Threads

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Threads
Titre québécois Le Soleil noir
Réalisation Mick Jackson
Scénario Barry Hines
Acteurs principaux

Karen Meagher
Reece Dinsdale

Genre Docufiction
Durée 110 minutes
Première diffusion 1984


Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Threads (de anglais, threads, « les fils »[1]) est un faux documentaire de type post-apocalyptique réalisé pour la BBC et sorti sous forme de téléfilm en 1984. Écrit par Barry Hines et réalisé par Mick Jackson, Threads fut tourné entre la fin de 1983 et le début de 1984.

Le film décrit de manière réaliste les effets d'une guerre nucléaire au Royaume-Uni et ses conséquences catastrophiques pour le pays, notamment la population de la ville de Sheffield, après un échange croissant de tirs de missiles balistiques intercontinentaux entre l'URSS et les États-Unis dans le contexte de la destruction mutuelle assurée lors de la guerre froide.

Tourné avec un budget de 250 000-350 000 livres, le film a été le premier de son genre à dépeindre un hiver nucléaire. Certains commentateurs ont nominé Threads comme le « film qui se rapproche le plus de la représentation de toute l'horreur de la guerre nucléaire et de ses conséquences, ainsi que de l'impact catastrophique que l'événement aurait sur la civilisation humaine »[2].

Threads a été comparé à un film précédent, La Bombe (The War Game) produit en Grande-Bretagne dans les années 1960 et à son contemporain, Le Jour d'après, un téléfilm d'ABC de 1983 dépeignant un scénario similaire aux États-Unis.

Threads a remporté quatre BAFTA lors de la cérémonie des British Academy Film Awards de 1985. Selon le générique de fin, Carl Sagan fut l'un des consultants techniques[3].

Synopsis[modifier | modifier le code]

Présentation générale[modifier | modifier le code]

Le récit du film se concentre sur deux familles de Sheffield au Royaume-Uni et commence deux mois avant l'attaque nucléaire proprement dite. Le spectateur peut alors voir la façon de vivre des deux familles ainsi que leurs réactions lors du déclenchement des hostilités et de son escalade apocalyptique. On verra également la place qu'occupe le Royaume-Uni, sur le pied de guerre, dans l'escalade du conflit en cours entre les deux superpuissances et ses actions pour se préparer aux bombardements stratégiques. Enfin, on suivra les conséquences médicales, sociales, économiques et écologiques d'une guerre nucléaire au niveau d'un pays.

Le film se termine treize ans après l'apocalypse nucléaire, sur une civilisation s'étant reconstruite au stade d'une société médiévale.

L'atmosphère du film, très oppressante, est renforcée par l'affichage régulier de panneaux d’informations en plan fixe, présentant les statistiques progressives de la décimation de la population anglaise, ainsi que les différents aspects sociaux et sanitaires du long hiver nucléaire. Le sens global du film vise, par une démonstration méthodique, à démentir absolument toute hypothèse de « civilisation post-apocalyptique » telles que vues dans nombre d'œuvres de fiction, en s'appuyant sur un scénario réaliste des conséquences enchaînées (threads) d'une contamination nucléaire d'échelle continentale.

Synopsis détaillé[modifier | modifier le code]

Le film commence par le récit de deux familles anglaises de Sheffield, les Beckett et les Kemp, qui sont liées par les jeunes Ruth Beckett et Jimmy Kemp. Ces derniers, à la suite d'une grossesse imprévue de Ruth, se fiancent rapidement. Le jeune couple achète un petit appartement et Jimmy discute avec ses parents sur le fait d'avoir un bébé durant la récession économique que connaît le pays à l'époque.

En arrière-plan de ce récit — et ignoré au début par les personnages —, est raconté comment l'Union soviétique envahit l'Iran ; les États-Unis, en collaboration avec le Royaume-Uni et leurs alliés de l'OTAN, s'apprêtent à des représailles militaires.

Un troisième tableau cinématographique permet de suivre les actions du maire de Sheffield. Celui-ci est mis en alerte et chargé de créer, comme les autres élus du pays, un gouvernement local pour administrer la région dans le cas d'une attaque nucléaire russe.

