Défense antimissile

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La défense antimissile est dirigée contre des armes au parcours spatial important quand elles vont très loin, ou moins important voire uniquement dans l'atmosphère quand elles vont plus près. Elle utilise un système complexe permettant de détecter, de suivre et d’intercepter des objets très petits et très rapides, à savoir les armes d’un ou plusieurs missiles balistiques ennemis dirigées vers la zone à protéger.

Vouloir se défendre contre un missile est la conséquence naturelle de l’évolution des techniques qui ont donné aux missiles une très forte capacité militaire, parfois déterminante à elle seule. Ce fut le cas par exemple pendant la guerre des Malouines de la destruction par un seul Exocet de la frégate Sheffield.

La création de la Missile Defense Agency (en) par les américains pour s’opposer aux missiles balistiques d’États dits voyous a consacré le terme Missile Defense comme répondant à la seule menace balistique. C’est ainsi qu’il a été repris, en langue française, sous la forme de « défense antimissile ».

Les missiles aériens, pilotés par l’aérodynamique, font exploser leur charge militaire au contact de leur cible. La défense contre ces missiles peut être assurée au moyen de roquettes, de leurres, de canons à tir rapide ou même des missiles, sans parler du blindage éventuel des cibles. Tous ces différents types de défense antimissile, qu’il s’agisse de contre-mesure ou de système de protection active (en) ou passive ne sont pas traités dans cet article, uniquement consacré à la défense contre les armes balistiques lancées par les missiles balistiques. Enfin la défense contre celles des armes balistiques qui ne sont pas lancées par des missiles balistiques n'est pas non plus traitée ici. C’est le cas des armes lancées par des mortiers ou par des tubes lanceurs sur des camions. S'en défendre est de nature identique dans son principe à la défense antimissile. Elle n’existe qu’en Israël sous la forme du Dôme de fer.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le concept de défense antimissile appliqué à la défense anti missile balistique trouve ses origines peu après l’invention des missiles balistiques, c'est-à-dire à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Article principal : National missile defense.
Dessin d’artiste d’un système laser hybride, le tir provenant d’une station terrestre puis réfléchi par un satellite (Initiative de défense stratégique).

Lors de la guerre froide, et à la suite des progrès techniques dans le domaine spatial des Soviétiques qui lancent le satellite Spoutnik en 1957, les Américains débutent leurs recherches sur la défense antimissile. Cette même année fut lancé le programme Nike-Zeus destiné à tenter de répondre à la menace provenant d’un arsenal nucléaire soviétique en rapide progression ; il sera abandonné en 1964 pour des raisons technologiques et financières.

Des missiles Thor ont aussi été lancés vers l'espace pour tester les effets des explosions nucléaires à haute altitude dans le cadre de la lutte antisatellite et de la défense antimissile. Ces essais seront désignés par « opération Fishbow, » faisant partie des opérations Dominic I et II[1].

Peu après, le président Johnson lance le programme Sentinel, présenté comme devant protéger le territoire américain d’une attaque chinoise. Le système envisagé reposait sur une vingtaine de radars d’alerte et de désignation d’objectifs et sur 2 500 missiles dotés d’une charge nucléaire répartis sur 25 sites de lancement. Le programme, renommé Safeguard (en), est fortement réduit en 1969 par le président Nixon qui souhaite uniquement protéger les silos de missiles stratégiques américains. À partir de 1975, Safeguard est opérationnel protège le site de Grand Forks (Dakota du Nord) abritant des silos de missiles sol-sol intercontinentaux. Cependant, le programme est abandonné quelques mois plus tard.

Entre temps, les États-Unis et l’URSS signent le traité ABM le 26 mai 1972, par lequel les deux parties s’engagent à renoncer à une protection globale de leur territoire. Le traité autorise deux types de défense : protection de la capitale et d’une base de lancement de missiles, avec la contrainte que le système de défense ne peut être basé en mer, dans l’air, dans l’espace ou sur des plates-formes terrestres mobiles. En 1974, le nombre de sites autorisés est réduit de deux à un.

Le 23 mars 1983, Ronald Reagan lance l’initiative de défense stratégique (ou « Guerre des étoiles ») qui, au moyen d’un bouclier spatial qui rendrait les armes nucléaires « impuissantes et obsolètes », devrait protéger les États-Unis d’une attaque massive de plusieurs milliers de têtes nucléaires soviétiques. Le principe technologique évolue, avec l’abandon du concept d’interception indirecte par des missiles dotés de têtes explosives au profit d’une interception directe par collision (Hit-to-kill). En 1991, avec la fin de la guerre froide, le programme est amendé par George H. W. Bush avant que Bill Clinton ne conserve que la recherche sur la défense de théâtre, sans envisager de déploiement[2].

