Expédition de Morée

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Expédition de Morée
Carte ancienne en noir et blanc.
Carte du Péloponnèse
Abel Blouet, Expédition scientifique de Morée., 1831.
Informations générales
Date 1828-1833
Lieu Morée (Péloponnèse actuel)
Casus belli Chute de Missolonghi
Issue Indépendance de la Grèce
Commandants
Nicolas-Joseph Maison

Guerre d'indépendance grecque

Batailles

Bataille de Navarin

L’expédition de Morée est le nom donné à l’intervention terrestre de l’armée française dans le Péloponnèse[N 1] entre 1828 et 1833, lors de la guerre d'indépendance grecque, afin de libérer la région des forces d'occupation turco-égyptiennes. Elle fut également accompagnée d'une mission scientifique.

Après la chute de Missolonghi en 1826, l’Europe occidentale avait décidé d’intervenir en faveur de la Grèce insurgée. L’attitude d'Ibrahim Pacha, allié égyptien de l’Empire ottoman, étant particulièrement critiquée, le principal objectif était d’obtenir qu’il évacuât les régions occupées, le Péloponnèse en premier lieu. L’intervention débuta par l’envoi d’une flotte franco-russo-britannique qui remporta la bataille de Navarin en octobre 1827. En août 1828, un corps expéditionnaire français de 15 000 hommes conduit par le général Nicolas-Joseph Maison débarqua dans le sud-ouest du Péloponnèse. Les soldats stationnèrent dans la presqu’île jusqu’à l'évacuation, en octobre, des troupes égyptiennes, puis ils prirent le contrôle des principales places-fortes encore tenues par les troupes turques. Bien que l’essentiel des troupes rentrât en France après 8 mois, début 1829, la présence française se poursuivit jusqu’en 1833.

Comme lors de la campagne d'Égypte de Napoléon Bonaparte, où une commission des sciences et des arts avait accompagné l’expédition militaire, une mission scientifique de Morée accompagnait les troupes. Dix-neuf savants, sous la direction du naturaliste et géographe Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, représentant diverses spécialités, histoire naturelle ou antiquités (archéologie, architecture et sculpture), firent le voyage. Leurs travaux furent d’une importance majeure dans la connaissance du pays. Les cartes topographiques réalisées sont d’une très grande qualité et les relevés, dessins, coupes, plans et propositions de restauration sur les monuments du Péloponnèse, de l’Attique et des Cyclades furent, après James Stuart et Nicholas Revett, une nouvelle tentative d’inventaire systématique et exhaustif des vestiges grecs antiques. L’expédition de Morée et ses publications scientifiques offrirent une description presque complète des régions visitées et en firent un inventaire scientifique, esthétique et humain qui resta longtemps l’un des meilleurs réalisés sur la Grèce[1].

carte moderne en couleurs
Carte du Péloponnèse, avec les lieux visités par l'expédition.

Contexte[modifier | modifier le code]

Contexte militaire et diplomatique[modifier | modifier le code]

Une femme de face en costume national grec, au milieu de ruines et de cadavres
Delacroix, La Grèce sur les ruines de Missolonghi. Ce tableau joua un rôle important dans la campagne d’opinion en Occident qui détermina une intervention.

En 1821, les Grecs s’étaient révoltés contre l’occupation ottomane. Ils avaient d’abord remporté de nombreuses victoires et proclamé leur indépendance le 1er janvier 1822. Les victoires grecques avaient été de courte durée, en partie parce que les insurgés s'étaient rapidement déchirés entre factions rivales au cours de deux guerres civiles. Le sultan Mahmoud II avait appelé à l’aide son vassal égyptien Mehemet Ali qui, en 1824, avait dépêché en Grèce son fils Ibrahim Pacha avec une flotte et d'abord 8 000 puis 25 000 hommes. L’intervention d’Ibrahim fut décisive : le Péloponnèse avait été reconquis en 1825 ; le verrou de Missolonghi était tombé en 1826 ; Athènes avait été prise en 1827. Il ne restait plus alors à la Grèce que Nauplie, Hydra, Spetses et Égine[2],[3],[4].

Le jeu des puissances européennes était alors ambigu, tout comme celui de leurs représentants au Levant. Le soulèvement grec, considéré comme libéral et national, ne convenait pas à l’Autriche de Metternich, principal artisan de la politique de la Sainte-Alliance. Cependant, la Russie, autre gendarme réactionnaire de l’Europe, était favorable à l’insurrection par solidarité religieuse orthodoxe et par intérêt géo-stratégique (contrôle des détroits des Dardanelles et du Bosphore). La France de Charles X, autre membre actif de la Sainte-Alliance (elle venait d’intervenir en Espagne contre les libéraux), avait une position ambiguë : les Grecs, certes libéraux, étaient d’abord des chrétiens et leur soulèvement contre les Ottomans musulmans pouvait ressembler à une nouvelle croisade. La Grande-Bretagne, pays libéral, s’intéressait surtout à la situation de la région sur la route des Indes, et Londres désirait pouvoir y exercer une forme de contrôle[5]. Enfin, pour l’ensemble de l’Europe, la Grèce était le berceau de la civilisation et de l’art depuis l’Antiquité.

Un fort courant d’opinion philhellène se développa en Occident. Il fut alors décidé d’intervenir en faveur de la Grèce, berceau de la civilisation, avant-garde chrétienne en Orient et dont la position stratégique était évidente. Par le traité de Londres de juillet 1827[N 2], la France, la Russie et le Royaume-Uni reconnurent l’autonomie de la Grèce qui resterait vassale de l’Empire ottoman. Les trois puissances se mirent d’accord pour une intervention limitée afin de convaincre la Porte d’accepter les termes du traité. Une expédition navale de démonstration fut suggérée et adoptée. Une flotte conjointe russe, française et britannique fut envoyée pour exercer une pression diplomatique sur Constantinople[6]. La bataille navale de Navarin, livrée le 20 octobre 1827, entraîna la destruction totale de la flotte turco-égyptienne[7].

La Bataille de Navarin, le 20 octobre 1827, au cours de laquelle les forces navales alliées (Grande-Bretagne, France et Russie) ont vaincu de manière décisive les flottes ottomane et égyptienne.

En 1828, Ibrahim Pacha était donc dans une situation difficile : il venait d’essuyer une défaite à Navarin ; la flotte conjointe exerçait un blocus qui l’empêchait de recevoir renforts et ravitaillement ; ses troupes albanaises qu’il ne pouvait plus payer avaient regagné leur pays, sous la protection des troupes grecques de Theódoros Kolokotrónis. Le 6 août 1828, une convention avait été conclue à Alexandrie entre le vice-roi d’Égypte, Mehemet Ali et l’amiral britannique Edward Codrington. Ibrahim Pacha devait évacuer ses troupes égyptiennes et laisser le Péloponnèse aux quelques troupes turques (estimées à 1 200 hommes) qui y restaient encore. Cependant, Ibrahim Pacha refusant de tenir les engagements pris, continuait à contrôler diverses régions grecques : Messénie, Navarin, Patras et quelques autres places fortes. Il avait même ordonné la destruction systématique de Tripolitza[8].

Par ailleurs, le gouvernement français de Charles X commençait à avoir des doutes quant à sa politique grecque[9]. Ibrahim Pacha lui-même releva cette ambiguïté lorsqu’il rencontra le général Maison en septembre : « Pourquoi la France après avoir fait des esclaves en Espagne en 1823 venait maintenant en Grèce faire des hommes libres ? »[10] Enfin, une agitation libérale, en faveur de la Grèce et s’inspirant de ce qui se passait alors en Grèce, commençait à se développer en France. Plus longtemps la France restait, plus sa position vis-à-vis de Metternich devenait délicate. Le gouvernement ultra-royaliste décida donc de hâter les choses. Une expédition terrestre fut proposée à la Grande-Bretagne qui refusa d’intervenir elle-même directement. Cependant, la Russie avait déclaré la guerre à l’Empire ottoman et ses victoires militaires inquiétaient Londres qui ne désirait pas voir l’empire des tsars descendre trop au sud. La Grande-Bretagne ne s’opposa donc pas à ce que la France intervînt seule[11].

Contexte intellectuel[modifier | modifier le code]

La philosophie des Lumières développa l’intérêt de l’Europe occidentale pour la Grèce, en fait pour une Grèce antique idéalisée. On considérait que les notions, si importantes pour les Lumières, de Nature et de Raison, avaient été les valeurs primordiales de l’Athènes classique. Les anciennes démocraties grecques, et surtout Athènes, devinrent des modèles à imiter. On alla y puiser des réponses aux problèmes politiques et philosophiques du temps. Des ouvrages tels que celui de l’Abbé Barthélemy : Voyage du Jeune Anacharsis, paru en 1788 servirent à fixer définitivement l’image que l’Europe avait de l’Égée.

Les théories et le système d’interprétation de l’art antique de Johann Joachim Winckelmann décidèrent du goût européen pour des dizaines d’années. Son œuvre majeure, Histoire de l’art antique., fut publiée en 1763, et traduite en français dès 1766. Il fut, dans cet ouvrage, le premier à périodiser l’art antique, classant les œuvres de façon chronologique et stylistique[12].

