Kouros

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Un kouros (pluriel kouroï[1], on écrit aussi couros), est une statue de jeune homme, datant de la période archaïque de la sculpture grecque (de -650 à -500).

Le pendant féminin de ce type de sculpture est la korê (on écrit aussi corê, corè[2] voire coré[3]).

Généralités[modifier | modifier le code]

Les premiers kouroï, en bois, ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Vers le VIIe siècle av. J.-C., les Grecs apprirent à sculpter la pierre avec des outils de fer et commencèrent à produire des kouroï en pierre, surtout en marbre, en provenance des îles de Paros et Samos.

Le mot grec ancien κοῦρος / koũros signifie « jeune homme » et fut utilisé par Homère pour parler des jeunes soldats. À partir du Ve siècle av. J.-C., le mot fait référence à un adolescent, un homme sans barbe, mais pas à un enfant. À partir de 1890, les historiens modernes ont utilisé ce mot pour faire référence à des statues d'hommes nus. Les kouroï étaient également appelés des Apollons, puisqu'on pensait que ces statues représentaient le dieu Apollon.

Statues de la famille de Psammétique, [[XXVIe dynastie égyptienne]] (664-525), ou période saïte. Ägyptisches Museum

Les kouroï furent créés à une époque où la Grèce était sous l'influence culturelle de l'Ancienne Égypte, comme on peut le voir par leur pose rigide caractéristique, qui rappelle les statues des anciens dignitaires égyptiens. Les Grecs auraient vu ces statues en visitant l'Égypte en tant que commerçants ou mercenaires engagés par les Égyptiens. Les kouroï sont pratiquement toujours debout, les bras sur le côté et les poings serrés, mais quelques-uns ont un bras tendu pour présenter une offrande. Leur jambe gauche est légèrement en avant. Cette pose était également répandue dans la statuaire égyptienne[4]. Cependant la plupart des historiens voient dans les kouroï archaïques une invention proprement grecque se différenciant des statues égyptiennes : par exemple, la statuaire égyptienne possède un pilier gravé d'hiéroglyphes dans le dos jusqu'à la nuque, élément totalement absent de la statuaire grecque ; les statues égyptiennes sont toujours dotées d'un pagne, alors que les kouroï sont nus.

Cléobis et Biton, musée archéologique de Delphes

Les kouroï sont en effet toujours nus, portant tout au plus une ceinture et parfois des bottes. Leurs visages montrent l'influence culturelle de la Crète : ils portent des cheveux longs tressés ou ornés de perles à la mode crétoise et leurs yeux ont parfois l'aspect égyptien typique repris par l'art crétois. Les kouroï moins anciens montrent des poses plus naturelles et leur coiffure devient plus typique de la Grèce. Les kouroï représentaient toujours de jeunes hommes, de l'adolescence au début de l'âge adulte. Dans les cimetières, ils montraient le défunt comme le type idéal de la virilité.

Dans les premiers temps, les kouroï étaient supposés avoir des pouvoirs magiques et être des représentations de dieux. Vers le VIIe siècle av. J.-C., selon les plus anciennes sources connues, les kouroï avaient deux utilisations. Ils étaient offerts aux temples comme offrandes par de riches citoyens grecs, comme on peut le voir sur les inscriptions sur leur piédestal. Ils étaient également placés dans les cimetières pour marquer la tombe de citoyens importants.

Cependant, les kouroï n'ont jamais été supposés être des représentations de personnes réelles. Un des kouroï les plus connus se dressait sur la tombe de Kroisos, un soldat athénien. L'inscription sur la statue indique : « Arrête-toi et aie pitié devant la marque de Kroisos mort, que le violent Arès fit périr au premier rang du combat. » Le mot marque nous montre qu'il s'agit d'une représentation symbolique de Kroisos et non d'un portrait.