Durant la guerre du Golfe, les satellites militaires et autres détecteurs installés dans le cadre du Defense Support Program de l'Air Force Space Command pour détecter les tirs de missiles ont fourni des informations au Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord sur les lancements de missiles Scud par l’armée irakienne, ce qui a permis d’alerter les batteries de Patriot dans les régions des cibles visées[3]. Le , un missile Patriot a intercepté et détruit un missile Scud irakien destiné à frapper l’Arabie saoudite. C’était la première fois qu’un système de défense anti-aérien détruisait un missile balistique en condition réelle de combat. Conformément à la doctrine d’emploi, trois à quatre antimissiles sont tirés pour chaque missile assaillant mais les résultats réels sont controversés, avec un taux de réussite variant selon les avis de 70 % pour les missiles Patriot tirés depuis Israël et 40 % pour ceux tirés depuis l'Arabie saoudite, à moins de 10 %[4]. Des missiles Patriot furent également mis en place durant l'Opération liberté irakienne. On note le tir d’une vingtaine de missiles balistiques irakiens au total, la majorité ayant été contrés par ces derniers ou étant tombés hors zone, l’un d’entre eux étant parvenu à frapper le QG d’une brigade américaine.

Le « Aegis Ashore Missile Defense Complex Romania » abritant 24 antimissiles RIM-161 Standard Missile 3 de la United States Navy en Roumanie est un des éléments du système de défense antimissile de l'OTAN depuis 2016.

Après les attentats du 11 septembre 2001, sous la présidence de George W. Bush, les États-Unis se retirent du traité ABM et lancent le National missile defense qui doit assurer une défense du territoire national, des pays alliés et amis et des troupes déployées contre les attaques de missiles balistiques émanant des pays proliférants, en particulier la Corée du Nord, l’Iran et l’Irak. Renommé Missile Defense, les premiers éléments entrent en fonction en novembre 2004. Ce programme s’explique par la prolifération des armes balistiques, mais aussi par l’avancée technologique, avec le succès des missiles antimissiles. Les États-Unis sont à la tête de plusieurs alliances diplomatiques ayant pour objet la défense antimissile :

En URSS/Russie[modifier | modifier le code]

Missile antimissile soviétique A-350 (code OTAN : ABM-1 Galosh) au milieu des années 1970, cet engin pèse plus de 32 tonnes. Ce type de missile fut déployé sur un réseau de huit bases pour protéger Moscou d'une attaque par missile balistique à partir de 1972[6].
Projection d'une attaque américaine de suppression
de la défense antimissile soviétique en 1968*
Cible Arme Ogive Total
Type Nombre Type Puissance (kt) Ogive Puissance (kt)
Système de Moscou
Radar Dunay Polaris A3 2 W58 200 6 1 200
8 complexes de lancement d'ABM Minuteman I/II 64 W56 1 000 64 64 000
Sous-total 66 70 65 200
Système de Tallin
Complexe de lancement de Tallin Minuteman I/II 8 W56 1 000 8 8 000
Complexe de lancement de Liepaja Minuteman I/II 8 W56 1 000 8 8 000
Complexe de lancement de Tcherepovets Minuteman I/II 8 W56 1 000 8 8 000
Complexes de lancement de Leningrad Minuteman I/II 24 W56 1 000 24 24 000
Sous-total 48 48 48 000
Radars d'alerte précoce**
Radar Dnestr (Skrunda-1) Polaris A3 2 W58 200 6 1 200
Radar Dnestr (Olenegorsk) Polaris A3 2 W58 200 6 1 200
Sous-total 4 12 2 400
Total 118 130 115 600
Projection d'une attaque américaine de suppression
de la défense antimissile soviétique en 1989***
Cible Arme Ogive Total
Type Nombre Type Puissance (kt) Ogive Puissance (kt)
Système de Moscou
Radar Dunay-3U Trident I C4 1 W76 100 2 200
Radar Dog House Trident I C4 1 W76 100 2 200
4 complexes de lancement Gorgon Minuteman III 32 W78 335 64 21 440
4 complexes de lancement Gazelle Minuteman III 68 W78 335 136 45 560
Sous-total 102 204 67 400
Radars d'alerte précoce
Radar Dnestr (code OTAN :Hen House)
(Olenegorsk)
Trident IC4 1 W76 100 2 200
Radar Daryal (Skrunda-1) Polaris A3 1 W76 100 2 200
Radar Daryal (Baranavitchy) Polaris A3 1 W76 100 2 200
Sous-total 3 6 600
Total 105 210 68 000
*Source : History of U.S. Strategic Air Command January-Juin 1968, février 1969, p. 300
**Deux autres radars sont installés près de la Chine et ne peuvent détecter des lancements de missiles par-dessus l’Arctique.
***The Protection Paradox, mars/avril 2004, Hans M. Kristensen, Matthew G. McKinzie, Robert S. Norris