Les vues de Winckelmann sur l’art englobaient l’ensemble de la civilisation, puisqu’il faisait un parallèle entre niveau de développement général de celle-ci et évolution de l’art qu’il lisait comme on lisait à l’époque la vie d’une civilisation, en termes de progrès, d’apogée puis de déclin[13]. Pour lui, l’art grec avait été le sommet de l’art et il avait culminé avec Phidias. Winckelmann considérait que les plus belles œuvres de l’art grec avaient de plus été produites dans des circonstances géographiques, politiques et religieuses idéales. Cette conception domina longtemps la vie intellectuelle en Europe. Il classa l’art grec en Antique (période archaïque), Sublime (Phidias), Beau (Praxitèle) et Décadent (période romaine).

dessin en noir et blanc sur fond jaune d'un bâtiment antique en ruines
Le Parthénon, à l’époque de Lord Elgin.

Les théories de Winckelmann sur l’évolution de l’art culminant dans l’art grec, dans sa période Sublime, conçu dans une période de liberté politique et religieuse complète, participèrent à l’idéalisation de la Grèce antique et augmentèrent l’envie de se rendre en terre grecque. On croyait aisément alors avec lui que le bon goût était né sous le ciel de Grèce. Il sut convaincre l’Europe du XVIIIe siècle que la vie en Grèce antique était pure, simple et morale, et que l’Hellas classique était la source à laquelle les artistes devaient aller puiser les idéaux de « noble simplicité et calme grandeur »[14]. La Grèce devint la « patrie des arts » et « l’éducatrice du goût ».

Le gouvernement français avait placé les travaux de l’expédition de Morée dans la lignée de ceux de James Stuart et Nicholas Revett, qu’ils devaient compléter. Les expéditions à caractère semi-scientifique commanditées et financées par la Société des Dilettanti restaient la référence. Elles furent les premiers mouvements de re-découverte de la Grèce antique. La première, celle de Stuart et Revett à Athènes et dans les îles, eut lieu en 1751-1753. Celle de Revett, Richard Chandler et William Pars en Asie Mineure se déroula entre 1764 et 1766.

Enfin, les « travaux » de Lord Elgin sur le Parthénon au début du XIXe siècle avaient aussi suscité la convoitise. Il semblait qu’il était possible de constituer en Europe occidentale d’immenses collections d’art antique.

L’expédition militaire[modifier | modifier le code]

Préparation[modifier | modifier le code]

Le général Nicolas Joseph Maison, commandant en chef du corps expéditionnaire de 1828 à 1829.

La Chambre des députés autorise un emprunt de 80 millions de francs-or pour permettre au gouvernement de tenir ses engagements[15]. Un corps expéditionnaire de 13 000 à 15 000 hommes[16] commandés par le lieutenant-général Nicolas Joseph Maison est formé. Il est composé de trois brigades commandées par les maréchaux de camp Tiburce Sébastiani (le frère du maréchal Horace Sebastiani), Philippe Higonet et Virgile Schneider. Le chef d’état-major est le général Antoine Simon Durrieu[17],[18].

Le corps expéditionnaire comprend neuf régiments d’infanterie[N 3] :

Partent aussi le 3e régiment de chasseurs à cheval (286 hommes, commandé par le colonel Paul-Eugène de Faudoas-Barbazan), quatre compagnies d’artillerie (484 hommes, 12 pièces de siège, 8 pièces de campagne, et 12 pièces de montagne) des 3e et 8e régiment d’artillerie et deux compagnies du génie (426 sapeurs et mineurs)[19].

Une flotte de transport protégée par des vaisseaux de guerre est organisée, une soixantaine de navires en tout[18]. Il s’agit de transporter le matériel, les vivres, les munitions et les 1 300 chevaux pour l’expédition, mais aussi les armes, les munitions et l’argent destinés au gouvernement provisoire grec de Ioánnis Kapodístrias[20]. La France désire soutenir les premiers pas de la Grèce libre en l’aidant à mettre sur pied son armée. Le but est également de conserver une influence dans la région.

Après qu'une courte et énergique proclamation[N 4] du général en chef Nicolas Joseph Maison est lue aux compagnies assemblées la veille de l'embarquement, la première brigade quitte Toulon le 17 août, la deuxième le 19 août. La troisième brigade ne part que le 1er septembre. Le général Maison se trouve avec la première brigade à bord du vaisseau de ligne Ville de Marseille[18]. Le premier convoi est composé de navires marchands et, outre le Ville de Marseille, des frégates l’Amphitrite, la Bellone[21] et la Cybèle[22]. Le second convoi est escorté par le vaisseau de ligne Duquesne et les frégates Iphigénie et Armide[23].

Opérations dans le Péloponnèse[modifier | modifier le code]

Débarquement[modifier | modifier le code]

L’Armée française en Morée (1828-1830)

Apres une traversée sans problèmes, la flotte transportant les deux premières brigades arrive le 28 août à midi dans la baie de Navarin où mouille l’escadre conjointe franco-russo-britannique[18],[24]. L’armée égyptienne est concentrée entre Navarin et Modon. Le débarquement est donc risqué. Après deux heures d'entretien entre le général Maison et l’amiral Henri de Rigny, venu à sa rencontre à bord du Conquérant, la flotte fait voile vers le golfe de Coron protégé par une forteresse tenue par les Ottomans[18]. Le corps expéditionnaire commence son débarquement sans recontrer d'opposition dès le 29 août au soir, pour l’achever le 30 août au matin[18],[24],[25]. Une proclamation du gouverneur Kapodistrias avait informé la population grecque de l’arrivée imminente d’une expédition française. La population locale se serait alors précipitée au-devant des troupes dès qu’elles eurent posé le pied en Grèce et leur aurait offert de la nourriture[26]. Les français découvrent avec effroi un pays qui vient d’être ravagé par les troupes d'Ibrahim : villages entièrement rasés, cultures agricoles incendiées et une population qui vit encore sous un joug de terreur, affamée et recluse dans des cavernes[18],[27].

Le camp est monté au nord de la plaine de Coron[24], à dix minutes au nord des ruines de l’ancienne Coronée (près de Petalidi), sur les rives des rivières Djané, Karakasili-Karya et Velika[18],[25]. La troisième brigade qui a essuyé une tempête et perdu trois bâtiments effectue son débarquement à Coron le 16 septembre[28].

Départ de l’armée égyptienne[modifier | modifier le code]

Le général Maison rencontrant Ibrahim Pacha en septembre 1828 pour le forcer à évacuer la région.

Ibrahim Pacha use de divers prétextes pour retarder l’évacuation : problèmes de vivres, de transport ou difficultés imprévues dans la remise des places fortes. Les officiers français ont des difficultés à retenir l’ardeur combative de leurs soldats qui par exemple s’enthousiasment à la nouvelle (démentie) d’une marche imminente sur Athènes[18],[24],[29]. Cette impatience des troupes fut peut-être décisive pour convaincre le commandant égyptien de respecter ses engagements. De plus, les soldats français commencent à souffrir des pluies automnales qui détrempent leur camp de tentes, favorisant les fièvres et surtout la dysenterie[25]. Le capitaine Cavaignac (captaine dans le génie et futur chef du gouvernement français en 1848), le 24 septembre, écrit qu’une trentaine d’hommes sur les 400 de sa compagnie du génie sont déjà touchés par les fièvres[24]. Le général Maison désire pouvoir établir ses hommes dans les casernes des forteresses[30].

Le 7 septembre, après une longue conférence à bord du vaisseau le Conquérant, en présence du général Maison et des trois amiraux alliés[18], Ibrahim Pacha accepte finalement l’évacuation de ses troupes, à compter du 9 septembre. La convention passée avec le général Maison prévoit que les Égyptiens partiront avec armes, bagages et chevaux, mais sans aucun prisonnier ou esclave grecs[24]. La flotte égyptienne ne pouvant évacuer toute l’armée en une seule fois, le ravitaillement des troupes restées à terre est autorisé (elles venaient de subir un long blocus)[28]. Une première division égyptienne, 5 500 hommes sur 27 navires, fait voile le 16 septembre, escortée par trois bâtiments de la flotte conjointe (deux bâtiments britanniques et la frégate française la Sirène).

Le dernier transport égyptien appareille le 5 octobre, emportant Ibrahim Pacha. Des 40 000 hommes qu’il avait amenés d’Égypte, il en rembarque à peine 20 000[9],[18]. Il ne reste plus que quelques soldats ottomans pour tenir les différentes places fortes du Péloponnèse. La mission suivante des troupes françaises est de les « sécuriser » et de les remettre à la Grèce indépendante.