Alors que le film suit son cours, l'escalade entre les grandes puissances s'intensifie et des escarmouches surviennent avec le Pacte de Varsovie sur la frontière austro-est allemande. Le gouvernement du Royaume-Uni prend alors le contrôle de la British Airways et des autoroutes pour un usage strictement militaire. En réaction, de grandes manifestations sont organisées pour protester contre l'implication du Royaume-Uni dans les hostilités. Bientôt, la Grande-Bretagne est saisie de terreur : du fait de la tension internationale, les gens commencent à acheter des provisions, des exodes urbains importants s'organisent et des rapports affluent concernant l'usage de frappes nucléaires tactiques en Iran. Des films montrant comment s'organiser pour se protéger et survivre à une attaque nucléaire sont diffusés à la télévision britannique, de manière répétitive et quotidienne.

Un matin, à h 30, Sheffield s'éveille et reprend son train-train quotidien. Jimmy Kemp et son ami Bob sont au travail, discutant et échangeant des idées avec d'autres personnes. De son côté, Ruth se plaint d'être malade et de ne pouvoir aller travailler. Les Kemp dissertent sur la façon de disposer une porte pour en faire une sorte d'abri, comme ils l'ont entendu à la radio. Soudain, le signal d'alerte déchire la relative quiétude du moment et plonge la cité dans la panique la plus totale. Au même moment, des ogives nucléaires russes explosent au-dessus de la Mer du Nord, créant une impulsion électromagnétique qui détruit toutes les installations électroniques et radio du pays.

À h 35, un second missile balistique frappe la base de la Royal Air Force à Finningley (en), une base de l'OTAN près de Sheffield, faisant exploser les fenêtres dans tout le voisinage et augmentant la panique. Au même instant, Jimmy et Bob plongent en dessous d'un pick-up ; les Kemp se ruent dans l'abri de fortune qu'ils ont construit. Après la première détonation, Jimmy et Bob émergent de leur cachette et voient un gigantesque nuage en forme de champignon atomique grandissant sous leurs yeux. Jimmy se met ensuite à traverser la ville à la recherche de Ruth (ce sera la dernière fois que l'on pourra le voir, hormis dans un flashback de Ruth se souvenant des jours heureux). Dans le même temps, Ruth et sa famille ont l'intention de faire de même, la frêle grand-mère de Ruth mourant peu après dans son sommeil. Les parents de Ruth essayent de convaincre cette dernière que Jimmy est encore en vie, mais Ruth pressent qu'il est mort à la suite de l'explosion. Un peu plus tard, Ruth décide quand même de partir à la recherche de Jimmy, avec dans le cœur un très mince espoir de le retrouver vivant. Arrivant aux ruines de l'appartement de la famille de Jimmy, Ruth constate que la mère de ce dernier est morte et que son père est introuvable, ayant quitté son domicile pour une destination inconnue. Jimmy, quant à lui, est présumé mort dans l'attaque.

L'attaque nucléaire russe se termine dans un chaos total, les lignes de communications de Sheffield avec le reste du pays étant détruites et le gouvernement local, dirigé par le maire dans son abri avec son personnel, ne contrôlant rien. Au total, plus de 210 mégatonnes sont tombées sur le Royaume-Uni lors de l'attaque (sur un total de 3 000 pour la planète entière). Les deux-tiers des maisons et des habitations du pays sont dans des zones d'incendie. Le nombre des morts est estimé entre 17 et 30 millions de personnes. Dans les jours qui suivent la destruction de Sheffield, le gouvernement local ne parvient pas à reprendre le contrôle de la situation : des émeutes éclatent, violemment réprimées par l'armée, la loi martiale étant proclamée dans l'ensemble du Royaume-Uni. Les réserves alimentaires sont placées sous le contrôle de l'armée. C'est alors que les maladies provoquées par le syndrome d'irradiation aiguë comment à apparaitre (leucémie, canceretc.).

Des mois après l'attaque, dans une étable, Ruth met au monde une fille (qui ne connaîtra jamais son père) dans des conditions plus que précaires et sans assistance médicale.

La société post-apocalyptique tente alors de se reconstruire, mais le confort de la société de consommation ne pourra plus être atteint avant longtemps. Les champs sont cultivés à la main et avec des outils issus du Moyen Âge. Les rendements agricoles sont bien inférieurs à ce qu'ils étaient avant le cataclysme, la famine devient un problème majeur. Le capitalisme industriel d'avant l'attaque laisse la place à une société agraire, vivant en autarcie. Des maladies commencent à réapparaître comme le typhus, le choléra, la tuberculose et d'autres maux que l'homme du XXe siècle était parvenu à vaincre.