Le 17 août 1956, le conseil des ministres de l'URSS a autorisé les plans d'une installation expérimentale de défense antimissile située à Sary Chagan, sur la rive ouest du lac Balkhach. Le premier missile lancé à partir de l'installation, le 16 octobre 1958, était un V-1000 (code OTAN : SA-5 Griffon). Converti en missile sol-air classique, il deviendra le S-200. Cependant, les installations pour les essais à grande échelle ne furent pas prêtes avant 1961[7].

Le , l'URSS effectue la première interception réussie au monde d'un missile balistique réel par un missile antimissile. Le système RZ-25 mettant en œuvre le V-1000 a pris pour cible un R-12 Dvina (code OTAN : SS-4 Sandal). La défense antimissile est prise en charge par la Voyska PVO, la force de défense anti-aérienne de l'Union Soviétique. Le RZ-25 sera déployé de 1962 à 1964[8].

En 1972, avec la signature du traité ABM, Moscou devient la première ville ayant une défense antimissile. Il s'agit alors du système A-35 (en), en construction à partir de 1962 avec des missiles ABM-1 Galosh (en) équipés d'une charge nucléaire de 2 à 3 mégatonnes. Ce type de missile est depuis constamment amélioré[9].

Pour cibler la région de Moscou, cible prioritaire pour les États-Unis, leur plan de frappe établi en 1989 comprend environ 400 ogives nucléaires. Pour la destruction de la défense antimissile de la capitale russe, ce plan prévoit 105 missiles (100 Minutemen III et 5 Trident I), embarquant 210 ogives d'une puissance totale de 68 mégatonnes [10].

En 2014, le ministre de la Défense de Russie, Sergueï Choïgou a déclaré que « la création d’un Système spatial uni (SSU), un nouveau système d’alerte aux missiles, était une priorité de développement des Forces des fusées stratégiques; et il est attendu que le SSU pourrait détecter non seulement les lancements des missiles balistiques intercontinentaux, mais aussi les tirs des missiles tactiques. Le SSU sera de ce fait un facteur de sécurité stratégique et pourra fournir des données de reconnaissance de grande valeur pendant des conflits locaux ». L'armée russe prévoit la livraison d’au moins 10 bataillons S-500 (missile), des missiles antiaériens et antibalistiques d'une portée maximale annoncés de 600 km aux troupes de la défense aérospatiale (VKO) à partir de 2017[11].

Dans le reste du monde[modifier | modifier le code]

Chine[modifier | modifier le code]

La République populaire de Chine a commencé ses travaux dans la défense antimissile à partir des années 1960 avec le programme Fan Ji dont les missiles et radars sont testés dans les années 1970. Elle à accéléré ses efforts pour développer ses propres capacités antimissiles après la guerre du Golfe de 1990. Elle a acquis auprès de la Russie des S-300, capables de fournir une protection limitée contre les missiles balistiques. Elle en construit sous licence sous le nom de Hongqi-10 (HQ-10) et a commencé à développer une force nationale, même si tous les contours n’en sont pas connus. Le 11 janvier 2010, une ogive Kinetic Kill Vehicle a détruit un missile balistique en exo-atmosphère en collision directe, ce qui fait de la Chine le deuxième pays au monde à avoir intercepté avec succès un missile balistique à mi-parcours. Le test a été renouvelé le 27 janvier 2013[12].