La prise des places fortes[modifier | modifier le code]

Le 15 septembre, les troupes françaises ont déménagé leur camp de Pétalidi et ont traversé la péninsule de Messénie vers l'ouest afin de se rapprocher de Navarin. Elle ont installé leur nouveau camp dans la plaine marécageuse de la Djalova à deux lieues au nord de Navarin[18].

gravure noir et blanc : un fort
La forteresse de Navarin

Le 6 octobre, au lendemain du départ d'Ibrahim, le général Maison ordonne au général Higonet de marcher sur Navarin. Il part avec le 16e régiment d’infanterie, de l’artillerie et des hommes du génie. Navarin est alors assiégé, côté mer, par la flotte de l’amiral Henri de Rigny et, sur terre, par les soldats du général Higonet. Le commandant turc de la place refuse de se rendre :

« La Porte n’est en guerre ni avec les Français ni avec les Anglais ; on ne commettra aucun acte d’hostilité, mais on ne rendra pas la place[24],[28]. »

Les sapeurs reçoivent alors l’ordre d’ouvrir une brèche dans les murailles[18],[24]. Le général Higonet entre dans la forteresse, tenue par 250 hommes, qui se rendent, sans un coup de fusil tiré, avec soixante canons et 800 000 cartouches[28]. Les soldats français s’installent durablement à Navarin dont ils relèvent les fortifications, reconstruisent les maisons et où ils installent un hôpital et diverses administrations locales[25].

La forteresse de Modon

Le 7 octobre, le 35e régiment d’infanterie de ligne commandé par le chef d’état-major, le général Durrieu, accompagné de l’artillerie et du génie se montre devant Modon, ville mieux fortifiée et défendue par 1 078 hommes, cent canons et qui a des vivres pour six mois[18],[28]. Deux vaisseaux de ligne, la Breslaw (capitaine Maillard) et la Wellesley (capitaine Maitland) bloquent le port et menacent la forteresse de leurs canons. Les commandants de la place, le Turc Hassan-Pacha et l’Égyptien Achmet-Bey, font le même type de réponse que le commandant de Navarin. Les fortifications de Modon étaient dans un meilleur état que celles de Navarin. Les sapeurs s’attaquent donc à la porte de la ville. La garnison de la ville ne se défend pas. Les commandants de la place expliquèrent peu après qu’ils ne pouvaient rendre la forteresse sans désobéir aux ordres du Sultan, mais ils reconnaissaient aussi qu’il leur était impossible de résister. Il fallait donc que la place fût prise, au moins symboliquement, par la force[18],[24],[28].

gravure noir et blanc : un fort
La forteresse de Coron

La prise de Coron est plus difficile. Le général Sébastiani s’y présente le 7 octobre avec une partie de sa brigade[18]. La réponse du commandant de la place est similaire à celles données à Navarin et Modon. Sébastiani envoie ses sapeurs qui sont repoussés par des pierres lancées du haut des murailles. Il y a douze blessés, dont Cavaignac et, plus grièvement, un capitaine, un sergent et trois sapeurs[24]. Les autres soldats français se sentant insultés, leur général a de grandes difficultés à les empêcher d’ouvrir le feu et de prendre la place par la force. L’Amphitrite, la Breslaw et la Wellesley viennent prêter main-forte aux troupes terrestres. Leur menace amène le commandant ottoman à la reddition. Le 9 octobre, les Français entrent dans Coron[24],[25] et s’emparent de quatre-vingts canons et mortiers et de nombreux vivres et munitions[28].

Patras est contrôlée dès l’évacuation du Péloponnèse par Ibrahim Pacha. La troisième brigade avait été envoyée par la mer prendre la ville du nord-ouest de la péninsule. Elle débarque le 4 octobre[25]. Le général Schneider donne à Hadji-Abdallah, pacha de Patras et du « château de Morée », vingt-quatre heures pour remettre la place. Le 5 octobre, à l’expiration de l’ultimatum, trois colonnes marchent sur la ville et l’artillerie est déployée. Le pacha signe immédiatement la capitulation de Patras et du « château de Morée »[28]. Mais, les agas commandant celui-ci refusent d’obéir à leur pacha, considéré comme traître et annoncent qu’ils préfèrent mourir dans les ruines de leur forteresse plutôt que de se rendre.

Cependant, le 14 octobre, la corvette l'Oise est déjà partie pour la France, ayant à son bord le capitaine d’état-major Jean Baptiste Eugène, vicomte Maison (fils et aide-de-camp du général Maison), qui est porteur des dépêches annonçant au roi Charles X la reddition des places de Navarin, Modon, Coron et Patras, et qu'une seule est encore sous contrôle des turcs, le château de Morée[18].

Le siège du « château de Morée »[modifier | modifier le code]

Le général Maison recevant la reddition du château de Morée le 30 octobre 1828.

Le « château de Morée », Kastro Moreas ou encore Kastelli, gardait l’entrée du golfe de Corinthe, près de Rion. Il avait été construit par Bayezid II en 1499[31]. Il se trouve au bord de la mer, à 10 km au nord de Patras, au pied de l'actuel pont Rion-Antirion.

Le général Schneider négocie avec les agas. Ils persistent dans leur refus de se rendre. Le siège est alors mis devant la forteresse et quatorze pièces de marine et de campagne, installées à un peu plus de 400 mètres, réduisent l’artillerie des assiégés au silence[32]. Le général Maison fait embarquer par l’amiral de Rigny toute son artillerie et ses sapeurs depuis Navarin[18],[24]. Il envoie également le 20 octobre, par la terre, le général Higonet accompagné de deux régiments d’infanterie et du 3e régiment de chasseurs à cheval. Les renforts arrivent le 26 octobre au soir, après une rude semaine de marche intense réglée au rythme du tambour[18]. De nouvelles batteries dites « de brèche » sont installées. Elles reçoivent les noms de Charles X (le roi de France), George IV (le roi de Grande-Bretagne), duc d’Angoulême (le fils du roi et dauphin de France), duc de Bordeaux (le petit-fils du roibet futur comte de Chambord) et la « Marine »[18],[32]. Une partie de la flotte française, dont la Breslaw et le Conquérant[18],[24],[25], ainsi que la frégate britannique la Blonde (commandée par Edmund Lyons) viennent ajouter leurs canons.

Le 30 octobre au petit matin, les batteries, vingt-cinq pièces de gros calibre (dont six de campagne, quatre obusiers, plusieurs mortiers et une bombarde anglaise) ouvrent le feu[18],[24]. En quatre heures, une brèche est largement ouverte dans les remparts. Un parlementaire sort alors avec un drapeau blanc pour négocier les termes de la reddition de la place. Le général Maison répond que les termes avaient été négociés au début du mois à Patras. Il ajoute qu’on ne peut faire confiance à des assiégés qui n’ont pas respecté une première convention pour en respecter une seconde. Il est accordé une demi-heure à la garnison de 600 hommes pour évacuer la place, sans armes ni bagages[18],[32]. Les agas se soumettent. Cependant, la résistance de la forteresse a coûté 25 hommes, tués ou blessés, à l’expédition française[9],[33].

Les Français dans le Péloponnèse[modifier | modifier le code]

Le 5 novembre 1828, les derniers « non-Grecs » - Turcs, Égyptiens ou musulmans en général - ont définitivement évacué la Morée. 2 500 Turcs et leurs familles sont embarqués à bord de vaisseaux français à destination de Smyrne[32].

Les ambassadeurs français et britannique s’étaient installés à Poros et invitent Constantinople à y envoyer un diplomate pour poursuivre les négociations sur le statut de la Grèce. La Porte persiste à refuser de participer aux conférences. Les Français suggèrent alors de poursuivre les opérations militaires et de les porter dans l’Attique et en Eubée. Les Britanniques s’opposent à ce projet. Il est donc décidé de laisser aux Grecs le soin de chasser les Ottomans de ces territoires, l’armée française ne devant intervenir que s’ils se trouvent en difficulté[9].

Le général Schneider lors de la reedition de Patras le 4 octobre 1828

Les troupes de l’expédition de Morée sont alors progressivement évacuées. La brigade dans laquelle se trouve Cavaignac, et le docteur Roux embarquent dans les premiers jours d’avril 1829[24],[25]. Le général Maison et le chef d’état-major, le général Durrieu, ne partent que le 22 mai 1829[N 5] ; le capitaine Duheaume, le 4 août 1829[18]. Une seule brigade, dite « d'occupation », de 5 000 hommes (composée des 27e, 42e, 54e et 58e régiments stationnés à Navarin, Modon et Patras) reste dans le Péloponnèse sous le commandement du général Schneider[18]. Des troupes venues de France viennent relever les soldats présents en Grèce : ainsi, le 57e régiment d'infanterie de ligne débarque à Navarin le 25 juillet 1830[34].

Les troupes françaises, commandées par le général Schneider, puis à partir de juillet 1831, par le général Guéhéneuc qui le remplace, ne restent pas inactives pendant presque cinq ans[32],[35]. Des fortifications sont relevées, comme celles de Modon et de Navarin[N 6],[N 7]. Des ponts sont construits, comme sur le Pamissos entre Kalamata et Modon. La route de Modon à Navarin est également construite. Enfin, de nombreuses améliorations sont apportées aux villes du Péloponnèse (maisons, casernes, hôpitaux, services de poste, ponts, places, fontaines, jardins, etc.)[N 8].

Les dernières troupes françaises ne se retirent définitivement de Grèce qu’en août 1833[35], peu après l’arrivée du roi Othon Ier de Grèce en janvier précédent.

Résultats militaires de l'expédition[modifier | modifier le code]

L'Empire ottoman ne peut plus désormais s'appuyer sur les troupes égyptiennes pour tenir la Grèce. On revient à la situation stratégique d'avant 1825 et le débarquement d'Ibrahim Pacha. Alors, les insurgés grecs avaient triomphé sur tous les fronts.

