Louis Mountbatten

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Louis Mountbatten
Photographié par Allan Warren en 1976.
Photographié par Allan Warren en 1976.
Fonctions
1er gouverneur général des Indes
Monarque George VI
Premier ministre Jawaharlal Nehru
Prédécesseur lui même (vice-roi)
Successeur Chakravarti Râjagopâlâchâri
45e vice-roi des Indes
Monarque George VI
Prédécesseur Archibald Wavell
Successeur lui même (gouverneur-général des Indes)
Muhammad Ali Jinnah (gouverneur-général du Pakistan)
Biographie
Nom de naissance Louis François Albert Victor Nicolas de Battenberg
Date de naissance
Lieu de naissance Windsor Drapeau du Royaume-Uni(Royaume-Uni)
Date de décès (à 79 ans)
Lieu de décès Mullaghmore Drapeau de l'Irlande(Irlande)
Nature du décès Assassinat
Père Louis Mountbatten,
marquis de Milford Haven
Mère Victoria de Hesse-Darmstadt
Conjoint Edwina Mountbatten
Enfants Patricia Mountbatten (1924-) Pamela Mountbatten (1929-)

Louis Mountbatten
Gouverneurs généraux des Indes

Louis Mountbatten, 1er comte Mountbatten de Birmanie né prince Louis François Albert Victor Nicolas de Battenberg le et mort le , amiral de la flotte et homme d'État, fut le dernier vice-roi de l'Inde britannique et premier gouverneur général de l'Inde indépendante. Il est mort assassiné par l’IRA provisoire. Il était l'oncle maternel du prince Philippe, duc d’Édimbourg, époux de la reine Élisabeth II.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Louis et Edwina Mountbatten.

Né au château de Windsor sous les titre et nom de prince Louis François Albert Victor Nicolas de Battenberg, il était le second fils du prince Louis de Battenberg, devenu en 1917 lord Mountbatten et 1er marquis de Milford Haven, et de son épouse et cousine, la princesse Victoria de Hesse-Darmstadt, sœur aînée de la tsarine Alexandra, qui était elle-même l'une des petites-filles de la reine Victoria. Il était également le frère cadet de Louise Mountbatten, reine de Suède, et l'un des oncles maternels du prince Philippe de Grande-Bretagne, duc d'Édimbourg. Lorsqu'il était adolescent, il est tombé amoureux de sa cousine, la grande-duchesse Maria Nikolaïevna (1899-1918), fille du tsar Nicolas II de Russie et de l'impératrice Alexandra Feodorovna, mais du fait que la religion orthodoxe interdisait le mariage entre cousins et de l'assassinat de la famille impériale, il ne put épouser la jeune fille.

Il épousa en 1922 l’Honorable Edwina Ashley (1901-1960), petite-fille du comte de Shaftesbury, dont il eut deux filles :

Formation militaire[modifier | modifier le code]

En , le jeune Louis de Battenberg intègre le lycée naval (Royal Naval College) d’Osborne House, sur l'île de Wight[1]. De à , il poursuit sa formation maritime à l’École navale (Britannia Royal Naval College) de Dartmouth, puis à la base navale de Devonport[1]. Il finit premier des 72 étudiants de sa promotion[1].

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Jeune midship, il est affecté en sur le HMS Lion puis muté en sur le HMS Queen Elizabeth. Enseigne de vaisseau de 2e classe en , il est nommé commandant en second de la vedette lance-torpilles P31.

En 1917, à l'instar des membres de sa famille, Louis de Battenberg prend le patronyme Mountbatten, et devient Louis Mountbatten.

Entre-deux guerres[modifier | modifier le code]

En 1919, il est étudiant au Christ's College de l’université de Cambridge. Enseigne de vaisseau de 1re classe, il sert sur le HMS Renown en 1920 et est nommé membre de l'ordre royal de Victoria (MVO) le . Embarqué en 1921 sur le cuirassé HMS Repulse, il est nommé lieutenant de vaisseau le .

De à , il accompagne le prince de Galles lors de son voyage en Inde. Il y retrouve Edwina Ashley (1901-1960, CI, GBE, DCVO, GCStJ), qu'il demande en mariage et qui sera la dernière vice-reine des Indes. Il est nommé chevalier commandeur de l'ordre royal de Victoria (KCVO) le , le jour de son mariage.