L'enfance de la fille de Ruth se déroule dans cette société, commotionnée par le cataclysme nucléaire, où les adultes ont du mal à communiquer avec leurs enfants. Par voie de conséquence et du fait de l'arrêt du système scolaire, l'enseignement aux jeunes est profondément amoindri, ceux-ci utilisant une forme déstructurée de la langue anglaise.

Dix ans après l'attaque, Ruth, vieillie prématurément par la rudesse de ses conditions de vie et atteinte de cataracte (à la suite de son exposition prolongée au rayonnements ultraviolets, qui ne sont plus aussi bien filtrés par l'atmosphère terrestre), tombe par terre dans le champ qu'elle et sa fille sont en train de cultiver. Sa fille l'emmène à l'intérieur de la maison qu'elles occupent. C'est là que Ruth rend son dernier souffle, sans un mot pour sa fille, qui ne paraît pas bouleversée par la mort de sa mère.

Après le décès de Ruth, sa fille Jane erre dans le pays, se cherchant un but à atteindre. Prise en charge par quelques personnes de bonne volonté, on la retrouve à regarder un programme télévisé destiné à des élèves de l'école maternelle. Trois ans après la mort de Ruth, on voit Jane lors d'une maraude qui est rejointe par deux jeunes garçons de son âge, qui lui disputent un quignon de pain. Lors de la bagarre, un des garçons la prend de force. De ce fait, Jane tombe enceinte et se remet à errer d'un lieu à l'autre sans aucun but. Lorsque les premières contractions de l'accouchement se font sentir, Jane se rend dans un hôpital de fortune pour y mettre au monde son enfant. L'accouchement se fait dans une situation un peu moins précaire que sa naissance.

Le film se termine en silence sur le plan où Jane ouvre la bouche pour hurler, voyant l'enfant difforme que lui tend la sage-femme.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

  • Karen Meagher : Ruth Beckett
  • Reece Dinsdale : Jimmy Kemp
  • David Brierly : M. Kemp
  • Rita May : Mme Kemp
  • Nicholas Lane : Michael Kemp
  • Jane Hazlegrove : Alison Kemp
  • Henry Moxon : M. Beckett
  • June Broughton : Mme Beckett
  • Sylvia Stoker : Granny Beckett
  • Harry Beety : Clive Sutton
  • Ashley Barker : Bob

Historique de la diffusion[modifier | modifier le code]

Diffusion télévisée[modifier | modifier le code]

Threads fut, pour la première fois, diffusé à la télévision par la BBC en 1984 et une autre fois, encore, en 1985 comme partie intégrante d'une semaine de programmation spécialement dédiée aux célébrations du quarantième anniversaire des premiers bombardements atomiques, à Hiroshima et Nagasaki. Threads ne fut plus diffusé sur les écrans britanniques avant que le canal numérique de la BBC (BBC Four) ne le fasse en .

Threads fut aussi diffusé aux États-Unis, mais une seule fois seulement, en 1985 par la chaîne publique de télévision PBS.

Édition VHS[modifier | modifier le code]

Threads fut, initialement, édité pour sa version commerciale grand-public sous le format vidéo VHS (numéro du catalogue BBCV4071) en 1987, exclusivement pour le Royaume-Uni. Il devint rapidement introuvable dans le commerce et, durant les années 1990, fut l'objet d'un négoce intense.

Édition DVD[modifier | modifier le code]

Une édition sous le format vidéo DVD fut lancée au Royaume-Uni en l'an 2000 sous le label « Revelation », suivie par une ré-édition en l'an 2005.

Réception[modifier | modifier le code]

En 1985, Threads a été nominé lors des British Academy Film Awards pour sept BAFTA. Il en a remporté quatre dans les catégories Best Single Drama, Best Film Cameraman, Best Film Editor et Best Design[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ce qui pourrait se traduire par « les fils du destin »
  2. (en) Toni A. Perrine, « Film and the Nuclear Age: Representing Cultural Anxiety », p. 237, sur Google Books (consulté le 10 juin 2015).
  3. (en) « Trivia for Threads », sur l'Internet Movie Database.
  4. (en) « Threads (1984 TV Movie ») Awards, sur https://www.imdb.com/ - consulté le 10 juin 2015.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Chas Newkey-Burden, Nuclear Paranoia, Harpenden, Pocket Essentials, , 96 p. (ISBN 1-904048-22-6) : inclut un chapitre sur Threads et un entretien avec l'équipe du film

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]