Après l'expédition militaire de Morée, les Grecs n'ont plus à affronter que les troupes turques en Grèce centrale. Livadiá, verrou de la Béotie est conquise au début du mois de novembre 1828. Une contre-attaque de Mahmut Pacha depuis l'Eubée est repoussée en janvier 1829. En avril, Naupacte est « restituée » aux Grecs ; en mai Augustinos Kapodistrias reprend la ville symbolique de Missolonghi[36]. Il faut cependant la victoire militaire de la Russie sur la Turquie et le traité d'Andrinople pour voir reconnue l'indépendance de la Grèce, entérinée par le traité de Constantinople en juillet 1832.

En septembre 1829, un an après l'expédition militaire de Morée, les territoires grecs qui avaient été libérés — Péloponnèse et Grèce centrale — sont ceux qui formeront la Grèce indépendante après 1832.

Bilan humain de l'expédition[modifier | modifier le code]

photographie couleurs : un monument de type obélisque en pierre grise et des drapeaux
Monument « à la mémoire du maréchal Maison, du général Fabvier, de l'amiral de Rigny et des marins et soldats français morts pour l’indépendance hellénique, la patrie et la liberté » à Nauplie.

Malgré la brièveté des opérations militaires et le faible nombre de combats, le bilan humain de l’expédition française est extrêmement lourd : entre le 1er septembre 1828 et le 1er avril 1829, le médecin en chef du corps expéditionnaire, le docteur Gaspard Roux, consigne un nombre de 4 766 malades et de 915 morts[25] (dont 23 officiers, 1 chirurgien, 2 pharmaciens et 5 officiers d'administration des hôpitaux), principalement dû aux fièvres, aux diarrhées et à la dysenterie qui furent surtout contractées entre les mois d'octobre et de décembre 1828 dans les camps installés dans les plaines marécageuses de Pétalidi, de l'embouchure de la Djalova (dans la baie de Navarin) et de Patras. Les causes en furent également l’intensité des travaux nombreux et pénibles, ainsi qu'une consommation excessive de viandes salées, de boissons spiritueuses, et de l'eau bourbeuse et saumâtre de la région[18],[25]. L'air plus pur de l'hiver, l’établissement des hommes dans les casernes des forteresses, la prise immédiate de mesures strictes d’hygiène et de salubrité, l’arrivée de médicaments de France, ainsi que l’établissement de trois hôpitaux militaires à Modon, à Navarin et à Patras réduiront d'une manière significative cette hécatombe[25].

Cependant, le nombre total de morts s'alourdira encore sensiblement par la suite (notamment suite à l'explosion d'un poudrière dans le fort de Navarin qui coûte la vie à cinquante soldats le 19 novembre 1829[N 7], ou suite à l'affaire d'Argos du 16 janvier 1833 qui entraîne la mort de trois soldats français[35]), pour s’établir, selon les témoignages, autour de 1 500 morts[18],[27].

Par la suite, des monuments commémoratifs en hommage à ces soldats français tombés sont élevés par l’État grec et la France sur l’îlot de Sphactérie dans la rade de Navarin et dans les villes de Gialova et de Nauplie, où l'on peut encore les voir aujourd'hui.

L’expédition scientifique[modifier | modifier le code]

Frontispice de l’Expédition scientifique de Morée par Abel Blouet.

L’expédition de Morée est la deuxième des grandes expéditions militaro-scientifiques menées par la France dans la première moitié du XIXe siècle[1]. La première, la référence, avait été celle d’Égypte à partir de 1798 (Commission des sciences et des arts). La dernière est celle menée à partir de 1839 en Algérie (Commission d'exploration scientifique d'Algérie). Elles se font toutes à l’initiative du gouvernement français et sont placées sous la tutelle de ministère particulier (Relations extérieures pour l’Égypte, Intérieur pour la Morée et Guerre pour l’Algérie)[1],[37]. Les grandes institutions scientifiques recrutent les savants (qu’ils soient civils ou militaires) et leur fixent leurs missions, mais le travail sur place se fait en relation étroite avec l’armée.

La Commission des sciences et des arts lors de l’expédition d’Égypte de Bonaparte et surtout les publications qui avaient suivi étaient devenues une référence. La Grèce étant l’autre grande région « antique » considérée comme à l’origine de la civilisation occidentale (c’était un des arguments principaux des philhellènes), il est décidé de « profiter de la présence de nos soldats qui occupaient la Morée pour envoyer une commission savante. Elle ne devait pas égaler celle qu’on vit attachée à la gloire de Napoléon […] Elle devait cependant rendre d’éminents services aux lettres et aux sciences[38] ».

Le ministre de l’Intérieur du roi Charles X, véritable chef du gouvernement à l'époque (un ami d'enfance de Bory de Saint-Vincent à Bordeaux), le vicomte de Martignac, charge six académiciens de l’Institut de France (Georges Cuvier, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Charles-Benoît Hase, Desiré Raoul Rochette, Jean-Nicolas Hyot et Jean-Antoine Letronne) de nommer les chefs et membres de chaque section de la commission scientifique. Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent est ainsi nommé directeur de la commission. Ils fixent également les itinéraires et les objectifs de la mission[39],[40] : « MM. De Martignac et Siméon, m'avaient expressément recommandé de ne pas restreindre mes observations aux Mouches et aux Herbes, mais de les étendre aux lieux et sur les hommes » écrit plus tard Bory[39],[41].

Les membres de l’expédition scientifique débarquent de la frégate la Cybèle à Navarin le 3 mars 1829, après 21 jours de mer[27],[39],[42]. En Égypte et en Algérie, le travail scientifique s’est fait sous la protection de l’armée. En Morée, les premières troupes rembarquent pour la France dès les premiers jours d’avril 1829[24],[25] alors que l’exploration scientifique commence à peine. L’armée se contente de fournir un soutien logistique : « des tentes, des piquets, des outils, des bidons, des marmites et des sacs, en un mot tout ce qui put se trouver à notre usage dans les magasins de l’armée[39] ».

L'expédition qui compte dix-neuf savants est divisée en trois sections (Sciences physiques, Archéologie, Architecture et Sculpture)[1].

Les membres de la commission scientifique de l’Expédition de Morée étudiant les ruines du stade de l'antique Messène (par Prosper Baccuet)

Section des sciences physiques[modifier | modifier le code]

Cette section regroupe en fait de nombreuses sciences : botanique (Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, Louis Despreaux Saint-Sauveur), géographie (Pierre Peytier), géologie (Pierre Théodore Virlet d’Aoust et Émile Puillon Boblaye), zoologie (Antoine Vincent Pector, Gaspard-Auguste Brullé et Sextius Delaunay)

La géographie[modifier | modifier le code]

Carte de la Morée de 1832 (par le capitaine Pierre Peytier), la première carte du territoire grec jamais construite scientifiquement et géodésiquement.

Un des premiers objectifs fixé par le gouvernement français avait été de cartographier le Péloponnèse, dans un but scientifique, mais aussi pour des raisons économiques et militaires[1]. Le ministre de la Guerre, le vicomte de Caux, avait écrit au général Maison le 6 janvier 1829 :

« Toutes les cartes de la Grèce sont fort imparfaites et ont été dressées sur des itinéraires plus ou moins infidèles, il est donc essentiel de les rectifier. Non seulement la géographie s’enrichira de ces recherches, mais on favorisera par là les intérêts commerciaux de la France en rendant ses relations plus faciles, et l’on sera surtout utile à nos forces de terre et de mer, qui pourraient être dans le cas d’agir dans cette partie de l’Europe[43]. »

Le capitaine Pierre Peytier, du service topographique de l'armée française, avait déjà été invité en Grèce par le gouverneur Ioánnis Kapodístrias quelques mois avant l’arrivée de l'Expédition Scientifique de Morée. Il collabore avec elle et après son départ, il y reste seul jusqu'au 31 juillet 1831 pour compléter le travail trigonométrique, topographique et statistique entrepris pour l'établissement de la carte de Morée. En mars 1829, une base de 3 500 mètres est tracée en Argolide, d’un angle des ruines de Tirynthe à un angle de maison en ruines dans le village d’Aria[44]. Elle doit servir de point de départ à toutes les opérations de triangulations pour les relevés topographiques et géodésiques dans le Péloponnèse. Peytier et Puillon-Boblaye procèdent à de nombreuses vérifications de la base et des règles employées. La marge d’erreur est ainsi réduite à 1 mètre pour 15 km[45]. La longitude et la latitude du point de la base à Tirynthe sont relevées et vérifiées, afin de réduire à nouveau au maximum la marge d’erreur, estimée à 0,2 seconde[46]. 134 stations géodésiques sont installées sur les montagnes de la péninsule, mais aussi sur Égine, Hydra ou à Nauplie. Ainsi, des triangles équilatéraux dont chaque côté fait approximativement 20 km sont dessinés. Les angles sont mesurés avec des théodolites de Gambey[47]. Cette Carte de 1832, très précise, au 1/200.000°, en 6 feuillets (plus deux feuillets représentant quelques îles des Cyclades), est la première carte du territoire grec jamais construite scientifiquement et géodésiquement.