Il semble qu'en 2011 la Chine en soit déjà à un stade assez avancé, puisqu’elle développe avec la Russie la nouvelle génération de missiles S-400, ainsi qu'une version plus avancée du S-300PMU-2 avec une portée de 400 km, et une capacité accrue d’interception des missiles de croisière et balistiques. Elle développe aussi des capacités antisatellites avec des versions du DF-21, démontrées lors de la destruction d’un satellite Feng-Yun en janvier 2007[13].

Elle prévoit, dans des documents de 2014, de lancer un programme de satellite d'alerte précoce[14].

Inde[modifier | modifier le code]

L’Inde, qui a également acquis des S-300 russes, des radars EL/M-2080 Green Pine israéliens (trois entre 2002 et 2005) et de l’expertise française, développe son propre programme de défense antimissile. Elle a annoncé le 18 juillet 2005 un partenariat stratégique avec les États-Unis, concrétisé par un accord-cadre de coopération technologique privilégiée dans plusieurs domaines, dont la défense antimissiles[15].

Plusieurs types de missiles nationaux sont en cours de développement, les deux premiers étant le Prithvi Air Defence (PAD ou Pradyumna Ballistic Missile Interceptor) pour les cibles exo-atmosphériques, et l'Advanced Air Defence (AAD ou Ashwin Ballistic Missile Interceptor) pour les cibles endo-atmosphériques. Les premiers systèmes devraient être opérationnels en 2015 si les tests sont concluants[16].

D'autres types de missiles sont en développement dont une autre version bi-étage du Prithvi nommée Prithvi Defense Vehicule, conçue pour détruite les cibles exo-atmosphériques à des altitudes de plus de 120 km et ayant une portée de 2 000 km. Son premier tir d'essai, le 7e au total d'un antimissile indien, a eu lieu le 27 avril 2014 et a échoué[17],[18].

Japon[modifier | modifier le code]

Radar J/FPS-5 à Okinawa.

Depuis 1998, le Japon développe son programme antimissile en collaboration avec les États-Unis, suite aux tirs d'essai de missiles de la Corée du Nord passant au-dessus de son territoire. En 2012, les forces d’autodéfense nippones mettent en œuvre quatre destroyers de la classe Kongo dotés de missiles intercepteurs RIM-161 Standard Missile 3 (missile qui effectua en décembre 2007 pour la première fois une interception de missile balistique lors d'essais), ainsi que 16 batteries PAC-3 (Patriot Advance Capability-3). Le pays dispose également de quatre radars J/FPS-5 mis en service entre 2008 et 2011 et de sept FPS-3 modernisés, tandis que les États-Unis ont installé un radar en bande X depuis 2006 dans le nord de l'archipel, sur la base de Shariki près de Tsugaru. L'installation d'un deuxième radar annoncée début 2013 sur la base aérienne de Kiogamisaki au nord-est de Kyoto[19] est effective en décembre 2014[20].

Les États-Unis disposent aussi depuis juin 2006 de PAC-3 déployés dans leurs bases au Japon[21]. Le Destroyer Squadron 15 (en) de la 7e flotte des États-Unis stationné dans la base navale de Yokosuka comprend en juin 2017, avant l'accident du USS Fitzgerald (DDG-62), sept navires chargés de la défense antimissile balistique de cette flotte[22].

Du fait des obligations qui incombent au gouvernement japonais dans le cadre de la constitution, il est nécessaire de séparer formellement les chaînes de commandement japonaises et américaines, de façon à garantir l’indépendance de la boucle de décision nationale. D’autre part, malgré l’important niveau d’intégration de leur architecture de défense antimissile avec celle des forces américaines, les responsables japonais ont souhaité développer une capacité d’alerte et de trajectographie propre afin de pouvoir juger par eux-mêmes de la situation balistique[23].

En 2017, devant l'augmentation de la menace nord-coréenne, il est envisagé d'acquérir des Aegis Ashore équipé de SM-3 Block IIA pour un coût unitaire estimé à environ 80 milliards de yens (620 millions d'Euro au taux de change d'aout 2017)[24].

Corée du Sud[modifier | modifier le code]

Un lanceur PAC-3 américain à Osan.

Depuis le milieu des années 1990, la Corée du Sud vise à se doter d’une capacité anti-balistique couche basse autonome face à la menace des missiles balistiques nord-coréens. Nommée la Korea’s Air and Missile Defense (KAMD), elle vise à remplacer les MIM-14 Nike-Hercules. Sa mise en place s'est accélérée depuis 2008, et son coût est estimé en 2010 à environ 4,5 milliards de dollars américains[25].

