Provéditeur (Venise)

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Un provéditeur (provveditoro) est un officier civil (généralement un magistrat) de la République de Venise chargé du contrôle, de l'inspection ou du commandement d'une flotte, d'une province, d'une place forte. Il était également chargé de superviser les actes des Condottieres nommés par la République.

Certains provéditeurs sont des surintendants (sopraprovveditori), chargés de l'intendance de la Ville. Ils sont nommés par le Sénat.

Caractéristiques des provéditeurs[modifier | modifier le code]

Ils étaient nommés pour une période déterminée. Certains d'entre eux détenaient seuls le pouvoir décisionnaire, d'autres prenaient leurs décisions de manière collègiale.

Les provéditeurs du Commun[modifier | modifier le code]

Ces magistrats, trois en nombre et comparables aux édiles romains, ont comme rôle :

  • d'entretenir la propreté de la cité ;
  • de réparer ponts et pavés ;
  • de mettre la police sur les navires, pour éviter des surcharges ;
  • de connaître des privilèges des citadins ;
  • de taxer les nouveaux livres ;
  • d'exercer autorité sur les confréries d'artisans et les gondoliers de traverse.

Ils prestent une charge de 16 mois et disposent d'une voix au Sénat.

Le début de cette magistrature fut contemporain à la navigation et au commerce des Vénitiens dans les ports de Soria. Composée de trois patriciens, elle imposa les règles de négoce relatifs au merendanti, aux marchandises entrantes et sortantes, aux canaux navigables en ordonnant en 1277, que d'elle dépendraient la filature de laine, la soierie, les battilori ainsi que tous les gens attenenti à ces deux métiers, à savoir lainiers, tisseurs, teinturiers, chapeliers, merciers, manufacteurs de bonnets, papetiers et vendeurs de livres. Confié à ce magistrat depuis son institution l'obligation de l'arrangement des voies de la ville et ceci, comme le Capitulaire l'indique, pour le bien du marché. C'est pourquoi il semblerait, que cette institution s'occupa seulement du déchargement et transport des marchandises. S'y ajoute, en 1484, le soin de l'état des ponts, des pavés et des canaux de la ville, avec la faculté de vendre les usines en ruine, ce qui fit ressembler les provéditeurs de Commun aux édiles de la Rome antique. Mais d'autres compétences furent déférées à ces provéditeurs : celle de surintendance des fraglie (compagnies des barcaiuoli des bacs de la ville), du Collège des médecins et chirurgiens, des écoles laïques de dévotion (à l'exclusion des scuole grandi), du courrier public, des jeux de loto et des naufragés et finalement, d'autoriser, par privilège ou par grâce, la population étrangère à exercer le négoce tant à Venise qu'en-dehors.

Les provéditeurs alle Ragioni Vecchie[modifier | modifier le code]

Ces magistrats, en tout trois nobles et comparables aux questeurs romains, ont comme rôles :

  • d'envoyer des présents aux Princes, Ambassadeurs et Seigneurs en visite, au nom du Sénat;
  • juge des dommages faits aux domaines de la Seigneurie hors Venise;
  • réviseur aux comptes des Provéditeurs alle Biave ;

Ils prestent une charge de 16 mois et disposent d'une voix au Sénat.

Les provéditeurs alle Ragioni Nuove[modifier | modifier le code]

Ces magistrats, en tout trois jeunes nobles, complément aux précédents, ont comme rôles :

  • faire payer ceux ayant pris parti dans les fermes de la république;
  • saisir les bien de ceux qui ne s'en acquittent pas;
  • faire battre des piécettes d'argent (oselle(it)), données au nobles entrant au grand Conseil.

Ils restent 16 mois en charge.

Giustizia Vecchia et Giustizia Nuova[modifier | modifier le code]

En 1173, cinq juges furent installés (plus tard réduit à trois), avec la tâche de protéger les consommateurs de la fraude à la consommation dans les arts relatifs à la vente de produits d'épicerie, bientôt étendu à d'autres arts. Trois officiers supplémentaires furent ajoutés pour former un seul et unique collège, qui fut divisé en deux en 1261, pour donner vie à la magistrature de la Giustizia Vecchia d'une part et la Giustizia Nuova d'autres part.

Les provéditeurs sopra la Giustizia Vecchia[modifier | modifier le code]

L'inobservance des prescriptions établies concernant les objets déférés à la magistrature de la Justice Vieille fut cause qu'en 1565 y fut ajouté une nouvelle magistrature sous la forme de deux provveditori sopra la Giustizia Vecchia qui leur impose de juger les transgresseurs, de casser des sentences, et si la rigueur de la loi fut insuffisante, de proposer de nouvelles dispositions, ce pourquoi ils devaient comparaître chaque mois devant le Pien Collège pour faire rapport des dénonciations de contrefaçons du mois précédent.

Un troisième provéditeur fut ajouté aux deux existants. Ils restèrent 16 mois en charge.