Carte du royaume de Grèce de 1852 (par le capitaine Pierre Peytier)

Peytier revient en Grèce le 28 mars 1833 et y reste jusqu'au mois de mars 1836 pour diriger la plus grande partie des travaux en vue de l'élaboration de la carte complète du Royaume de Grèce de cette époque. Cette Carte de 1852 est définitivement publiée sous sa direction, en 1852.

En 1829, les géographes souffrent des fièvres, tant l’équipe de Bory de Saint-Vincent que celle de Puillon-Boblaye :

« La chaleur horrible qui nous a assaillis en juillet, a mis, au reste, toute la brigade topographique en désarroi. Ces messieurs, ayant travaillé au soleil, sont presque tous tombés malades et nous avons eu la douleur de voir mourir, il y a une huitaine de jours, M. Dechièvre à Napoli[48]. »

— (Bory de Saint-Vincent)

« Sur douze officiers employés au service géodésique, deux sont morts et tous ont été malades. Nous avons perdu en outre deux sapeurs et un domestique[49]. »

— (Puillon-Boblaye)

Plus tard, le gouverneur de la Grèce Ioánnis Kapodístrias charge Virlet d’Aoust d’étudier la possibilité de creuser un canal dans l’isthme de Corinthe[50].

La botanique et la zoologie[modifier | modifier le code]

gravure noir et blanc : plante
Exemple de planche du tome consacré à la botanique dans l’Expédition de Morée par Bory de Saint-Vincent.

Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent dirige non seulement l’expédition scientifique, mais se charge aussi plus particulièrement des études de botanique[1]. Il recueille de très nombreux spécimens : Flore de Morée de 1832 regroupe 1 550 plantes dont 33 orchidées et 91 graminées (seules 42 espèces n'ont pas encore été décrites) ; Nouvelle Flore du Péloponnèse et des Cyclades de 1838 décrit 1 821 espèces[51]. En Morée, Bory de Saint-Vincent se contente seulement de collecter les plantes ; il ne procède à leur classement, identification et description que de retour en France. Il est alors secondé au Muséum d'histoire naturelle par les botanistes les plus importants de son époque, Louis Athanase Chaubard, Jean-Baptiste Fauché et Adolphe Brongniart[52]. De même, les célèbres naturalistes du Muséum, Étienne et son fils Isidore Geoffroy Saint-Hilaire participent à la rédaction des ouvrages scientifiques de l’expédition. Les plantes, mais aussi les oiseaux ou les poissons sont envoyés au fur et à mesure de leur récolte vers la France[53].

Le chacal de Morée (Canis aureus moreoticus), répertorié pour la 1ère fois par l'Expédition de Morée (Gravures de Jean-Gabriel Prêtre, publiées par Bory de Saint-Vincent).

L’expédition de Morée confirme l’existence en Grèce du chacal commun (ou Chacal doré, Canis aureus). Bien que des récits de voyage antérieurs aient mentionné sa présence, on ne les avait pas considérés alors comme dignes de foi. La sous-espèce observée et décrite pour la première fois par l'expédition de Morée (Canis aureus moreoticus) est de plus endémique à la région[54]. Bory de Saint-Vincent rapporte des peaux et un crâne[39],[55].

Section d'archéologie[modifier | modifier le code]

L'Institut avait nommé Léon-Jean-Joseph Dubois à la tête de cette section. Elle avait pour mission de repérer quatre-vingts sites antiques (en Achaïe, Arcadie, Élide et Messénie) à l'aide de la littérature antique. Leur itinéraire devait suivre celui de l'historien de l'antiquité Pausanias le périégète. Les sites devaient être précisément situés par une triangulation précise. Ensuite, avec l'aide de la section d'architecture, ils devaient en lever les plans (généraux et par édifice), dessiner et mouler les bâtiments et décors, entreprendre des fouilles pour dégager bâtiments et antiquités. Des monastères byzantins avaient été ajoutés à l'itinéraire : ils devaient tenter d'y acheter des manuscrits[40].

Cependant, cette section ne réussit pas à réaliser l'énorme programme qui lui avait été fixé. Elle souffre de nombreuses maladies et fièvres et ses membres ne s'entendent pas. Ils partent chacun dans des directions différentes et Dubois ne réussit pas à imposer son autorité et à les en empêcher. Les résultats obtenus ne seront jamais publiés. Le principal travail archéologique est alors réalisé par la section d'architecture[1],[40].

Section d'architecture et sculpture[modifier | modifier le code]

gravure noir et blanc : paysage
Olympie en 1829 par l’Expédition de Morée.

Elle avait été formée par l’Institut de France qui avait désigné pour la diriger l’architecte Abel Blouet[1],[40]. L’Institut lui avait adjoint Jean-Baptiste Vietty, Amable Ravoisié, Pierre Achille Poirot, Frédéric de Gournay et Pierre Félix Trezel.

L’architecte Jean-Nicolas Huyot avait donné des instructions très précises à cette section. Fort de son expérience en Asie Mineure et en Égypte et sous l’influence des ingénieurs, il avait demandé de tenir un véritable journal de fouille où devaient se trouver des précisions relevées grâce à la montre et la boussole, d’élaborer une carte de l’espace parcouru, et de décrire la configuration du terrain[56].

Itinéraires[modifier | modifier le code]

La publication des travaux archéologiques et artistiques suit le même plan que la publication des travaux des sciences physiques et naturelles : celui d’un itinéraire avec des descriptions des routes empruntées, des monuments remarquables le long de ces routes et une descriptions des sites destinations. Ainsi, le tome 1 de l’ Expédition de Morée. Section des Beaux Arts décrit Navarin (pages 1–7[57]) avec six pages de planches (fontaines, églises, forteresse de Navarin et ville de Nestor[58]) ; puis aux pages 9–10, l’itinéraire Navarin-Modon[59] est détaillé avec quatre pages de planches (église en ruines et ses fresques, mais aussi paysages bucoliques rappelant qu’on n’est pas si loin que cela de l’Arcadie légendaire[60]) et enfin trois pages sur Modon[61] avec quatre pages de planches[62]. Les paysages bucoliques sont assez proches de la « norme » que proposait Hubert Robert pour une représentation de la Grèce. La présence des soldats du corps expéditionnaire est importante, et alterne avec celle des bergers grecs :

« (…) l’hospitalité généreuse et les mœurs simples et innocentes nous rappelaient les beaux temps de la vie pastorale auxquels la fiction a donné le nom d’âge d'or, et qui semblaient nous offrir les personnages réels des églogues de Théocrite et de Virgile[63]. »

gravure noir et blanc : porte de forteresse dans la végétation
La Porte d'Arcadie de l'ancienne Messène dans le style « berger d’Arcadie » et influencé par Hubert Robert.

L’expédition archéologique parcourt Navarin (Pylos), Modon, Coron, Messène et Olympie (publiés dans le premier tome de la publication) ; le temple d’Apollon à Bassae, Megalopolis, Sparte, Mantinée, Argos, Mycènes, Tirynthe et Nauplie (objets du deuxième tome) ; les Cyclades (Syros, Kéa, Mykonos, Délos, Naxos et Milo), le cap Sounion, Égine, Épidaure, Trézène, Némée, Corinthe, Sicyone, Patras, Élis, Kalamata, le Magne, le cap Ténare, Monemvasia, Athènes, Salamine et Éleusis (traités dans le troisième tome).

Edgar Quinet était parti avec le reste de l’expédition. Mais dès son arrivée en Grèce, il se désolidarise de ses compagnons, comme le fait également un autre membre de la section, le sculpteur lyonnais Jean-Baptiste Vietty. Les deux hommes parcourent le Péloponnèse séparément. Quinet visite également Le Pirée le 21 avril 1829, d’où il gagne Athènes. Il parcourt ensuite en mai les Cyclades à partir de Syros. Mais atteint lui aussi par la maladie, il rentre en France dès le 5 juin. Sa Grèce moderne et ses rapports avec l’Antiquité. paraît en septembre 1831[27],[64]. De son côté, Vietty poursuit ses recherches en Grèce jusqu'en août 1831, bien après le retour en France de la mission scientifique à la fin de l'année 1829[65].

Modalités d’exploration[modifier | modifier le code]

L’exploration artistique et archéologique du Péloponnèse se déroule comme on pratiquait alors les recherches archéologiques en Grèce[1]. La première étape est toujours une tentative de vérification sur place (une forme d’autopsie comme le faisait Hérodote) des textes des auteurs antiques : Homère, Pausanias ou Strabon. Ainsi, à Navarin, l’emplacement de la ville de Nestor, la célèbre Pylos, est déterminé à partir d’Homère[66] et des adjectifs « inaccessible » et « sablonneuse » (ἠμαθόεις) qu'il emploie. À Modon, « les restes antiques du port, dont la description s’accorde parfaitement avec celle de Pausanias, suffisent pour déterminer de manière certaine l’emplacement de la ville antique[67]. »

Après avoir exploré Navarin, Modon et Coron, les membres de l’expédition se rendent à la cité antique de Messène (fondée en 369 av. J.-C.) où ils passent un mois à partir du 10 avril. Ils y sont parmi les premiers archéologues à y effectuer des fouilles scientifiques[68].