En 2012, le système était constitué de radars, dont deux EL/M-2080 Green Pine israéliens de 800 km de portée achetés en 2009 pour 280 millions de dollars, de huit batteries d'un total de 48 lanceurs de Patriot PAC-2 achetées en 2008 à l'Allemagne avec 192 missiles (pour un coût de plus d'un milliard de dollars avec la remise à niveau), opérées par deux bataillons de la force aérienne de la République de Corée déployés à Séoul et Incheon, et enfin de trois destroyers Aegis de la classe Sejong le Grand entrés en service à partir de 2008, sur un total de six prévus[26].

La Agency for Defense Development développe depuis 2006 avec en autre l'entreprise russe Almaz-Antei en association la coentreprise Samsung-Thales deux systèmes de missile sol-air produit par LIG Nex1, une filiale de LG Group[27], le KM-SAM (en) ou Cheolmae II, destinée à remplacer les MIM-23 Hawk, qui est en service depuis fin 2015, et un système dérivé à priori du S-400 Triumph russe désigné Cheolmae 4-H, qui aurait une portée de 150 km et un plafond de plus de 60 km[28]. Ce dernier projet couterait, selon un article de 2011, 812 millions de dollars[29].

Fin 2012, on estime qu'un système complet pourrait être en place d’ici 2015[30]. Un premier exercice antimissile est annoncé pour la première moitié de 2015[31].

Contrairement au Japon, la Corée du Sud ne s’est pas associée officiellement aux États-Unis pour sa défense antimissile balistique, en raison de la faible distance séparant les deux Corées, imposant des choix technologiques différents de ceux utilisés au Japon. D'après le général Adorno Auguste, Séoul évite ainsi de froisser son puissant voisin chinois, qui voit d’un mauvais œil le bouclier américain se développer tout autour d’elle[30]. Mais de facto, le degré de coordination nécessaire pour permettre un fonctionnement efficace de l’ensemble des systèmes de défense aérienne installés en Corée du Sud et dans son voisinage, équivaudra finalement à intégrer les deux chaînes de commandement. La 8e armée des États-Unis contrôle par exemple depuis 2004 la 35e brigade d'artillerie de défense aérienne (35th Air Defense Artillery Brigade), qui disposerait de neuf batteries de tir opérées par deux bataillons distincts, comportant un total de 45 lanceurs PAC-2 (quatre missiles par lanceur) et de 27 PAC-3 (16 missiles par lanceur). Ils sont déployés au camp Carroll à l’ouest du pays, et sur la base aérienne d’Osan au sud de Séoul. En juillet 2016, un accord a lieu pour le déploiement d'une batterie de Terminal High Altitude Area Defense dans le district de Seongju[32], il est opérationnel depuis avril 2017.

Les moyens combinés des deux forces devraient permettre en théorie d'engager une demi-douzaine de salves de SCUD-B et SCUD-C, ce qui permettrait d’accroître la protection des agglomérations et bases militaires de façon significative pendant deux à trois jours (en supposant deux salves par jour). Utilisées seules, les capacités sud-coréennes permettraient au mieux de protéger les zones concernées contre une première salve seulement[25].

Menace balistique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Missile balistique.

Un missile balistique permet de projeter une charge militaire (conventionnelle, nucléaire ou chimique) sur de très longues distances, d’autant plus longues que la vitesse à laquelle elle a été lancée est grande[33].

Trajectoire du missile balistique et de l'arme lancée

Ci-contre à titre d’exemple les parcours successifs d’une arme lancée à 10 000 km. Le missile sous l'effet des forces de propulsion (dont le parcours n’a donc rien de balistique au sens de ce mot[34] ) lance un arme à haute altitude (500 km). La trajectoire de l’arme (il n’y a plus de missile) devient alors strictement balistique puisque déterminée par la vitesse acquise et l’action d’une force et d’une seule, la gravité terrestre. Le parcours final, la rentrée dans l’atmosphère, n’est plus balistique car des forces de frottement s’ajoutent à la gravité.

Le principe du lancement dit balistique[35] apporte deux remarquables capacités militaires: la portée maximum (de quelques centaines à plusieurs milliers de kilomètres selon la vitesse de l’objet lancé) et la très grande vitesse de l'arme avant qu'elle n'explose (deux fois la vitesse d’un avion de combat pour les plus lentes, presque jusqu'à 8 fois pour les plus rapides[36]).

