Village de pêcheurs

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Un village de pêcheurs est une localité rurale (bourg, village…) située à proximité d'une zone de pêche (poissons ou fruits de mer), qui constitue le fondement de son économie.

Les îles et les continents de la planète totalisent une longueur de littoral atteignant 356 000 km[1]. En 2014, le poisson représentait « près de 17 pour cent des apports protéiques mondiaux – pouvant aller jusqu'à 70 pour cent dans certains pays côtiers et insulaires[2]. » Les villages de pêcheurs existent au moins depuis le Néolithique (env. )[3] sur les côtes, les rives des lacs et les berges des cours d'eau.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le dhoni est un bateau traditionnel des Maldives, utilisé jusqu'à nos jours pour la pêche.

Les villages côtiers de pêcheurs sont souvent isolés et situés près d'un port naturel qui fournit un refuge pour une flottille de bateaux de pêche. Le village propose une place sûre pour le débarquement du poisson et la mise en sécurité des embarcations lorsqu'elles ne sont pas utilisées[4]. Les villages de pêcheurs opèrent souvent depuis une plage, en particulier au bord des lacs. Ainsi, autour du lac Malawi, chaque village dispose de sa propre plage. Si un pêcheur d'un autre village débarque du poisson sur une plage, il doit en céder une partie au chef de village[5]. Les bateaux de pêche villageois sont généralement typiques de la partie de la côte où ils opèrent. Les bateaux de pêche traditionnels évoluent au fil du temps pour répondre aux conditions locales, telles que les matériaux disponibles localement pour leur construction, le type de conditions de mer qu'ils vont rencontrer et les exigences de la pêche locale.

Certains villages sont construits sur l'eau, tels les villages flottants de la baie d'Along, au Vietnam, les maisons sur pilotis de Tai O, construites sur des estrans près de Hong Kong[6] et les kelongs (en) que l'on trouve dans les eaux Malaisiennes, Philippines et Indonésiennes. D'autres sont construits sur des îles flottantes, tels les phumdis (en) du lac Loktak, en Inde et les habitations des Uros du lac Titicaca, à la frontière du Pérou et de la Bolivie.

On trouve bien évidemment dans ces villages les services et activités qu'on peut rencontrer dans tout village, de l'artisanat, des écoles, des centres de soins, etc. En outre il existe plus spécifiquement des activités en lien direct avec la pêche, marché aux poissons, transformation du poisson, construction et entretien des embarcations… Jusqu'au xixe siècle les villages complétaient leurs revenus avec les chantiers de démolition de navires, le pillage d'épaves, parfois associé à des pratiques de naufrageurs[7] ainsi qu'avec la contrebande[8],[9].

Dans les pays les moins développés, les villages traditionnels sont parfois presque inchangés par rapport aux temps anciens[10]. Dans les pays plus développés, les villages ont évolué du fait de facteurs socioéconomiques tels que la pêche industrielle et l'urbanisation[11]. Au fil du temps, la plupart des villages dépassent leur fonction originelle de pêche artisanale. Ainsi, sept cents ans auparavant, Shanghai, située près du delta du Yangtsé, était un petit village de pêcheurs[12]. Récemment, ce type de villages est devenu une destination pour le tourisme et le loisirs. La pêche sportive et le nautisme de loisir sont des secteurs économiques de plus en plus importants et les villages sont souvent bien positionnés pour en tirer avantage. Par exemple, la ville de Destin, en Floride, a évolué depuis un village de pêche artisanale jusqu'à devenir une station balnéaire avec une importante flotte de pêche et de bateaux de loisir[13]. L'attrait touristique est devenu tel que le gouvernement coréen se proposait, en 2001, de construire quarante-huit villages de pêcheurs pour répondre à la demande[14]. En 2004 la Chine affirmait abriter 8 048 villages de pêcheurs[15].

Villages anciens[modifier | modifier le code]

Depuis mille ans, Reine est impliquée dans la pêche au cabillaud en tant que centre d'une communauté de villages de pêche, dans les îles Lofoten, en Norvège.

Skara Brae, sur la côte ouest des Orcades, au large de l'Écosse, est un petit village d'agriculteurs et de pêcheurs datant du Néolithique, présentant dix maisons en pierre ; il fut occupé de 3100 av. J.-C. à 2500 av. J.-C. C'est le village néolithique le mieux conservé découvert en Europe. Le village lycien de Kaleköy (en), en Turquie, date de 400 av. J.-C.[16] Le hameau de pêcheurs de Clovelly, sur la côte nord du Devon, en Angleterre, est un peuplement saxon ancien, recensé dans le Domesday Book[17]. Le village de Kaunolu (en), à Hawaï, daterait de 1 500 ans.