Olympie[modifier | modifier le code]

sculpture de marbre : une figure féminine sur un rocher et une tête masculine
Une des métopes d’Olympie ramenées au Louvre avec l'autorisation du gouvernement grec par l’expédition de Morée.

L’expédition passe six semaines à partir du 10 mai 1829 à Olympie[1],[69]. Abel Blouet et Léon-Jean-Joseph Dubois y entreprennent les premières fouilles. Ils y sont accompagnés des peintres Pierre Achille Poirot, Pierre Félix Trezel et Amaury-Duval. Les conseils archéologiques de Jean-Nicolas Huyot sont suivis :

« D’après les instructions qui lui avaient été données par la commission de l’Institut, cet antiquaire (Dubois) avait fait commencer des fouilles dont le résultat avait été la découverte des premières assises de deux colonnes du pronaos et quelques fragments de sculpture[70]. »

Le site est quadrillé et des sondages sont pratiqués en ligne : l’archéologie se rationalise. L’emplacement du temple de Zeus est ainsi déterminé pour la première fois[71]. On commence alors à quitter la simple chasse au trésor. L’apport primordial de l’expédition scientifique de Morée réside en effet dans son désintérêt total pour le pillage, la chasse aux trésors et la contrebande d'antiquités. Blouet refuse les fouilles risquant d’endommager les monuments, et interdit qu’on mutile les statues pour en emporter un fragment sans intérêt séparé du reste[72]. Pour cette raison, peut-être, les trois métopes du temple de Zeus découvertes à Olympie sont emportées dans leur intégralité[N 9]. Cependant, cette volonté de protéger l’intégrité du monument est un progrès épistémologique certain.

La Grèce byzantine[modifier | modifier le code]

gravure noir et blanc : une église
L’église d’Osphino entre Navarin (Pylos) et Modon

L’intérêt des Français ne se limite pas à l’Antiquité seule. Ils décrivent et dessinent aussi les monuments byzantins[1]. Bien souvent, jusque-là chez les voyageurs, seule comptait la Grèce antique, la Grèce médiévale et moderne était ignorée. Blouet, dans son Expédition de Morée donne des renseignements très précis sur les églises qu’il rencontre, notamment celles de Navarin (Église de la Transfiguration du Sauveur, à l'intérieur de la nouvelle forteresse Néokastro), d'Osphino, de Modon (Église de Saint Basile), de Samari (Église de Zoodochou Pigis), ou d'Androussa (Église de Saint Georges) parmi d'autres. Ainsi, la planche 9 (I, II et III) du tome 1 est consacrée à :

« Plan, coupe et vue perspective de l’une des deux petites églises du village d’Osphino, situé sur le penchant de la montagne à gauche de la route de Navarin à Modon ; (…) ; son intérieur, orné de peinture à fresques est divisé en deux parties par un mur qui forme au fond un petit sanctuaire fermé dans lequel se tient le prêtre pour officier[73]. »

La création de l'École française d'Athènes[modifier | modifier le code]

Les résultats obtenus par l'expédition scientifique de Morée font sentir la nécessité de créer une structure stable et permanente qui permettrait de prolonger le travail de la mission. À partir de 1846, il devient possible de « continuer systématiquement et en permanence l'œuvre commencée si glorieusement et si heureusement par l'expédition scientifique de Morée[74] » grâce à la création, rue Didot au pied du Lycabette, de l'École française d'Athènes.

Annexes[modifier | modifier le code]

Membres de l’expédition militaire[modifier | modifier le code]

gravure noir et blanc : portrait d'homme en uniforme
Le général Maison

Troupes concernées[modifier | modifier le code]

Membres de l’expédition scientifique et personnalités liées[modifier | modifier le code]

gravure noir et blanc : portrait d'homme en uniforme
Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent

Note : Il est très difficile de trouver une liste complète et exhaustive des membres de l’expédition scientifique. Il faut bien souvent conjecturer à partir d’informations partielles. Les noms précédés de « (??) » sont ceux trouvés dans les diverses sources, mais encore douteux.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Ouvrages sur l'expédition[modifier | modifier le code]

Mission militaire[modifier | modifier le code]

  • (fr) Alexandre Duheaume (capitaine au 58e régiment d’infanterie de ligne), Souvenirs de la Morée, pour servir à l'histoire de l'expédition française en 1828-1829, Anselin, Paris, 1833.
  • (fr) Eugène Cavaignac, (capitaine en second dans le 2e régiment du génie), Lettres d'Eugène Cavaignac, Expédition de Morée (1828-1829), Revue des deux Mondes, 141, 1er Mai 1897.
  • (fr) Gaspard Roux (médecin en chef), Histoire médicale de l'armée française en Morée, pendant la campagne de 1828, Méquignon l'aîné père, Paris, 1829.
  • (fr) J.F. Bessan, Souvenirs de l'expédition de Morée en 1828, suivis d'un mémoire historique sur Athènes, avec le plan de cette ville, Impr. Henri Gomont, Valognes, 1835.
  • (fr) Lucien Davesiès de Pontès (lieutenant de frégate), Notes sur la Grèce : Journal d'un lieutenant de Frégate de 1828-33, œuvres posthumes, Michel Lévy Frères, Paris, 1864.
  • (fr) Denis Bousquet, Mon voyage en Grèce ou relation de notre campagne sur la fin de l'année 1828, impr. de Marius Olive, Marseille, 1829.
  • (fr) Jacques Louis Lacour (sous-intendant militaire dans la brigade d'occupation), Excursions en Grèce pendant l'occupation de la Morée par l'armée française en 1832-33, Arthur Bertrand, Paris, 1834

Mission scientifique[modifier | modifier le code]

  • (fr) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, Relation de l'Expédition scientifique de Morée: Section des sciences physiques, F.-G. Levrault, Paris, 1836. 2 volumes et un atlas.
  • (fr) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent (et coll.), Expédition scientifique de Morée. Section des sciences physiques., tome II Géographie et géologie., 1834.
  • (fr) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent (et coll.), Expédition scientifique de Morée. Section des sciences physiques., tome III Botanique dit aussi Flore de Morée., 1832.
  • (fr) Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent (et Louis Athanase Chaubard), Nouvelle Flore du Péloponnèse et des Cyclades., 1838 (édition revue et augmentée de Flore de Morée. de 1832).
  • (fr) Abel Blouet et Amable Ravoisié, Expédition scientifique de Morée, ordonnée par le Gouvernement Français. Architecture, Sculptures, Inscriptions et Vues du Péloponèse, des Cyclades et de l’Attique., Firmin Didot, 1831. (3 tomes)
  • (fr) Émile Puillon Boblaye, Recherches géographiques sur les ruines de Morée., Levrault, 1836.
  • (fr) Pierre Peytier, Émile Puillon Boblaye, Aristide-Camille Servier, Notice sur les opérations géodésiques exécutées en Morée, en 1829 et 1830, par MM. Peytier, Puillon-Boblaye et Servier ; suivie d’un catalogue des positions géographiques des principaux points déterminés par ces opérations, in Bulletin de la Société de géographie, v. 19 n°117–122 (Janvier – Juin 1833)
  • (en) Pierre Peytier (ingénieur géographe), The Peytier Album, Liberated Greece and the Morea Scientific Expedition, in the Stephen Vagliano Collection, Published by the National Bank of Greece, Athens, 1971.
  • (fr) Pierre Théodore Virlet d'Aoust, Percement de l'isthme de Corinthe, p. 408-421, Bulletin de la Société de géographie, 1881, tome 2.
  • (fr) Edgar Quinet (historien, membre de la commission), De la Grèce moderne, et de ses rapports avec l’antiquité, F.-G. Levrault, Paris, 1830.
  • (fr) Marie-Noëlle Bourguet, Bernard Lepetit, Daniel Nordman, Maroula Sinarellis, L’Invention scientifique de la Méditerranée. Égypte, Morée, Algérie., Éditions de l’EHESS, 1998. (ISBN 2-7132-1237-5)
  • (fr) Olga Polychronopoulou, Archéologues sur les pas d’Homère. La naissance de la protohistoire égéenne., Noêsis, Paris, 1999. (ISBN 2-911606-41-8)
  • (fr) Yiannis Saïtas et coll., L'œuvre de l'expédition scientifique de Morée 1829-1838, Edited by Yiannis Saïtas, Editions Melissa, 2011 (1re Partie) - 2017 (2nde Partie).
  • (el) Γιάννης Σαΐτας et al., Το έργο της γαλλικής επιστημονικής αποστολής του Μοριά 1829-1838, Επιμέλεια Γιάννης Σαΐτας, Εκδόσεις Μέλισσα, 2011 (Μέρος Α΄) - 2017 (Μέρος Β΄).