Les premières générations de missiles balistiques (V2, Scuds) ne se séparent pas de l’arme à la fin de la propulsion et les accompagnent, moteurs arrêtés, dans leur parcours balistique. Ce qui peut-être un inconvénient (rupture à la rentrée) est un avantage pour les missiles modernes de ce type dits semi-balistiques (Iskander, et Hadès non mis en service) qui utilisent la rentrée dans l’atmosphère pour provoquer un rebond. D'où une augmentation sensible de la portée et une bonne façon de tromper les défenses. Enfin l'ogive qui protège l'arme contre les échauffements à la rentrée dans l’atmosphère peut aussi être pilotée et équipée de moyens de re-localisation ce qui va augmenter sa précision (bi-étage Pershing II) .

Tous les missiles balistiques utilisés lors des conflits de ces dernières années sont ceux de la première génération (un seul étage), simples (pas de rebond), liés à leur armes (monoblocs), de type Scud.

Entre autres exemples, on peut citer :

Au début du XXIe siècle, les pays occidentaux considèrent que les missiles de courte (un seul étage, arme séparable ou non) et de moyenne portées (deux étages, arme séparable) représentent une menace. En effet, d’une technologie moins avancée que l’aviation de chasse et donc plus accessible, ils sont développés par certains pays considérés comme hostiles (exemple : Scud en Corée du Nord et en Syrie, Fateh-110 (en) en Iran et en Syrie, Rodong-1 en Corée du Nord et en Iran, Sejil en Iran, etc.). Le 12 décembre 2012, la Corée du Nord a annoncé avoir réussi un tir de la fusée Unha (ou Taepodong 2) afin de lancer le satellite Kwangmyŏngsŏng 3, lancement considéré comme un essai déguisé des capacités balistiques du régime de Pyongyang[40],[30].

En 2010, le Conseil de l'Atlantique nord estimait qu’en dehors de l’OTAN, de la Russie et de la Chine, 5 550 à 6 250 missiles balistiques étaient en service dans le monde, dont 500 à 700 d’une portée de 2 000 à 3 000 km et une quarantaine pouvant atteindre de 3 000 à 5 500 km[41].

Architecture d'un système de défense antimissile[modifier | modifier le code]

Les systèmes peuvent être classés en défense antimissile de théâtre (défendre les forces déployées et les sites de grande valeur) ou défense de territoire (à une échelle plus importante). Le système complet repose sur un ensemble de moyens permettant de neutraliser la menace[42].

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Sous-système de commandement et de contrôle[modifier | modifier le code]

Le sous-système de commandement et de contrôle (C2) permet aux différents éléments de la défense antimissile de communiquer entre eux, afin de fournir une image en temps réel de la situation, le cas échéant de détecter la menace, de proposer une ou plusieurs solutions aux autorités de commandement, de déclencher l’interception et d’en surveiller le déroulement[43].

Sous-système d'alerte[modifier | modifier le code]

Le sous-système d’alerte permet de surveiller les zones de menaces, de détecter les tirs de missiles et de suivre leurs trajectoires. Le départ du missile peut être repéré par un capteur infrarouge situé sur un satellite (par exemple le Defense Support Program américain, déployé à partir des années 1970, et son successeur le Space-Based Infrared System ; les satellites Spirales français). Des radars suivent ensuite la trajectoire du missile, après l’extinction de son propulseur (par exemple le Sea-based X-band Radar américain ou les Ballistic Missile Early Warning System)[44].

Afin de détecter un missile dès son départ, les Japonais ont lancé le 5 novembre 2012 un programme de développement de drones d’observation. Ces drones pourront également être dotés de missiles AIM-120 AMRAAM modifiés afin d’intercepter le missile balistique avant son arrivée sur le territoire à défendre[30].

Sous-système d'interception[modifier | modifier le code]

Article détaillé : missile antibalistique.