Il sert sur le HMS Revenge en 1923. Puis il entre à l'École des transmissions de Portsmouth (1924), puis à l'École de guerre navale de Greenwich (1925). lieutenant-commander (capitaine de corvette) le , il retournera en tant qu'instructeur à l’École des transmissions de Portsmouth (1929-31). Commander (capitaine de frégate) le , il sert en Méditerranée en 1931-1933. Il est commandant du destroyer HMS Daring en 1934 puis du destroyer HMS Wishart (en) en 1935.

En 1936, il est affecté au service des opérations aériennes, à l’Amirauté, et est nommé chevalier grand-croix de l'ordre royal de Victoria (GCVO) le .

Captain (capitaine de vaisseau) le , Mountbatten participe de près à partir de 1938 à la construction d’un nouveau modèle de destroyer, le HMS Kelly (en), dont il est nommé commandant, en , ainsi que de la 5e flottille de destroyers.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Amiral Mountbatten
Image illustrative de l'article Louis Mountbatten

Origine Drapeau du Royaume-Uni Britannique.
Allégeance Alliés de la Seconde Guerre mondiale
Grade Amiral
Années de service 1916 – 1965
Conflits Seconde Guerre mondiale
Campagne de Birmanie
Hommages Ordre de la Jarretière (KG-1946)
Ordre du Bain (GCB-1955)
Ordre de l'Etoile d'Inde
Ordre royal de Victoria
Distinguished Service Order
Ordre du Mérite
Lord Mountbatten à Singapour en 1945.

Cette flottille de destroyers escorte les convois et traque les U-Boot en mer du Nord, participe à l’évacuation des troupes alliées de Norvège en puis à l'escorte des convois de ravitaillement destinés à Malte. Mountbatten reçoit une citation (Mentioned in Despatch) le [2], reçoit le Distinguished Service Order le [3], et est cité de nouveau le [4].

En , la 5e flottille est engagée dans la défense de la Crète attaquée par les parachutistes allemands. En récompense, Mountbatten reçoit ensuite la croix militaire grecque (le ) et il est fait grand-croix de l’ordre de Georges Ier de Grèce (le ). Le , son propre bâtiment, le HMS Kelly, est coulé par l'aviation allemande, au sud de la Crète, causant la mort de 130 marins.

Chef des opérations combinées[modifier | modifier le code]

En , avec rang de vice-amiral, il est nommé chef des opérations combinées (Combined Operations). Son travail consiste alors à mettre au point des stratégies militaires visant à la libération de l'Europe continentale.

Mountbatten imagine et constitue des unités d'élite composées de soldats en provenance des trois forces armées. Sous son commandement, les Royal Marines et les commandos britanniques multiplient les opérations contre les troupes allemandes stationnées en France et en Norvège. Il collabore notamment à l'organisation de trois fameuses opérations :

Dieppe reste sans aucun doute un échec qui doit lui être en partie imputé. Pour autant, Mounbatten n'a pas cherché à se soustraire à ses responsabilités ni à minimiser son échec. Il fit son autocritique et s'employa à découvrir quelles furent les (nombreuses) fautes commises. C'est grâce à cette analyse globale et objective que nombres d'erreurs n'ont pas été reproduites lors du débarquement de Normandie. Il participe à l’élaboration des plans d’invasion en Afrique du Nord (1942) et en Sicile (1943). En récompense, il est nommé compagnon de l’ordre du Bain (CB) le .

Les chefs des opérations passaient directement les hommes en pertes et profits, sans toutefois minimiser ce fait devant ceux-ci. Lord Mountbatten, lors de l'opération Chariot, avait averti lui-même le chef du commando : « Je suis sûr que vous pouvez y aller et faire le boulot, mais nous n'avons pas beaucoup d'espoir de pouvoir vous récupérer. Même si on vous perd tous, les résultats de l'opération en auront valu la peine. Pour cette raison, je veux que vous disiez à tous les hommes ayant des responsabilités familiales, ou qui pensent devoir se retirer pour n'importe quelle raison, qu'ils sont libres de le faire et que personne ne leur en voudra pour cela ».

Il était un des partisans de la Normandie en tant que futur lieu de débarquement. Les Alliés désiraient plutôt débarquer dans le Nord-Pas-de-Calais, mais ils savaient, grâce aux contacts dans les réseaux de la résistance française, que les défenses allemandes y étaient trop puissantes. La Normandie représentait beaucoup moins de risque, bien que l'on ne pût pas établir une couverture aérienne suffisante, et qu'il n'y eût pas de ports. Mountbatten a donc cherché des moyens de compenser l'absence de ports, et d'améliorer la couverture aérienne. Il a fourni le matériel nécessaire pour cela : un port artificiel et des engins de débarquement[5].