D'autres tâches incluent :

  • de juger ceux qui vendent à fausse mesure ou faux poids;
  • de fixer les prix des fruits et poissons;
  • de régler les conflits entre bourgeois et gens de métier;
  • de réguler les enseignes des boutiques;
  • de contrôler les conditions auxquelles sont employés les apprentis et d'enregistrer les conventions de travail;

En 1530, le Conseil des Dix installa un Collège extraordinaire de Cinq Sages, avec mission de réviser la constitution des arts et plus tard aussi pour limiter les prix. Ce Collège fut aboli en 1584. En 1572, le Sénat créa le Collège des Arts, composé des provéditeurs de Giustizia Vecchia, de la Giustizia Vecchia et des Cinq Sages aux Marchandises, qui en 1627 ont été rejoints par les régulateurs sur fonctions, avec comme mission de réformer toutes les matières se rapportant aux arts.

Les provéditeurs alla Giustizia Nova[modifier | modifier le code]

Cette magistrature, complément de la précédente, a juridiction sur les hôtelleries et cabarets, quant au respect ;

  • du vin non frelaté;
  • du paiement des droits à la seigneurie.

Ils restent 16 mois en charge.

En 1501, par similitude à la Giustizia Vecchia, une magistrature fut instituée pour faire appel des arrêts de la Giustizia Nuova. Elle porta le nom de Collège des sept Sages. Ils vérifiaient les livres pour voir si les officiers et ministres de la Giustizia Nuova observaient bien les lois établies dans leur domaine.

Les provéditeurs all'Armar[modifier | modifier le code]

Instaurés au milieu du XVe siècle, ils furent responsables de la préparation et l'armement des galères et des navires et attribuaient les rôles des soldats de marine et des chiourmes (galériens). Ils furent deux jusqu'en 1644, puis trois. Ils avaient compétence sur le matériel et le personnel de la marine de guerre déclassé et en construction; ils nommèrent les officiers de marine et les autres fonctionnaires non patriciens et jugèrent sommairement en matière d'officiers, marins et condamnés. Au début du XVIIe siècle, ils avaient la faculté, ainsi que le Collège de la Milice de Mer et Tre sur les galériens, pour enquêter en cas de prise ou naufrage des navires vénitiens. Ils avaient aussi juridiction en ce qui concerne la navigation, le Canal de Giudecca, l'école San Nicolò de Marine.

Patroni all' arsenal[modifier | modifier le code]

Magistrature d'ancien institution, composée de trois patriciens auxquels des lois du Maggior Consiglio de 1280 et 1291 confièrent la garde de l'arsenal. Selon une autre loi de 1442, ils devaient se domicilier dans trois immeubles contigus à l'arsenal, appelés le Paradis, le second le Purgatoire, le troisième l' Enfer. Ils devaient chacun à son tour loger pour quinze nuits dans les pièces intérieures de l'arsenal en gardant près de soi les clés. À cette époque, le Provéditeur assumait le titre de Patron di guardia. Au-delà du devoir de garde, le provéditeur ordonna aussi les travaux et assura la surintendance de leur exécution, de gérer l'économat et de punir les fautes et les manquements. Un provéditeur resta en charge trente-deux mois.

alle artiglerie[modifier | modifier le code]

En 1589 furent institués trois patriciens, désignés par le sénat, chargé de surveiller l'artillerie, l'usine de poudre (à canon), les munitions et leur distribution. Le corps des Bombardieri dépendait directement d'eux.

Les surintendants à la Santé[modifier | modifier le code]

Suite à l'épidémie de peste de 1478 fut instauré un organe permanent de trois Surintendants de la Santé le 7 janvier 1486. Cette tâche fut dévolue à trois nobles, élus et avec une mission limitée à l'état d'urgence. En 1504, on leur accordait la juridiction pénale et en 1535, tout appel contre leurs décisions devenait impossible, hormis devant un Collège de Sages aux Blasphèmes et Hérésies. Leur vigilance couvrait un vaste champ: les infirmeries, le nettoyage des rues et des chars, les comestibles, vagabonds et mendiants, prostituées, hôteliers, sépultures, les facultés de médecine, physique et les barbiers. Leur nomination passa en 1537 du Sénat au Maggior Consiglio. En 1556, deux Surintendants à la Santé y furent ajoutés et en accordant le droit de condamner à mort. En 1563, l'appel contre leurs décisions devenait possible devant le Conseil des Dix.

Les surintendants des Banques[modifier | modifier le code]

La vigilance sur les banques, utilisées par les familles patriciennes du XIIe siècle aux besoins du commerce et de l'échange, fut d'abord confiée aux Consoli des marchands en 1524. Elle fut attribué à un corps spécial, composé de trois membres, qui, en 1526, après avoir fait ses preuves, devenait permanent. La compétence des surintendants ne se limita pas au contrôle de nature économique sur les banques, mais fut aussi étendu au domaine judiciaire, à eux de décider sur des questions soulevées entre les banquiers et les marchands au cours de leur relations d'affaires.