À l’exception de l’émetteur laser de puissance qui vise à détruire le missile balistique ennemi lors de sa (brève) phase propulsée en utilisant des armes à énergie dirigée placé dans un avion tel le Boeing YAL-1 Airborne Laser (prototype qui n'a pas atteint le stade opérationnel), tous les autres systèmes d’interception sont des missiles qui vont intercepter l'arme après qu'elle a été lancée par le missile balistique qui s'en est séparé, sauf dans le cas où elle est encore liée à lui alors qu'il ne fonctionne plus ce qui ne concerne que les missiles balistiques de première génération tels le V2 ou le Scud[note 1]. On distingue[45]:

  • les missiles de défense anti aérienne[46] et leurs installations de tir (terrestre ou navale) avec une conduite de tir équipée d’un radar afin de guider le missile vers l’arme balistique assaillante (le guidage terminal est assuré par l’autodirecteur du missile). Ces missiles interviennent dans le cadre de la défense dite atmosphérique ou endo atmosphérique (à l'intérieur de l'atmosphère) et sont les seuls à permettre, par exemple, la défense contre les Scuds et autres missile balistiques de faible vitesse.
  • les missiles de type missile balistique (très forte puissance propulsive) avec un guidage terminal en infrarouge[47] et se comportant comme un missile de défense aérienne en interceptant toutefois l’arme balistique à très haute altitude, presque à la limite de l’atmosphère. On parle de défense en haut endo atmosphérique (à la limite de l'atmosphère) applicable aux armes de moyenne vitesse.
  • les missiles du même type mais sans besoin guidage terminal car équipés d’une arme nucléaire[48] qu’ils font exploser dans l'espace, au-delà de l’atmosphère. Ils ne sont déployés aujourd’hui que pour la défense de Moscou par le successeur de l'ABM-1 Galosh. Une défense dite exo atmosphérique (hors de l'atmosphère, donc spatiale) applicable aux arme de très grande vitesse.
  • les missiles balistiques lançant dans l’espace un objet d'intervention spatiale[49]dit aussi « Kill Vehicle » venant en collision avec l’arme[note 2]pour la détruire. Une défense spatiale comme précédemment mais sans arme nucléaire[note 3].

Les sous-systèmes ne sont pas dimensionnés en fonction de la zone à défendre, mais par la course de l’arme, et donc sa vitesse donnée par le missile balistique ennemi[49].


À titre d’exemples:

Le Ground-Based Interceptor américain en service en Alaska a démontré sa capacité à intercepter dans l'espace (et donc au-delà de 120 km) avec un Kill Vehicle. Un mode d'interception à l'évidence totalement inadapté à l'interception des Scuds dont le trajet de l'arme se fait quasi entièrement dans l'atmosphère. D'où les successeurs du MIM-104 Patriot sous la forme PAC-3 bien plus performante, le Patriot initial - pourtant un missile contre avions- s'étant révélé tout à fait incapable de traiter correctement les cibles qu'étaient les Scuds[50]. D'où encore l'évolution du Standard Missile, initialement missile contre avions en SM-3.

Le Terminal High Altitude Area Defense (THAAD, Défense de Zone par Intercepteur en phase Terminale [de l'arme balistique] à Haute Altitude) américain a, lui, été d'emblée conçu comme un missile anti balistique et n'est donc pas une amélioration d'un missile de défense aérienne.

Ces missiles dont on attend qu'ils aillent de plus en plus haut dans l'atmosphère ne disposent plus comme il en a été pour les premiers missiles de défense aérienne d'un pilotage aérodynamique. Leurs trajectoires sont uniquement contrôlées par la propulsion, le pilotage aérodynamique ne peut plus être utilisé, à cause de la faible pression atmosphérique aux altitudes d'interception souhaitées.

Tous ces missiles, enfin, capables d'atteindre une cible de petite dimension bien plus rapide qu'un avion, deviennent extrêmement dangereux pour les avions. Ils sont devenus des armes terriblement efficaces dans le domaine de la défense aérienne (tel le S-400 Triumph).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les différentes façons qu'ont les missiles balistique des lancer leurs armes sont décrites dans l'article Missile balistique au paragraphe 6, "Caractéristiques techniques".
  2. Ce type de missile, comme le précédent (arme nucléaire) peut aussi bien être utilisé pour détruire un satellite en orbite basse
  3. Les américains ont envisagé un missile de ce type mais exceptionnellement performant en puissance, en vitesse et en capacités de détection au point de pouvoir aller lui-même au choc aussi bien sur le missile balistique pendant sa phase propulsée que sur l'arme dès qu'elle était séparée (et donc en montant dans l'espace vers son apogée) et même enfin pendant tout le reste de sa phase spatiale. L'extrême complexité de ce missile dit Intercepteur à énergie cinétique (KEI) l'a fait abandonner.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Dwayne A. Day, « Space ghost », The Space Review, .
  2. Sénat 2000, p. 8 - 10.
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Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]