Une autre œuvre très connue est celle des deux kouroï jumeaux connus sous le nom de Cléobis et Biton, trouvés et conservés à Delphes. Ces statues, datées d'environ -580, sont la représentation de deux héros semi-mythiques d'Argos. Ces kouroï typiques représentent la piété filiale et la force physique.

Au VIe siècle av. J.-C., les kouroï devinrent plus grands, car les Grecs avaient plus de moyens et d'expérience dans la sculpture du marbre. Certains atteignent trois ou quatre fois la taille humaine. Les plus grands furent produits pour le grand sanctuaire de la déesse Héra de Samos, fondé par le tyran Polycrate. Un de ces kouroï, géant de cinq mètres de haut, est le plus grand jamais retrouvé : découvert en 1981, il est conservé au musée archéologique de Samos. Une inscription sur sa droite laisse penser que la statue a été dédiée à Héra par un noble ionien nommé Ischès.

La plupart des kouroï furent commandés par des aristocrates pour être offerts aux temples, ou bien par des familles d'aristocrates pour les placer sur leurs tombes. La sculpture en marbre était très coûteuse et seuls les plus riches pouvaient se permettre de payer des sculpteurs pour créer de telles œuvres. Les kouroÏ sont des représentations de la santé et du pouvoir de la classe aristocratique grecque, et quand cette classe perdit son pouvoir au VIe siècle av. J.-C., les kouroï passèrent de mode, à la fois politiquement et artistiquement.

À la fin du VIe siècle av. J.-C., les kouroï ont cédé leur place à des sculptures plus anatomiquement naturalistes, comme celles des tyrannoctones, érigées à Athènes vers -500. Ces statues sont célèbrent, a posteriori l'avènement de la démocratie athénienne, marquant le remplacement de la culture des kouroï et du système aristocratique qui l'accompagnait. Ce ne sont donc pas des portraits. La mode du portrait en pieds se répand dans la Grèce classique du Ve siècle. Et le portrait nu se multiplie à l'époque romaine, en général avec le montage de corps stéréotypés et du portrait limité à la tête.

Évolution des styles des kouroi[modifier | modifier le code]

Le classement stylistique chronologique proposé par Gisela Richter, spécialiste de l'époque archaïque[5],[6] distingue cinq périodes :

  • 615-590 : Sounion
  • 590-570 : Orchomène Théra
  • 575-550 : Tenéa-Volomandra
  • 540-520 : Anavyssos-Ptoon
  • 520-485 : Ptoon 20

Sounion[modifier | modifier le code]

Richter[7] déduit les dates approximatives de cette période de la durée de développement nécessaire pour les générations précédentes de Tenéa-Volomandra. On note la similitude de la sculpture des kouroi avec la poterie athénienne contemporaine, comme l'amphore de Nessus[8]

Ce premier groupe est un groupe colossal, caractérisé par des muscles très graphiques et divisés de manière arbitraire. Les lignes de l'ossature sont très nettes, avec très peu de volume pour les chairs et les muscles. Le visage, traité en trois plans (de face et des deux côtés), est encadré par la chevelure en mèches perlées.

Œuvres majeures de cette époque 
  • Les kouroi de Sounion (musée national d'Athènes) sont légèrement de biais sur leur base, ce qui est très rare. Les clavicules sont horizontales et très nettement notées, de même que la ligne pectorale, l'aine et la rotule. Des lignes obliques dans le dos marquent les omoplates, les côtes, et la ligne arrière du bassin. Le bourrelet des hanches est prolongé arbitrairement sur les fesses ;
  • Tête du Dipylon (musée national d'Athènes): l'œil, à fleur de paupière et sans détails, immense, occupe la moitié du visage. Les oreilles sont très stylisées, en doubles volutes décoratives, très conventionnelles. La chevelure en mèches perlées est traitée en arrondi qui répond très harmonieusement à l'harmonie du visage ;
  • Kouros du Metropolitan Museum de New-York (met.32.11.1) ;
  • Dermy et kityllos (musée national d'Athènes, NAMA 56) ;
  • Kouros de Delphes
  • Kouros de Delos

Orchomène, Théra[modifier | modifier le code]

Ce groupe est caractérisé par un retour à la taille naturelle. L'angle interne de l’œil est traité. Le sourire archaïque, qui relève les commissures des lèvres, apparaît et anime le visage. Les avant-bras commencent à se rabattre vers l'intérieur. Les pectoraux, moins bas, sont modelés, mais l'aine est toujours étroite et conventionnelle.