Lord Mountbatten fut aussi impliqué dans une opération de désinformation, en rapport direct avec l'importance du poste qu'il occupait. L'opération Mincemeat était destinée à intoxiquer le commandement allemand, au sujet de la future cible des Alliés en Méditerranée en 1943 (la Sicile). Une lettre de Mountbatten, récupérée par les Allemands sur un cadavre, les trompa, grâce aux renseignements, parés de la signature du chef des opérations combinées, qu'elle contenait.

Chef du SEAC[modifier | modifier le code]

Louis Mountbatten et son épouse en 1922.

Avec rang d’amiral, Louis Mountbatten est, du au , commandant en chef des forces alliées en Asie du Sud-Est (SEAC, South East Asia Command) en remplacement du général Archibald Wavell.

Mountbatten mène avec succès une série de campagnes, en coopération avec les Chinois, contre les Japonais. Il parvient à reconquérir la Birmanie en 1944 et force plusieurs divisions nippones à la reddition. Le problème birman étant réglé, il retourne ses forces contre les garnisons japonaises de Malaisie, pays qu’il libère à son tour en 1945. Il est nommé chevalier commandeur de l’ordre du Bain (KCB) le .

Le South East Asia Command ou SEAC, basé à Colombo, Ceylan, était l’organisation créée pour prendre en charge les opérations des Alliés en Asie du Sud-Est pendant la Seconde Guerre mondiale. En , les Alliés créent ce SEAC pour reprendre les responsabilités stratégiques du commandement des Indes Britanniques et celle des différents commandements nationaux de la région. En , Winston Churchill nomme Mountbatten commandant suprême des Alliés pour l’Asie du Sud-Est, poste qu’il occupera jusqu’à la dissolution de l’organisation en 1946.

Ce poste comprend notamment la poursuite de la guerre en Chine (où il fait nommer un de ses chefs d’état-major au même poste auprès de Tchang Kaï-chek), et tout le Sud-Est asiatique. Mountbatten négociera avec Aung San pour que celui-ci fasse passer l’armée nationale birmane du côté des Alliés (ce qu’il fit en , le faisant devenir un héros national). Les Japonais lui rendirent officiellement Singapour le . Le , il signe les actes de capitulation du Japon au nom de l'empire britannique, sur le cuirassé américain USS Missouri, en baie de Tokyo. Il reçoit la Distinguished Service Medal de la marine américaine le .

La guerre terminée, il est fait pair du Royaume le , vicomte Mountbatten de Birmanie le puis chevalier de l’ordre de la Jarretière (KG) le .

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Lord et Edwina en compagnie du Mahatma Gandhi en 1947.
Lord, Edwina et Ali Jinnah en 1947.
Le prince Louis Mountbatten, à bord du HMS Glasgow le .

Nommé le vice-roi et gouverneur général des Indes, succédant à nouveau à Archibald Wavell, il eut la lourde tâche de préparer l’indépendance en planifiant celle-ci avec le Parti du Congrès et la Ligue musulmane, les deux principaux partis nationalistes.

Ce fut notamment lui qui négocia la partition des Indes, dont il annonça le plan le . Il discuta également du devenir des États princiers à la suite de l'indépendance. Préconisant l’indépendance à l’image des deux nouveaux États que son plan venait de créer, eu égard aux accords entre la Couronne britannique et ces États, il dut faire face à l’opposition des nationalistes indiens, ces derniers préconisant une Inde laïque et unie. La création du Pakistan notamment, l’État voulu par la Ligue musulmane (mouvement minoritaire chez les Musulmans de l’Inde britannique), était privilégié par l’Empire pour établir une pression sur le parti du Congrès (laïque et majoritaire). Le futur Pakistan se voulait de fait un État ayant l’islam pour religion officielle, tandis que l’Inde à majorité hindoue resterait laïque. Cette négociation fut considérée comme une catastrophe et un échec considérable par le Mahâtmâ Gândhî, qui vit tous ses efforts pour faire de l’indépendance de l’Inde une raison de paix sociale entre Hindous et Musulmans réduits à néant : la partition des Indes fit entre 500 000 et un million de victimes.