Le collège et les surintendants et provéditeurs alle Biave (aux blés)[modifier | modifier le code]

En 1349 fut créé un collège des blés et grains composé du chef des Conseillers, du chef de la Quarantie et d'un Officiel aux Forments. En 1365, furent instaurés en plus trois surintendants aux blés. Ces nobles sont comparables aux édiles de Cérès. Ils sont chargés d'assurer l'approvisionnement de la cité en blés et grains.
En 1367 leur fut soumis l'arte des pistori; ils acquièrent compétence criminelle, fixèrent le prix du blé et punirent les spéculateurs. En 1425, le Collège fut transformé en juridiction d'Appel et en 1433, il fut recomposé par deux Conseillers, un chef de Quarantie, un Avogadore, les surintendants alle Biave, les auditeurs de la quarantie civile. En 1492,avec la mise en place de la nouvelle Quarantia civile, le Collège était supprimé.
En 1526, le Conseil des Dix a élu deux surintendants responsable d'assurer l'approvisionnement avec juridiction pénale, sauf peine de mort. Dès 1582, c'est le Sénat qui les élisait.

Les surintendants du Sel[modifier | modifier le code]

Cette organe remonterait au XIIIe siècle ou avant. Au nombre de quatre, ces nobles surintendants appelés jadis Salinieri del Mare sont chargés d'assurer l'approvisionnement de la cité en sel des Salines publiques et d'en organiser la vente et d'en fixer le prix dès 1276. Cette charge, fort rémunératrice, est de dix mois. Le Sénat les fait surveiller de très près par les revisori al sale. Les rentrées de cet Office furent affectées aux dépenses de construction ou de restauration des usines publiques. Aux XIVe et XVe siècle on retrouve dès fois une magistrature du sel de Rialto, qui semble y être soumise.

Magistrats des eaux[modifier | modifier le code]

Article connexe : Magistrat des eaux.

Deux magistratures sont instituées pour le contrôle des eaux :

  • le Savii alle Acque, composé de sénateurs ou procurateurs ;
  • le esecutori alle acque, composé de trois jeunes nobles, chargé de faire appliquer les lois édictées par les précédents.

Une des applications est le curage annuel des canaux.

Surintendants et Conseil des Pompes[modifier | modifier le code]

Ce magistrat est comparable aux censeurs romains. Il est occupé par un procurateur de Saint-Marc ou un sénateur illustre. Il est chargé de tout ce qui concerne le contrôle des murs, allant des habitudes de table par l'habillage jusqu'à la prostitution.

La matière des pompes, réparties dans les premiers jours entre différentes magistratures, a été confiée en 1476 à un collège spécial, des trois sages aux pompes. Mais peu après, ses fonctions ont été réaffectés à d'autres tribunaux, parmi lesquels même les procurateurs de Saint-Marc. En 1514 fut établi définitivement un système judiciaire spécifique, composé de trois membres, nommés provveditori alle Pompe, qui furent rejoints en 1559 par deux Sopraprovveditori, élus par le Sénat parmi ses membres, à la différence des premiers, élus au sein du Maggior Consiglio.
En 1562, un sopraprovveditore fut ajouté et les 6 conseillers furent autorisés à légiférer dans leur domaine, tel le Sénat. Au cours du XVIIe siècle, l'étendue des matières traitées prit un tel envol, que l'on exigea la nomination de fonctionnaires supplémentaires. En 1635 en ont été nommés temporairement quatre et en 1644 trois supplémentaires pour examiner et réformer la législation existante, très désordonnée et confuse.
En 1652, pour lutter contre les intrusions trop fréquentes des Avogadori dans les arrêts du magistrat, a été institué un conseil de 7 nobles pour leur examen et décision. En 1666, un des sept fut nommé inquisiteur. La composition finale fut de deux surintendants, un surintendant adjoint, trois provveditori et un collège de sept, dont un inquisiteur.
Au XVIIIe siècle, le magistrat a perdu de son importance; ses dernières lois furent promulguées en 1749. Par la suite, il continua d'exister par tradition et pour décorer, traitant de l'éclairage de la ville, du service d'incendie et d'autres charges mineures.

Les provéditeurs-généraux[modifier | modifier le code]

Les provinces, villes ou places-fortes entre les mains des vénitiens furent gouvernées par un provéditeur-général, ayant les attributions d'un gouverneur. Ainsi en alla-t-il entre autres pour Candie (où il prit le titre de duc), la Dalmatie, Corfou

Provéditeur-général de Mer[modifier | modifier le code]

Il gérait l'argent nécessaire à la flotte, commandait en l'absence du Généralissime, pouvait attribuer les rôles, et punir de mort les soldats qui eussent manqué à leur devoir. Il siègeait à Corfou. Sa charge était de trois ans.