Œuvres majeures de cette époque 
  • Kouros corinthien de Ténéa (Glyptothèque de Munich) : ses épaules sont tombantes, et on distingue une dissymétrie des cuisses.

Tenéa-Volomandra[modifier | modifier le code]

Anavyssos-Ptoon[modifier | modifier le code]

Avec ce troisième groupe, la musculature est plus modelée et semble bien comprise, ce qui donne des subdivisions plus fluides pour les abdominaux, la coiffure est toujours décorative et est traitée en mèches coquillées (ce qui est très fréquent à l'époque), et le sourire est moins figé. Mais on garde cependant encore des aspects conventionnels. Les clavicules sont artificielles, l'aine est droite, la jambe gauche est avancée sans conséquence sur l'anatomie, et l'arrête du tibia est nette.

Œuvres majeures de cette époque 
  • Kouros de Kroisos (musée national d'Athènes): plus grand que nature, sa musculature est beaucoup plus modelée. L'arc thoracique et les hanches sont plus larges.
  • Kouros d'Aristodikos (musée national d'Athènes): abandon de la chevelure longue et du visage souriant. Toute la musculature est en place et bien comprise, mais n'est toujours pas affectée par l'avancement de la jambe gauche.

Ptoon 20[modifier | modifier le code]

Caractéristiques régionales[modifier | modifier le code]

La théorie d'une évolution linéaire ne prend ce pendant pas en compte les particularismes régionaux.

  • Kouroi argiens : très massifs, robustes, graphiques ; tête carrée ; épaules larges et épaisses
Œuvre majeure
jumeaux de Delphes ;
  • Kouroi pariens : plus ronds et souriants (pommettes saillantes) ; structure globale en T ; épaules légèrement rejetées en arrière
Œuvre majeure
kouros de Paros du Louvre-Lens
  • Kouroi ioniens : vêtus ; en chairs ; yeux fins et étirés ; nez large
Œuvre majeure
kouros dédié par Dionysermos (Louvre)
  • Kouroi béotiens : mèche en fourchette sur le front ; arcade sourcilière très étendue et haute ; sourire aux commissures très nettes ; yeux larges
Œuvre majeure

Évolution stylistique en image : du Kouros archaïque à l'Apollon classique[modifier | modifier le code]

Parfum[modifier | modifier le code]

En 1981, Yves Saint Laurent sort un parfum, Kouros, imaginé à partir des statues grecques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.cnrtl.fr/definition/academie9/kouros
  2. http://www.cnrtl.fr/definition/korê
  3. Bernard Holtzmann, 2010 qui emploie systématiquement couros et corè.
  4. Iversen MittKairo 15, 1957, 134-147, et Canon et proportion dans l'Art égyptien, 1955. Levin AJA 68, 1964, 13-28. Levin AJA 68, 1964, 13-28.
  5. The Sculpture and Sculptors of the Greeks, Yale University Press, 1929, 4th revised edition, 1970.
  6. Archaic Greek Art against Its Historical Background, Oxford University Press, 1949.
  7. Richter, Kouroi, p.38
  8. NAMA 1002

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Holtzmann, La sculpture grecque : une introduction, Paris, Librairie Générale Française, coll. « Le livre de poche », , 447 p. (ISBN 978-2-253-90599-8)


Article connexe[modifier | modifier le code]

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