Mountbatten fut néanmoins déclaré premier gouverneur général de l’Inde libre. Le couple Mountbatten avait noué des relations très fortes avec Nehru, dont les relations avec Edwina font encore aujourd’hui l’objet de nombreuses spéculations.

Il est fait Baron Romsey (dans le comté de Southampton) et comte Mountbatten de Birmanie le . Nommé vice-amiral d’escadre le , il assure la fonction de Quatrième Lord de l’Amirauté jusqu’à sa nomination au grade d’amiral, le . Mountbatten prend alors le commandement des forces navales de l’OTAN en Méditerranée (1953-1954). Le , il accède à la charge de Premier Lord de la Mer (First Sea Lord).

Le , il est fait amiral de la flotte, titre le plus prestigieux de la Royal Navy. De 1959 à 1965, année où il quitte le service actif, il est chef d'État-Major des armées du Royaume-Uni et président du comité militaire de l'OTAN (1960-1961). En 1965, il est nommé colonel commandant des Royal Marines et des Life Guards, décoré de l’ordre du Mérite (OM) le et nommé gouverneur de l’île de Wight le .

« J’ai la faiblesse congénitale de penser que je peux tout faire ! » avait-il l’habitude de dire.

Décès[modifier | modifier le code]

Christ in Triumph over Darkness and Evil, vitrail par Gabriel Loire (1982), un mémorial pour Louis Mountbatten, à la cathédrale St. George, Le Cap, Afrique du Sud.

Il meurt le , à 79 ans, dans l’explosion de son bateau Shadow V (une bombe télécommandée de 23 kg avait été placée près du moteur de l'embarcation), dans la baie de Donegal (Mullaghmore, Irlande), qui tue également l’un de ses petits-fils, Nicholas Knatchbull (14 ans), ainsi qu'un jeune garçon originaire du comté de Fermanagh, Paul Maxwell (15 ans), membre de l'équipage.

Les parents du jeune Nicholas, sa mère (Lady Patricia, fille aînée de Lord Mountbatten), son père (John Knatchbull), ainsi que son frère jumeau, Timothy, sont grièvement blessés, tout comme sa grand-mère paternelle Lady Brabourne, âgée de 83 ans, qui meurt le lendemain.

Cet attentat, organisé par l'IRA provisoire, afin de toucher un proche de la reine Élisabeth II, met à mal un temps la popularité de la cause républicaine, et permet la reprise d’une politique répressive de la part du nouveau Premier ministre Margaret Thatcher.

L'assassin, un soldat de l'IRA provisoire nommé Thomas McMahon, est jugé et incarcéré à vie en 1979, mais il a été libéré en 1998 à la suite de l'accord du Vendredi saint.

Décorations[modifier | modifier le code]

Chevalier de l’ordre de la Jarretière (KG-1946), conseiller privé de Grande-Bretagne (PC-1947), chevalier grand-croix de l’ordre du Bain (GCB-1955), ordre du Mérite (OM-1965), chevalier grand commandeur de l’ordre de l’Étoile d’Inde (GCSI-1947), chevalier grand commandeur de l’ordre de l’Empire des Indes (GCIE-1947), chevalier grand-croix de l’ordre royal de Victoria (GCVO-1937), Compagnon du Distinguished Service Order (DSO-1941), chevalier du Très vénérable ordre de Saint-Jean (KStJ-1940).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Philip Ziegler, « Mountbatten, Louis Francis Albert Victor Nicholas, first Earl Mountbatten of Burma (1900–1979) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 ; édition en ligne, janvier 2011. Consulté le 21 juillet 2013.
  2. London Gazette du .
  3. London Gazette du .
  4. London Gazette du .
  5. François Kersaudy dans 2000 ans d'histoire sur France Inter, le .

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Kersaudy, Lord Mountbatten, Payot, 2006. (Prix Guillaume le Conquérant de la biographie 2006)
  • Roland Marx, Mort d'un amiral : l'IRA contre Mountbatten, Calmann-Lévy, 1985
  • Catherine Clément, Pour l'amour de l'Inde, Flammarion, J’ai Lu, 1993 (roman)
  • Nous avons tué Mountbatten ! L'IRA parle, témoignages recueillis par Roger Faligot, Paris, Picollec, 1981
  • Dominique Lapierre et Larry Collins, Cette nuit la liberté, l'épopée de l'indépendance de l'Inde, 1975
  • Lord Mountbatten, 2000 ans d'histoire, France Inter, Diffusion du 18 mai 2006

Liens externes[modifier | modifier le code]