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • (fr) Wladimir Brunet de Presle et Alexandre Blanchet, Grèce depuis la conquête romaine jusqu’à nos jours, Paris, Firmin Didot, , 589 p. (lire en ligne)
  • (fr) Georges Contogeorgis, Histoire de la Grèce, Paris, Hatier, coll. Nations d'Europe, , 477 p. (ISBN 978-2-218-03841-9)
  • (fr) A. Hugo, France militaire. Histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1837. Delloye, 1838.
  • (fr) Archibald de Vaulabelle, Histoire des deux Restaurations, jusqu’à l'avènement de Louis-Philippe, de janvier 1813 à octobre 1830., Perrotin, 1860.
  • (fr) Alessia Zambon (préf. Alain Schnapp), Aux Origines de l'archéologie en Grèce : Fauvel et sa méthode, Paris, cths et INHA, , 351 p. (ISBN 978-2-7355-0822-8).
  • (en) Collectif, An Index of events in the military history of the greek nation, Athènes, Hellenic Army General Staff, Army History Directorate, , 1re éd., 471 p. (ISBN 978-960-7897-27-5)
  • (en) David Brewer, The Greek War of Independence : The Struggle for Freedom from Ottoman Oppression and the Birth of the Modern Greek Nation, New York, The Overlook Press, , 393 p. (ISBN 978-1-58567-395-7, LCCN 2001036211)
  • (en) C. M. Woodhouse, The Philhellenes, Londres, Hodder et Stoughton, , 192 p. (ISBN 034010824X)
  • (el) Kyriakos Simopoulos, Ξενοκρατία, μισελληνισμός και υποτέλεια, εκδ. Στάχυ, Αθήνα, 1997, σελ. 450-455.
  • (el) Kyriakos Simopoulos, Ξένοι Ταξιδιώτες στην Ελλάδα, τομ. 1-4, χ.ε. 1970-76, εκδ. Στάχυ, 2001
  • (el) Kyriakos Simopoulos, Πως είδαν οι Ξένοι την Ελλάδα του '21 (1821-1829), τομ. 1-5, χ.ε. 1979-82, εκδ. Πιρόγα, 2007

