante de la population a été décimée[98]. Dépression, désespoir, confusion et apathie peuvent perdurer durant plusieurs semaines ou des mois après la fin du conflit (p. 137)[92]. Dans un rapport, l'OTAN prévoit que les survivants seront dans un état de suggestibilité accrue (réceptivité sans critique aux suggestions et aux influences extérieures) ce qui pourrait conduire à l'émergence de « chefs locaux » et à une hostilité irrationnelle envers les autorités ; une hypothèse prise au sérieux par les pouvoirs publics britanniques puisque le recours à la loi martiale et la peine de mort ont été ou sont parfois envisagées[98],[97].

En , dans un exercice alors classé « top-secret » et destiné à évaluer la capacité du Royaume-Uni à se reconstruire après une guerre nucléaire massive, une scientifique du Bureau de l'Intérieur a proposé d'engager des psychopathes afin d'aider la police à faire régner l'ordre, car selon elle, en ayant ni sentiments pour les autres, ni de code moral, les psychopathes ne souffriraient pas des effets psychologiques du désastre dans les communautés qui ont subi les pertes les plus graves[99]. Cette idée a immédiatement été abandonnée.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Films et audio[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'objectif du projet du Service national de la protection civile (SNPC), maintenant direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC), est d'étudier le comportement des abris souterrains français. Les cinq structures sont construites par des entreprises américaines mais tout l'équipement de mesure ainsi que certains éléments structurels sont expédiés depuis la France.
  2. La maison dite « House N°1 » était située à un peu plus 1 km (3 500 ft) de l'explosion de 15 kt, soit la même puissance estimée que Little Boy. Pour référence, la B83 (en), bombe la plus puissante en service dans l'arsenal des États-Unis, a une puissance pouvant aller jusqu'à 1 200 kt.
  3. Ce qui ne veut pas dire que soit lancé autant de bombes qu'il y a de cibles, une explosion nucléaire pouvant en détruire plusieurs à la fois, même si pour détruire certaines cibles (bunker souterrain), l'utilisation de plusieurs bombes peut être prévue.
  4. T. k. Jones ne s'est pas présenté - à trois reprises - aux convocations du sous-comité pour le contrôle des armes afin de s'expliquer sur ses propos ainsi que sur la façon dont il envisage d'utiliser les 252 millions de dollars alloués à la défense civile. Dans un éditorial au ton moqueur, le New York Times avance que cette somme servira en grande partie à acheter des pelles (en) « The Dirt on T.K. Jones », sur The New York Times, (consulté le 4 mai 2018).
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  7. État psychologique omniprésent après une catastrophe. Les rescapés sont en état de choc, de stupeur, étourdis et engourdis. Les victimes peuvent rester assises, immobiles ou errer sans but (en) « Disaster Syndrome », sur thehealthscience.com, (consulté le 4 mai 2018).
  8. Jeu de mot avec « bamboozle » qui signifie « tromper », « embobiner ».

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    « TABLE 3.6 : The first two digits of the vulnerability number relate to the peak overpressure or peak dynamic pressure corresponding to a 50 percent probability of achieving the designated level of damage (« Les deux premiers chiffres de la colonne « VN » se rapportent à la surpression maximale ou à la pression dynamique de pointe correspondant à une probabilité de 50 % d'atteindre le niveau de dommage désigné. ») »

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