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Tuffeau

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Exemple de bâtiment en tuffeau : l'hôtel Pincé à Angers.

Le tuffeau, ou tufeau (dérivé de tuf, venant du latin tofus désignant une pierre spongieuse et friable[1]), est une variété de calcaire à l'aspect crayeux renfermant de nombreux éléments détritiques (grains de micas blancs, de quartz, de glauconie) et des débris coquilliers. Roche peu cohérente mais qui a la propriété de durcir à l'air, elle peut donner « des craies grossières comme le Tuffeau de Touraine (stratotype du Turonien) ou des calcaires grenus, sableux, comme les tuffeaux de Ciply (Montien), de Saint-Symphorien ou de Maastricht (Maestrichtien) ; les autres sont des grès opalifères et glauconifères (gaizes) comme les tuffeaux du Landénien[2] ».

Tendre et légère, facile à travailler, cette pierre de taille a été employée pour la construction de nombreux monuments dans l'architecture civile et religieuse du val de Loire depuis l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle, notamment ceux de la Renaissance et à commencer par les châteaux de la Loire[1]. Elle a été également utilisée pour la production de salpêtre[3]. Elle accuse un fort déclin à la fin du XIXe siècle avant de renaître dans les années 1960 pour soutenir des travaux de restauration d'édifices[1].

Présentation

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Constructions en tuffeau à Candes-Saint-Martin, Indre-et-Loire.

Le tuffeau de la vallée de la Loire, de Touraine et d'Anjou (Anjou blanc), a été abondamment employé en construction du XVe siècle au XIXe siècle[4], en particulier à la Renaissance (voir aussi Châteaux de la Loire). Il est extrait le plus souvent du sous-sol de coteaux bordant le fleuve, créant ainsi des galeries, ou des caves de plusieurs kilomètres. Les blocs de roche extraits pouvaient ainsi être chargés sur des bateaux.

Selon la proportion de grains détritiques, on rencontre trois variétés de tuffeau sur le territoire dans le val de Loire : le tuffeau blanc, pierre d'œuvre la plus noble, est un calcaire à grain fin estimé pour son homogénéité. La plupart des monuments et des demeures aristocratiques ont bénéficié de sa qualité ; le tuffeau jaune est un calcaire sableux plus grossier. Il fut notamment utilisé dans l'habitat rural en Touraine, pour les fondations d'édifices et pour l'entretien des digues de Loire ; le tuffeau gris, de moins bonne qualité et plus sensible au gel, se distingue par une couleur bleutée. Extrait entre Saumur et Gennes, il s'exprime dans les façades latérales et a surtout servi à la fabrication de chaux hydraulique[5].

La cathédrale de Nantes a été construite en grande partie en tuffeau. Il en fut de même des tours de sable de la Cathédrale Saint-Lambert de Liège

Le terme tuffeau est dérivé du terme tuf, autre roche calcaire qui est parfois appelée aussi « calcarenite ». Il diffère de la véritable craie par la présence de foraminifères et de nombreux débris de coquilles déposés en eaux peu profondes (entre 2 et 20 m) et agitées, près du littoral. Au contraire, la craie riche en un autre type de micro-fossiles à carapace calcaire, les coccolithes, a été déposée en eaux profondes (environ 200 m) et calmes.

Caractéristiques

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La porosité du tuffeau est très élevée et peut atteindre les 50 % en volume[4]. Ceci en fait une véritable roche « buvard » capable d'accumuler de grandes quantités d'eau. En Hesbaye (Belgique), cette eau est récupérée au moyen de réseaux de galeries drainantes creusées spécifiquement à cette fin[réf. souhaitée].

La cathédrale de Nantes est en grande partie construite en tuffeau.

Le tuffeau est extrait de carrières dans des strates de l'ère secondaire au crétacé supérieur, étage turonien.

Un grand nombre de carrières souterraines se sont développés près des rives de la Loire et de ses affluents, dans le Bassin parisien : le Cher, l'Indre, la Vienne, la Creuse, le Loir, la Sarthe[4].

En Région wallonne, le tuffeau calcaire affleure dans la région de Mons (Ciply) et existe également en Hesbaye (Lincent). La craie du Maastrichtien se prolonge jusqu'à Visé puis en Limbourg néerlandais. Des centaines de kilomètres d'exploitations par chambres et piliers ont ainsi été réalisés dans les Carrières souterraines de la Malogne mais aussi des carrières de la montagne Saint-Pierre et ont servi depuis des siècles de source de pierre à bâtir pour la ville de Maastricht aux Pays-Bas.

Les deux tours de sable de la cathédrale Saint-Lambert de Liège étaient en tuffeau.

Notes et références

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  1. a b et c Danièle James-Raoul, Claude Thomasset, La pierre dans le monde médiéval, Presses de l'université Paris-Sorbonne, , p. 45
  2. Frédéric Boulvain & Paul Dumont, Lexique de géologie sédimentaire, université de Liège, 2024, p.186
  3. Daniel Prigent, « Exploitation et commercialisation du tuffeau blanc (XVe-XIXe siècles) », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, t. 104, no 3,‎ , p. 67-80 (lire en ligne).
  4. a b et c Daniel Prigent, « Exploitation et commercialisation du tuffeau blanc (XVe – XIXe siècles) », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, t. 104,‎ , p. 67-80 (lire en ligne, consulté le )
  5. Daniel Prigent, « Les techniques d'exploitation du tuffeau en Anjou », dans Odette Chapelot, Paul Benoit (dir.), Pierre et métal dans le bâtiment au Moyen Âge, Editions de l'Ecole des hautes études en sciences sociales, 1985=, p. 255-270

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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