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Morée est le nom donné à la région du Péloponnèse en Grèce, de l'époque médiévale au XIXe siècle.
  2. Le texte sur Gallica
  3. Les sources divergent. A. Hugo dans France militaire propose le 54e et le 58e régiments d’infanterie, tandis que Arch.de Vaulabelle dans Histoire des deux Restaurations donne les 56e et 58e régiments d’infanterie et L’Historique du 57e Régiment d’Infanterie dit que ce régiment est parti en Morée (en fait, il constitua une partie de la relève en 1830). La composition des brigades est celle donnée par A. Hugo car elle est la plus précise. Elle est par ailleurs confirmée par le Dr. G. Roux (médecin en chef de l’expédition) et par le capitaine A. Duheaume (58e régiment d’infanterie de ligne), tous deux présents sur place.
  4. « SOLDATS, De concert avec ses alliés, votre Roi vous charge d'une grande et noble mission ; vous êtes appelés à mettre un terme à l'oppression d'un peuple célèbre. Cette entreprise, qui honore la France, et à laquelle tous les cœurs généreux applaudissent, ouvre devant vous une carrière de gloire que vous saurez remplir ; j'en ai pour garans les sentimens et l'ardeur qui vous animent. Pour la première fois depuis le treizième siècle, nos drapeaux, aujourd'hui libérateurs, vont apparaître aux rivages de la Grèce. Soldats, la dignité de la couronne, l'honneur de la patrie attendent un nouvel éclat de vos triomphes. Dans quelque situation que les événemens vous placent, vous n'oublierez pas que de chers intérêts vous sont confiés. Des privations et des fatigues vous attendent, vous les supporterez avec courage, et vos chefs vous en donneront l'exemple ! ! ! » Le Lieutenant-Général, Pair de France, commandant l'Expédition de Morée, Marquis MAISON. (in Alexandre Duheaume, capitaine au 58e régiment d’infanterie de ligne, Souvenirs de la Morée, pour servir à l'histoire de l'expédition française en 1828-1829, Anselin, Paris, 1833.)
  5. Ils partent après avoir reçu du gouverneur de la Grèce Ioánnis Kapodístrias un dernier et brillant hommage au nom de la nation grecque : ils se font offrir les sabres de Kóstas Bótsaris et Geórgios Karaïskákis, guerriers célèbres de la révolution grecque, morts en combattant les Turcs (in Alexandre Duheaume, Souvenirs de la Morée, pour servir à l'histoire de l'expédition française en 1828-1829, Anselin, Paris, 1833).
  6. « La ville de Navarin, (…) fut remise en 1829, aux Français, dont l’armée l’occupe aujourd’hui. Une partie de la garnison travaille au rétablissement de la citadelle et des fortifications qui l’entourent. », in Abel Blouet, Expédition de Morée. Section des Beaux-Arts., tome 1, p. 2.
  7. a et b « Ces fortifications [du fort de Navarin], il y a peu de temps, ébranlées, ouvertes de toutes parts, et ne laissant même pas à celui qui aurait voulu les défendre l'honneur d'un beau désespoir, ont été relevées et raffermies d'abord par nous ; quelques mois après, de grands travaux allaient être terminés, lorsque la foudre du ciel est venue les renverser de fond en comble. L'explosion de la poudrière, dans cette nuit fatale [du 19 novembre 1829], a coûté la vie à cinquante de nos compagnons d'armes, et plus de cent ont été horriblement mutilés », in Jacques Louis Lacour, Excursions en Grèce pendant l'occupation de la Morée par l'armée française en 1832-33, Arthur Bertrand, Paris, 1834
  8. En 1833, Jacques Louis Lacour (sous-intendant militaire dans la brigade d'occupation) écrivait : « Ibrahim-Pacha (...) n'admirerait pas moins, s'il retournait aujourd'hui à Navarin, les talents et l'activité de notre génie militaire, en voyant une ville presque française se déployer en pittoresque amphithéâtre autour de la rade où il ne laissa qu'une vieille masure abandonnée bientôt par la douane. Cette cité, jeune au plus de cinq ans [1828-33], ne compte pas moins de deux à trois cents maisons de construction assez élégante, la plupart à plusieurs étages ; ses rues sont entretenues proprement ; on y trouve grand nombre de boutiques à l'européenne; une place bien pavée, servant de bourse et de promenade; une fontaine monumentale au milieu ; de riches magasins, sans dames de comptoir, il est vrai (les hommes de l'Orient s'en garderaient bien) ; un hôpital militaire construit sur les bords de la mer, dont la vue seule est déjà un sujet de repos et de récréation : cet établissement offre à nos braves enfants tous les secours et les soins empressés qui leur seraient prodigués en France. Une administration paternelle a su y transporter sa surveillance, ses prévisions et ses bienfaits, et les agents qu'elle a choisis participent tous également ici à la sagesse et à la dignité de ses pieuses obligations. Le bazar de Navarin est devenu l'entrepôt de la haute et basse Messénie. Il est pourvu de toutes les choses indispensables aux besoins et au luxe d'une civilisation exigeante ; (...) Enfin, Navarin, qui renfermait quelques mendiants abrutis par l'oisiveté, la servitude et la misère, offre aujourd'hui une population aisée, laborieuse et libre. Quel contraste offrirait un tel spectacle aux yeux du fils de Méhemet ! Il ne reconnaîtrait plus la plage déserte où campaient ses noires phalanges, mais il aurait bientôt reconnu la main des Français à tant d'heureuses métamorphoses. », in Jacques Louis Lacour, Excursions en Grèce pendant l'occupation de la Morée par l'armée française en 1832-33, Arthur Bertrand, Paris, 1834
  9. Les trois métopes ont été transférées au musée du Louvre avec l'autorisation du gouvernement grec de Ioánnis Kapodístrias.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j et k Yiannis Saïtas et coll., L'œuvre de l'expédition scientifique de Morée 1829-1838, Edited by Yiannis Saïtas, Editions Melissa, 2011 (1re Partie) - 2017 (2nde Partie).
  2. Index, p. 51 et 54
  3. Contogeorgis 1992, p. 345.
  4. Woodhouse 1969, p. 19.
  5. Woodhouse 1969, p. 23-24.
  6. Woodhouse 1969, p. 40-41.
  7. Eugène Bogdanovitch, La Bataille de Navarin d'après des documents inédits des archives impériales russes., G. Charpentier, E. Fasquelle, Paris, 1897.
  8. Brunet de Presle et Blanchet 1860, p. 555.
  9. a b c et d Brunet de Presle et Blanchet 1860, p. 556
  10. Arch de Vaulabelle, Histoire des deux Restaurations., tome 7, p. 472
  11. Arch. de Vaulabelle, Histoire des deux Restaurations., tome 7, p. 649.
  12. Alain Schnapp, La Conquête du passé. Aux origines de l'archéologie., Editions Carré, Paris, 1993. p. 258.
  13. Francis Haskell et Nicholas Penny, Taste and the Antique., Yale U.P., 1981, p. 104.
  14. Cité par Roland et Françoise Étienne, La Grèce antique : Archéologie d'une découverte., Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Archéologie » (no 84), 1990, p. 60-61.
  15. Antoine Calmon, Histoire parlementaire des finances de la Restauration., Michel Lévy, 1868-1870, tome 2, p. 313.
  16. Les sources divergent à ce propos. Brunet de Presle et A. Blanchet (La Grèce) disent 13 000 hommes ; A. Hugo (France militaire) et le Dr. G. Roux (présent sur place, Histoire médicale de l'armée française en Morée) donnent 14 000 ; Arch. de Vaulabelle (Histoire des deux Restaurations) 14 062 ; Le capitaine A. Duheaume (présent sur place, Souvenirs de la Morée) donne 14 503, plus 1 341 hommes reçus pendant la campagne, donc 15 844; Les histoires générales arrondissent à 15 000.
  17. A. Hugo, France militaire. Histoire des armées françaises., tome 5, p. 316
  18. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa et ab Alexandre Duheaume (capitaine au 58e régiment d’infanterie de ligne), Souvenirs de la Morée, pour servir à l'histoire de l'expédition française en 1828-1829, Anselin, Paris, 1833.
  19. A. Hugo (France militaire) donne le 3e régiment du génie tandis que Vaulabelle (Histoire des deux Restaurations), Duheaume (Souvenirs de la Morée) et Cavaignac (au sein duquel il était capitaine, Lettres) donnent le 2e régiment du génie.
  20. A. Hugo, op. cit., p. 316
  21. A bord de laquelle se trouvait le Dr. Gaspard Roux, médecin en chef de l’expédition. Dans Histoire médicale de l'armée française en Morée, pendant la campagne de 1828, Méquignon l'aîné père, Paris, 1829 (page 3).
  22. A bord de laquelle se trouve Eugène Cavaignac, (capitaine en second dans le 2e régiment du génie). Dans Lettres d'Eugène Cavaignac, Expédition de Morée (1828-1829), Lettre du 30 Août 1828, p. 1, Revue des deux Mondes, 141, 1er Mai 1897.
  23. Vice-amiral Jurien de la Gravière, « Station du Levant. L’Expédition de Morée », in Revue des deux Mondes, 1874, p. 867.
  24. a b c d e f g h i j k l m n o p et q Eugène Cavaignac, Lettres d'Eugène Cavaignac, Expédition de Morée (1828-1829), Revue des deux Mondes, tome 141, 1er Mai 1897.
  25. a b c d e f g h i j k l et m Gaspard Roux, médecin en chef, Histoire médicale de l'armée française en Morée, pendant la campagne de 1828, Méquignon l'aîné père, Paris, 1829
  26. Arch. de Vaulabelle, op. cit., p.471. Cependant, ni les capitaines Duheaume (Souvenirs de la Morée) et Cavaignac (Lettres), ni le Dr. Roux (Histoire médicale) ne confirment cette affirmation. Au contraire, Duheaume affirme qu'à leur arrivée « Quelques Grecs, attirés par l'appât du gain, nous vendent fort cher des raisins, des figues, des, pastèques, des courges, et les jours suivants, du mouton et quelques poules qui améliorent de bien peu notre nourriture journalière »
  27. a b c d et e Edgar Quinet (historien, membre de la commission), De la Grèce moderne, et de ses rapports avec l'antiquité., F.-G. Levrault, Paris, 1830.
  28. a b c d e f g et h A. Hugo, France militaire, tome 5, p. 317
  29. Abel Blouet, Expédition scientifique de Morée., p. xxi.
  30. Arch. de Vaulabelle, op. cit., p. 471.
  31. Robin Barber, Blue Guide. Greece., Black, Londres, 1987, p.392. (ISBN 0393303721)
  32. a b c d et e A. Hugo, France militaire, tome 5, p. 319
  33. A. Hugo, op. cit, p. 319 et Arch de Vaulabelle, op. cit., p. 474.
  34. Capitaine Berthemet, Historique du 57e régiment d'infanterie., Bordeaux, 1901, chapitre 9. Le régiment resta jusqu'en 1833.
  35. a b et c Jacques Louis Lacour (sous-intendant militaire dans la brigade d'occupation), Excursions en Grèce pendant l'occupation de la Morée par l'armée française en 1832-33, Arthur Bertrand, Paris, 1834
  36. Index, p. 65-67
  37. Bernard Lepetit, « Missions scientifiques et expéditions militaires : remarques sur leurs modalités d’articulation. », in L’Invention scientifique de la Méditerranée., p. 97.
  38. A. Blouet, Expédition de Morée., p. xxii.
  39. a b c d et e Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, Relation de l'Expédition scientifique de Morée: Section des sciences physiques, F.-G. Levrault, Paris, 1836.
  40. a b c et d Zambon 2014, p. 16-17
  41. Serge Briffaud, « L’Expédition scientifique de Morée et le paysage méditerranéen. » in L’invention scientifique de la Méditerranée, p.293.
  42. Abel Blouet, Expédition scientifique de Morée., tome 1, p. 1.
  43. Bory de Saint-Vincent, Expédition scientifique de Morée. Section des sciences physiques., tome II Géographie et géologie., p. 18. in Bernard Lepetit, article cité, p. 109.
  44. « Notice sur les opérations géodésiques exécutées en Morée, en 1829 et 1830, par MM. Peytier, Puillon-Boblaye et Servier » in Bulletin de la Société de géographie, tome 19, n° 117-122, janvier-juin 1833, p. 91.
  45. « Notice sur les opérations géodésiques exécutées en Morée, en 1829 et 1830, par MM. Peytier, Puillon-Boblaye et Servier », p. 95.
  46. « Notice sur les opérations géodésiques exécutées en Morée, en 1829 et 1830, par MM. Peytier, Puillon-Boblaye et Servier », p. 98.
  47. « Notice sur les opérations géodésiques exécutées en Morée, en 1829 et 1830, par MM. Peytier, Puillon-Boblaye et Servier », p. 89.
  48. Bory de Saint-Vincent, Lettre du 4 août 1829, in Bulletin de la Société de Géographie., tome 12, n°75-80, juillet-décembre 1829., p. 122-123.
  49. Puillon-Boblaye, Lettre du 23 août 1829, in Bulletin de la Société de Géographie., tome 12, n°75-80, juillet-décembre 1829., p. 124.
  50. Pierre Théodore Virlet d'Aoust, Percement de l'isthme de Corinthe, p. 408-421, Bulletin de la Société de géographie, 1881, tome 2.
  51. Jean-Marc Drouin, « Bory de Saint-Vincent et la géographie botanique. » in L’invention scientifique de la Méditerranée, p. 144.
  52. Jean-Marc Drouin, « Bory de Saint-Vincent et la géographie botanique. » in L’invention scientifique de la Méditerranée, p. 145.
  53. Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l’histoire ou Recueil des relations originales inédites, juillet-août-septembre 1829, p. 378
  54. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire & Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (1836), Expédition scientifique de Morée, tome III, 1ère partie, Levrault, pp. 19-27
  55. Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l’histoire ou Recueil des relations originales inédites, janvier-février-mars 1837, p. 354-355.
  56. Bernard Lepetit, article cité, p. 112.
  57. Expédition de Morée. Section des Beaux Arts., tome 1, Navarin, pages 1 à 7
  58. Expédition de Morée. Section des Beaux Arts., tome 1, six pages de planches sur Navarin
  59. Expédition de Morée. Section des Beaux Arts., tome 1, itinéraire Navarin-Modon, pages 9 et 10
  60. Expédition de Morée. Section des Beaux Arts., tome 1, quatre pages de planches sur l'itinéraire Navarin-Modon
  61. Expédition de Morée. Section des Beaux Arts., tome 1, Modon
  62. Expédition de Morée. Section des Beaux Arts., tome 1, quatre pages de planches, Modon
  63. Abel Blouet, Expédition de Morée., tome 1, p. 25 à propos de Messène.
  64. Hervé Duchêne, Le Voyage en Grèce., Bouquins, Robert Laffont, 2003, (ISBN 2-221-08460-8), p. 557.
  65. Stéphane Gioanni, « Jean-Baptiste Vietty et l'Expédition de Morée (1829). À propos de deux manuscrits retrouvés », in Journal des Savants, 2008. 2, p. 383-429.
  66. Abel Blouet, Expédition de Morée. t. I, p. 6.
  67. A. Blouet, Expédition de Morée., t. I, p. 12.
  68. « Pendant le mois que nous passâmes à Messène, je fis faire des fouilles assez considérables, dont les résultats ne furent pas sans importance pour nos travaux. » A. Blouet, Ibid., p. 25. Les pages suivantes décrivent le stade et les monuments antiques en détail.
  69. Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l’histoire ou Recueil des relations originales inédites, 1829, p.378.
  70. Abel Blouet, Expédition de Morée., tome 1, p. 61.
  71. Plan de l'emplacement du temple de Zeus à Olympie (in Abel Blouet et Amable Ravoisié, Expédition scientifique de Morée, ordonnée par le Gouvernement Français. Architecture, Sculptures, Inscriptions et Vues du Péloponèse, des Cyclades et de l’Attique., Firmin Didot, 1831.)
  72. Olga Polychronopoulou, Archéologues sur les pas d’Homère., p. 33.
  73. Abel Blouet, Expédition de Morée., tome 1, p. 10.
  74. M. Cavvadias, Éphore général des Antiquités, « Discours pour le cinquantenaire de l'École Française d'Athènes », Bulletin de Correspondance Hellénique., XXII, suppl. 1898, p. LVIII. Lien Persée
  75. Grammaire elementaire du grec moderne : le tout suivi de l'Apologie de Socrate selon Platon, en grec moderne, et de quelques morceaux de poesie ;a l'usage commencans / par Michel Schinas (de Constantinople), attaché à la section d'archéologie de l'expedition scientifique en Morée, Paris, Editions L. Hachette, 1829
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