On continue à découvrir d'anciens villages de pêcheurs. L'un d'entre eux a été mis au jour dans la province de Khanh Hoa, au Vietnam ; il daterait de 3 500 ans[18]. Les fouilles du village biblique de Bethsaïde, sur les rives du lac de Tibériade, considéré comme le lieu de naissance des apôtres Pierre, Philippe et André, ont montré qu'il avait été établi dix siècles avant Jésus-Christ[19]. Un village tongien, récemment fouillé, apparaît avoir été fondé il y a 2 900 ans. Cela en fait le plus vieux site connu de peuplement en Polynésie[20]. D'autres fouilles récentes ont été menées à Walraversijde, un village médiéval de pêcheurs, situé en Flandre-Occidentale (actuelle Belgique)[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « World, coastlines », CIA World Factbook, (consulté le 11 septembre 2015).
  2. « Un rapport de la FAO souligne le rôle croissant du poisson dans l'alimentation de la planète », FAO (consulté le 15 septembre 2015)
  3. Voire bien avant, ainsi Yuval Noah Harari postule-t-il l'existence de tels villages dès 45 000 ans av. J.-C. dans son ouvrage Sapiens. Une brève histoire de l'humanité, Albin Michel, , p. 52
  4. (en) J. A. Sciortino, A. Barcali et M. Carlesi, Construction and maintenance of artisanal fishing harbours and village landings, Rome, FAO, coll. « Training Series » (no 25), (lire en ligne).
  5. (en) Chambo Fisheries Research Project, Fisheries management in south-east Lake Malawi (Technical paper 21), Rome, FAO, (lire en ligne).
  6. (en) « Tai O Fishing Village », sur discoverhongkong.com
  7. (en) Bella Bathurst, The Wreckers: a Story of Killing Seas, False Lights, and Plundered Shipwrecks, Boston, Mass., Houghton Mifflin, (ISBN 978-0-618-41677-6)
  8. (en) Joshua M. Smith, Borderland Smuggling: Patriots, Loyalists and Illicit Trade in the Northeast, 1783–1820, Gainesville, University Press of Florida I, .
  9. (en) Mary Waugh, Smuggling in Kent and Sussex 1700–1840, Countryside Books, (1re éd. 1985) (ISBN 0-905392-48-5).
  10. (en) U. Tietze, G. Groenewold et A. Marcoux, Demographic change in coastal fishing communities and its implications for the coastal environment (Fisheries Technical Paper 403), Rome, FAO, (lire en ligne).
  11. (en) « The Effects of Urbanization and Social Orientation » [PDF] (consulté le 14 septembre 2015)
  12. (en) « Shanghai was once a seaside fishing village », sur streetdirectory.com (consulté le 14 septembre 2015).
  13. (en) « History of the World’s Luckiest Fishing Village »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Chambre de commerce de la zone de Destin (consulté le 14 septembre 2015).
  14. (en) Henderson J. C., « Tourism and Politics in the Korean Peninsula », The Journal of Tourism Studies, vol. 13, no 2,‎ (lire en ligne [PDF]).
  15. (en) G. Zhijie, X. Yingliang, Z. Xiangguo, W. Yong, A. Daobo A et S. Sugiyama, Review of fishery information and data collection systems in China (FAO Fisheries Circular No. 1029), Rome, FAO, (ISBN 978-92-5-105979-1, lire en ligne [PDF]), p. 46.
  16. (en) « Kekova-Simena Region », sur lycianturkey.com (consulté le 14 septembre 2015).
  17. (en) « Focus on Devon », sur woodland-trust.org.uk (consulté le 14 septembre 2015).
  18. (en) « Ancient fishing village unearthed in Vietnam », sur stonepages.com, .
  19. (en) « Bethsaida- An Ancient Fishing Village on the shore of the Sea of Galilee », Israel Ministry of Foreign Affairs, .
  20. (en) « Tongan fishing village dated oldest in Polynesia », sur stuff.co.nz, .
  21. (en) D. Tys et M. Pieters, « Understanding a medieval fishing settlement along the southern Northern Sea: Walraversijde, c. 1200–1630 », dans L. Sicking et D. Abreu-Ferreira (éds.), Beyond the catch: fisheries of the North Atlantic, the North Sea and the Baltic, 900-1850, Brill, (ISBN 978-90-04-16973-9, lire en ligne), p. 91–122.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) R. J. Beare et K. E. Rushoke, Integrated Development of Fishing Villages in Kagera Region, Tanzania, Rome, FAO, (lire en ligne).
  • (en) W.R. Belcher, « The Ethnoarchaeology of a Baluch Fishing Village », dans Archaeology of Seafaring: The Indian Ocean in the Ancient Period, Himanshu Prabha Ray ed., , p. 22–50.
  • (en) Edeltraud Drewes, Three Fishing Villages In Tamil Nadu - A Socio-Economic Study With Special Reference To The Role and Status of Women (Working Paper BOBP/WP/14), FAO, (lire en ligne).
  • (en) J.R. McGoodwin, Understanding the cultures of fishing communities. A key to fisheries management and food security (Fisheries, Technical Paper 401), FAO, (ISBN 978-92-5-104606-7, lire en ligne).
  • (en) A. Poonnachit-Korsieporn, Coastal fishing communities in Thailand (Publication 2000/06), FAO: Regional Office for Asia, (lire en ligne).
  • (en) H. Seilert et S. Sangchan, Small-Scale Fishery in Southeast Asia: A Case Study in Southern Thailand : Social and geographic background (Publication 2001/19), FAO, Regional Office for Asia and the Pacific, (lire en ligne).
  • (en) H. Seilert et S. Sangchan, « Small-Scale Fishery in Southeast Asia: A Case Study in Southern Thailand », dans Fishing activities and their social implications (Publication 2001/19), FAO, Regional Office for Asia and the Pacific, (lire en ligne).
  • (en) J.A. Sciortino, « Construction and Maintenance of Artisanal Fishing Harbours and Village Landings », FAO Training Series, vol. 25,‎ (ISBN 9789251036099, lire en ligne).
  • (en) David B. Thomson, « Integrated systems », dans South China Sea Fisheries Development and Coordinating Programme Intermediate technology and alternative energy systems for small scale fisheries, FAO, (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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